> Vincent Gâche

Né le 24 juillet 1803 à Nantes, Vincent Gâche aurait, dit-on, découvert sa vocation de mécanicien en observant par-dessus le mur du jardin familial les machines et appareils à vapeur de toutes sortes que son voisin, Philémon Mesnil, l’un des plus anciens constructeurs nantais, fabriquait. Le jeune Vincent Gâche suit les cours à l’école publique et gratuite de dessin. Brillant élève et autodidacte, c’est seul qu’il étudie la mécanique. En 1829, il est fait mention de son association avec Armand Guibert, un des fils du constructeur, pour armer un bateau à vapeur sur l’Erdre. Puis, en 1830, il fonde un atelier de machines à vapeur pour la navigation fluviale, à son compte, 49 rue de Vertais, quartier industrieux et populaire, sur la ligne des ponts qui conduit à Rezé. Jusqu’ici, les constructeurs étaient tributaires de l’industrie étrangère pour la propulsion des bateaux de Loire. En 1835, Gâche équipe lui-même un bateau lancé par Guibert d’une machine à haute pression. Il est aussi le premier à fournir la construction en France des machines à transmission directe pour les navires de l’Etat.

C’est à cette époque que Vincent Gâche fait la connaissance du marquis de La Rochejaquelein. Celui-ci se passionne pour la navigation en Haute-Loire et recherche des solutions pour y améliorer la navigation. En effet, les rivières y sont peu profondes et impraticables à certaines périodes de l’année à cause d’un niveau des eaux trop bas et, surtout, il n’existe pas de moyens pour naviguer rapidement et facilement entre les différentes villes riveraines. Or, la communication entre ces villes se fait de plus en plus pressante. Un autre problème se pose à la navigation : la peur des accidents avec l’explosion des chaudières des premiers bateaux à vapeur due à une trop haute pression. Aussi, le marquis s’intéresse-t-il à la notoriété naissante de Vincent Gâche et s’associe à ses talents pour résoudre les problèmes de navigation régulière en Haute-Loire, en finançant ses travaux. Gâche développe un nouveau procédé : celui de la basse pression, qu’il utilise à la place de la haute pression pour les chaudières. En 1836, il dépose avec le marquis un brevet pour sa nouvelle machine à vapeur : la basse pression permet alors de construire une chaudière en cuivre d’un millimètre et demi d’épaisseur ainsi que tous les tuyaux d’admission et d’évacuation de la machine. L’emploi de la fonte de fer est réduit au minimum : la coque est en tôle de fer choisie pour sa rigidité, sa minceur et sa légèreté. Le poids de la chaudière et des machines est réduit au minimum. Un tube de sûreté remplace la soupape de sûreté, système utilisé dans les laboratoires pour prévenir les explosions. L’appareil d’une puissance de dix chevaux ne pèse plus que 2 500 kg contre 8 000 kg habituellement pour les machines anglaises. Sa légèreté lui permet d’atteindre un tirant d’eau plus faible. Assurant toute la construction de la coque à l’installation de la machine, Vincent Gâche invente la construction moderne. En 1837, sa machine est mise en fabrication dans son atelier de Vertais. A la fin de l’été son premier navire créé sur ce modèle, l’Émeraude, est prêt à appareiller. Le 15 septembre, l’explosion du Vulcain N°1 chez un concurrent cause la mort de plusieurs personnes. Tout de suite après le drame les deux associés inventent le mot « inexplosible » pour rassurer les usagers des bateaux à vapeur et promouvoir leur nouveau système. L’Émeraude part de Nantes courant octobre et arrive à Orléans avec 70 passagers, sans encombre, puis rejoint Nevers, à 450 km de Nantes, le 27 octobre par les plus basses eaux de l’année. Jusque là, aucun bateau à vapeur n’avait jamais été vu au dessus d’Orléans. Il atteint la vitesse de 5km/h à la remonte et 15km/h à la descente. Vincent Gâche a réussit à vaincre les obstacles de la Loire et surclasse tous les bateaux de la concurrence. Suite à ce succès, il fonde avec l’appui du marquis de La Rochejaquelein, la compagnie des Inexplosibles à Orléans, associé au baron Luchaire qui en est le directeur. Les bateaux de la compagnie son construits en série dans un temps record : Huit à dix bateaux construits à Nantes assurent le service entre Nantes et Nevers, transportant jusqu’à 150 passagers (l’Orléanais, la Touraine, la Maine, la Jeanne d’Arc en 1838, le Breton, l’Anjou, le Papin en 1839, le Sully, le Charollais, la Haute-Loire en 1840). En 1839 porté par son succès, Vincent Gâche entre à la société académique. Cette même année une seconde société est fondée : la compagnie des Inexplosibles de la Haute-Loire dont le baron Luchaire est cette fois président. Les Inexplosibles font de l’ombre aux autres bateaux de la Loire, sauf sur la section Nantes-Angers où les Hirondelles de Guibert et les Riverains de Cuissard, Mesnard et Métois ont une capacité d’embarquement supérieure. En 1841 deux autres grands navires sont commandés par la compagnie à Gâche : les Inexplosibles N°20 et 21. La livraison en 1841 des deux grands Inexplosibles n°20 et 21, bateaux de 47 mètres, équipés de machines à basse pression de 40 chevaux, capables de faire l’aller-retour Nantes-Angers en une seule journée, couronne le travail de Vincent Gâche sur la Loire. La compagnie des Riverains réagit rapidement et commande elle-aussi deux bateaux sur les mêmes modèles. Une explosion à bord du Riverain n°1 en janvier 1842 amène les dirigeants à changer de nom et devient la compagnie des Courriers : noms des deux steamers construits à Paris par Gâche frères pour le Courrier de la Loire n°1 et à Nantes par Lotz aîné pour le Courrier de la Loire n°2. Ce sont alors les frères de Vincent Gâche, Auguste, Henri et Louis, établis à Paris dans le quartier de Bercy, non loin des berges de la Seine, qui s’imposent sur la Loire. En 1842, une nouvelle compagnie est créée à Orléans par Antoine Edel : la compagnie des Paquebots de Loire dont les frères Gâches sont actionnaires. Cette compagnie doit concurrencer les Inexplosibles et les Courriers sur le trajet Nantes-Orléans.

