> François-Pierre LEGLAS-MAURICE

François-Pierre Leglas-Maurice est né à Nantes le 9 janvier 1821. Il occupe à la ville successivement diverses fonctions prestigieuses :
Conseiller, vice-président et président des Prud’hommes de Nantes de 1855 à 1888.
Conseiller municipal de la ville de 1860 à 1871.
Membre de la Chambre de commerce de 1886 à 1895.

La maison Leglas-Maurice existe à Nantes depuis1792. François-Pierre Leglas-Maurice en prend la direction en 1848. Financièrement, la maison se trouve alors en difficulté. L’incendie des ateliers en 1857 la fragilise encore. François-Pierre Leglas-Maurice réussit néanmoins à force de travail et de persévérance à redresser la situation : au moment de l’exposition la maison réalise plus d’un million de francs de chiffre d’affaire par an, quand celui-ci n’était que de 250 mille francs les années précédant la reprise. Son établissement comprend l’industrie complète de l’ameublement. Ses ateliers occupent deux maisons, dont l’une fait face à la rue Saint-Jean et l’autre à la rue Garde-Dieu, au n°7. Ces ateliers abritent désormais au 15 rue Leglas-Maurice l’institut Ozanam pour la formation des maîtres de l’enseignement diocésain. Ces deux maisons forment trois grands corps de bâtiments à quatre étages dans lesquels est distribué le travail. Les magasins sont situés 9, rue de Briord, dont l'entrée se situe à l'emplacement actuel de l'entrée du personnel des Galeries Lafayette.

Lors de l’exposition, Leglas-Maurice explique au jury le fonctionnement de son établissement. Cette description est un témoignage intéressant sur le fonctionnement d’une usine à cette époque et les principes qui la régissent. Il explique d’abord le fonctionnement général de l’usine puis plus particulièrement la marche au sein des ateliers.

Leglas-Maurice s’est d’abord fixé comme objectif d’« instaurer une bonne organisation dans ses ateliers en vue de moraliser l’ouvrier et d’obtenir une excellente fabrication ». Un règlement affiché dans chacun des ateliers est strictement appliqué par les 300 ouvriers que compte alors l’usine. Une caisse de secours a été instituée dans la maison et chaque ouvrier acquiert en entrant le droit d’être aidé par elle en cas d’accident ou de maladie et le perd dès qu’il quitte définitivement l’usine. Leglas-Maurice note que ses ouvriers quittent rarement sa maison et la servent pour la plupart depuis de nombreuses années : ils y sont employés très jeunes puis s’y spécialisent et gravissent les échelons : chacun des ateliers compte un certain nombre d’apprentis, presque tous fils des ouvriers de la maison. Par exemple, dans l’atelier d’ébénisterie, il a formé un atelier spécial sous la direction de deux maîtres ouvriers qui emploie toujours au moins dix apprentis recevant les éléments pratiques de l’ébénisterie. Il en est sorti un certain nombre qui sont devenus d’excellents ouvriers, employés dans la maison, ou dans d’autres établissements de la ville. Pour Leglas-Maurice, ses apprentis « concourent à donner à l’industrie nantaise le caractère de perfection auquel elle s’élève chaque jour ». Les ateliers sont surveillés par un directeur qui tient en même temps la comptabilité de la maison. C’est à lui que sont transmis les ordres en provenance de la rue de Briord.

La menuiserie pour les fauteuils et pour les sièges nécessite un grand nombre d’ouvriers en raison du détail des pièces à travailler et de la quantité de ces objets demandés pour l’ameublement. Plus de trente ouvriers sont employés à cette tâche, dont 6 exécutant les moulures pour les sièges ornementés. Ils sont tous sous la direction d’un contremaître entré dans la maison à l’âge de 16 ans et qui a, à l’époque de l’exposition, 29 ans de service.

L’ornementation des poteries, des baldaquins, des galeries, des croisées exploitée ordinairement par des marchands d’ornement de bronze et de quincaillerie est faite dans les propres ateliers de Leglas-Maurice. Ainsi, pour tous les objets d’ameublement il n’a que les matières brutes à apporter de l’extérieur : la marbrerie, la serrurerie se font chez lui. Les marbres sont apportés à l’état brut puis découpés, sciés, taillés, polis. Toutes les pièces en fer ou en acier y sont forgées, travaillées. La dorure des cadres de glaces et des meubles occupe 20 ouvriers. Plusieurs d’entre eux ont acquis une grande habileté dans le montage et dans la composition des ornements. Ils exécutent chaque jour les modèles les plus difficiles et souvent en composent de nouveaux à l’aide des éléments que renferme la collection des modèles de l'industriel.

Toutes les glaces sont étamées dans cette maison.

