Emprunt national et souscriptions nantaises    Saint-Mihel    Aide aux soldats    Aide aux familles des mobilisés    Les réfugiés
         
 
L’action municipale vise à gérer la situation économique de Nantes dans le but d’améliorer le quotidien des habitants. Voilà pourquoi il apparaît au maire comme au conseil municipal que l’Union Sacrée entraîne nécessairement une assistance et une aide envers non seulement les Nantais mais aussi en direction des autres citoyens. En effet, que ce soit à l’échelle nationale ou locale, qu’elle soit en direction du front et de ses soldats ou en faveur des populations de l’arrière, Nantes avec Bellamy à sa tête multiplie les actions de contribution à l’effort de guerre. Les habitants sont mis à contribution et participent eux aussi aux souscriptions locales et/ou nationales selon leurs revenus. La solidarité fonde l’union et l’union doit mener vers la victoire.
 
    Liste des oeuvres de guerre    
         
           
  Emprunt National et souscriptions nantaises 

Par quelles méthodes les autorités récoltent-elles des moyens financiers pour soutenir l’armée et donc la victoire. Pour augmenter ses revenus et ainsi la puissance de son armée pendant la guerre, l’Etat a recourt à 3 types de crédit :

   - avances immédiates des banques nationales qui peuvent également émettre des billets n’ayant pas leur équivalent en or (chose interdite normalement car cela déstabilise l’économie).
   - placement de titres à court terme dans le public ou dans le privé : les bons.
   - emprunts à long terme.

En France, l’émission de bons du trésor est le moyen qui lui assure les ressources financières les plus importantes (50 milliards de francs pendant la durée du conflit selon Alain Plessis). Chose nouvelle, ils sont proposés au public sous le nom de « bons de la défense nationale » par le ministre des finances Ribot.
Le 16 novembre 1915, le premier emprunt à long terme est lancé sous le nom d’ « emprunt national » à grand renfort de publicité. Quatre autres suivront pendant le conflit et après comme celui de 1919 prenant le nom d’ « emprunt pour la paix ». Mais ce moyen de crédit n’est pas aussi efficace et aussi rentable que les bons du Trésor car il présente un taux d’intérêt très élevé : 5,7%. Sans compter celui de 1919, les quatres emprunts ne rapportent que 24 milliards de francs c’est à dire la moitié de la somme récolté grâce aux bons du Trésor.
La mairie de Nantes s’organise pour y participer. Elle délaisse par exemple un crédit important destiné à la reconstruction du théâtre de la Renaissance (incendié en 1912) au profit de l’emprunt national.
Pour ce qui est de l’aide aux soldats ou aux œuvres de guerre en général, les Nantais et les différents organismes participent en fonction de leurs revenus dans un but de solidarité. La solidarité est d’autant plus forte que les populations ne participant pas de façon directe ressentent une certaine honte à ne pas participer aux combats et aux rudes conditions de vie du front. Les contributions de Nantes et de ses habitants sont nombreuses et l’on peut distinguer quatre types :
   - Aide aux régions envahies : Saint-Mihiel.
   - Aide aux soldats.
   - Aide aux familles des mobilisés.
   - Soutient aux réfugiés

 

 
     
   
 
     
    - 1 BA in 8° 18 : délibérations sur la réorganisation des dépenses pour participer à l’emprunt.
- MO4.
- H4 C2 : 28 carnets de souscription, ramassage des marrons, registre de souscripteurs, … (1910-1921).
- H4 C3a : souscriptions,… (1914-1921).
- H4 C3b : colis aux prisonniers, trésorerie des souscriptions, … (1914-1921).
- H4 C4a : séances des conseils, demandes de crédits (1914-1920)
- H4 C4b : commission de contrôle des souscriptions, œuvres et hôpitaux (1914-1921).
- H4 C16a D2 : dépenses de novembre 14 à juillet 1921.
 
