PHILIP, Anna, Davis

née à Saint Kitts, West Indies (Angleterre), le 4 août 1862
décédée à Nantes,le 29 octobre 1930

 

 

acte de décès
Professeur d’Anglais
Infirmière pendant la Première Guerre mondiale

Anna Philip arrive à Nantes au début du XXème siècle. Installée 9 rue Dugommier, elle donne des cours d’Anglais à domicile. Malgré tout, son nom ne figure pas dans les Étrennes nantaises à la rubrique des « Professeurs de langue anglaise ». Afin de partager sa culture, elle organise deux fois par an des soirées anglaises. Celles-ci se déroulent à la salle des Sociétés savantes, 34 rue de la Fosse.

Avec la Première Guerre mondiale, et notamment l’arrivée des troupes anglaises à Nantes, elle se met à la disposition des autorités militaires comme infirmière. De part sa nationalité, elle assiste aussi bien les blessés anglais que français. A Nantes, elle multiplie ses initiatives.
Elle  participe à des œuvres anglaises notamment l’Overseas Club(1) où il siège comme secrétaire honoraire. Lors d’une « soirée récréative et instructive », elle récolte la somme de 900 francs qu’elle envoie au siège de l’œuvre, à Londres. Ce pécule sert à envoyer du tabac aux soldats hospitalisés à Nantes. Sur les conseils de Miss Philip, le tabac est distribué à la Croix Rouge, aux Dames de France, à l’hôpital Saint-Stanislas, à l’hôpital Bel-Air et à l’Hôtel-Dieu.
Le dimanche 4 juin 1916, elle organise dans la salle Colbert une séance récréative en l’honneur du roi d’Angleterre. Placé sous la présidence d’honneur du maire de Nantes, le programme alterne entre chants patriotiques, lecture de poèmes et musique classique. Les bénéfices de la journée sont destinés aux soldats et marins des armées alliées.
En juillet 1916, elle intercède auprès du maire de Nantes et de son secrétaire général, M. Rondeau, pour permettre l’accueil de jeunes étudiants en médecine serbes à Nantes. L’un de ses deux protégés est même autorisé à publier un premier article dans Le Phare de la Loire du 31 juillet 1916. Ljoubicha Fichatzky revient sur l’anniversaire du 28 juillet 1914, jour où la Serbie entre en guerre contre l’Autriche qui tente de l’envahir. Un deuxième article est publié dans le Phare de la Loire du 18 août 1916 et traite de « L’indépendance serbe ».
Le 19 octobre 1916, elle procède à la vente de 2200 petits drapeaux anglais dans les rues de Nantes au profit de la Croix Rouge anglaise (« Flag day »).
En avril 1918, ayant eu connaissance de l’arrivée de 50 soldats anglais à l’ambulance américaine de la gare de Nantes et devant être hospitalisés à l’hôpital Broussais, elle se rapproche une nouvelle fois du maire Paul Bellamy pour lui demander d’augmenter la part de pains de ces malheureux blessés : « j’ai obtenu de M. le directeur du service de santé l’autorisation de me rendre près d’eux et de leur porter quelques petites provisions, etc, car la nourriture anglaise est tout à fait différente de la nourriture française, surtout pour le petit déjeuner du matin » ! Malgré une réponse négative de la part des autorités militaires françaises, Paul Bellamy donne des instructions au médecin-chef de Broussais  pour que la demande soit prise en considération.

Le 10 juin 1918, elle organise une séance de « projections de guerre ». Comme le précise l’invitation, il s’agit d’une séance d’Anglais durant laquelle seront projetées des images officielles prises sur le front autorisées par l’autorité anglaise. Les commentaires seront assurés par Miss Philip elle-même et des chants militaires et les hymnes nationaux seront exécutés pendant la soirée.

Au lendemain du conflit, elle reprend ses cours à domicile, 3 place du Port-Communeau, et, à partir du 27 janvier 1919, ses réunions bi-annuelles « récréatives et instructives » dans la salle des Sociétés savantes. Elle continue également à aider les enfants aveugles et sourds-muets de la Persagotière. On la retrouve encore à l’orgue de la chapelle de la rue Dugommier, le 26 janvier 1919, lors d’une messe célébrée à la mémoire des soldats belges morts en exil.
Pour « L’arbre de Noël des blessés de Broussais », elle lance un appel dans la presse locale le 24 décembre 1919 pour recevoir des dons – friandises, colis, cadeaux – destinés à honorer « les héros qui, pour sauver la France, lui ont offert leur santé généreusement et sans compter ». Cette distribution, qui aura lieu en janvier 1920, s’accompagne d’une représentation théâtrale organisée par Francine Vasse et les élève de son « Théâtre pour tous ».

