Censure des médias (presse, spectacle,...)     Propagande dans les écoles
     
 

En France la censure relève du Ministère de l’intérieur et donc des préfets dès septembre 1914 même si des consignes d’autres ministères sont émises. Des milliers de consignes de censures voient le jour pendant la guerre. Des bureaux de censure sont créés suivant les échelons des collectivités et l’on dénombre 5 000 censeurs pendant la durée de la guerre. Le moral des troupes constitue un objectif important de la censure car les autorités militaires craignent la diffusion de certaines idées sur le front. C’est pourquoi, en janvier 1915, 3 commissions de contrôle postal sont mises en place, elles seront 9 de fin 1916 à décembre 1917. Elles ont pour but la surveillance de la correspondance des soldats et éventuellement la censure.
Les premiers mois de la guerre, la population n’a pas accès à l’information et les rumeurs les plus folles circulent. Petit à petit le système d’information de propagande se met en place pour atteindre son apogée : l’information est fabriquée à la source par des journalistes militaires puis des correspondants ayant une accréditation.
Il faut galvaniser l’arrière ou au pire le stabiliser en contrôlant l’information et en étouffant les baisses de moral du front.


 
 

Censure des médias (presse, spectacles…)

> Instruction réglant l'exercice des pouvoirs de police de l'autorité militaire
sur le territoire national en état de siège.

En octobre 1913, toutes les collectivités reçoivent des instructions concernant les pouvoirs militaires en France en cas de guerre appelé aussi "état de siège". Ces pouvoirs se réfèrent à la loi du 9 août 1849 et ils sont de toutes natures.
La censure y est explicitement indiquée et l’autorité militaire peut « interdire les publications et réunions jugées de nature à exciter ou à entretenir le désordre (art.2 – 4°)».
La mise en état de siège est déclarée le 2 août 1914.
« Art.24 : […] Par le terme de publication il faut entendre tous les procédés[…] tel que la presse, les livres et les brochures, les affiches et les placards, la distribution d’imprimés. L’autorité militaire a donc le droit de supprimer les journaux qui seraient dangereux pour le maintien de l’ordre et de la discipline. »


Les instructions sont aussi très claires vis à vis des spectacles :
« Art.23 : Les salles de spectacle et de débit (hôtels, auberges, cafés) resteront, en principe, ouvertes, sous la réserve qu’elles pourront être fermées par simple décision de l’autorité militaire. Aucune représentation, de quelque nature qu’elle soit, ne pourra être donnée sans que le programme ait été approuvé par l’autorité militaire. »
A Nantes, un arrêté municipal du 1er août 1914 ordonne la fermeture immédiate des théâtres, cafés chantants et interdit tout spectacle.

La Mairie craint des troubles à l’ordre public. Cependant, constatant que la réouverture dans d’autres villes ne causent pas de problèmes, la Mairie décide d’en faire de même le 6 mars 1915, également par arrêté. Il faut faire une demande adressée à la Mairie avant la production d’un spectacle ou d’une conférence. De plus il faut verser « pour les concerts et conférences, la totalité de la recette, déduction faite des frais de salle, droit d’auteur et cachets du conférencier et des artistes. » Les films ne doivent eux, ne contenir aucune scène « de nature à choquer les sentiments patriotiques des spectateurs ou à provoquer des discussions entre eux ».

La censure reste présente durant tout le conflit et s’organise de manière centralisée. En effet, le 22 mars 1915, le gouvernement créé à Paris la Commission générale de contrôle pour « sauvegarder les intérêts de la défense nationale ». La diffusion d’informations sur les opérations militaires de toutes natures est interdite (transports, effectifs, permissions, blessés, tués, disparus). Les régions se dotent de commissions semblables et à Nantes, la commission de contrôle du 11° corps siège d’abord au château des Ducs puis dans un local spécial, 1 rue de Châteaudun. Elle dépend de la commission instaurée au ministère. La presse « préféra parfois paraître trop ignorante aux yeux de ses lecteurs que trop bien informée aux regards de l’ennemi ». Cette dernière est particulièrement disciplinée vis à vis de l’atteinte faite à la liberté de la presse. Les journaux ne manifestent aucune hostilité, pas de protestations ni d’objection face à cette véritable intrusion des autorités. A Nantes, le journal le Populaire est d’autant plus docile que son directeur faire partie du conseil municipal : Gaston Veil est l’adjoint du maire, son remplaçant en cas d’absence.
En juin 1917, la censure n’est plus déléguée aux pouvoirs civils (communes, préfectures, sous-préfectures) et les autorités militaires la prennent en charge.

