L'organisation

 

 

> Le comité d'action : groupe moteur de l'organisation

Le Comité d’action constitué à la fin de l’année 1860 est composé de douze membres :

- Henri Chevreau, conseiller d’Etat, préfet de Loire-Inférieure, président d’honneur,
- Ferdinand Favre, sénateur-maire, ou représenté par l’un de ses adjoints, président,
- Olivier de Sesmaisons, propriétaire, président de la société académique de Nantes et Pitre Fruchard, négociant, président de la Chambre de commerce, vice-présidents,
- Adolphe Bobierre, chimiste, officier de l’Instruction publique, membre de la société académique et Joseph-Auguste Laurant, ancien imprimeur et libraire, membre de la société académique, de la société industrielle, et président du Comité de secours mutuels de cette société, secrétaires,
- Jean-Simon Voruz, fondeur-mécanicien, membre de la société académique, et de la société industrielle, député au Corps législatif,
- Jean-Charles Renoul, négociant, membre de la société académique, vice-président de la société industrielle, conseiller général et conseiller municipal,
- Louis Couprie, avocat, président de la société d’horticulture et conseiller municipal,
- François-Frédéric Huette, propriétaire, membre de la société académique, conseiller municipal,
- Joseph-Fleury Chenantais, architecte, membre de la société académique, conseiller municipal,
- Edmond Doré, propriétaire, membre de la société industrielle, conseiller municipal,
- Philbert Doré, président de la Commission du Musée de peinture,
- Vincent Gâche, constructeur-mécanicien, membre de la société académique.

S’ajoute à ces douze membres William-Henry Arnous-Rivière, propriétaire, adjoint au maire, dont les pouvoirs spéciaux permettent de donner un caractère régulier et officiel aux délibérations.

Un secrétaire, Fradin est nommé pour consigner les procès-verbaux des séances du Comité en vue de réaliser un futur document conservant les traces de l'énorme travail effectué par ses membres et pour diffuser auprès des journaux les décisions importantes.

Pour la plupart, les membres du Comité d’action faisaient déjà partie de la commission chargée de mener à bien le projet d’exposition et sont donc investis depuis le début dans cette aventure. Le Comité d’action est chargé de diriger l’exposition. De la surveillance intérieure (en lien avec l’administration et le commissariat central de police) aux tenues du personnel, ils sont garants de la gestion pour toute l’exposition. Aussi, chacun se voit confier une mission spéciale et notamment attribuer l'intendance pour un groupe de produits particuliers qu'il doit réceptionner, placer... Chaque membre a un pouvoir complet sur le classement des objets de sa spécialité. A l'ouverture de l'exposition, chacun des membres doit indiquer aux exposants de son groupe les jours et heures pendant lesquels il sera à leur disposition pour répondre à toute demande et réclamation et faire appliquer le règlement. Ces indications sont mentionnées sur un panneau dans le bâtiment principal de l'exposition industrielle.

Ils ont de même chacun la gestion de tâches particulières relevant de leur spécialité professionnelle : ainsi Chenantais se voit confier la surveillance des travaux pour toutes les structures en étroite collaboration avec Henri Driollet, l'architecte voyer en chef. Gâche quant à lui se charge de tout ce qui concerne les machines, de leur placement à leur fonctionnement. Il conçoit par exemple les dessins et l'installation de la transmission de mouvement qui doit être placée dans le bâtiment principal, de la chaudière à vapeur et de ses accessoires qui se trouveront dans la grande nef. Son enthousiasme quant à l'installation des produits de cette catégorie occasionnera des plaintes lors des différentes séances du Comité de la part des autres membres se trouvant envahis par ce matériel si imposant. Son collègue Voruz met à disposition une grue roulante d'une charge de 400 kg pour faciliter le travail de ses collègues.
Pendant ce temps, Arnous-Rivière effectue un voyage à Metz et Châlons dont les expositions ont lieu au même moment pour jauger de leur réussite. Il les juge bien plus ordinaires que celle de sa ville. Gâche effectue lui-aussi un voyage, à Paris cette fois, pour trouver des relais à l’exposition.

