| Page d'accueil | Contacts | Moteur de recherche | Plan du site | Utilitaires |   
     Dossiers documentaires > Le Tour de France 1903 à Nantes
   
 
Revue de presse
Etapes Bordeaux-Nantes et Nantes-Paris

En 2003, la Société du Tour de France célèbre le centenaire de la création du Tour de France. Mis en place en 1903 sous l'impulsion M. Desgranges, directeur du journal parisien l'Auto, le premier tour relie les six plus grandes villes de France : Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. En 19 jours, les 60 concurrents doivent parcourir 2500 kilomètres. Le départ de la cinquième étape, Bordeaux-Nantes, est donné le lundi 14 juillet à 23 heures. Les premiers coureurs sont attendus à Nantes le lendemain, vers 15 heures, au vélodrome de Longchamp. Cinq jours plus tard, les 21 rescapés de la route quittent Nantes le samedi 18 à 19 heures pour rejoindre Paris.

Le dossier proposé regroupe les différents articles parus dans la presse locale. Ils retracent le passage du Tour de France à Nantes et montre le terrible effort qui est demandé aux coureurs : " nos grands champions vont montrer aux populations françaises ce que l'énergie humaine peut faire, aidée de ce splendide petit instrument de la locomotion actuelle, la bicyclette ".

L'illustration de cette revue de presse correspond, pour l'essentiel, à des publicités imprimées dans la presse locale entre 1894 et 1913


 
 
Le Populaire - Jeudi 2 juillet 1903
Les Sports - Cyclisme : le Tour de France

La première journée
Cette course, la plus importante des courses cyclistes sur route pour 1903 et l'une des plus considérables qu'on ait jamais vu organiser dans le monde sportif, commence aujourd'hui, mercredi 1er juillet. Elle durera dix-neufs jours et est organisée par notre confrère l' " Auto ".
Rappelons qu'elle se fait en six étapes ; Paris-Lyon, Lyon-Marseille, Marseille-Toulouse, Toulouse-Bordeaux, Bordeaux-Nantes, Nantes-Paris. Ni entraîneurs, ni suiveurs, sauf pour la dernière étape où l'entraînement par bicyclette sera autorisé.
Il y a plus de 20.000 francs de prix. L'étape qui paraît, à part la dernière, devoir offrir plus d'intérêt, est celle de Toulouse-Bordeaux, qui tombe heureusement le dimanche 12 juillet. Une course spéciale, réservée aux amateurs, sera adjointe à la grande épreuve professionnelle sur ces 268 kilomètres.


Le Phare de la Loire - Vendredi 3 juillet 1903
Le Tour de France
Une grande épreuve cycliste
Heureuse initiative du Journal l' " Auto ". 2.500 kilomètres à bicyclette.
- Paris-Lyon-Marseille-Toulouse-Bordeaux-Nantes-Paris.
- Les étapes. - Les engagés
.

Paris. - C'est hier après-midi, à 3 heures précises, qu'a commencé la plus gigantesque course de bicyclettes qui ait jamais eu lieu. Pendant 19 jours, nos grands champions vont montrer aux populations françaises ce que l'énergie humaine peut faire, aidée de ce splendide petit instrument de la locomotion actuelle, la bicyclette.
Sur 2.400 kilomètres de nos belles routes de France, Garin, Fischer, Aucouturier, Wattelier, Muller, Chapperon, etc., vont se livrer une lutte effroyable fractionnée en six étapes qui auront chacune comme point terminus les six plus grandes villes de notre territoire : Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Paris.
Et cette épreuve monstre, qui occasionnera pour les participants de très grands frais, a pu, grâce au prestige dont elle est entourée, et grâce aussi aux superbes allocations dont elle est dotée, réunir un gros total d'engagement.
C'est notre excellent confrère l'Auto qui eut l'idée de faire parcourir aux champions de la route les 4/5 du long ruban qui entoure notre belle France.
Ne pouvant reprendre cette année la prestigieuse épreuve qui s'appelle Paris-Brest, notre confrère a justement pensé qu'un " Tour de France " rendrait le plus grand service au sport et à l'industrie du cycle.
Il s'est attelé à la besogne voilà plus de trois mois, élaborant un règlement fort bien conçu, mais qui ne parut pas donner entière satisfaction aux coureurs.
Se ravisant à temps, les organisateurs, de six semaines, ramenèrent la course à dix-neuf jours, augmentèrent le nombre des prix et assurèrent à tous les coureurs qui ne toucheraient pas 200 francs au cours des six étapes et du classement général, une indemnité de 5 francs par jour, à la condition - cela pour éviter que de trop nombreux " tournistes " s'inscrivent - de parcourir toute la course à l'allure moyenne de 20 kilomètres à l'heure.


