Genèse d'une exposition

 

> Aperçu historique

En France, après que la liberté du travail ait été proclamée et les corporations abolies en 1791, une volonté d’émulation et de concurrence se manifeste et donne naissance en 1798 à la première véritable exposition publique d’ampleur nationale : « l’Exposition des produits de l’industrie française ». Celle-ci se tient à Paris, sur le Champs-de-Mars et accueille 110 exposants.

Suite au succès rencontré, cette manifestation est suivie par de nombreuses autres sous le Consulat et l’Empire (1801, 1802, 1806) et la Restauration (1819, 1823, 1827). L’importance de ces expositions grandit avec la Monarchie de Juillet (1834, 1839, 1844) et la Seconde République, pour atteindre le nombre de 4 532 exposants en 1849 sur les Champs-Elysées. Ces manifestations, alors encore simples foires-expos dont aucune trace architecturale n’est conservée à la clôture, sont d’abord régionales et nationales. Elles visent à stimuler la production nationale, pour se hisser au niveau de la Grande-Bretagne, rivale de toujours et pionnière dans la révolution industrielle, et renforcer l’image du pays en offrant le spectacle des innovations techniques au peuple, ainsi que le fruit de l’exploitation des colonies.

C’est d’ailleurs la Grande-Bretagne qui, en réaction au protectionnisme de la France dont les expositions restent fermées aux marchandises étrangères, organise la première exposition « internationale et universelle » à Londres en 1851 (Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations). Celle-ci a pour vocation de rassembler au même moment et dans un même lieu « tous les produits de toutes les nations », de dresser « un tableau général de l’esprit humain » et attire 14 000 exposants et 6 040 000 visiteurs.

Le Crystal Palace, gigantesque bâtiment en verre construit spécialement pour l’occasion sur Hyde Park, est la première des grandes réalisations architecturales qui marquera les plus importantes expositions universelles et témoigne encore aujourd’hui du faste de cette exposition, haut lieu du culte du progrès, de la technique et de l’invention.

 

 

 

 

 

En 1855, sur le même modèle, se tient à Paris une nouvelle exposition universelle, accueillant cette fois 24 000 exposants et 5 163 000 visiteurs, témoignant du succès de ces manifestations, véritables émanations d’une époque caractérisée par le progrès économique, technique et industriel.

<Palais de l'Industrie>
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Nantes à la mode des expositions

> Pourquoi une exposition en 1861?

A la suite des grandes expositions universelles, chaque ville tient à organiser son évènement propre, donnant ainsi lieu à une sérieuse concurrence, au même titre que les nations. Nantes elle-même est déjà habituée de ces manifestations, bien que jusqu’ici de taille plus modeste :

1825 : Exposition industrielle départementale
1827 : Exposition industrielle départementale
1837 : Exposition des Arts et de l’Industrie

Aussi, en 1861, la ville, mue par l’impulsion donnée par Londres et Paris, voit grand. La municipalité prend conscience de l’intérêt pour la ville de mener un projet d’une nouvelle envergure.

D’abord, les expositions sont le lieu de promotion par excellence pour l’industrie et le commerce. Par la foule des produits présentés, elles mettent en relation et en concurrence les industriels, stimulant l’innovation, offrant l’image d’une puissance prospère.

Elles sont aussi un véritable outil pédagogique pour le peuple, attiré par les curiosités présentées.

Outre la publicité faite aux exposants, ce genre de manifestation offre une véritable vitrine pour la ville organisatrice et sa municipalité à travers la dimension matérielle (organisation, bâtiments…) et les festivités données à cette occasion. Les retombées économiques à court terme sont non négligeables, avec l’afflux de population au moment de l’exposition (hôtels, restaurants, magasins, spectacles…), mais aussi sur le long terme grâce à la renommée des produits acquise lors des différents concours et vers lesquels le choix des futurs consommateurs se portera plus volontiers. Retombées économiques donc, mais aussi réputation pour la ville dont le souvenir d’un tel évènement s’il est réussi marquera les esprits des contemporains.

Enfin, il apparaît essentiel pour Nantes, destinée irrémédiablement à décliner en tant que grand port avec l'émergence de Saint-Nazaire comme avant-port en 1856 et l’arrivée du chemin de fer, de s’affirmer comme grande ville industrielle.

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> La lente maturation du projet

ACTE I : L’amorce du projet

Dès le mois d’octobre 1858, l’administration municipale arrête en principe qu’une exposition nationale aura lieu à Nantes lorsque les circonstances s'y prêteront. Débute alors un long travail d’étude et de promotion du projet pour s’assurer d’une organisation sans faille.