En plus de la gestion des exposants extérieurs, le Comité d'action assure le rôle de Comité départemental pour la Loire-Inférieure et doit, dans ce cadre, traiter les demandes de nombreux exposants.

Le Comité d'action est donc relayé à Paris par deux correspondants : Damourette, pour la partie industrielle, et le peintre O. Merson, correspondant pour la partie des beaux-arts, chargé de faire le lien avec les journaux de la capitale pour assurer la publicité de l'exposition et convaincre les artistes de renom de sa connaissance de se présenter lors de l'évènement. Ces deux hommes doivent chaque mercredi adresser un rapport sur l'avancée du travail du Comité de la Seine dans le traitement des demandes des exposants parisiens, la venue en nombre de ceux-ci étant particulièrement espérée à Nantes.

Les membres du Comité sont identifiables à l'exposition grâce à leur insigne émaillée, surmontée d'une couronne murale (correspondant à la représentation de la forteresse sur le blason de Nantes) et entourée d'une couronne en strass, montée sur argent fin que chaque membre a la possibilité de se procurer par ses propres moyens.

 

Tous les jours deux membres de la commission doivent être présents dans les salles pour ce qui concerne la vente des produits et au moins un membre pour la surveillance du service doit assister à l’ouverture et à la fermeture.

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> La mise en place d'une politique de communication

Pour promouvoir l'exposition, le Comité d'action utilise tous les relais dont il dispose au niveau national. Insertion dans les journaux du gouvernement, le Moniteur et le Constitutionnel, du programme et d’une note pour «préparer les esprits» et «exciter l’attention» ainsi qu’une demande similaire à tous les Préfets des départements. Des tracts et des programmes sont également adressés aux maires des autres villes pour diffuser l'information à un public le plus large possible.

La politique de promotion se poursuit ensuite auprès des possibles exposants même. Un premier prospectus daté de novembre 1860 fait état d'un nouveau mode d'organisation des jurys décernant les récompenses, inédit en France et en profite pour vanter le dynamisme de Nantes et de la Bretagne.

Un nouvel avis d’exposition diffusé en 1861, durant les mois précédant
l'ouverture, fait part des facilités accordées aux exposants notamment avec la prise en charge par la ville du retour des produits récompensés. Le Comité d'action profite une nouvelle fois de ce tract pour véhiculer l'image de la puissance de Nantes : une population nombreuse et encore augmentée des visiteurs affluant dans la région, dont la ville est devenue une étape obligée, une situation territoriale et maritime de premier choix pour le commerce.


En plus des efforts fournis par la ville concernant les frais de transport pour le retour des produits récompensés, le maire obtient du directeur général des Postes qu'il accorde la franchise des lettres et paquets aux fonctionnaires et industriels de la France et des colonies pour la fin de l'année 1860 et toute l'année 1861.

Au début de l'année, une circulaire datée du 20 janvier est envoyée à tous les industriels et agriculteurs de France et des colonies par les secrétaires du comité, A. Bobierre et A. Laurant. Cette circulaire, la plus importante de la politique de communication mise en place par le Comité d'action, vante une nouvelle fois les facilités financières et matérielles accordées spécialement aux exposants, la toute nouvelle réforme des jurys pour plus de justice dans les concours, la puissance industrielle et maritime de Nantes, son influence comme centre d’affaires sur le bassin de la Loire, la Vendée et la Bretagne et son rôle comme grande place du commerce international.

Une circulaire différente est adressée aux artistes conviés à l'exposition des beaux-arts, annonçant l'ouverture de l'exposition spéciale qui leur sera dédiée au même moment que celle de l'industrie. Promesse leur est faite que le succès sera au rendez-vous comme pour les manifestations de grande valeur déjà organisées par le passé, et surtout, l'acquisition par la ville et le musée de peinture d'un grand nombre d’œuvres.

 

Enfin, le 8 mai 1861, l'annonce du patronage de l'Impératrice Eugénie crée l'émotion. Le soutien qu'elle offre ainsi à l'évènement constitue l'ultime gage de son importance et achève de convaincre les exposants de concourir à Nantes.