Succès assuré

Dès lors, le succès était assuré. Les inscriptions devinrent nombreuses et le jour de la clôture des engagements le " Tour de France " avait groupé 80 engagements.
L'innovation est heureuse, elle va remuer, trois semaines durant, toute la France. Elle rapportera à cette grande industrie du cyclisme des fruits intéressants. Elle montrera dans des contrées encore inconnues d'elle ce que la bicyclette est capable de faire, et son utilité incontestable.
Nous saluons cette initiative. Elle émane de sportsmen intelligents.
En consultant ci-dessous la liste des engagés, on constate que les meilleurs coureurs du monde entier se sont donnés rendez-vous pour disputer cette épreuve monstre.
Pourquoi cet empressement ? Assurément, l'esprit et les conditions qui ont présidé à l'organisation y sont pour quelque chose.
Jusqu'alors, l'entraînement mécanique ou humain nécessitaient, de la part de ceux qui voulaient être soigneusement entraînés, des frais énormes. Les maisons de cycles elles-mêmes fermaient leur caisse pour beaucoup de coureurs. Seuls, les très grands ténors pouvaient espérer être secondés.
Les conditions du " Tour de France ", qui interdisent les entraînements au moins pendant les cinq premières étapes, ramènent les concurrents sur une même ligne et laissent aux meilleurs le soin de prouver par eux-mêmes leur supériorité. C'est parfait. C'est le retour au bon vieux temps.
Mais si la question des entraîneurs accorde à tous la même égalité, il fallait que cette égalité fût complète, que X ne soit en aucune façon plus favorisé que Y. Et c'est là où une autre question, celle des soins en cours de route, est venue se poser. Les organisateurs l'ont résolue en interdisant toute espèce de suiveurs ou soigneurs. L'homme est livré à lui-même. Il prendra sa nourriture dans tel contrôle, telle auberge, telle ferme qu'il lui plaira, mais en aucune façon le concours de seigneurs ne devra lui être assuré.
De même pour le changement de matériel, complètement interdit, en dehors des contrôles, sauf la rencontre fortuite, au moment d'une panne, d'un bienveillant cycliste qui voudra bien confier sa machine au désemparé.

L'itinéraire. - Les Etapes

Voici l'itinéraire complet de la course :
1ère étape : Paris-Lyon (1er au 2 juillet)
Départ de Villleneuve-Saint-Georges : Corbeil 13 kil., Melun 29, Fontainebleau 45, Montargis 96, Nevers 221, Moulins 276, La Palisse 326, Roanne 376.
2ème étape : Lyon-Marseille (4 au 5 juillet)
Rive-de-Gier 34 kil., Saint-Chamond 45, Saint-Etienne 57, La République (Bourg d'Argental) 85, Andance 104, Tournon-Tain 124, Valence 142, Montpellier 188, Orange 240, Avignon 260, Orgon 295, Lambesc 330, Aix 352, Marseille 381.
3ème étape : Marseille-Toulouse (8au 9 juillet)
Les Pennes 16 kil., Salon 49, Arles 88, Bellegarde 104, Nîmes 190 (sic), Lunel 140, Montpellier 170, Pezenas 220, Béziers 243, Narbonne 270, Capendu 309, Carcassonne 330, Castelnaudary 366, Villefranche 388, Toulouse 434.
4ème étape : Toulouse-Bordeaux (11 au 12 juillet)
Grisolles 29 kil., Montauban 51, Castelsarrazin 59, Moissac 81, Valence 97, Agen 123, Port-Sainte-Marie 144, Tonneins 165, Marmande 182, La Réole 202, Langon 220, Bordeaux 268.
5ème étape : Bordeaux-Nantes (13 au 14 juillet)
Bordeaux (1 Pavillons), Libourne 25 kil., Montguyon 62, Barbezieux 92, Pons 128, Cognac 148, Saintes 175, Tonnay-Charente 206, Rochefort 213, La Rochelle 244, La Roche-sur-Yon 327, Nantes 391.
6ème étape : Nantes-Paris (18 au 19 juillet)
Ancenis 38 kil., Angers 89, Saumur 136, Tours 200, Amboise 230, Blois 260, Orléans 310, Patay 342, Chartres 391, Rambouillet 427, Versailles 451, Ville-d'Avray 456, Parc des Princes (arrivée).

Les heures de départ pour les 2ème, 3ème, 4ème, 5ème et 6ème étapes seront fixées d'après l'allure moyenne des coureurs dans la première étape.
Les contrôles de chaque étape seront fermés dès que sera écoulé le temps nécessaire pour y arriver, à raison de douze kilomètres à l'heure depuis le départ. Ainsi à Lyon, il sera fermé le 3 juillet à 7 heures du matin, c'est-à-dire 40 heures après le départ de Montgeron.
Les prix qu'auront à se partager les concurrents sont au nombre de 55 et se montent au joli chiffre de 20.000 francs. Ils sont divisés de la façon suivante :
1ère étape.- (Paris-Lyon) 1.500, 700, 350, 200, 100, 50 et 50 fr.
2ème étape.- (Lyon-Marseille) 1.000, 450, 250, 125, 75, 75, 50 et 50 fr.
3ème étape.- (Marseille-Toulouse) 800, 350, 200, 100, 75, 50, 50 et 50 fr.
4ème étape.- (Toulouse-Bordeaux) 700, 300, 200, 100, 75, 50, 50 et 50 fr.
5ème étape.- (Bordeaux-Nantes) 1.200, 500, 250, 125, 100, 75, 75 et 75 fr.
Quant aux prix de la dernière étape, ils se confondent avec ceux du classement général, et sont les suivants : 3.000, 2.000, 800, 500, 250, 200, 100, 50, 50, 50, 50, 50 et 25 fr.
En outre, chacun des coureurs arrivés dans les cinquante premiers aura droit à une indemnité de 5 francs par jour pendant les 19 jours de la course s'il n'a pas gagné 200 francs et s'il n'a pas couvert d'étape à moins de 20 à l'heure.
Le départ

