Hôpitaux militaires     Cantonnements     Troupes étrangères : les Américains et les Anglais     Les prisonniers de guerre
     
 
Si Nantes, comme les autres villes de l’arrière, ne subit pas directement les affres de la guerre, elle n’en est pas moins plongée dans le conflit.

Dès l’annonce de la mobilisation générale, fleurissent des sites de cantonnement pour les régiments nantais sur le départ, des hôpitaux militaires pour le secours des blessés du front… La ville vit dans la guerre : des écoles sont réquisitionnées pour répondre aux besoins militaires ou hospitaliers, la composition de la population nantaise est largement altérée : elle se féminise car privée de ses mobilisés, se militarise de par ses cantonnements, s’internationalise par l’afflux de réfugiés et prisonniers de guerre…

De plus, Nantes va jouer un rôle d’envergure pendant la guerre de par l’importance que va prendre son port ; en effet, ce dernier va être intensément employé, tant pour l’approvisionnement matériel du pays que pour le débarquement de troupes étrangères (anglaise puis américaine) sur le sol français. Les prisonniers de guerre vont avoir un rôle puisqu’ils vont constituer une main d’œuvre utile au fonctionnement d’un port largement privé de ses travailleurs habituels.
Aussi, puisque la ville est bien éloignée des combats, elle voit l’arrivée massive, à l’image de la Loire Inférieure, de réfugiés provenant des régions envahies.

Ainsi, si Nantes n’est pas directement sous le feu de la Triple Entente, elle ne constitue pas moins un véritable "front de l’arrière" dont l’engagement direct dans le conflit va être très important, et notamment grâce à l’investissement total de sa Municipalité.


 
  Les hôpitaux militaires
18 Hôpitaux, 5000 lits, 130 000 blessés pris en charge

Dès la mobilisation, la Municipalité charge le service d’hygiène d’aménager des ambulances dans des écoles publiques de la ville. Parallèlement, elle lance un appel à sa population en vue d’acquérir le matériel de couchage nécessaire indispensable à la dispense de bons soins.



Très vite, 200 lits sont installés dans 6 écoles : Evariste Luminais, Emile Pehant, la Prairie d’Aval et la Mutualité.

Mais ces mesures sont provisoires et l’action municipale s’intensifie autour de 3 axes :
-La création de nouveaux hôpitaux
-L’aménagement de filiales
-L’assistance matérielle donnée à des organisations hospitalières externes à la Municipalité.
Ainsi, en août 1916, on peut compter 18 hôpitaux à Nantes (87 si l’on ajoute les filiales)

dont 5 dépendent des Sociétés de la Croix Rouge.
D’autres hôpitaux permanents ou temporaires sont aussi crées par l’autorité militaire dans des bâtiments municipaux comme au Grand lycée, à l’ancien séminaire de philosophie…

Enfin, notons que les troupes anglaises et américaines ont aussi installé leurs propres structures médicales lors de leur présence à Nantes.
-Les Anglais ont crée des « bases de soin » au Grand Lycée, rue du Boccage, rue du 14 Juillet, à la Persagotière, à l’Hôtel Dieu et au Champ de mars.
-En 1917, des hôpitaux US s’installent au Grand Blottereau ainsi qu’au Grand Séminaire ; un camp de convalescence est crée à St Joseph. Enfin, un dépôt de matériel médical voit le jour quai André Rhuys.

Ainsi, la Municipalité de Nantes a mis à disposition environ 5000 lits répartis dans ses 18 hôpitaux et a porté secours à plus de 130 000 personnes pendant la durée de la guerre.

Les soldats blessés, au même titre que le personnel médical, sont soumis à un règlement intérieur.
De façon à soigner des personnes de tous pays et de toutes confessions, toutes les équipes soignantes sont laïques. Elles se composent à la fois de bénévoles et de salariés : en effet, en vue de limiter le chômage, des femmes de mobilisés ou privées de leurs salaires ont trouvé ici un emploi.