 
Saint-Mihiel

Saint-Mihiel est une ville du département de la Meuse. Située en Lorraine, elle symbolise le joug allemand et la volonté de revanche quant à l’Alsace-Lorraine. Les Allemands s’emparent de la ville le 25 septembre 1914 : la vallée de la Meuse est inutilisable pour les communications des Français en direction de Verdun. La ville subit l’occupation allemande pendant 4 ans puis le 12 et 13 septembre 1918 c’est la délivrance : le Général Pershing, à la tête des troupes américaines soutenues par l’armée française, s’empare de Saint-Mihiel.
Le Petit Journal propose dans un article l’adoption d’une ville envahie puis libérée, c’est à dire une aide à la reconstruction. Avec Lyon, Nantes répond favorablement au journal parisien dans le numéro du 27 juin 1917. D’après Paul Bellamy et son conseil municipal, la mairie de Nantes avait déjà formulé le projet d’une adoption en 1915.

 
     

Après un échange de télégrammes entre les deux maires, le conseil municipal se réunit en séance extraordinaire le 20 septembre 1918 et décide à l’unanimité l’adoption de la ville lorraine. Grâce à la souscription des Nantais qui dure 5 jours, la mairie participant à hauteur de 10 000 francs, Nantes et ses habitants font un premier chèque de 60 000 francs. Ce dernier est remis au maire de Saint-Mihiel, le docteur Albert Thiery, lors de la visite de Bellamy dans la ville dévastée le 24 septembre 1918.

Des offrandes diverses sont envoyées aux Sammiellois comme l’envoi de conserves de poisson sur la demande du docteur Thiery ou encore des objets de lingerie confectionnés par l’école de la rue du Boccage
Le 30 décembre 1918, un nouveau pont nantais est nommé « pont de Saint-Mihiel » après vote du conseil municipal. En août de l’année suivante, le maire sammiellois est reçu à Nantes et le 3 avril 1921 la cité lorraine reçoit de Maginot la croix de guerre en présence de Bellamy.

Télégramme du Général Pershing répondant aux félicitations du maire après la prise de Saint-Mihiel :


« A Monsieur le maire de la ville de Nantes,
Je vous prie de bien vouloir transmettre aux citoyens de Nantes les sincères remerciements de la première armée américaine pour leur cordial télégramme et je vous adresse l’expression de nos meilleurs vœux pour leur prospérité. Maintenant les alliés sont en marche vers la victoire. »

24 septembre 1918, H4 C20 D1

     

- 1 BA in 8° 18 : délibérations de 1918 avec le contenu de la séance du 20 septembre
- BM : aide aux régions envahies.
- H4 C17b D11 : dossier sur l'adoption de St-Mihel (1918-1920)
- H4 C20 D1 : adoption de St-Mihel

 

Aide aux soldats

Les solidarités se développent pendant la guerre et sont pour beaucoup dirigées vers les soldats du front ou de l’arrière. Cette assistance prend des formes diverses et variées. Il y a celles qui apportent une aide directe aux combattants de passage ou définitivement écartés du front qui, en tous cas, séjournent à Nantes :
  - foyer du soldat : créé en mars 1916 au 4 rue Royale, il est réalisé par la Mairie qui désire proposer aux soldats présents dans la ville un lieu de convivialité pour se retrouver entre eux. Les locaux sont d’anciens ateliers de forge et de carrosserie réquisitionnés par l’autorité militaire.
  - école municipale de rééducation des mutilés : fondée en septembre 1916, elle forme des jeunes gens mutilés pour leur permettre d’exercer un autre métier adapté à leur handicap. 14 professions y sont enseignées (cordonnier, sabotier, tailleur,…).
  - école agricole : sa création est décidée le 16 septembre 1919 en conseil municipal. Elle est destinée aux blessés de la poitrine ne pouvant travailler en ville car risquant la tuberculose. Il faut donc les envoyer à la campagne où l’air est pur. On leur enseigne des métiers ne nécessitant qu’un effort restreint.
D’initiative locale ou nationale, des journées sont organisées pour soutenir les poilus par la récolte de dons. Elles sont nombreuses et en voici quelques-unes des plus importantes :

  - Journée des nantais au front : organisée le 18 avril et le 14 juillet 1915 par la Mairie.
  - Journée du poilu : initiative nationale, lancée le 25 et 26 décembre 1915.
  - Journée du 75 : organisée le 28 février 1915, elle est la journée qui a le plus de succès et permet la récolte d’environ 19000 francs.
  - Journée française : elle a lieu le 2 mai 1915 dans toute la France.
  - Journée de la Grande Tombola : elle se déroule le 26 septembre 1915.