 
     
    - H4 Sans Nom D5 (1912-1916) : mesures sur l’état de siège avec un article sur la censure.
- I1 C49 D1 : arrêté sur la réouverture des salles.
- I1 C49 D5 : censure, réouverture.
- I1 C49 C2 : mesures sur les projections de films.
- BG in 4° 48 : E.Gabory, Les enfants du pays nantais et le 11ème corps d’armée en 1914-1918 + Le livre d’or de Nantes (1923).
- BG in 4° 49 : E.Gabory, Les enfants du pays nantais et le 11ème corps d’armée en 1914-1918 (tome 2) (1923).
 
 
Propagande : l’exemple des écoles

Les enfants sont considérés comme un vecteur propagandiste auprès des parents. Voilà pourquoi les écoles vont faire l’objet d’une farouche propagande destinée à cacher les malheurs de la guerre et à promouvoir un patriotisme victorieux face à la lâcheté allemande. L’enseignement se tourne presque entièrement vers ces deux objectifs. Les autorités donnent des consignes officielles dans ce sens que les professeurs appliquent à la lettre :

« Sur les conseils de Mr le Recteur d’ Académie de Rennes, les méthodes, les procédés et les programmes d’enseignement sont adaptés aux circonstances. L’Education patriotique fait la base de l’enseignement. Toutes les leçons de Morale, d’Instruction civique, d’Histoire, de Géographie, de Récitation, de Lecture ont pour objet de développer par des exemples pris sur le vif, l’amour de la patrie chez les enfants. »

Rapport de l’école de la rue des arts (1914-15), R1.

« Dans les premières classes, tous les succès de nos armes et nos alliés ont été relatés et de véritables leçons ont été faites. Les maîtres se sont attachés à montrer que pas à pas, et par étapes, nous nous acheminions vers la victoire, grâce à l’héroïsme de nos soldats et notre bonne organisation intérieure. »
Rapport de l’école de la rue des arts (1916-17), R1.

Les cours dispensés sont tous bouleversés et mis au service de la gloire des alliés pour répandre dans les jeunes esprits le sacrifice nécessaire à une guerre légitime. Cette invasion de la propagande est telle que même les cours comme les mathématiques qui n’ont aucun rapport avec la guerre sont atteints, à l’image de ce problème de calcul :

« Un de nos voisin souscrit à l’emprunt* et verse 68,60 francs qui lui rapportent 4% d’intérêts par an. Combien cette somme lui aura-t-elle rapporté au bout de 10 ans ? S’il revend alors son titre de rente 100 francs, combien gagnera-t-il sur ce titre ? Quel sera son bénéfice total ? »
*l’emprunt national

Rapport de l’école de la rue des arts (1916-17), R1.

Hormis l’incursion étonnante de la propagande dans ce problème de mathématique, il faut aussi souligner le message véhiculé. En effet, ce calcul anodin incite en réalité l’élève à réfléchir sur les avantages de la souscription à l’emprunt national. Il y a la volonté de l’influencer dans le sens voulu par la propagande.

 

Exemples de rédactions :
>
école de la rue du Moulin (1916-1917) (fichier PDF)
> école de la rue du Moulin (1917-1918) (fichier PDF)
> école de la rue du Moulin (1917-1918) (fichier PDF)

 
 
- R1 : Rapports des écoles (3 cartons) (1914-1918).