Une chaleur tropicale n'avait pas empêché les curieux d'aller en grand nombre au départ de la course.
A partir de 1 heure, les coureurs viennent successivement signer la feuille du départ. On fait des ovations à Wattelier, qui est vêtu, avec une correction parfaite, d'une veste et d'un pantalon de toile beige, et a la tête couverte d'une vaste casquette de toile blanche.
Puis, tour à tour, on acclame l'entrée de Joseph Fischer, des deux favoris Aucouturier et Maurice Garin, de Rodolphe Muller, de Kerff, de Georget, de Pasquier, etc.
On procède enfin aux derniers préparatifs du départ ; mais les concurrents sont à chaque instant dérangés par la multitude des photographes qui surgissent de toutes parts.
C'est à l'auberge du Réveille-Matin que le contrôle est installé. Il est sous la direction de nos confrères Steinès et Abran, de l'Auto. On y est entassé, et les opérations des contrôleurs sont vraiment peu faciles à remplir.
On a donné à chaque concurrent un brassard numéroté jaune pour son bras gauche et une bande de toile rouge pour attacher au cadre de sa machine.
Le départ, qui devait être donné à trois heures précises, a été retardé, car on s'est aperçu qu'à 600 mètres plus loin on faisait des travaux sur la route pour l'établissement d'une voie transversale du petit chemin de fer. Après discussion, on décida que l'appel des concurrents se ferait bien à l'endroit désigné, mais que ceux-ci iraient tranquillement jusqu'à ces travaux et que le départ définitif serait donné après ce passage difficile.
Enfin, à trois heures dix, l'appel des concurrents par M. Desgranges, directeur de l'Auto, le peloton s'est ébranlé à petite allure, et, à trois heures seize exactement, M. Abran a tiré le coup de pistolet du départ.
Nous publieront en dernière heure les télégrammes que nous recevrons sur le passage des coureurs aux différents contrôles.


Le Populaire - Vendredi 3 juillet 1903
Le Tour de France

Même article que celui du Phare du 3 juillet auquel " Le Populaire " ajoute la liste des coureurs.

Voici la liste des partants :
1.Maurice Garin (Lens) ; 2. Paquier (Paris) ; 3. Barroy (Paris) ; 5. Foureaux (Paris) ; 6. Gouban (Muret) ; 7. Barbrel (Paris) ; 8. Aucouturier (Paris) ; 9. Kerff (Belgique) ; 10. Georget (Châtellerault) ; 11. Brange (Belleville sur Saône) ; 12. J. Fischer (Boulogne sur Seine) ; 14. Lechartier (Paris) ; 15. Ronnier (La Rochelle) ; 17. Pagie (Tourcoing) ; 21. Dargasies (Grisolles) ; 22. Moulin (Paris) ; 24. J. Salles (Belgique) ; 26. Wattelier (Paris) ; 27. Chaperon (Paris) ; 28. Samson (Bruxelles) ; 29. Salais (Angers) ; 31. Habets (Paris) ; 32. Dupré (Roanne) ; 33. Rodolphe Muller (Paris) ; 36. Bedène (Paris) ; 37. L. Pothier (Guy-Yonne) ; 38. Perin (Paris) ; 39. Augereau (Châtellerault) ; 40. Jay (Paris) ; 41. Pivin (Rocheservière) ; 42. Mercier (Lausanne, Suisse) ; 43. Desvages (Paris) ; 44. Pernette (Paris) ; 45. F. Beaugendre (Salbris) ; 46. Jaeck (Genève) ; 47. Poussel (Nice) ; 48. Joseph Fischer (Munich) ; 49. Bartelmann (Munich) ; 50. Lujien Girbe (Paris); 51. Charles Laeser (Genève); 53. G. Borot (Paris) ; 54. Durandot (Angers) ; 55. Léon Riche (Sens) ; 56. Lassartigos (Paris) ; 57. L. Fougéré (Paris) ; 58. E. Torisani (Paris) ; 59. Charrier (Neuil) ; 62. Payan (Alais) ; 63. Tripier (Paris) ; 64. Ellinamour ; 65. Zimmermann (Paris) ; 66. Lequatre (Yverdon) ; 67. A. Millochau (Chartres) ; 69. Monachon (Paris) ; 71. Catteau (Tourcoing) ; 73. V. Lefèvre (Tours) ; 75. Daumain (Paris) ; 76. Guillarme (Troyes) ; 77. Quetier (Versailles) ; 78. de Balade (Agen).
Soit au total soixante partants sur quatre-vingt engagés. A noter l'absence de Trousselier " alias " Levaloy, qui a été disqualifié à vie après sa course de Bordeaux-Paris, cette année.
Les huit premiers prix affectés à cette première étape Paris-Lyon, en plus de ceux qui résulteront de classement général des six étapes réunies, sont 1.500, 700, 350, 200, 100 ,100, 50 et 50 francs.
L'arrivée à Lyon se fera au vélodrome de la Tête-d'Or.
On a vu par la liste ci-dessus que jamais compétition cycliste n'aura réuni un plus beau lot d'athlètes.