 
     
             
   
Les actions, les œuvres, les comités sont nombreux à Nantes et le but poursuivi est souvent le même c’est à dire apporter un soutien quel qu’il soit aux soldats confrontés à des conditions extrêmement difficiles ; cela demande, de plus, l’implication de tous dans l’effort de guerre (le colis nantais constitué par les écoles…): œuvre du tricot, œuvre du couvre-pied du soldat, œuvre de l’oreiller du blessé, envoi de colis aux soldats nantais du front, comité d’assistance aux militaires tuberculeux de la guerre, œuvre pour les militaires aveugles du front, allocation à l’autorité militaire pour l’amélioration de l’ordinaire des mobilisés, etc…
   
             
     
- MO4.
- BM.
- H4 C16a : foyer du soldat.
- H4 C17b : journées organisées pour les dons, comités d’aide, œuvres de guerre, listes de souscripteurs (1914-1923).
- H4 C23 D3 : couchages prêtés aux soldats.

           
 

Aide aux familles des mobilisés

Dans la plupart des familles d’avant guerre, l’homme est le seul qui travaille. Or lorsque ceux ci sont envoyés au front, la femme et les enfants se trouvent immédiatement sans aucune ressource. C’est pourquoi la loi du 5 août 1914 prévoit dans ce cas de figure qui concerne une grande partie de la population, un versement d’allocations pour les familles remplissant certaines conditions.
Un service des allocations est créé à la mairie et il est confié au Bureau des Retraites Ouvrières. Ce service aide les familles à établir leur dossier et effectue un premier tri. Mais la décision officielle d’accorder ou non l’allocation appartient à des commissions cantonales dont aucun membre du conseil municipal ne fait partie. Du 2 août au 31 décembre 1914, de nombreux repas gratuits sont servis par les restaurants municipaux aux familles en attente d’une décision et n’ayant aucun moyen de se nourrir.
Craignant que des rejets soient injustifiés et désirant venir en aide à des familles qui ont pourtant besoin de ces allocations, Bellamy et son conseil municipal décident la création d’un Comité de Protection des Familles de Mobilisés doté d’une caisse alimentée par la souscription nantaise. En plus de dons d’argent, la mairie distribue des bons de pain et des bons d’épicerie. Elle aide également les « familles nécessiteuses » voulant rejoindre le reste de la famille, mais aussi des réfugiés exprimant le désir de regagner leur foyer ou des familles partant visiter leurs blessés : tous bénéficient de la gratuité (ou d’une réduction) des transports.
Comme pour les soldats, des comités, œuvres, soutiens ou actions ponctuelles se développent pour les familles de mobilisés : Association d’aide aux veuves et orphelins de la guerre, Garderie d’enfants de mobilisés, acquisitions de charbon pour les familles nécessiteuses, paiement d’une partie des loyers par la Mairie. Cette dernière fait preuve de générosité tout autant que les Nantais aussi puisque certaines solidarités sont initiées et dirigées par les habitants.

 
     
           
        - MO1, MO2, MO3, MO4.
- BM
- Délibérations : aides aux familles du personnel mobilisé, création d’un comité spécial.
- H4 sans nom (1912-1919) D7 : pensions aux veuves, soldes, indemnités, allocations.
- H4C14 D2 : dossier sur la loi du 31 mars 1919 (pensions, veuves…).
- H4C14 D7 : demandes de secours pour les familles des morts.
- H4C15 D1 : trésorerie du comité de protection des familles de mobilisés (1915-1919).
- H4C15 D2 et D3 (1914-1918) : deux dossiers de soutien aux familles. Affiches.
- H4C15 D8 à D10 (1915-1919): quatre dossiers d’aide aux familles. Affiches.
- H4C23 D1 : registres d’avances d’allocations.
- H4C23 D7 : allocations Þ souches, comptes…
- H4C23 C29 : demandes d’allocations ou de pension.
- 20Z1 : Bureau de bienfaisance.