 

Le livre de l’exposition réalisé à la fin de la manifestation par l'imprimeur Dentu offre à voir, sur la couverture rouge, un motif gravé en doré représentant deux médaillons disposés côte à côte et unis par un trait. Dans le médaillon de gauche figure le portrait de l’Impératrice et dans celui de droite, les armes de la ville de Nantes, entourées de la mention «Exposition Nationale de Nantes 1861». Ces médaillons liés symbolisent à la fois l’allégeance de la ville à l’empire et le soutien du pouvoir central offert par l'éminent patronage à la cité.


La publicité est aussi organisée en ville grâce au relais des différents journaux annonçant l'exposition et aux affiches diffusées dans Nantes.

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> Les batiments de l'exposition

La réalisation

Après avoir choisi l’emplacement de l’exposition, le Comité d’action confie la réalisation des différentes structures à l’architecte-voyer en chef de la ville, Driollet. Il est assisté dans ses travaux par Huette fils, architecte-dessinateur, et par un architecte-mécanicien.

Il convient d'abord d'élaborer un plan d’ensemble. Une première ébauche présentée au Comité d'action est rejetée, jugée trop chère et peut-être d'une taille excessive par rapport au nombre de produits attendus. Pourtant, au vu de la quantité importante de réponses positives, les bâtiments s'avèrent vite trop exigus. Pour comparaison, pour la partie française à l'Exposition Universelle de Paris en 1855, un exposant occupait environ 2 m² de surface, contre une demande de 10 m² pour l'exposition de Nantes. Le budget est finalement revu sans cesse à la hausse par le Comité d'action et voté par le Conseil municipal. Il passe ainsi de 171 000 francs à 201 000 francs, puis à 230 000 francs et enfin à 280 000 francs. Les plans sont finalement validés par le préfet de Loire-Inférieure, et le Conseil municipal. Pour gagner de la place, il est décidé d'installer les annexes sur une partie de l'espace dédié au chantier de la cathédrale alors en travaux.

Subdivisions surfaces totales occupées par les exposants moyenne de la surface horizontale par exposant
Industrie et agriculture 17.315 m2 8 m 65
Beaux-arts 458 m2 1 m 02
Horticulture 11802 m2 97 m 65

L'adjudication des travaux se fait selon trois lots :
- La maçonnerie, plâtrerie, terrassement, charpenterie et serrurerie sont réalisées par l'entreprise Josse et Doury, charpentiers.
- La menuiserie, peinture, vitrerie, tapisserie, tenture par la maison Marchand et Compagnie.
- Enfin, la couverture, plomberie, asphaltage par l'entreprise Hamon, plombier, couvreur.
Au nombre des sous-traitants, on compte pour la décoration sur François-Eugène Denis, peintre sur verre nantais, et son maître Picou et le tapissier François-Pierre Leglas-Maurice auxquels M. Bernier, décorateur du théâtre Graslin, et son équipe apportent leur concours pour leur dispenser des conseils avisés.

Non seulement chargé de l'élaboration des bâtiments, Driollet passe aussi commande pour ce qui concerne les différents moyens d’exposition : tables, tréteaux, gradins en étagères, vitrines... organise le stockage des colis, la protection des produits du soleil par des toiles tendues au-dessus des meubles… L'aménagement de chaque emplacement est cependant laissé aux soins de chaque exposant qui a la possibilité pour cela de percer, couper, trancher pour peaufiner son installation. Les frais d’emballage, de montage, les clôtures, barrières, divisions entre produits, sont eux aussi laissés aux soins des exposants. Toutes ces installations doivent s’effectuer sous la surveillance du Comité d’action qui détermine la hauteur, la forme des devantures, des étalages, la couleur des peintures, les choix des tentures et draperies…

Les bâtiments de l’exposition sont réalisés en bois et non en dur comme pour les grandes expositions universelles. Leur nature fragile les expose aux risques d’incendie et fera regretter que l’exposition n’ait pas été installée dans des bâtiments déjà existants qui auraient pu resservir par la suite. Elie Remignard, écrivant pour le compte du journal Le Phare de la Loire et offrant une description des bâtiments aux cours de ses visites qu’il rapporte au lecteur, évoque des « cases », « d’éphémères panthéons ».