Elle décède à Nantes le 29 octobre 1930 à l’âge de 68 ans. Son acte de décès précise qu’elle est célibataire et que la déclaration est faite par M. Frank Percy, consul d’Angleterre à Nantes.

Le Phare de la Loire du 31 octobre 1930  nous propose une nécrologie :
Nous apprenons avec tristesse, et non sans quelque émotion, la mort de Miss Philipp.
D’origine anglaise, mais depuis très longtemps fixée à Nantes, comme professeur d’anglais, Miss Philip était ce que l’on est convenu d’appeler – révérence gardée – une « vieille figure nantaise », tant elle avait su se mêler à la vie de notre Cité et, plus particulièrement à la vie des œuvres philanthropiques qui font, à juste titre, son orgueil.
Miss Philipp était, en effet, très répandue dans le monde des œuvres et elle se donnait à celles-ci de toute son âme, attestant ainsi l’affectueuse sympathie qu’elle nourrissait pour sa patrie d’adoption.
Elle était, enfin, quelque chose comme la pierre angulaire de l’entente franco-britannique, ayant su réunir, autour d’elle, tous les éléments sympathiques des deux Nations que la Guerre 1914-1918 avait si étroitement rapprochés.
Miss Philipp était âgée de 68 ans.
Malade depuis une quinzaine de jours, elle devait subir une intervention chirurgicale ; mais son âge, et, surtout, son état physique ne devaient point permettre que l’on tentât cette aventure.
Le Gouvernement de la République avait tenu à reconnaître les services qu’elle avait rendus à l’enseignement ; il lui a conféré, récemment, les palmes académiques.
C’est une femme de bien qui disparaît, et nous tenons à nous incliner devant son cercueil, après lui avoir rendu le tribut d’hommages qui, justement, lui est dû.

 

Les obsèques ont lieu le vendredi 31 octobre 1930, à 13h15. Les offices religieux se déroulent à la cathédrale puis l’inhumation s’effectue au cimetière de la Bouteillerie (2). Un avis de décès est publié dans la presse locale (Le Phare de la Loire et Le Populaire de Nantes) au nom du « Consul britannique et des membres de la Colonie ».

 

Le Populaire de Nantes nous raconte les obsèques :
Les obsèques de Miss Anna Philip ont été ce qu’elles devaient être : émouvantes et belles, car on sentait que chacun des assistants portait vraiment en lui le regret de la disparue. Est-il de plus bel hommage que celui-là ?

Immédiatement après le cercueil, recouvert du pavillon britannique et qui disparaissait sous les gerbes et les couronnes, venait le drapeau des Anciens marins Combattants porté par M. Rochet et encadré par MM. Thomas, président, et Bourgeois, vice-président.
Puis, conduisant le deuil, M. Percy-Bush, consul d’Angleterre, auprès duquel se tenait M. Mathivet, préfet de la Loire-Inférieure.
Venait ensuite la grande famille britannique dans laquelle nous avons remarqué au passage : MM. Jispert, Isaac, Duggan, Ichepard, Kerr, consul de Suisse, Dickie, Koerber, etc.
De hautes personnalités de la Préfecture et de l’Hôtel de Ville et de nombreuses notabilités suivaient le convoi.
M. Percy-Bush fils représentait M. Bouju, ancien préfet de la Loire-Inférieure.
M. et Mme Bouju – empêchés d’assister aux obsèques de leur vieille amie – avaient fait envoyer deux superbes gerbes.
Au cimetière de la Bouteillerie, M. Thomas, président des Anciens Marins Combattants, prononça les paroles suivantes qui répondaient aux sentiments de la nombreuse assistance :
« Mesdames, Messieurs, M. le Consul,
En ce jour sombre et douloureux pour beaucoup d’entre nous nous venons conduire à sa dernière demeure notre regrettée Miss Philip, qui fut un apôtre de bonté dans la ville de Nantes où elle acquit le droit de cité depuis environ 30 ans qu’elle y était.
Pendant la guerre 1914-18, Miss Philip s’est dépensée pour la cause commune en prodiguant ses soins précieux à nos camarades hospitalisés. Ce fut un modèle de douceur et de consolation sachant porter partout la bonne parole.
Très estimée, Miss Philip, vous avez su vous entourer de profondes sympathies et d’inaltérables amitiés. Tous ceux qui vous ont approchée trouveront un fossé profond que la mort est venue creuser en vous enlevant brutalement à l’affection de tous. A l’Amicale des Marins Combattants vous avez été nommée membre bienfaiteur pour tous les concours que vous apportiez dans notre groupement, et je dois dire aussi que votre plaisir et votre satisfaction étaient d’être utile à toutes les sociétés philanthropiques. Vous étiez en plus le modèle de la modestie. C’est une noble figure nantaise qui disparaît en vous, et il ne nous restera qu’une consolation. Celle d’avoir votre souvenir parmi nous, et d’aller nous incliner sur votre tombe auprès de vos chers soldats, comme vous le disiez, vos compatriotes et nos frères d’armes.
Je vous prie, M. le Consul, de vouloir bien accepter les condoléances émues de tous les Marins Anciens Combattants ; soyez assuré que nous prenons part au deuil qui frappe la colonie anglaise.
Dormez en paix, Miss Philip, dans les plis du Pavillon Britannique. Celui des Marins emblème de la France, votre deuxième Patrie, s’incline bien bas pour vous dire : adieu ».
M. le Consul, visiblement émotionné, ne put que s’incliner devant la fosse ouverte de Miss Philip.
Le « Populaire » renouvelle à M. le Consul et à la grande famille britannique de Nantes l’expression de ses très vives condoléances.