Parallèlement, Vincent Gâche est appelé sur d’autres fleuves en France et à l’étranger : en 1840 sur l’Allier, le comte Max d’Estoile fonde une compagnie de bateaux à vapeur. Il souhaite équiper deux bateaux pour desservir quotidiennement Moulins et Nevers et remonter la Loire jusqu’à Decize. Celui-ci passe l’été 1840 à Nantes pour suivre les travaux de Gâche. L’Allier et le Bourbonnais entrent en service en 1841. 21 000 passagers les empruntent la première année. Toujours en 1840, Vincent Gâche est appelé par la compagnie de la Moselle dont le bateau est contraint d’arrêter son service en été à cause d’un tirant d’eau trop important. Le 12 juillet 1840, il livre l’Australien à Metz, puis encore 3 autres bateaux en 1841. La même année, il est appelé sur le Neckar en Allemagne avec le Wilhelm. Et encore sur le Main, la Weser la Hunte. En 1846 on le réclame sur la Vistule. Il s’associe pour ce projet à Guibert et livre en 1847 les bateaux Prince et Vistule.

Vincent Gâche est reconnu pour l’innovation de ses travaux et obtient de nombreuses récompenses : la médaille d’argent en 1837 à l’exposition nantaise des produits des arts et de l’industrie et la médaille d’or à Paris en 1844. Même les Anglais qui ont essayé de lui faire concurrence n’ont pas réussi.

Pour honorer ses commandes dans les délais impartis, Vincent Gâche développe de nouveaux moyens de production. D’artisan il passe à industriel et travaille sur deux sites : son premier atelier de la rue de Vertais et le chantier de construction au bord de la Loire pour lequel en 1844 il obtient l’autorisation d’installer une nouvelle machine à vapeur, une forge et un four à chauffer les tôles. En 1848, il acquiert un grand terrain au bord de Loire sur la Prairie au Duc pour y installer une usine moderne. Son établissement comprend quatre activités principales : ajustage, montage, forge et chaudronnerie. La propriété comprend, outre la propre maison du mécanicien, un cabinet de dessin et de calcul où, assisté de son collaborateur l’ingénieur Delmas, il conçoit les appareils réalisés sur mesure pour répondre aux besoins des clients. Il y étudie les brevets qu’il dépose régulièrement, parfois en collaboration avec un confrère constructeur de navires, comme la société Jollet-Babin en 1859.

En 1846, il s’associe à Jean Simon Voruz. Il construit alors 4 machines à vapeur de 200 chevaux pour la marine royale. Une médaille d’or lui est décernée à l’exposition universelle de paris en 1855 pour la construction de machines nouvelles, destinées aux navires de mer à hélice. (Sa maîtrise de la technologie de l’hélice, système de propulsion qui se développe depuis une dizaine d’années à l’époque et remplace peu à peu les roues à aubes, lui vaut une nouvelle médaille d’honneur.)

A cette époque, en plus des machines à vapeur pour la navigation fluviale et des machines marines, Vincent Gâche propose 3 bateaux Paris et Londres n°1 à 3, pour résoudre les problèmes de la navigation maritime jusqu’à Paris. Pour la première fois sur la ligne Paris-Londres, des bateaux permettent d’éviter le transbordement entre les deux modes de transport fluvial et maritime.

Vincent Gâche construit également des machines pour 4 avisos (navires de guerre rapides et de faible tonnage) de la marine impériale, et remporte le concours pour l’installation à bord de vaisseaux de l’Etat d’appareils à vapeur de faible puissance.

Ce constructeur-mécanicien de génie dépose tout au long de sa carrière de nombreux brevets comme celui pour sa machine à basse pression : en 1848 il dépose un brevet pour placer les roues à aubes à l’arrière des bateaux leur permettant d’emprunter les canaux. Entre 1855 et 1859 il invente un appareil à plonger pour permettre les réparations des organes immergés des machines à vapeur des bâtiments à hélice et une drague, bateau à vapeur destiné à extraire les vases des bassins et ports.

En 1860, Gâche emploie entre 450 et 500 ouvriers dans ses ateliers.
La même année, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur.

A l’exposition Gâche offre quelques spécimens de son « usine de construction de machines marines et de terre » : pompe à incendie, bateaux pompeurs et dragueurs, locomobiles, machine à battre et nettoyer les graines de trèfle et luzerne, machine à trèfle sans nettoyage, moteur à vapeur servant à mettre les trois machines en mouvement, machine à battre le blé.

 

Pourtant, la maison est liquidée le 21 août 1865, à la requête de Jean Simon Voruz et d’autres créanciers. Au 31 décembre 1863 Vincent Gâche devait à Voruz 339 462 francs. Ses biens, vendus aux enchères publiques pour 166 900 francs ne suffirent pas à éponger la dette. Son usine entre alors dans le patrimoine des Voruz. Il se retire des affaires, ruiné. Vincent Gâche décède le 11 février 1884 à Nantes. Il reste dans l’histoire comme l’un des ingénieurs les plus distingués de son temps et un de ceux qui ont rendu les plus grands services à la mécanique.

Pour l’anecdote, en 1831 Vincent Gâche épouse Rose Favre dont le témoin de mariage n’est autre que Ferdinand le futur maire…

 

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