L'arrivée à Lyon
Lyon, 2 juillet. Maurice Garin est arrivé premier, à 9h.1 ; Pagie, deuxième à 9h.2 ; Georget, troisième, à 9h.35 ; Augereau, quatrième, à 10h.3 ; Fischer, cinquième, à 10h.6 ; Kerff, sixième, à 10h.40.

Un favori qui abandonne. Un des grands favoris de l'épreuve, Aucouturier, souffrant de crampe d'estomac, a abandonné à la Palisse.
Aujourd'hui et demain, repos.
Après-demain, étape de Lyon-Marseille.


L'Espérance du Peuple - Lundi 13 et mardi 14 juillet 1903
Vélocipédie
Le Tour de France

C'est demain mardi 14 juillet, qu'a lieu, au vélodrome de Longchamp, l'arrivée de la grande course du Tour de France (étape Bordeaux-Nantes, 425 kilomètres).
Les concurrents arriveront les premiers vers 3h. de l'après-midi, les autres se succèderont ensuite jusqu'à 7h.30.
Les arrivées des concurrents seront encadrées par de belles épreuves cyclistes : une course de primes et un handicap.
Sont engagés : Heller, de Vienne (Autriche) ; Mathieu et Daumain, de Paris ; Fouaneau, de Bordeaux ; Marcelli, de Roubaix, et nos meilleurs coureurs régionaux.
Nos pronostics : Tour de France : Aucouturier. Régionale : Hardy. Interrégionale : Heller. Course de primes : Cousseau. Course d'amateurs : Boyer. Handicap : Delaborde.
La réunion commencera à 2h. précises.
La musique des Seize prêtera son concours à cette fête.


Le Populaire - Mardi 14 juillet 1903

L'étape Bordeaux-Nantes
Voici l'itinéraire que suivront les coureurs du Tour de France pendant l'étape Bordeaux-Nantes :
Bordeaux, Libourne, Barbezieux, Pons, Cognac, Saintes, Tonnay-Charente, Rochefort, La Rochelle, Luçon, La Roche-sur-Yon, Montaigu, Clisson, Vallet, Le Loroux, Thouaré, Nantes (arrivée au vélodrome). - Distance totale, 425 kilomètres.

Au vélodrome de Longchamp
L'arrivée des coureurs se fera au vélodrome de Longchamp. Tous les coureurs auront à accomplir un kilomètre sur la piste ; nous assisterons donc à des arrivées passionnantes entre tous les hommes qui viendront de faire 425 kilomètres et qui auront encore à lutter pour la victoire sur un parcours de pure vitesse. Car il est à remarquer que les coureurs des étapes précédentes sont toujours arrivés par pelotons de quatre ou cinq hommes.
Samson, Muller, Georget, Garin et Fischer, qui sont arrivés ensemble à Bordeaux, seront encore probablement en tête à l'arrivée à Nantes. Mais il est difficile de choisir un favori, car l'arrivée se faisant sur le ciment même du vélodrome, un homme vite peut battre un concurrent plus résistant, moins fatigué, mais moins habile aux luttes finales.
Nous croyons que la course se passera entre Muller et Fischer, qui marchent de mieux en mieux, à mesure que les étapes se succèdent.

Les courses de vitesse
Pour encadrer les arrivées du Tour de France, une belle réunion sera donnée au vélodrome de Longchamp demain, 14 juillet, à deux heures précises.
Le programme comporte cinq épreuves et deux épreuves pédestres, toutes ayant réuni de nombreux engagements, parmi lesquels nous citerons : Heller, champion d'Autriche, gagnant du Grand-Prix de Nantes en 1903 ; Mathieu, un de nos meilleurs coureurs français ; Daumain, le sprinter bien connu ; Marcelli, champion du Nord ; Fouaneau, de Bordeaux ; Hardy, de Saumur ; Cousseau, de La Rochelle, et nos meilleurs coureurs nantais.