Coup d’œil général

L’exposition doit se tenir sur la place Duchesse-Anne et les cours Saint-Pierre et Saint-André, dans l’espace compris entre les bords de la Loire et les rives de l’Erdre, sur toute la largeur des cours. Seule la place Louis XVI est laissée à la circulation. Les bâtiments doivent permettre les échanges directs avec la ville. Il est prévu que les cours soient fermés à la promenade publique, leur destination habituelle, le temps de l’exposition même et des installations pendant six mois ou plus.

(cliquez sur les différentes zones colorées pour accéder à leurs descriptions)


Les autres structures :

D’autres installations, plus modestes, ont trouvé leur place sur les cours. Notamment le café chantant de M. Chevalier qui a été réquisitionné en quelques sortes par la municipalité qui fixe tous les aménagements à y apporter. Celui-ci est transformé en restaurant à l’usage de la bonne société, majoritaire à l’exposition, dont les prix sont fixés par la municipalité. Toute la décoration doit être refaite par son propriétaire pour donner la réplique à celle des bâtiments de l’exposition. La carte est revue pour correspondre au bon goût de l’époque. Les concerts et artistes sont exclus de ce lieu pour toute la durée de la manifestation.

 

Le débit de boissons pour la vente de sirops et de bières de M. Chereau, un pavillon d’information sur le récent « office du logement » tenu par M. Répoix et deux petits magasins destinés à la mise en vente d’articles de Paris et de coquillages tenus pas M. Borgogno, marchand au Passage Pommeraye, complètent le décor. A la demande de M. Cuissart, des « banquistes » (jongleurs, mimes, illusionnistes, montreurs d'animaux et de marionnettes…) sont également installés le temps de l’exposition.

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> Etre exposant à Nantes en 1861

Le règlement général de l’exposition est approuvé en novembre 1860. Joint à la circulaire du 20 janvier, il est déposé dans chaque préfecture à destination des éventuels intéressés, puis diffusé à l’exposition. Nous en détaillerons ici les principaux points. Vous pourrez découvrir pour le reste le règlement dans son intégralité à la fin de ce dossier.

Dans chaque chef-lieu de département, un comité nommé par le préfet se fait le relais du Comité d’action de Nantes. Ce Comité départemental est chargé de statuer sur l’admission des produits industriels présentés. Au 1er mai, chaque Comité départemental doit avoir informé le Comité d’action du nombre présumé des exposants de sa circonscription, de la nature des produits et de l’espace nécessaire pour que celui-ci dresse un plan d’après lequel le Comité départemental doit subdiviser l’espace entre ses exposants. Les différents comités adressent enfin la liste des exposants admis avec leurs noms, prénoms (ou raison sociale), profession, domicile ou résidence, à Nantes.

> Quelques exposants nantais :

> Quelques exposants non-nantais :

> Quelques exposants envoyés par différents comités départementaux :

 

Chaque industriel doit alors fournir avant l’envoi de ses produits le tracé de la configuration extérieure en plan de chaque machine ou de chaque ensemble d’objets et indiquer le poids, la hauteur de la partie la plus élevée pour permettre le placement des objets à l’exposition. Une note résumant les avantages, le caractère novateur et les éventuels brevets de son produit doit être jointe aux différents documents. Des aménagements spéciaux sont prévus pour les produits plus imposants que la moyenne et pour lesquels des fondations sont à creuser ou nécessitant l’emploi de grandes quantité d’eau, que les industriels déclarent à l’inscription et réalisent par leur propres moyens. Les objets qui ne pourraient être exposés par leur taille réellement trop importante seront représentés par des dessins précis à l'exposition.

Une fois toutes les formalités administratives accomplies, les différents comités envoient les produits de leur circonscription accompagnés d’un bulletin d’admission, avec la nomenclature et le poids des colis.

Le transport est pris en charge par la municipalité pour l’aller. Les colis sont remis aux chefs de gares et de stations de chemin de fer et acheminés par le rail ou par camion à destination du bureau de classement sur le cours Saint-Pierre où ils sont réceptionnés. Pour remercier les chefs de gare et leur personnel de leurs services des billets gratuits pour l'exposition leur sont accordés.

