Mathurin Crucy

Fils d’un important entrepreneur en bois de charpente, Mathurin Crucy est né à Nantes, le 2 février 1749. Il se destine précocement au métier d’architecte. Pour ce faire, il quitte dès 1767 la maison familiale pour entreprendre ses études. Il entre dans l’atelier de Ceineray, alors Architecte-voyer de la ville de Nantes. Il ira ensuite à Paris se former auprès de l’architecte visionnaire Louis Etienne Boullée, afin de se préparer aux concours d’entrée à l’Académie royale d’architecture. Il remporte le second Prix en 1773 avant d’obtenir le Premier Grand Prix l’année suivante avec son projet de Bains publics d’eau minérale, inspirés des thermes romains. Il part ainsi pour quatre années à l’Académie de France à Rome. Il n’y restera que deux ans, préférant parcourir l’Italie et découvrir ses vestiges antiques. A Rome, l’architecte nantais approuve les théories de l’ « antiquaire » Johann Joachim Winckelmann et découvre l’art de Piranèse, qui l’influencera fortement.

En Europe, depuis les fouilles archéologiques d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748), on assiste à un véritable engouement pour l’architecture antique rompant ainsi radicalement avec l’esthétique rococo. De retour à Paris, il enseigne à l’Académie Royale de Peinture.

En 1779, il devient à son tour Architecte-voyer de la ville de Nantes et poursuit le plan général d’embellissement de la ville initié par son illustre prédécesseur Jean-Baptiste Ceineray. Il s’agit alors d’agrandir la ville à l’ouest. Il s’atèle à la construction d’une salle de spectacle en accord avec la municipalité et Jean Joseph Louis Graslin, receveur des fermes du roi. Dès 1784 Crucy conçoit selon le modèle néoclassique alors en cours la salle de spectacle, suivant les principes esthétiques et architectoniques du Théâtre de l’Odéon. Il signe avec la réalisation du Théâtre son œuvre la plus considérable.

Parallèlement à son statut d’Architecte-voyer, il est, avec ses frères à la tête d’une entreprise de construction navale, la société L. Crucy Frères, installée quai de la Piperie, au bout du quai de la Fosse. Dès 1793, la guerre déclarée à l’Angleterre profite largement aux chantiers de construction navale. L’activité devient intense et M. Crucy met de côté ses activités d’architecte. L’entreprise familiale obtient rapidement le monopole des commandes locales de la marine nationale. Mais en 1806, la société est en faillite. Mathurin et Antoine Crucy réitèrent en fondant une nouvelle société afin d’exploiter des chantiers de Nantes et de Basse-Indre. Cependant, l’ensablement progressif de la Loire rend difficile la construction de navires de gros tonnage, les plus utiles à la marine nationale. Les commandes des Crucy diminuent alors fortement. Finalement, en 1810 Mathurin concède à son frère Antoine ses parts du chantier.

 
introduction
 
 

Ses principaux ouvrages


La Bourse


La Bourse, lieu de rassemblement des marchands, a été construite au bord de la Loire et à proximité du port. La Bourse de Crucy remplace plusieurs édifices construits successivement, sujets à des destructions. Le dernier est abattu en 1768. Divers projets des architectes Ceineray ou Potain sont réalisés sans aboutir jamais. Graslin, non sans controverse, suggère de reconstruire la Bourse de Commerce dans le Quartier qui portera son nom, face au Théâtre. En 1754, Crucy, quant à lui, avance son projet de restituer la Bourse à son emplacement initial, place du Port au Vin, actuelle place du Commerce. Mais les plans définitifs ne seront présentés que six années plus tard.

De style néo-classique, le bâtiment présente, à l’est, pour sa façade principale, un péristyle de dix colonnes ioniques supportant elles-mêmes un entablement au-dessus duquel sont érigées dix statues de Lamarie. Derrière la colonnade, un mur sobre est percé de trois ouvertures avec au-dessus d’elles un entablement. Celle du milieu offre un fronton triangulaire. L’espace intérieur est divisé en deux grandes parties. A l’ouest, une grande salle présente trois travées séparées entre elles par quatre colonnes corinthiennes. Dans la partie est, divers salles de commodités propres à l’exercice du commerce apparaissent (chambre des courtiers, conciergerie, bureau d’assistance, grand cabinet….). Dans la grande salle, on peut voir des décors peints en grisaille réalisés en 1790 illustrant les événements liés à la Révolution.

Cependant, ces idées ne sont pas immédiatement appliquées. Il faut attendre le décret du 18 décembre 1808 pour qu’on reconstruise la Bourse toute ruinée. Crucy est alors chargé de la direction des travaux. Charles Robinot Bertrand ainsi que Jean de Bay s’attèlent aux statues qui ornent le péristyle. A l’intérieur de la grande salle, les six peintures traitées à la manière de bas-reliefs relatent la venue de Napoléon à Nantes.

