La longue et difficile construction d’un monument aux morts nantais
s’inscrit dans le vaste mouvement national sur la
« commémoration et la glorification des morts pour la France au cours de la Grande Guerre »

La loi du 25 octobre 1919, complétée par la loi de finances du 31 juillet 1920, engage l’Etat et fixe les barèmes des subventions aux communes qui envisagent d’honorer le souvenir de leurs disparus. Nantes ne fait pas exception à la règle et la ville est rapidement l’objet des sollicitations d’entreprises qui se sont spécialisées dans ce marché très particulier.

 

 

 

 

Cependant, l’homme fort de Nantes, Paul Bellamy, a déjà des idées très arrêtées sur la conception du monument. Maire de Nantes depuis 1910, de sensibilité radical-socialiste, il s’exprime trois jours après l’armistice, pour une œuvre imposante et sévère, afin d’honorer la mémoire des 7 500 Nantais (le chiffre de 5 000 est revu à la hausse) tombés au combat.

 

 

 

Divers projets sont esquissés par l’architecte Robida, grand mutilé de guerre, proche des associations d’anciens combattants.

Conformes aux vœux du maire, ce sont les trois tables mémoriales qui sont définitivement retenues :

Mais le choix de l’emplacement pose aussi problème… Tour à tour le champ de Mars, la cour du Château, le bas du cours Saint-Pierre sont envisagés. Mais là, nouvel obstacle : il faudrait démonter le monument aux morts de 1870, pour y installer celui consacré à la Grande Guerre, ce qui provoque une levée de boucliers des puissantes associations d’anciens combattants qui n’acceptent pas que l’on touche à un monument sacré.

 

Ces retards accumulés fournissent des sujets de choix, pour une presse d’opposition résolument hostile au député-maire proche du Cartel des gauches.

De guerre lasse, la municipalité revient alors à l’emplacement en bas du cours Saint-André, malgré le manque de perspective, et une exposition beaucoup moins ensoleillée que le bas du cours Saint-Pierre.
Fin 1925, les travaux peuvent enfin commencer, et la gravure des noms est confiée à Monsieur Degré, sculpteur-graveur.

 

 

Toujours politisé, le débat porte désormais sur la conception générale du monument, que Le Phare de la Loire ne se prive pas d’égratigner dans ses colonnes.

La polémique enfle à nouveau lorsque le 9 mai 1927, le maire Paul Bellamy décide l’ajout d’une statue de bronze au monument presque achevé.
La presse de droite se déchaîne alors contre l’impudeur de la Délivrance, cette œuvre du sculpteur Guillaume représentant la victoire.

 

 

 

 

La statue ne restera pas longtemps devant les trois plaques commémoratives inaugurées le 17 juillet 1927. Le 11 novembre de la même année, un groupe dirigé par le chef des jeunesses patriotes jette la Délivrance à terre et la frappe à coups de hache.

 

 

 

 

La condamnation de cet acte, le 24 février 1928, par le tribunal correctionnel de Nantes ne réhabilitera cependant pas la statue dans sa position initiale, et le monument aux morts gardera l’aspect dépouillé du premier projet.

 

 

Certaines cartes postales annoncent que le monument est dédié « A la mémoire des 6.500 Nantais » morts pendant la Première Guerre mondiale ; d’autres annoncent le chiffre de 8.500 victimes !
Quant est-il réellement ?
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© Archives municipales de Nantes - novembre 2010