Certains exposants peu scrupuleux profitent des facilités qui sont accordées par les chemins de fer pour convoyer certaines de leurs marchandises destinées à être vendues à Nantes sous le faux prétexte de les amener à l'exposition !

Pour ce qui concerne les colonies, la prise en charge des produits est faite par le Ministère de la Marine. Son comité réceptionne les colis à Paris, puis les fait parvenir à un correspondant à l’exposition de Nantes. Selon le Ministère, ceux-ci n’occuperont qu’une surface de 50 m² environ, puisque l’exposition de Metz se déroulant au même moment draine déjà par son importance l’essentiel des produits coloniaux à exposer, notamment ceux de l’Algérie avec laquelle la ville entretien des relations privilégiées. L’Algérie, dont les produits sont traités à part des colonies et dont la présence n’était pas assurée à l’exposition au début de cette entreprise. Mercereau, négociant aux Folies-Chailloux, s’occupe de l’installation des produits des colonies à Nantes.

Au 1er juin, tous les produits doivent être, en principe, arrivés à Nantes, avec une dérogation spéciale pour les plus fragiles et ceux de l’horticulture, pour lesquels une prolongation jusqu’au 15 juin est accordée.

Le Comité d’action indique alors aux exposants les places qui leur sont assignées. Ceux-ci peuvent être représentés par leurs employés ou par des entrepreneurs désignés par le Comité et mis à leur disposition, comme par exemple Messieurs Vallée et Leroux.

L’exposition est ouverte dès 8h aux exposants pour la partie qui les concerne et au personnel de l’exposition. Une entrée spécifique leur est réservée.
Un service de surveillance des produits est assuré par le personnel engagé par le Comité d’action ou de l’exposant même.

La vente directe et le démarchage à l’exposition sont interdits. Seule la publicité et l’annonce des prix des produits sont acceptées en accord avec le Comité. Le retrait des objets se fait alors à la fin de l’exposition seulement.

Chaque personne œuvrant pour l’exposition dispose d’une carte spécifique permettant d’identifier le rôle de chacun :
- Blanche pour les exposants
- Violette pour leurs représentants
- Verte pour les gens de service
- Jaune pour les employés

Comme toute manifestation de grande ampleur, l’exposition nationale de Nantes n’est pas exempte de conflits. Le système de carte donne ainsi lieu à un contentieux entre les exposants et l’administration municipale : Le 13 juillet une pétition est adressée au Maire par différents exposants concernant le refus d’accorder une carte à tous les membres d’une même maison. Le 16 juillet les exposants semblent avoir obtenu gain de cause, pourtant l’administration décide de n’accorder une carte qu’à ceux dont le nom figure dans la raison sociale, alors que certaines maisons ont été rachetées et conservent leur ancien nom. Certains anciens propriétaires sont aussi tout simplement décédés. Ce conflit, relayé par les journaux, semble avoir fait grand bruit lors de l’exposition.

Les installations ne sont pas prêtes à temps pour l’ouverture le 1er juillet. Les exposants n’ont pas encore tous terminé la mise en place de leurs produits, qui ne sont pas toujours arrivés. La classification des produits s’avèrent un véritable casse-tête, certains exposants ne venant finalement pas mais étant remplacés par d’autres n’ayant pas les mêmes besoins en terme de place. Le Comité d’action n’a pas encore fini de traiter les demandes, si nombreuses, et parfois tardives. Certains exposants s'impatientent d'ailleurs de ne pas avoir encore obtenu de réponses à leur demande de participation et à leurs questions sur les installations prévues. Un industriel parisien, M. Péoule alerte d'ailleurs le Comité sur le risque de voir certains exposants intéressants préférer Metz pour l'exposition de leurs produits. Les bâtiments mêmes ne sont pas achevés.

Finalement, l’installation des produits se fait en 15 jours avec une vigueur d’exécution et une impulsion incroyable. L’exposition ressemble à une «une véritable fourmilière» où «chacun n’était attentif qu’à son propre travail. Le bruit des marteaux, des scies, des travailleurs, s’ajoutait à celui des chevaux, des camions. Une masse compacte et confuse de gens circulait dans tous les sens».