 
     
   
Documents figurés
-Photos NARA
Documents écrits
-MO 4, 1BA in 8°28
-BM
-Délibérations : création d’hôpitaux, allocations…
-H4 C5 : fournitures diverses (pas de dates).
C6a : fournitures, prêts, salaires d’infirmiers (1915-1919).
C6b : personnel, lettres, fournitures (1914-1921).
C7 (1911-1919)
C8 : Divers, souscriptions…(1914-1919)
-H4 C14, D1 à D5 : Personnel hospitalier, ambulances, réquisitions, répertoire des blessés… (1906-1925)
- H4 Troupes étrangères (1914-1920), D Blessés anglais : Répertoire des blessés anglais
 
 
  Les cantonnements
240 000 militaires cantonnés à Nantes pendant la guerre 1914-1918


Dès l’annonce de la mobilisation, la Municipalité met à la disposition de l’administration militaire l’ensemble des propriétés communales, comme le stipule la loi du 3 juillet 1877. En effet, dès 1911 était établie un "tableau des cantonnements des différents corps et services de la garnison",preuve qu’une menace de guerre pesait déjà à cette époque et qu’il fallait l’envisager préventivement. En 1914, l’adaptation de ces sites aux nécessités des hommes de guerre se fait à la fois grâce au budget militaire et grâce au budget communal.

Ainsi, dès août 1914, 13 écoles sont réquisitionnées et occupées par les troupes françaises.

   

On note aussi leur présence dans des propriétés privées.
Le Champs de Mars, marché couvert en temps de paix, est immédiatement transformé en station magasin avec la création de fours à pain. Puis, d’avril 1916 à décembre 1916, il est réadapté et converti en un grand dépôt et une sacherie, avant d’être rendu à son utilisation initiale.
L’occupation du parc du Grand Blottereau répond quant à lui à la double utilisation de parc à bétail et de cantonnement pour le train des équipages. De plus, des manufactures sont aussi réquisitionnées, comme celle du Mont Goguet le 1er août 1914, laissant 150 ouvriers au chômage technique.
Si les occupations donnent lieu à des dégradations, tous les logements occupés seront remis en état par l’autorité militaire après leur restitution à la Municipalité en fin de guerre.

Avec le prolongement imprévu de l’affrontement, l’autorité militaire use beaucoup de la réquisition de propriétés privées, participant malgré elle à la pénurie de logements. Mais le 17 juin 1919, le problème ayant pris une ampleur considérable, et les hostilités étant terminées, l’autorité militaire est sommée par Bellamy de rendre ces locaux à leur utilisation d’origine.

Notons enfin que nombre des propriétés communales furent aussi mises à la disposition des troupes anglaises en 1914 et américaines à partir de 1917 lors de leurs installations sur le sol nantais.

Ainsi, Nantes est une gigantesque caserne pendant le conflit, puisque près de 240 000 soldats français passeront par les cantonnements de la ville :


- 65ème Régiment d’infanterie….……………….98 800
- 51ème Régiment d’artillerie….…………….……22 000
- 3ème Dragon…………………………………..….…...9 000
- 11ème Section d’infirmiers militaires……….18 100
- 11ème train des équipages militaires……..75 000
- 11ème Section du C.O.A. …………………..…16 200

                                           Total………...239 100

> Liste des cantonnements des différents corps et services de la garnison mis à jour en 1911 (format PDF)

 
     
    -MO 4 1BA in 8°28
-Délibérations : casernement, renouvellement de bail
-H4 C16b D3 : cantonnements, correspondances, notes, informations… (1911-1917)
-H4 C18 D5 et D6 (1914-1919) : cantonnements, réquisitions de propriétés privées
-H4 C20 D7 : cantonnements
-H4 C22 D2 : 5 dossiers sur les réquisitions (usines, locaux…)
 
Les américains à Nantes
3 800 000 mobilisés, 68 000 morts

Si, en 1917, au Front comme à l’arrière, les esprits sont lassés des combats, le moral de la population tient cependant grâce à la propagande et à la censure. L’annonce de l’engagement américain le 2 avril 1919 (suite aux bâtiments commerciaux coulés par des sous-marins allemands) provoque un regain d‘espoir et laisse entrevoir une fin de guerre proche et victorieuse.