Tout d’abord, le Maire, Ferdinand Favre prend contact avec ses homologues des différentes villes ayant eu récemment l’occasion d’organiser des manifestations de ce genre pour obtenir des renseignements précis : Limoges, Dijon, Laval, Angers, Blois, Toulouse sont mises à contribution.

Les informations récoltées doivent permettre d’éclairer la future commission d'organisation. Le Maire s’informe notamment de la nature de l’exposition (générale ou départementale) et de sa durée. De la superficie nécessaire pour les bâtiments et des différents problèmes de logistique (transport, montage des produits, vitrines, étalages…). Des dépenses à la charge de la ville et des exposants, des droits d’entrée et des recettes, ainsi que les subventions perçues, les récompenses et leur nature. Et, enfin, tout ce qui serait susceptible d’être amélioré ou conservé lors d’une autre occasion.

Parallèlement, le Maire confie la préparation d’un avant-projet complet à trois éminents industriels de la ville, Messieurs Voruz, Gâche et Laurant qui acceptent leur mission avec empressement.

Dans les mêmes-temps, la Société Académique de la Loire-Inférieure, qui n’est pas encore informée du projet, propose au Maire de saisir l’occasion du Concours Régional d’Agriculture des 10 au 15 mai 1859 pour y joindre une exposition de l'industrie. Le Maire annonce alors l’étude du projet pour 1859, et propose aux membres de la Société Académique de rejoindre la Commission Supérieure à qui en sera confiée l’exécution. Le projet est ainsi soutenu par divers acteurs auxquels s’ajoute le concours de la Chambre de Commerce. La Commission Supérieure est formée, avec la participation des différents représentants des grandes organisations nantaises (Musée de peinture, Société Industrielle, Société des Beaux-arts, Société de l’horticulture), et le Conseil Général.

Début décembre, les trois industriels remettent leur rapport à l’administration municipale. Celui-ci comporte tous les éléments d'une organisation générale (règlement, statuts, budget prévisionnel, création de différents jurys...).

Les renseignements demandés aux autres villes commencent à arriver. Parmi les différentes réponses figure celle du Maire d’Angers concernant l’Exposition Agricole, Artistique et Industrielle de juin 1858, où sont évoquées notamment la superficie à l’origine trop restreinte des bâtiments et la difficulté de la ville de rentrer dans ses frais avec 20 000 francs de déficit à la fin de l’exposition, donnant un aperçu des difficultés pouvant être rencontrées lors d’un tel projet. Ou encore celle du Maire de Dijon avec un aperçu de la forme des bâtiments.

Un premier obstacle survient lorsque Rennes annonce elle-aussi une exposition pour la même année. Ferdinand Favre tente alors de convaincre le Maire de la ville de reporter l’exposition prévue en 1860 et éviter ainsi une concurrence fâcheuse pour les deux villes. Il invoque alors l’absence d’exposition industrielle à Nantes depuis 1837 alors que toutes les villes importantes peuvent s’en vanter à cette même période. Malheureusement les crédits pour l’exposition de Rennes étant déjà votés par le Conseil Général, la ville ne peut se permettre de remettre à plus tard sa manifestation.

Ferdinand Favre s’en remet alors au Préfet de Loire-Inférieure et tente de promouvoir le projet de son administration auprès de celui-ci. En effet, Nantes ne saurait rester en arrière en tant que 5e ville du pays, et profiter du Concours Régional Agricole déjà prévu permettrait de faire l’économie d’une nouvelle manifestation à une date peu distante, en incluant l’industrie et les beaux-arts. De plus, d’autres expositions importantes comme celle de Vannes en 1860, et surtout une éventuelle exposition universelle annoncée à Paris pour 1861 sont déjà prévues dans un futur proche et empêcherait Nantes d’organiser la sienne, la repoussant à des temps incertains.

 

Le silence commence à se faire autour de la question de l’exposition. Le projet est d’abord reporté à la fin de l’année 1859, du 10 septembre au 10 octobre, pour éviter la concurrence de Rennes. Il est finalement ajourné une première fois le 3 février 1859, après que le projet ait été soumis au conseil municipal et que celui-ci, suite à l’étude approfondie des ressources ait jugé les finances de la ville insuffisantes pour soutenir un projet aussi lourd, et la concurrence des expositions de Rennes s’ouvrant le 25 juillet et de Rouen le 15 juin, puis Bordeaux pour le moins fâcheuse. Pour autant le projet n’est pas abandonné. Il est conservé en l’état dans les archives dans l’optique d’une très prochaine réalisation.