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UNE ORGANISATION DES JURYS NOVATRICE

Pour son exposition, le Comité d’action innove en matière d’organisation des jurys. En effet, pour plus d’indépendance, de justice et pour favoriser l’esprit novateur et le mérite modeste, un jury à deux degrés est mis en place. Un système d’enquête et de jugement doit être mis pour la première fois à l’épreuve.

Pour chaque groupe de produits et pour chacune des classes de ce groupe, un Jury d’examen est chargé d’effectuer une enquête contradictoire en trois temps : d’abord lors de la phase d’information, les produits sont présentés par les exposants (fabrication, prix, avantages, perfectionnements). Puis une discussion a lieu, au cours de laquelle les concurrents de la classe dont ils ressortent débattent du produit en l’absence de l’exposant impliqué. Enfin, l’appréciation définitive est laissée aux membres du jury concernant le nombre et l’ordre ou le degré des récompenses à accorder.

La liste des récompenses à proposer est ensuite remise au Jury des récompenses, qui s’appuie sur l’enquête pour statuer définitivement. Le Jury des récompenses est constitué des présidents et des différents jurys d’examen et des membres du Comité d’action. Les récompenses proposées peuvent toutes être attribuées ou seulement en partie. Si un doute survient à l’occasion d’une critique d’un concurrent notamment, un nouvel examen de l’objet peut avoir lieu.

Les membres des jurys sont reconnaissables à leur ruban surmonté d'une étoile en strass.


L’ACCUEIL DU PUBLIC

Horaires :

L’exposition est ouverte tous les jours de 10h à 17h.
Les mardis et jeudis, l’exposition est fermée à 16h et rouverte de 17h à 20h, pendant les mois de juillet et août.

Tarifs en journée :

Pour chaque galerie :

Lundi, mardi, mercredi, jeudi, samedi : 50 centimes
Vendredi : 1 franc
Dimanche : 25 centimes

Tarifs en soirée :

Mardi et jeudi de 17h à 20h : 1 franc

Des entrées peuvent être retirées dans les débits de tabacs et bureaux de l'exposition pour inciter les visiteurs à y inviter leurs connaissances.

Des abonnements personnels de 20 francs pour toute la durée de l’exposition sont également délivrés aux plus aisés. Ceux-ci permettent l’accès libre par une entrée distincte aux deux galeries et au jardin, à l’exclusion des concerts du soir. Ces abonnements, identifiés par une carte de couleur rose, sont personnels et consignés dans un livre spécial destiné à recevoir la signature de l’abonné à chacun de ses passages. Les abonnements sont à disposition dans les principaux cafés et envoyés aux cercles de la ville.

On note que les prix d’entrée sont plus élevés qu’à l’exposition de Paris de 1855 où, pour la première fois, un droit d’entrée avait été institué. Jusque-là, la gratuité était de rigueur, les expositions étant considérées essentielles pour leur rôle pédagogique. Les tarifs relativement élevés de l’exposition sont déplorés par bon nombre de personnes dont Elie Remignard se fait le porte-parole, parlant de la façade de l’exposition «qu’un public nombreux aura pour tout spectacle et devant laquelle vont rester braqués tant d’yeux affamés d’une curiosité qui ne devra pas être satisfaite», ou encore sur le prix de l’exposition «le prix le plus bas atteint encore presque celui d’un kilogramme de pain». Ce qui pour lui amène à «priver la classe ouvrière de la vue de ses propres œuvres».

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ORGANISER LE QUOTIDIEN ET ASSURER LA SECURITE :
LES AMENAGEMENTS SPECIAUX

« L’ordre le plus parfait n’a cessé de régner au milieu de ces flots de population qui se portaient tantôt sur un point tantôt sur un autre. »

Le quotidien des Nantais bouleversé

Une manifestation de l’ampleur de l’Exposition Nationale ne pouvait se faire sans aménagements spécifiques avec l’afflux de population attirée par un tel évènement. Aussi durant les quelques mois d’installation et d’exposition, les Nantais du quartier virent leur quotidien bouleversé.

