Introduction

Août 1914

Septembre 1914

Octobre 1914

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Décembre 1914

janvier 1915

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Avril 1915

Mai 1915

Juin 1915

Juillet 1915

Août 1915

Septembre 1915

Octobre 1915

Novembre 1915

Décembre 1915

Janvier 1916

Février 1916

Mars 1916

Avril 1916

Mai 1916

Juin 1916

Juillet 1916

Août 1916

Septembre 1916

Octobre 1916

Novembre 1916

Décembre 1916

Janvier 1917

Février 1917

Mars 1917

Avril 1917

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Septembre 1917

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Novembre 1917

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Janvier 1918

Février 1918

Mars 1918

Avril 1918

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Juin 1918

Juillet 1918

Août 1918

Septembre 1918

Octobre 1918

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Janvier 1919

Février 1919

Mars 1919

Avril 1919

Mai 1919

juin 1919

DÉCEMBRE 1918

journal de M.Digo

Journal de Maurice Digo (16Z)



Mercredi 4 décembre
Arrivée à Metz 0 heure
Attendu le jour dans la gare. Vaste bâtiment propre et confortable.
Rejoint le Bataillon à 8 heures. Casernes d’Infanterie Longeville-lès-Metz.
L’après-midi, visite de la Ville.
Quatre statues de bronze dont celle de kaiser Wilhelm ont été jetées à terre.

Samedi 7 décembre

Grande parade militaire. Toutes les Unités du XXe Corps réunies.
Le Commandant Jacquesson, vu la médiocrité de mon état de santé m’exempte de tout service jusqu’à nouvel ordre.
Le Bataillon parti à 6 heures, revient éreinté à 11 heures 30.
Le défilé a duré 2 heures.
La foule, très dense, maintenue par un important service d’ordre était tenue de saluer au passage tous les drapeaux et fanions.
Les officiers montés faisaient sauter d’un coup de sabre les chapeaux qui ne se levaient pas assez vite.
Avec Grangeon, ce soir, distribution de pain dans l’île Saint Symphorien.

Dimanche 8 décembre

Grande fête militaire et TE DEUM dans la Cathédrale, présidée par Poincaré et Clemenceau.
Le 3e Bataillon qui était de service a pivoté la journée entière. Casse-croûte sur les rangs.
Impossibilité de circuler en Ville. Les rues sont bloquées par la foule et les soldats.
L’archevêque de Metz qui est Allemand (et Bénédictin) a dû officier sous les ordres de son successeur éventuel Monseigneur Ruch, aumônier du XXe C.A. Les honneurs une fois rendus à nos Officiels enfarinés, il devra quitter son siège et rentrer en Allemagne sans tambour ni trompettes, vaincu.
(…)
La garnison entière, libérée du service s’est ruée vers les fêtes de nuit. Seul, un maigre service d’ordre reste dans la caserne « à la disposition ». De garde au Standard, j’use le temps à explorer les Archives du Bataillon.
Les bruits de la fête parviennent ici atténués comme un grondement lointain de cataracte. De temps à autre, une explosion : cris, mouvements de foules ? Vers 23 heures, sonnerie du téléphone.
Des civils et soldats français et américains ont fait sauter des devantures et pillent les magasins allemands. La police des rues est débordée. On demande la garde.
(…)

Mardi 10 décembre

Chargé d’établir le recensement des cantonnements dans le secteur de Longeville.
Pris contact à la Mairie avec M. Closse, brave fonctionnaire lorrain qui cumule l’état-civil, l’Instruction et la Police et se place comme aspect entre notre instituteur et le garde-champêtre.
Ce charmant homme m’initie aux mystère de l’Administration transitoire franco-allemande et procède aux traductions nécessaires.
La tournée commence par les quartiers pauvres de l’Île Saint-Symphorien dans lesquels se dissimulent une atroce misère.
A l’opposé de ce qui s’est fait en France pendant la guerre, toutes les ressources du Pays ont été consacrées au soldat et la population civile a terriblement souffert.
(…)

Mercredi 11 décembre

Muni de quelques boules, je visite à nouveau les misérables quartiers de l’Île. A la vue des miches blanches, les yeux des gosses luisent d’une joie extatique émouvante.
La profondeur de cette misère est désespérante.
Je me souviens avec amertume d’une conversation avec le baron Cochin qui me vanta l’efficacité du blocus.

Vendredi 13 décembre

Après-midi avec Closse à la Mairie. Je lui demande de me conter ses impressions d’Août 1914.
Les Messins, habitués aux manifestations militaires, mouvements de troupes, exercices de mobilisation furent peut-être, à son avis les derniers à réaliser l’état effectif de guerre.
Il élude ma question relative aux responsabilités, mais fait grand éloge de l’Administration allemande, plus large qu’on ne pensait généralement en France où il a beaucoup voyagé, avant guerre.
Il me prie de remarquer que l’Alsace et la Lorraine ont été dotées sous le régime allemand d’un outillage et d’une organisation qui dépassent de beaucoup ce qui a été fait chez nous.
(…)
La période de guerre, par contre est évoquée sous de noires couleurs.
Les affres du blocus, la sous-alimentation, le linge et les vêtements de papier. Les tracasseries militaires : interdiction de parler français, obligation de saluer les officiers, de céder partout le pas à l’armée, sur les trottoirs, dans les voitures et les édifices publics.
A ces ennuis s’ajoutaient la crainte perpétuelle des bombardements, qui, par une coïncidence bizarre ( ? ) épargnaient généralement les usines de guerre, les mines et le point vital de Sablons, mais ne ménageaient guère la Ville.
Aussi ne faut-il pas s’étonner que les Lorrains qui ont vu tant des leurs massacrés au cours des attaques aériennes n’aient pas manifesté l’enthousiasme délirant auquel s’attendaient les soldats français.
La suprême maladresse à son avis, c’est la hâte avec laquelle on remplace l’archevêque qui a fait preuve d’un grand courage pendant la guerre et qui est très estimé de ses ouailles.

(…)

Mercredi 18 décembre

Réception d’un groupe important de P.G.1
Contrairement aux idées admises et aux bobards répandus à profusion, la majorité de ces gaillards qui ont fait de longues étapes se porte bien et tous ceux à qui j’ai pu parler sont unanimes à reconnaître qu’ils étaient mieux en Kommando que sur la Somme ou à Verdun.

Mercredi NOËL

Pluie et froid. Cantonnement en ruines. Pas de feu.
Dans la soirée, le Docteur Mercklen vient me faire visite. Je viens de ramasser une double bronchite et une laryngite assez sérieuse.
Il doit me faire conduire demain à Chalons.

Samedi 28 décembre

Température 39,5
Évacué à midi sur l’hôpital militaire de Chalons.
Salle 29. Lit 3.


Archives de Nantes - 2018