 
       
           
 

Les réfugiés

61.000 réfugiés dans le département

Tout au long de la guerre, Nantes connaît des vagues incessantes de réfugiés. La 1ere voit l’arrivée, le 5 août 1914, de quelques 2500 Italiens, ouvriers métallurgistes ou mineurs qui partaient vers les centres industriels français du Nord et de l’Est en vue de travailler. Dès le 26 août, des Belges et des Français des régions envahies foulent aussi le sol nantais. En 1915 et 1916, des Grecs, Russes, Croates, Slovènes, Serbes … affluent aussi.

A chaque fois, la Municipalité fournit un grand effort pour accueillir, loger et nourrir au mieux ces populations : les malades et les femmes enceintes sont envoyés à l’hôpital, les femmes, enfants et vieillards reçoivent des lits et les hommes sont installés en cantonnement sur des pailles et paillasses. De plus, les repas sont, dans un 1er temps, assurés par les restaurants municipaux.
Si les Italiens, logés au séminaire des Couëts, en périphérie de Nantes, ne restent que 3 semaines, les Belges et les Français du Nord et de l’Est sont installés en ville. On réquisitionne alors 8 établissements que l’on transforme en asiles et où l’on y sert 3 repas quotidiens, ravitaillés par les restaurants municipaux : les écoles rue Emile Pehant (2 asiles), rue Evariste Luminais (2 asiles), rue Noire, La Ruche, Le Refuge et le lycée de jeunes filles. La santé et le contrôle de l’hygiène représentent pour la Municipalité des préoccupations dominantes.

La population nantaise est aussi mise à contribution par l’intermédiaire d’un bureau spécial qui reçoit les propositions généreuses des autochtones, qu’il s’agisse d’une offre d’emploi, de logement ou d’un don matériel(vêtements…).
Dans chaque département, sur la base de ce bureau « improvisé » se crée un Comité de secours aux réfugiés d’accord entre la Municipalité et la Préfecture et siégeant à la Mairie.

 
     
   
 
   

Polyvalent, son rôle est le « soulagement, l’installation matérielle et l’assistance des personnes accueillies à Nantes[…]. Il s’occupe aussi de la répartition des émigrés entre les communes du département, selon les besoins agricoles ». Ainsi, il cherche à loger et à fournir du travail aux réfugiés en vue de les intégrer et les faire participer à l’effort de guerre.
Cependant, après la mi-octobre, l’espace nantais est saturé ; les convois de réfugiés ne font plus alors que transiter par la ville avant d’être dirigés vers d’autres localités du département moins « encombrées ».

A l’issue de la guerre, plus de 61 000 réfugiés auront pu être dénombrés cumulativement dans le département : 51 800 Français (dont 30 000 à Nantes), 8760 Belges (3500 à Nantes), 500 Lorrains, et moins de 100 Polonais (95), Serbes (48), Russes, Italiens et Tchécoslovaques (environ 25).(chiffres de E. GABORY)

train de réfugiés belges au départ de la gare de Nantes

L’Armistice ne sonne pas pour autant le départ des réfugiés qui attendent des conditions favorables pour rentrer dans leurs régions ravagées, et où l’on vit dans la pénurie. Ainsi, jusqu’à la suppression des allocations en juin 1920 qui précipite les retours, la quasi-totalité des réfugiés continue de résider à Nantes, où les conditions de vie sont bien meilleures que dans leurs régions meurtries. De plus, certains ont même construit une nouvelle vie à Nantes (mariages, enfants…), ville qu’ils ne quitteront plus.

 
           
        Documents figurés
- I2 C37 D7 : Photo du départ des réfugiés belges.

Documents écrits
-MO 14-19 1BA in 8°28
-BM 14 1BA in 8°47
-1R Rapports 14-18 : Rapports des Ecoles
-Délibérations : la question des réfugiés
-H4 C16b D1 : Organisation, correspondances, associations… (1914-1921)
-H4 C17B D2 : Réfugiés Belges ; Installation de réfugiés Serbes, Comité Franco- Serbe.
-H4 C23 D5 : Réfugiés Belges
, D6 : Contributions pour les réfugiés.
-E GABORY, Les réfugiés chez nous, Berger-Levrault, 1921 1BA in 8°496