Nos pronostics
Interrégionale.- Hardy, qui vient de battre Poulain, est actuellement dans une forme splendide. Cousseau est un courageux et également bon tacticien, mais je crois moins vite que le coureur saumurois qui doit triompher. Nos coureurs nantais disputeront la seconde place à Cousseau.
Course de primes.- Cette course, réservée aux non-classés de l'interrégionale, reviendra à un Nantais : Salver, Anger ou A. Chéreau.
Course d'amateurs.- Delaborde, très réputé, devrait battre nos amateurs dont le meilleur est sans conteste, Boyer, le champion du V.-S.N.
Handicap.- Les rendements seront établis sur le terrain d'après les résultats de la journée.
Grande internationale.- Cette course se disputera en quatre série, deux demi-finales et finale. Cette dernière se courra en trois manches. Le premier de chaque manche comptera un point, le second deux points, le troisième trois, le quatrième quatre. Le coureur ayant obtenu le moins de points sera qualifié premier et ainsi de suite.
Heller et Mathieu sont les plus distingués, d'après leurs performances, pour triompher. Heller est très vite, mais est loin d'être un excellent tacticien comme Mathieu.

Le petit Parisien a montré, cette année, une forme excellente et semblait même, avant sa dernière chute, tenir la tête des coureurs français. Tout nous fait prévoir une belle lutte entre ces deux hommes.
Pour la troisième place, les plus qualifiés sont, sans conteste : Daumain et Marcelli. Le champion du Nord, dans une belle forme actuellement, doit battre le coureur parisien.
Fouaneau, Hardy et Cousseau peuvent également bien figurer.

Une prime de 100 francs
Une prime de cent francs sera offerte par le Vélo-Sport nantais au coureur de l'épreuve Bordeaux-Nantes qui accomplira le kilomètre final le plus rapidement.
Un objet d'art, offert par la mairie de Nantes, sera donné au premier des coureurs de la même étape.

Une belle réunion
Tout fait prévoir que la réunion de demain sera un gros succès de plus à l'actif du Vélo-Sport nantais.
Disons, en terminant, que la musique des " Seize " prêtera son concours à cette belle fête sportiv
e.


Le Petit Phare - Mardi 14 et mercredi 15 juillet 1903
Chronique locale : le Tour de France
Une épreuve sensationnelle.- L'arrivée à Nantes.- Nos pronostics.

Il semble superflu de rappeler à nos lecteurs la genèse de la course du Tour de France organisée par notre confrère l'Auto.
C'est demain qu'arriveront, au vélodrome de Longchamp, après avoir parcouru plus de 2.000 kilomètres, les géants de la route qui ont noms : Aucouturier, Maurice Garin, Georget, Kerff, Muller, Pothier, Brange, etc.
Ni la longueur des étapes, ni le danger de la route, ni la violence du mistral, ni l'ardeur du soleil n'ont pu avoir raison de l'énergie de ces vaillants qui accomplissent d'une seule traite des distances de plus de 400 kilomètres et repartent vers de nouvelles victoires après deux ou trois jours de repos seulement, alors qu'on pourrait les croire harassés de fatigue.
L'intérêt de la plus gigantesque épreuve cycliste qui ait jamais été organisée va sans cesse croissant ; il présentera à Nantes son maximum d'intensité.
On peut affirmer que cet intérêt découle surtout des conditions de l'épreuve qui a lieu - nos lecteurs s'en souviennent - sans entraîneurs, ni suiveurs. Tous les coureurs sont ainsi placés sur un pied d'égalité presque parfait qui a permis au jeune Pagie de disputer entre Paris et Lyon le terrain pied à pied au terrible Garin.
Pothier, Sanson, Brange, Augereau, hier peu ou pas connus ont pu aussi se signaler à l'attention des sportsmen et montrer que le champ des hommes de qualité était beaucoup moins réduit qu'on ne le croyait généralement. Notre compatriote Pivin (de Rocheservière) a également fourni une course très courageuse et très honorable se classant huitième dans la première étape, mais divers incidents de course l'ont considérablement retardé dans les autres étapes.

A l'heure où nous écrivons ces lignes nous ne savons pas exactement quels sont les concurrents qui vont se mesurer sur le parcours Bordeaux-Nantes, mais il y a tout lieu de croire - et les renseignements que nous publions plus loin ne peuvent que confirmer nos prévisions - que Maurice Garin , Georget, Augereau, Kerff, Pothier, Beaugendre, Fischer, Muller, Sanson, Pasquier, Dargassies, pour ne citer que les principaux, seront parmi les partants pour le Tour de France complet.
A Garin (le frère de Maurice), Magdelin, Roques, Chaudron et Lesur se présenteront pour les prix affectés à l'étape. (Ces coureurs partent une heure après ceux de la première catégorie).
Ni Georget, ni Garin ne doivent normalement se lâcher au train. Pothier, Brange, Sanson ont montré dans Marseille-Toulon qu'ils pouvaient également tenir la distance. Si aucune chute, aucun accident ni incident ne se produit, ces cinq hommes doivent déboucher ensemble sur le ciment de Longchamp. Chacun pourra y défendre sa chance et nous croyons que Maurice Garin qui ne sera pas gêné à Nantes comme cela s'est produit pour les autres contrôles d'arrivée aura assez d'énergie et de vitesse pour s'assurer la première place à l'emballage.