Non sans arrière pensée économique pour le futur, P.Bellamy émet le vœu, lors de la séance du Conseil municipal du 3 mai 1917, de voir les ports de Nantes-St Nazaire devenir les sites de débarquement et bases des soldats américains ; il argue de la position géographique idéale de ces villes fortes de l’expérience déjà acquise lors du débarquement anglais, de leurs équipements de communications fiables et efficaces.
Ainsi, ces 2 ports deviennent les bases n°1 des américains, choisis car offrant les meilleures conditions d’installation et d’évacuation vers le Front pour les USA. Mais on doit cependant procéder à quelques aménagements palliant les insuffisances de ces sites, comme le doublement de la voie ferrée à hauteur de Nantes (H4 USA D8).
Il a aussi fallu subvenir aux besoins américains en mettant à disposition, par réquisitions ou locations, une trentaine de sites nécessaires à leur établissement selon 3 types d’affectation :
-Le cantonnement des troupes
-Le stockage du matériel
-L’accueil des blessés américains.

L’accueil des américains par la Municipalité est empli d’un enthousiasme et d’une cordialité sincères. A la veille des adieux officiels de la Municipalité aux soldats US, le 28 juin 1914, P.Bellamy déclara : « Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour vous [faire] penser que vous n’aviez pas changé de pays ».

Ainsi, pendant l’année 1918, Nantes vit au rythme des fêtes patriotiques américaines. Le 2 février 1918, date d’anniversaire de Lincoln, une réception est organisée à l’Hôtel de France en l’honneur du consulat des USA. Mais des festivités telles que la célébration de l’Independence Day les 4 juillet 1917 et 1918 donnent la possibilité à la population nantaise de participer à cet hommage, selon la mode américaine(participation du New York infantry band…). Mais le plus grand honneur fait aux alliés outre-atlantiques est certainement l’adoption de St Mihiel, libérée conjointement par Français et Américains.

Au-delà de l’intervention militaire sur le front, les Américains mènent aussi des actions humanitaires à l’arrière, comme des campagnes contre la tuberculose ou l’alcoolisme.

Cependant, on note une évolution des comportements des Nantais à l’égard des soldats US après la signature de l’Armistice. L’hospitalité fait désormais place à l’hostilité. S’ils symbolisaient en 1917 l’espoir d’un dénouement proche et heureux, on leur reproche maintenant les réquisitions estimées quelquefois abusives, leur responsabilité dans l’inflation, la vitesse excessive de leurs automobiles, la position de Wilson face au Traité de Versailles (il s’oppose notamment à l’occupation de la Ruhr par l’armée française)… En 1919, 269 plaintes sont déposées à leur encontre.

Mais les USA remboursent les dommages que leurs troupes ont causées.
Notons que le comportement des soldats US a aussi changé : un relâchement de la discipline, une hausse des brutalités à l’égard des civils sont à signaler. Ces épisodes existaient certes depuis le début de la guerre, mais après l’armistice, la patience des français envers les américains a pris fin.

 
   
Documents figurés
-Photos NARA
-6FI2462, 6Fi2467, 6Fi988, 6Fi989

Documents écrits
-H4 USA
-H4 Troupes Etrangères (1914-1920)
Les anglais à Nantes
5.900.000 mobilisés, 750.000 morts

Le Royaume-Uni entre en guerre le 4 août 1914. Poussé par l’opinion, le gouvernement britannique, décidé en majorité à soutenir la France, lève ses dernières hésitations lorsque les troupes allemandes envahissent la Belgique.
Il faut attendre le 31 août pour voir apparaître les premiers uniformes anglais dans les rues nantaises. Jusqu’au 21 novembre 1914, jour où les derniers britanniques quittent la ville (Le Petit Phare), plus de 150 000 de leurs hommes auront foulé les sols nantais ou nazairien.

L’accueil de la population nantaise et de sa Municipalité est cordial et chaleureux :
Le maire met à disposition tout ce qui n’est pas déjà attribué aux troupes françaises et qui serait nécessaire au service de l’armée alliée. Ainsi est établie une liste de réquisitions d’une quarantaine de sites et bâtiments

L’occupation des immeubles par les Britanniques est soumise à une convention datant du 14 octobre 1914 qui stipule :


-que la ville ne percevra pas de loyers mais que toutes les dépenses d’ordinaire assumées par elle telles que les frais de transport, les travaux d’adduction d’eau, les installations d’électricité…seront à la charge de l’armée anglaise.
-que la mise à disposition durera tant que l’armée alliée en éprouvera le besoin.
-enfin, que le Royaume Uni devra impérativement remettre en état les locaux réquisitionnés.