Finalement, les bombardements de 1943 détruisent six statues (les quatre restantes attendent d’être restaurées) et le décor intérieur disparaît.

1Fi0095 1Fi0570 1Fi0581 9Fi0096


Le cours Cambronne


Gênant les spéculations immobilières de Graslin et par-là même les plans de Mathurin Crucy, la ville de Nantes obtient, conséquemment à la Révolution, en juillet 1791, la totalité des terres appartenant aux Capucins, situés entre la Fosse et l’actuelle place Graslin. Le Conseil Général qui souhaite d’abord vendre ces terres, adopte finalement pour l’idée de Graslin, et requière Crucy afin de créer une promenade publique. Majestueux, ces immeubles de rapport offrent un bon exemple d’esthétique néoclassique, avec des façades présentant notamment des pilastres d’ordre ionique.

1Fi1336



La Place Royale


Située au niveau de l’ancienne porte St Nicolas, au sortir de la rue Crébillon, cette place a été conçue pour servir de charnière entre la ville ancienne et le nouveau paysage urbain du quartier Graslin. Elle est de forme rectangulaire et est bordée d’immeubles de rapport propres à loger la bourgeoisie nantaise. Les façades sont sobres, le seul élément décoratif consiste en la présence de modillons soutenant deux corniches fortement saillantes.

Un projet de fontaine a été réalisé par Mathurin Crucy en 1791, selon l’esthétique antique. Dans une niche, une sculpture de femme drapée à l’antique est placée entre deux colonnes toscanes et sous un entablement mouluré.

Crucy projeta également de construire un corps de garde afin d’accueillir les soldats alors mobilisés cette même année. Cet édifice militaire est composée d’une rotonde surmontée d’une partie elle-même de forme circulaire terminée par une toiture en forme de cône.
La partie basse présente un décorum néoclassique : tentures, trophées, guirlandes… ainsi qu’un vocabulaire emprunté au théâtre : sur le vestibule en saillie, un rideau de scène est figuré. La partie supérieure plus sobre, présente des oculi.

1Fi0596 9Fi0079 9Fi0097 II158_059 II159_010


La halle au blé


Après divers plans proposés par l’architecte Portail en 1742, l’ingénieur Abeille en 1750, l’Architecte-voyer Ceineray en 1759 ce sont finalement ceux de Mathurin Crucy qui sont élus.

En remplacement de la tour des Espagnols, quai Brancas, rasée en 1779, on construit ainsi une halle au blé selon les plans de Crucy réalisés en 1789.

Le Bâtiment de forme rectangulaire est surmonté d’un étage. Le rez-de-chaussée présente de larges arches en plein cintre. Le premier étage a accueilli la bibliothèque municipale de 1806 à 1880. La halle au blé est démolie en 1882 et remplacée par l’Hôtel des Postes.

9Fi0381 II158_076



La Poissonnerie


L’existence d’une halle au poisson est avérée à cet endroit depuis le 16ème siècle Mathurin Crucy effectue les dessins d’une halle au poisson en 1783. Il choisit d’implanter la poissonnerie sur la pointe ouest de l’île Feydeau. Il s’agit d’une halle couverte, de forme rectangulaire, à un niveau. Elle possède un avant-corps en hémicycle présentant un péristyle toscan. Il faut attendre 1807 afin qu’elle soit construite, finalement en bois. Elle est remplacée en 1851 par une nouvelle poissonnerie signée Driollet.

9Fi0073


Les Bains publics


Mathurin Crucy remporte le Grand Prix de l’Académie Royale d’Architecture en 1774 avec son projet de bains publics.

En 1800, Mathurin Crucy fournit ses plans de bains publics à la municipalité (autres que ceux présentés au concours de 1774). Il situe les nouveaux thermes sur l’actuelle petite Hollande.

C’est à cet endroit que Jourdain, avant lui, en 1776 souhaite reconstruire des thermes en remplacement de ceux dévastés par un incendie six ans auparavant. Mais des astreintes pèsent jusqu’à la révolution. C’est en définitive le projet de Mathurin Crucy qui l’emporte.

L’établissement, édifié en 1802, est sur un soubassement et composé de deux parties. Un bâtiment de forme rectangulaire à deux niveaux, surplombe une rotonde en hémicycle qui lui est accolée. La rotonde à un étage présente des ouvertures et au-dessus de chacune d’elles sont percés des oculi propres à recevoir des statues à l’antique.

Ces thermes à la romaine sont détruits en 1869 pour laisser place à un marché couvert.

1Fi0100 1Fi0101 1Fi0103 1Fi0105 1Fi0107