Rappelons, en terminant, que les prix affectés au parcours Bordeaux-Nantes sont les suivants : 1.200, 500, 250, 125, 100, 75, 50 et 50 francs. Le premier recevra, en outre, un objet d'art offert par la Ville de Nantes.
Les prix de classement général, Tour de France complet, sont les suivants : 3.000, 2.000, 1.200, 800, 500, 250, 200, 100 et le prix de 50 francs.
Une réunion organisée par le V.S.N. encadrera les arrivées des coureurs du Tour de France.
Le programme comporte une Interrégionale, une Internationale, une course de primes, des courses d'amateurs (scratch et handicap).
Les meilleurs Nantais : A. Chéreau, Salver, Anger, Ordronneau, Raoul, etc. ; Cousseau, de La Rochelle ; Hardy, de Saumur, ont envoyé leur engagement. La finale de la Régionale comprendra Salver, A. Chéreau, Hardy et Anger. Chéreau est à notre avis le plus vite du lot ; il devrait donc gagner. Derrière lui, nous voyons dans l'ordre Anger, Hardy et Salver.
Heller, Mathieu, Domain et Marcelli disputeront aux précédents les jolies allocations de l'Internationale. Le coureur autrichien Heller, bien connu des Nantais, doit gagner. Pour la seconde place, Domain, Mathieu et le Roubaisien Marcelli (champion du Nord) rencontreront de sérieux adversaires dans nos compatriotes Chéreau, Anger, Hardy et Salver et il devra s'employer à fond pour en triompher.
Cousseau gagnera la course de primes et Boyer les courses d'amateurs.
On ne s'ennuiera pas à Longchamp, en attendant l'arrivée des coureurs du Tour de France, dont l'émotionnante lutte finale suffirait à elle seule pour attirer au Vélodrome la foule des grands jours.

N.B.- Les arrivées sont jugées au Vélodrome de Longchamp, jusqu'à 7h30 du soir, puis le contrôle sera transféré au Café Babonneau, route de Paris.


Le Populaire - Mardi 15 et jeudi 16 juillet 1903
Le Tour de France
5ème étape Bordeaux-Nantes (394 kil.)

Le départ de Bordeaux
Le départ de la cinquième étape a eu lieu lundi soir à dix heures, place Pey-Berland.
L'assistance était considérable devant le café Français, où la retraite aux flambeaux du 14 juillet avait attiré dès huit heures une foule énorme. Les coureurs ont eu pas mal de peine à se frayer un chemin jusqu'à la table du contrôle, où siégeaient les commissaires du départ.
C'est à 10 heures que le groupe est parti pour les Quatre-Pavillons, par le cours d'Alsace, les quais et avenue Thiers. Une demi-douzaine de voitures, portant les officiels et la police les accompagnaient.
A minuit, exactement une heure après un deuxième départ identique était donné aux huit concurrents de la deuxième catégorie qui ne courent que l'étape spéciale Bordeaux-Nantes.
La présence du frère de Maurice Garin donne un réel intérêt à cette catégorie.

Les contrôles
La Roche-sur-Yon (330 kilomètres).- Garin, Pasquier, Pothier et Augereau ont passé ensemble à 11h.44 du matin ; Muller, à midi 3 ; Kerff et Fischer à midi 22 ; Dargassies à midi 24.
Payan a passé à midi 37 ; Ambroise Garin, à 1h.6 ; Catteau, 10 secondes après.
Samson a passé à 1h.26. Il a eu six crevaisons.
Girbe signe à 2h.4 ; Lechartier à 2h.30. Tous sont pleins d'entrain. Salais et Beaugendre à 3h.16. Georget est resté couché dans un fossé. Magdelin a abandonné à Rochefort.