Dès le 25 mai, le marché aux légumes de la place Duchesse-Anne est déplacé devant la gare du chemin de fer, entre la voie ferrée et le quai Richebourg, pour laisser la place aux machines agricoles. Chaque matin le marché doit être terminé à 6h du matin.

Le 30 mai une lettre du général Marion de Beaulieu et de Madame veuve Bretonnière fait part au maire des problèmes induits par le barrage de la rue Prémion qui dessert une partie du quartier Saint-Clément, la rue Félix, la rue Richebourg et le quai de la gare. Le maire prend note de cette demande mais n'y donne pas suite.
Le 3 juin, une nouvelle lettre du général expose cette fois les réclamations des locataires des boutiques de la rue Prémion. Pour appuyer sa démarche, le 5 juin une pétition des riverains est soumise au maire. Ils y expliquent que leurs magasins y sont installés depuis de nombreuses années car la rue est très fréquentée et la circulation y est libre et facile. Mais par suite de la clôture de la rue et de la place de la Duchesse-Anne, la circulation y a été interdite et se révèle impossible pour eux-mêmes et leurs clients. Ils se trouvent ainsi privés de leurs avantages, renfermés dans une impasse pendant 5 mois au moins. Le préjudice causé au commerce et à l'industrie leur est d'autant plus difficile à accepter que les riverains payent patentes en tant que marchands, l'impôt sur les portes et les fenêtres et le droit de voirie.
Le 8 juin, en réponse, le maire, invoquant l'intérêt général refuse d'accepter que l'exposition soit coupée en deux ce qui se révèlerait trop dangereux pour les visiteurs à cause des voitures et chevaux. Il explique que la situation de la place Louis XVI est très différente, la place étant assez vaste pour permettre la circulation. Le maire estime enfin que les riverains seront largement dédommagés grâce aux visiteurs étrangers nombreux à l'exposition qui se baladeront dans les différents quartiers.
Le 13 juin, une seconde pétition est adressée au maire par les riverains de la rue Prémion, dans laquelle ils font la demande de l'aménagement d'un simple passage ou d'une indemnisation. En effet, le barrage de la rue Prémion se révèle un vrai handicap pour les maraîchers, laitiers, ouvriers d'usine de chez Renaud et Lotz, les vendeuses de fruits et légumes qui venaient de faire leurs acquisitions, les habitants du quartier Richebourg et les voyageurs allant au chemin de fer passant par là pour aller et venir de la ville à la place du Bouffay, Sainte-Croix et la place du Pilori. Ils sont maintenant obligés de longer les quais de la voie ferrée du chemin de fer d’Orléans ou de passer par la haute grande rue. Cette pétition offre un tableau du quartier qui comprend parmi ses commerçants, des marchands, un photographe, un coiffeur, un cafetier, un relieur, un cordonnier, un tourneur sur bois, divers débitants de boissons...
Enfin, le 21 juin le maire accorde un passage le long du château aux riverains, l'exposition retardée laissant le temps d'effectuer les aménagements.

Le stationnement des voitures aux abords de l’exposition est aussi organisé pour assurer un roulement permanent et une fluidité pour éviter l’encombrer de la place Louis XVI. Les voitures doivent ainsi stationner devant certains numéros de la place Louis XVI et dans la rue Sully.

Assurer la sécurité

Pour assurer la sécurité au sein de l’exposition, le maire fait appel au chef de bataillon des sapeurs-pompiers pour effectuer un service permanent au sein de l’édifice : un service gratuit avec un poste de 5 hommes dont un sergent se relaient 24 heures sur 24 et sont relevés à midi. Deux hommes sont toujours présents. Une pièce garnie de hamacs leur est dédiée. Deux billets d'entrée seront donnés à chaque pompier pour se « délasser » après leur service.

Le général de division, commandant la 15e division militaire accorde aussi le détachement de quinze de ses hommes.

Enfin, un service extraordinaire est également assuré par les sergents de ville.

Une description des gardiens des galeries nous est donnée avec un aperçu de leur tenue : Casquette à bordure rouge, blouse en laine bleue à passepoils rouges avec œillet rabattu, ceinturon de cuir noir avec plaque de cuivre et pantalon de coutil gris.

 

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Archives municipales de Nantes - mars 2011