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ACTE II : Une nouvelle déception

Fin 1859, on reparle de l’exposition nantaise. Cette fois, Ferdinand Favre prend dès le départ des précautions pour s’assurer que la ville ait l’exclusivité d’une importante exposition cette année-là et contacte directement le Préfet de la Seine avant tout préparatifs, pour être certain que la rumeur d’une exposition française de l’industrie à Paris pour 1860 n’est pas fondée. Le Maire adresse une nouvelle demande de renseignements à Rennes, Rouen et Bordeaux, vu leur récente expérience. Ces villes envoient volontiers à Nantes leurs programmes et rapports pour information.

 

S’appuyant sur les nouvelles données recueillies auprès des différentes villes et en l’absence d’exposition à Paris en 1860, l’administration municipale se sent prête pour relancer l’affaire, et fixe une réunion le 30 octobre 1859 au cours de laquelle les présidents de la Société Académique et de la Chambre de Commerce, assistés chacun de deux membres, ainsi que le Maire, réunis en comité central réexaminent le projet. Une commission nombreuse est constituée et une sous-commission se réunit à maintes reprises pour étudier plus précisément les règlements, les statuts provisoires et surtout les dépenses, pour peaufiner un projet définitif. L'organisation de l'exposition prend réellement forme.

Dans son rapport présenté le 5 décembre 1859 à l’administration municipale, ses membres se prononcent en faveur d’une exposition générale, digne du rang de Nantes. Et comme l’image de la ville ne pourrait souffrir une exposition qui ne refléterait pas toute la grandeur de la cité, l’administration s’engage à se donner les moyens de ses ambitions.

Des propositions affluent pour la prise en charge de l’organisation par différents entrepreneurs tel Monsieur Pagès, donnant une idée de l’ampleur de la tâche que l’administration entend bien se réserver.

Au cours des derniers conseils municipaux de l'année, la date d'ouverture de l'exposition est fixée à 1860 et pour la première fois un budget prévisionnel de 171 000 francs de dépenses et 141 000 francs de recettes établi suivant les renseignements apportés par les autres villes. L’exposition aura lieu sur les Cours Saint-Pierre et Saint-André.

 

Au vu des dépenses pressenties, le Maire insiste auprès du Préfet de Loire-Inférieure pour que ce dernier effectue une demande de subvention au Conseil Général et à la Chambre de Commerce. Il le charge aussi de soumettre le projet au Ministre de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics pour autorisation.

 

Bien que de nombreuses questions restent en suspend (Les bâtiments seront-ils suffisants ? Quelles récompenses offrir et en quel nombre ? Les exposants seront-ils au rendez-vous et comment les inciter à venir ?), l’organisation de l’exposition est presque établie définitivement à cette date et le règlement déjà envoyé à l’impression. Pourtant le projet est une nouvelle fois ajourné le 28 janvier 1860. En effet, l’absence de toute autorisation légale (l’autorisation du Ministre arrive au Préfet de Loire-Inférieure le lendemain de la décision du conseil municipal et l’annonce du Préfet au Maire le surlendemain), l’époque tardive qui empêche d’espérer une exposition pour la même année et l’impossibilité d’une prise de contact rapide avec les colonies, l’organisation encore incomplète, s’ajoutent à la réforme pour aider l’industrie mise en œuvre par Napoléon III rendant une exposition moins attrayante pour les exposants. Aussi, les conditions pour l’avènement d’une exposition l’année même ne sont pas optimales.

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ACTE III : L’avènement

Néanmoins l’administration ne baisse pas les bras et réagit immédiatement en votant le 9 février 1860 l’exposition pour 1861. Elle gagne ainsi le temps nécessaire pour compléter son organisation, ayant désormais toutes les clés en main pour la réalisation de celle-ci. Lors de ce conseil, la trame de l’exposition est clairement définie. Son ouverture est fixée au 1er juillet et sa clôture au 30 septembre. Y seront conviées l’industrie, l’agriculture, les beaux-arts, l’horticulture de tous les départements de France, l’Algérie et les Colonies

La décision définitive n’est réellement prise que lors de la séance du conseil municipal du 3 août 1860, l’administration ayant dû attendre la réponse du Ministre quant à une éventuelle exposition universelle de Paris en 1861. L’exposition nationale est donc bel et bien confirmée pour Nantes cette même année, les délibérations précédentes maintenues et les plans et devis approuvés.

 

 

En septembre 1860, les premières phases nécessaires à la réalisation du projet sont mises à exécution. L’administration municipale réduit la commission d'organisation à 12 membres. Désormais, le Comité d’Action, prend la tête des opérations.

 

Archives municipales de Nantes - mars 2011