La partie dédiée aux travaux de tapisserie occupe 50 ouvriers et ouvrières et comprend aussi la confection des matelas. Elle est dirigée par un contremaître présent depuis 40 ans.

Une fois sortis des ateliers les meubles sont envoyés dans les magasins de la rue de Briord où différentes galeries reçoivent les meubles de luxe des différents styles et les meubles les plus simples, tous fabriqués avec le même soin. Là se trouvent aussi des dépôts considérables de tapis, de tentures, d’articles de tapisserie de toutes sortes. Il y a continuellement des assortiments considérables de marchandises représentant plusieurs centaines de milliers de francs.

L’innovation principale de la maison Leglas-Maurice réside dans la collection de modèles conservés à l’usine. La conservation des modèles, par exemple pour les sculptures sur bois permet des les reproduire en pâte pour les appartements moins luxueux, de telle sorte que de véritables objets d’arts se trouvent ainsi à la portée de toute les fortunes.

A l’exposition, la maison, participant au concours pour les meubles de luxe, présente divers modèles de meubles, dont certains ouvrages aux divers stades de leur production, mis en scène dans un cadre de vie reconstitué spécialement pour l’occasion : on trouve ainsi une anti-chambre aux meubles en chêne incrustés de découpures, un salon de compagnie style Louis XVI avec des sièges en bois doré et sculpté, rehaussés de médaillons peints sur porcelaine, une salle à manger en noyer sculpté avec des incrustations en marbre vert, un cabinet de bibliothèque imitation vieux bois, une chambre d’homme en palissandre et thuya, une chambre de jeune homme composée de meubles simples en noyer. Une « chambre à offrir », un boudoir, une chambre de dame et une chambre de jeune fille style Louis XV, rehaussée de bronzes dorés, de boiseries ornées de sculptures recouvertes de blanc pour la chambre de dame et en bois noir pour celle de jeune fille, complètent cette exposition.

Avec la chambre de campagne toute entière en noyer, Leglas-Maurice présente un modèle de l’ébénisterie à bon marché, autre innovation de la maison. Il désire ainsi montrer que l’industrie de ses meubles en province peut lutter avec l'industrie telle qu’elle est pratiquée à Paris : « Nos meubles sont montés avec plus de soin, sont mieux finis, plus complets en détails que ceux qui sortent des ateliers du faubourg Saint-Antoine. La raison en est simple : l’ouvrier de Paris est exploité par le commissionnaire. Chez moi, il est employé toute l’année, il ne craint aucun risque de chômage, par suite il tient à sa position, reste assidu au travail et se moralise. Le grand nombre des ouvriers qui sont demeurés depuis de longues années en sont la preuve. L’industrie des meubles de luxe est évidemment moins fructueuse en province qu’à Paris. ». Il explique encore : « L’écoulement des objets de cette fabrication (à bon marché) est lent. Il présente des difficultés. Un grand nombre reste longtemps en magasin. Il faut donner un véritable amour de l’art pour les faire exécuter sans en avoir par avance le placement. » Pourtant, Leglas-Maurice n’a pas hésité à le faire pour placer l’industrie nantaise au premier rang. C’est pourquoi, dans son rapport, le président du jury d’examen demande au Comité d’action de lui décerner la médaille d’honneur. En 1878, il sera d’ailleurs fait chevalier de la Légion d’honneur pour la perfection de ses produits et leurs prix modérés, malgré des prix de main-d’œuvre rémunérateurs.

En plus de son exposition, Leglas-Maurice a aménagé l’ensemble de la galerie de l’Impératrice. Ses ouvrages ont été loués par la municipalité jusqu’à la fin de la manifestation pour l’ameublement des différents bâtiments, notamment une antichambre, le secrétariat, le cabinet du secrétaire, le bureau de M. Arnous-Rivière, la salle du comité, la salle des jurys, le bâtiment des beaux-arts, et certaines pièces pour le jardin de l’horticulture. De même, ses services ont été retenus pour la création des différents éléments tels que les parures et ornements ayant servis à agrémenter les différentes fêtes, pour les chevaux de la cavalcade par exemple.

Beaucoup plus tard la maison Leglas-Maurice s’illustrera dans les décors et l'agencement pour les paquebots des chantiers de Penhoët (ancien chantier ayant fusionné en 1955 avec les Ateliers et Chantiers de la Loire pour donner les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire) notamment le Normandie.

La maison obtiendra encore de nombreux prix prestigieux :
Médaille d’or à l’exposition universelle Paris1878
Membre du jury pour l’exposition universelle Paris 1889
Grand prix de Paris en 1900
Grand prix de Milan en 1907
Grand prix de Bordeaux en 1908
Grand prix de Bruxelles en 1911

 

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