En ce qui concerne la réquisition de matériel (habillement, campement et couchage), elle peut se faire auprès d’entreprises et d’artisans contre paiement.

Pour ce qui est de l’approvisionnement en animaux, denrées et marchandises, celui-ci peut s’opérer, d’une part, par l’achat direct et le paiement immédiat par l’officier commandant et, d’autre part, par réquisition évaluée et payée selon le règlement. Tous les ordres et les reçus de réquisition doivent être envoyés par le maire au Central Requisition Office installé à Rouen.

De plus, tout un personnel médical tels que le Bureau d’hygiène et des docteurs est mis à contribution.
Enfin, même la presse locale accueille les Anglais à bras ouverts : en effet, Le Petit Phare de M.George Schwob édite, du 7 septembre au 10 octobre 1914, une version anglo-saxonne de son titre.

Si l’accueil est chaleureux, il ne tolère en revanche pas d’éventuels excès des anglais. Ainsi, en cas d’accidents ou de comportements désobligeants de leur part, une plainte peut être déposée auprès de la British Claims Commission.


Ainsi, lorsque les Anglais quittent Nantes pour Le Havre en novembre 1914 afin de se rapprocher du front et de l’Angleterre, les supérieurs militaires anglais remercient vivement la Municipalité, ravis de l’accueil offert.

 
   
-H4 Troupes Etrangères C12 (1914-1920) : Nantes, base anglaise ; soldats anglais ; Réquisitions anglaises ; Répertoire des blessés anglais.
-MO 4 1BA in 8°28
  Les prisonniers de guerre

Durant la Première guerre mondiale, la prison est une destination classique pour les soldats des 2 camps ; en effet, d’après une estimation récente, il semble qu’un dizième des combattants ait terminé la lutte dans les geôles ennemies (soit au total entre 6,6 et 8 millions de prisonniers).

Durant cette guerre industrielle où la main d’œuvre vient à manquer, avoir un grand nombre de détenus procure un double avantage : non seulement il affaiblit le camp opposé que l’on ampute jusqu’à la fin de la guerre d’une partie de son armée, mais il fournit, de plus, une main d’œuvre peu onéreuse qui pallie partiellement la pénurie de "ressources humaines".
Ainsi, à Nantes, on emploie déjà des prisonniers depuis le début de l’année 1915 pour lesquels le Contre Amiral Kerauden, Président de la commission du Port de Nantes a déjà crée un grand cantonnement pour le logement de 500 d’entre eux.


En ces temps de raréfaction de la main d’œuvre, l’emploi de prisonniers de guerre de Belle île constitue un palliatif intéressant, d’autant que le port conserve toujours une grande activité, avec les importations continues de charbon, de céréales, d’acier…

Le 14 mai 1915, le cahier des charges institué pour l’emploi de la main d’œuvre de prisonniers de guerre dans le port de Nantes fixe les détails et les conditions d’embauche et d’emploi : le salaire pour la prestation fournie varie selon le grade du détenu, on ne peut pas employer d’équipes constituées de moins de 8 personnes…Les conditions et la durée d’une journée de travail sont celles « normalement admises dans la ville de Nantes sur les chantiers analogues. » (voir la convention d'emploi, fichier PDF)

Enfin, contrôlée par l’autorité militaire, l’embauche d’équipes de prisonniers de guerre doit suivre une procédure particulière : l’entrepreneur doit écrire au maire qui en réfère au préfet qui valide ou non la demande : demande de M. Caillé, pépiniériste

 
     
 

Documents figurés
-de 46Z117 à 46Z124

Documents écrits
-H4 Troupes Etrangères D5 (1916-1920) : Main d’œuvre prisonnière…
-H4 Sans Nom D2 (1916-1917) : travaux des prisonniers, correspondances…
D3 (1915-1917) : Demandes de renseignements sur les prisonniers…