L'arrivée à Nantes
La 5ème étape de la gigantesque épreuve du Tour de France est revenue à Maurice Garin, qui avait déjà triomphé dans la première étape (Paris-Lyon) et s'était toujours classé dans le groupe de tête dans les autres parcours.
M. Garin est donc toujours classé premier pour le parcours total et dès lors, sauf accident, sa victoire semble assurée.
M. Garin est arrivé au vélodrome où se trouvait le contrôle d'arrivée, à 3h.26 minutes et 31 secondes, accompagné par ses deux concurrents G. Pasquier et Pottier. Les trois hommes ont accompli dans cet ordre le kilomètre final, ne cherchant pas à lutter pour se classer.
Pasquier et Pottier, soignés, paraît-il, par Garin sur le parcours, lui ont laissé la première place.
Les trois hommes, qui étaient couverts de poussière et semblaient fatigués, ont fait le dernier kilomètre en 2m. 12s.
Le public leur a fait une belle ovation, surtout à Garin, qui a fait un tour d'honneur avec le bouquet traditionnel.
La prime de 100 francs, accordée au coureurs accomplissant le kilomètre final le plus vite, est revenue à Augereau, classé quatrième au vélodrome, à une dizaine de minutes des premiers.
Augereau, qui semblait très dispos, a mis 1m. 33s., ce qui constitue une superbe performance.
La cinquième place est revenue à A. Garin (premier du second groupe). Muller s'est classé sixième ; Fischer, septième, et Kerff, huitième.
Dargassies, qui a fait la course en véritable amateur, sans être soigné le long du parcours, comme la plupart de ses concurrents, s'est amené au vélodrome à 4h. 47 m. 40 s., frais et dispos comme s'il venait de faire une petite balade de quelques kilomètres. Le public lui a fait une grosse ovation.
Voici le classement général de tous les concurrents arrivant au vélodrome :
1er, M. Garin, à 3h26m31s ; 2ème, Pasquier, 3h26m31s 1/5 ; 3ème, Pottier, 3h26m31s 2/5 ; 4ème, Augereau, 3h37m6s ; 5ème, Muller, 4h3m41s ; 6ème, Kerff, 4h30m34s 1/5 ; 7ème, J. Fischer, 4h30m34s 2/5; 8ème, Dargassiès, 4h47m40s; 9ème, Payan, 4h59m55s; 10ème, A. Garin, 5h05m ; 11ème, Catteau, 5h29m13s ; 12ème, Samson, 5h58m33s ; 13ème, Girbe, 6h48m42s.

Voici les meilleurs temps pour le kilomètre final :
Augereau 1m33s ; Kerff et Fischer, 1m36s 3/5 ; superbe lutte à l'arrivée entre ces deux coureurs ; Girbe, 1m41s ; Dargasies, 1m44s.
Après 7 heures, le contrôle était établi chez M. Babonneau, route de Paris.
Sont arrivés : Lechartier, à 7h53m22s ; Beaugendre et Salais, à 8h49m ; Fischer, à 12h49m ; Jay (du second groupe), à 12h49m ; Moulin, à 1h50m16s ; Foureau et Borot, à 2h27m52s.

Le départ de Nantes
Le départ de Nantes pour Paris se fera dans la nuit de samedi à dimanche, probablement du vélodrome.
Nous en donnerons l'heure.

Les courses à Longchamp
Les courses qui encadraient les arrivées du Tour de France, ont été intéressantes. Heller, le champion autrichien, a gagné très facilement et dans un style aisé les trois manches de l'internationale.
La seconde place est revenue à Mathieu, trois fois second également.
Par contre la troisième place a été vivement disputée entre Marcelli et Hardy. Ce dernier a battu son concurrent dans la dernière manche, ce qui lui a assuré la victoire.
La régionale est revenue à Hardy, après avoir fortement balancé A. Chéreau.
Cousseau s'est adjugé avec facilité la course de primes.
Boyer s'est promené, devant ses médiocres concurrents, dans les deux courses d'amateurs.

Voici les résultats :

