Certaines cartes postales annoncent que le monument est dédié « A la mémoire des 6.500 Nantais » morts pendant la Première Guerre mondiale ;
d’autres annoncent le chiffre de 8.500 victimes !
Qu'en est-il réellement ?

Lorsque l’on regarde le monument aux Morts de Nantes, il est difficile d’estimer le nombre exact de noms inscrits sur les plaques mémorielles. En effet, sur une longueur d’environ 23 mètres (1), on ne compte pas moins de 72 colonnes de 2,80 mètres de hauteur où sont inscrits, par ordre alphabétique, les patronymes des Nantais morts durant la Grande Guerre.

Dans l’introduction de son ouvrage « Les enfants du pays nantais et le XIème corps d’armée (2) », Emile Gabory précise que le département totaliserait 25.600 morts au regard des historiques de chaque commune. Mais bien que son relevé s’achève en septembre 1922, il ne précise pas le nombre de Nantais décédés. Dans cet ouvrage, les morts sont classés par ordre chronologique de décès.

Le Livre d’Or dressé « A la mémoire des Nantais morts pour la France (3) » et rédigé à la demande de la Mairie ne fournit aucun total. Servant de base à la réalisation du monument commémoratif, il précise néanmoins que la liste a été arrêtée à la date du 11 novembre 1926 « jour de la Fête Nationale de l’Armistice ». Ici, la liste des noms est alphabétique.

Lors de l’inauguration du monument, le 17 juillet 1927, le capitaine Schloessinger (4) précise dans son discours qu’il est fier « de prendre la parole auprès de ce monument en hommage de reconnaissance de la Ville de Nantes à ses 6.000 enfants morts pour la France ».

Quant à Michel Jost, auteur de la dernière partie du livre consacré à son père Léon Jost (5) « Un dernier tour en ville (6) », il nous précise que le monument, inauguré à l’occasion du 3ème congrès national de l’Union Nationale des Mutilés et Réformés Anciens Combattants, comporte les noms des « 5.800 Nantais tombés au front ».

Dans le dossier des Archives Municipales consacré à ce monument, on trouve un traité passé avec l’entreprise J. Degré, entrepreneur de marbrerie et sculpture, 2 rue Joseph-Caillé à Nantes, pour un prix forfaitaire de 91.800 francs pour la gravure et la peinture de 90.000 lettres.
Dans ce marché, on précise que la gravure et la peinture des lettres sont calculées sur une base de 6.000 noms de 15 lettres chacun en moyenne. L’entreprise dispose d’un délai de 8 mois pour exécuter la commande.
Sur la facture, en date du 31 juillet 1927, on apprend que 51.555 lettres ont été réellement gravées et peintes, soit 38.445 lettres en moins par rapport au devis. Si l'on reprend les clauses du marché (15 lettres par nom en moyenne), on aurait 3.437 noms.

Alors : 3.437, 6.000, 6.500 ou 8.500 ?

Pour « arrêter » le chiffre exact, un décompte méthodique s’impose. Il se répartit comme suit :

Répartition par lettre
A > 170 J > 174 S > 156
B > 777 K > 036 T > 182
C > 511 L > 776 U > 006
D > 440 M > 514 V > 128
E > 055 N > 073 W > 006
F > 151 O > 052 X > 000
G > 598 P > 454 Y > 005
H > 205 Q > 015 Z > 002
I > 004 R > 342  
total : 5.832 noms
(pour le détails des listes, cliquez sur la lettre)

Cette addition de chiffres fait apparaître quelques anomalies entre le monument et le Livre d’Or de la Ville.

En effet, à la dernière page du Livre d’Or, sept noms ont été ajoutés et ne sont pas inscrits sur le monument aux Morts :

Ceci peut éventuellement s’expliquer par la chronologie des événements. Le monument a été inauguré le 17 juillet 1927 alors que le livre d’Or est imprimé en novembre 1931. Entre ces deux dates, les familles ont pu faire enregistrer le décès de leur défunt, mort au combat ou suite à blessure ou maladie contractée aux armées ou considéré « disparu ».

Par contre, cinq autres noms ont été ajoutés depuis la construction du monument aux Morts :

Les derniers noms inscrits sont ceux d’Henri Marie Parré, né à Nantes le 16 janvier 1879, et d’Henri Marie Parré, né à Nantes le 24 décembre 1896, beau-fils du précédent. Leur inscription remonte à octobre 2008.

Sur le monument, certains noms sont également mal orthographiés. Exemples :

D’autres n’ont pas les bonnes initiales de prénoms :

BOISSINOT J.B. pour BOISSINOT Alexandre Jules Baptiste
(1) Le monument est formé par 3 panneaux de 6 dalles chacun en Corgoloin (pierre provenant de Côte-d’Or) mesurant 2,80 m de haut sur  7,52 m de large.
(2) Les enfants du pays nantais et le XIème corps d’armée, par Emile Gabory, Nantes, Archives Départementales, Paris, librairie Perrin, 1923.
(3) A la mémoire des Nantais morts pour la France, Ville de Nantes, novembre 1931.
(4)Ancien combattant mutilé de guerre, le capitaine Schloessinger est mandaté ce jour-là par le Comité d’Entente des associations de mutilés anciens combattants et de la Fédération des sociétés patriotiques de Loire-Inférieure, pour prononcer un discours suite aux interventions de Paul Bellamy, maire, et Maurice Sibille, député.
(5)Léon Jost, ancien combattant de la guerre 1914-1918, est président départemental de l’Union Nationale des Mutilés et Réformés Anciens Combattants et vice-président nationale de ladite association.
(6)« Un dernier Tour en ville, un Nantais, de la belle époque aux Cinquante Otages, Léon Jost », l’Albaron, Thonon-les-Bains, 1991.

 

© Archives de Nantes - novembre 2010