L’année 1830 fut marquée par un évènement aussi mémorable que dramatique, ayant eu une influence décisive sur le cours de l’histoire française; les dernières journées du mois de juillet furent le théâtre d’une révolution qui toucha l’ensemble du pays, et plus particulièrement deux villes, Paris et Nantes. Le petit fils de Louis XV, Charles X (1757-1836) alors à la tête de la France, avait renoué avec les traditions de l’Ancien Régime, après s’être fait sacrer dans la cathédrale de Reims le 19 mai 1825. Malgré le succès d’une expédition en Afrique, il demeurait cependant un roi peu aimé des français, cette antipathie venant principalement de son catholicisme exacerbé et de ses décisions monarchiques jugées trop autoritaires. Alors qu’il n’était que le Comte d’Artois, il fut déclaré nouveau roi de France le 16 septembre 1824, après le décès de son frère Louis XVIII, lequel avait dû lors de son règne adopter malgré lui la Charte de 1814. Au cours de l’année 1830, Charles X décida d’annuler des élections qui lui étaient peu favorables, et sous l’influence du président du conseil des ministres Jules, Prince de Polignac (1780-1847), publia les fameuses ordonnances contraires aux principes de la Charte, qui déclenchèrent la Révolution de Juillet. Celles-ci avaient déjà fait l’objet d’un projet de publication le 20 avril 1827, avant d’être retirées devant les contestations du peuple. Afin de rétablir son autorité dans un royaume qui voyait croître inexorablement les opinions libérales, Charles X décida alors de :

1) supprimer la liberté de la presse en exigeant une autorisation préalable avant toute publication des journaux,
2) de dissoudre pour la seconde fois en 70 jours la chambre des députés,
3) de convoquer de nouveaux collèges électoraux,
4) de changer les modes électoraux en rendant les conditions de vote plus sévères et restreintes (les listes électorales étant particulièrement réduites et exclusivement tributaires de la contribution foncière)
5 et 6) de nommer des conseillers d’états et des conseillers honoraires qualifiés d’ultras notoires.

Ces ordonnances renforçaient considérablement le pouvoir monarchique alors en place, supprimant les institutions pour lesquelles la population s’était battue quelques années auparavant. La France se trouvant depuis 1827 dans une situation de crise financière ayant entrainé de nombreuses faillites dans les usines et une hausse du chômage, le peuple réprouva alors totalement ces décisions jugées comme étant inconstitutionnelles et de nature à provoquer un retour à l’absolutisme. Paris connut un soulèvement populaire, formé principalement d’ouvriers et de bourgeois les 27, 28 et 29 juillet, entraînant la mort d’environ deux cents soldats et huit cents manifestants, ces trois journées étant aujourd’hui connues comme les célèbres Trois Glorieuses. Le mécontentement de la population se révéla d’autant plus compréhensible, quand on sait qu’à Nantes par exemple, un homme sur cinq était ouvrier, et que sur 80000 citoyens, 14000 étaient des indigents logés dans des taudis, la plupart d’entre eux ayant été secourus par les œuvres d’assistance lors de l’hiver particulièrement dur de 1828-1829. De plus, la bourgeoisie commerçante et industrielle, tout comme la population ouvrière alors en constante augmentation, s’était sentie véritablement bafouée par les nouvelles lois promulguées.

Ordonnances du roi Charles X. Articles du 29 juillet 1830 du journal Le Breton. Source Arch. Mun. de Nantes 20 PRESSE 35.

© Adeline BIGUET / Archives municipales de Nantes - 2010