Un avis de remerciements est publié dans Le Phare de la Loire du 3 novembre 1930 tandis qu’une messe est célébrée, en son souvenir, le 7 novembre.

Lors du décès d’Anna Philip, le Consul avait choisit une concession de 15 années. Celle-ci s’achève donc en 1945. En 1946, la municipalité nantaise décide de transférer sa sépulture dans la section militaire du même cimetière « en raison des services rendus par Melle Philip pendant la Guerre 14-18 dans les hôpitaux ».

Aujourd’hui, Miss Philip repose dans la section W, au 10ème rang, dans la fosse 4 bis, entre deux soldats français : Victor Leroux à sa gauche, et Paul Guinement à sa droite.

(1) Cette œuvre anglaise est placée sous le patronage du roi Georges V.
(2) Dans le cimetière, sa première tombe se trouvait dans la section AA, 3ème rang, 1ère fosse.

Distinctions et hommages publics

Officier d'Académie

En 1915, une carte postale représentant Anna Philip est publiée à Nantes. Cette carte postale, dédiée « A Miss Philip bienfaitrice des Bretons d’outre-mer - En témoignage de reconnaissance », est accompagnée d’un poème rédigé par André Langrand :

Angleterre, tes fils ont traversé la mer
Pour voler au secours de la noble Belgique
Et fait le serment grave, en leur âme de fer,
D’arracher au bourreau cette terre héroïque.

Donc de ne désarmer, que, lorsque dans Anvers,
Dans les villes de pierres et les hameaux de briques
Dans Bruxelles et Malines et de Liège à Roulers
Il ne resterait plus de hordes germaniques !

La tâche est rude et longue et terrible est l’effort,
Et tes fils, Angleterre, accuseraient le sort
Si, sur le sol Français, aimante et maternelle,

Puisant pour ces héros, dans le fond de son cœur,
Les mots qui bercent l’âme et la douleur charnelle,
Parfois, ils ne se trouvaient quelqu’une de leurs sœurs !

André Langrand, Nantes, le 18 novembre 1915.



Localisation dans le cimetière





Sources

Acte de décès : année 1930, 2-3ème canton, acte 474 (1 E 2555)
Registre d’inhumations : Bouteillerie, année 1930, folio 149
Affaires militaires : H4 Carton 17 dossier Œuvre de Miss Philip
Remembrement de la population : année 1926, 2ème canton, folio 108 (1 F 210)
Le phare de la Loire : 24 décembre 12919 La Noël de nos blessés et 30 décembre 1919 Riches, à vos poches ! (22 PRES …)
Le Phare de la Loire : 31 octobre 1930 Nécrologie et Avis de décès ; 3 novembre 1930 Remerciements (23 PRES 152)
Le Populaire de Nantes : 31 octobre 1930 Nécrologie et Avis de décès ; 1er novembre 1930 Les obsèques de Miss Anna Philip (5 PRES 87)

 

Archives municipales de Nantes - 2011