INTERNATIONALE.- Première série : 2.000 mètres.- Hardy, 2ème A. Chéreau. Non placés : Ordronneau ; Raoul et Thury.- Temps, 3m 35s 2/5.- 200 d. m. 14s 4/5.
Deuxième série.- 1er Anger, 2ème Salver.- Non placés : Trousseau, Rémaud, Bernard et Bocquier.- Temps, 3m 35s 2/5.- 200 d. m. 14s.
Salver, gêné volontairement par Cousseau conserve cependant la seconde place.
Finale : 1er Hardy, 2ème Anger à ½ roue, 3ème A. Chéreau à ¼ de roue, 4ème Salver.- Temps, 4m 16s 2/5.- 200d. m. 13s.
Lutte acharnée pour la première place. Anger qui marche toujours bien à Longchamp, n'est battu que de très peu par Hardy qui a balancé Chéreau dans la balustrade, Salver bon quatrième.
COURSE D'AMATEURS.- 1.200 mètres.- 1er Boyer, 2ème Huet, 3ème Le Cam.- Temps, 3m 15s.- 200 d. m. 15s.
Trois partants ! Boyer fait toujours le vide autour de lui. Course nulle comme intérêt. Boyer étant de plusieurs classes supérieur à ses adversaires.
HANDICAP (amateurs).- 900 m.- 1er Boyer (scratch), 2ème Huet (30 m), 3ème Le Cam (90 m).- Temps, 1m 27s.
Boyer bat comme il veut ses deux médiocres adversaires .
GRANDE INTERNATIONALE.- 1.200 mètres.- 1ère série : Daumain, 2ème A. Chéreau.- Non placés : Rémaud et Bocquien.- Temps : 2' 14'' 1/5.- 200 d. m. 14' 1/5.
Gagné d'un pneu.
2ème série : 1er Hardy, 2ème Salver, 3ème Cousseau.- Temps : 3'55''.- 200 d. m. 13''3/5.
Lutte acharnée pour la seconde place.
3ème série : 1er Mathieu, 2ème Marcelli.- Non placés : Raoul et Bernard.- Temps : 2'12''2/5.- 200 d. m. : 14''.
4ème série : 1er Heller, 2ème Anger.- Non placés : Thury et Ordronneau.- Temps : 1'51'' 3/5.- 200 d. m. : 13''1/5.
Première demi-fianle : 1er Hardy, 2ème Mathieu.- Non placés : Anger et Daumain. Temps : 2'55''4/5.- 200 d. m. : 13''.
Course superbe de Daniel Hardy qui est très applaudi.
Seconde demi-finale : 1er Heller, 2ème Marcelli.- Non placés : A. Chéreau et Salver.- Temps : 2'31''1/5.- 200 d. m. : 13'' 1/5.
Finale.- Première manche : 1er Heller, 2ème Mathieu, 3ème Hardy, 4ème Marcelli.- Temps, 2'49''2/5.- 200 d. m. : 13''3/5.
Heller gagne facilement par ¾ de longueur mais dans la seconde place Hardy oppose une résistance acharnée à Mathieu, qui ne gagne que d'une roue.
Seconde manche : 1er Heller, 2ème Mathieu, 3ème Marcelli, 4ème Hardy.- Temps : 2'55''1/5.- 200 d. m. : 12''4/5.
Victoire facile, pour le crack autrichien, Hardy, qui a fait les intérieurs ne peut se classer.
Troisième manche : 1er Heller, 2ème Mathieu, 3ème Hardy, 4ème Marcelli.
Heller gagne encore facilement, mais Hardy, qui est parti en tête, résiste bien aux deux autres.- Temps : 2'28''.- 200 d. m. 13''.
Classement : 1er Heller, 3 points ; 2ème Mathieu, 6 points ; 3ème Hardy, 10 points ; 4ème Marcelli, 11 points.
COURSES DE PRIMES.- 4.000 mètres.- A. Cousseau fait toutes les primes et triomphe dans la finale battant Rémaud, Ordronneau, Thury, Boquier et Raoul classés dans l'ordre. Temps : 6'25''.
HANDICAP PEDESTRE.- 100 mètres.- Première série : 1er Harris, 2ème Labbey ?- 2ème série : 1er Alberty, 2ème Rousseau.- 3ème série : 1er Serral, 2ème Madde.- Finale : 1er Harris scratch, 2ème Serral (7 m), 3ème Labbey (9 m), 4ème Madde (12 m), 5ème Rousseau (10 m).- Temps 11''2/5.
HANDICAP PEDESTRE.- 1.500 mètres.- 1er Reitrac (115 m), 2ème Buloff (100 m), 3ème Harris (30 m), 4ème Labbey (40 m).- Temps 4'57''.


L'Espérance du Peuple - Jeudi 16 juillet 1903
Vélodrome de Longchamp
La réunion d'hier
L'arrivée du Tour de France

La réunion d'hier
Résumé des courses avec les différents classements

L'arrivée du Tour de France
Hier, avait lieu à Nantes, au vélodrome de Longchamp, l'arrivée du Tour de France, Bordeaux-Nantes, soit 425 kilomètres. 1er prix, 1.200 francs et un objet d'art offert par la Ville ; 2ème, 500 fr. ; 3ème, 250 fr. ; 4ème, 125 fr. ; 5ème, 100 fr. ; 6ème, 75 fr. ; 7ème, 50 fr. ; 8ème, 50 fr. En outre, une somme de 100 fr. était allouée au coureur qui aurait fait le meilleur temps pour le kilomètre final.

Le départ avait été donné samedi soir à Bordeaux, à 11 heures du soir, pour les coureurs du Tour de France, et à minuit pour ceux de l'étape Bordeaux-Nantes seulement.
A 3h.20, une sonnerie de clairons nous annonce l'arrivée des premiers : c'est un peloton de trois coureurs, Maurice Garin, Pasquier et Pothier, qui font trois tours sur la piste et couvrent le kilomètre final en 2m12s3/5 et finissent dans l'ordre à une longueur les uns des autres ; ils paraissent tous trois en très bon état ; Garin fait un tour supplémentaire avec un bouquet qui lui est remis par M. Cassegrain, conseiller municipal et président du Vélo Touriste Nantais. Dix minutes après paraît Augereau qui met 1m33s2/5 pour le kilomètre. Après avoir signé, Augereau se plaint d'avoir été victime d'une agression de la part de Garin, qui après l'avoir renversé à terre aurait piétiné sa bicyclette, et mis ainsi hors de course qu'il aurait certainement gagnée.

Le pauvre garçon est tout navré et pleure à chaudes larmes. Garin pour toute réponse dit que depuis Bordeaux, Augereau est halluciné et atteint du délire de la persécution. L'affaire en est là. Muller arrive à 4h3m41s et couvre le kilomètre final en 1m58s. Puis Fischer et Kerff arrivent ensemble, et font une course poursuite, se dépassent tour à tour, et finissent à une longueur, Fischer le premier ; le kilomètre avait été fait en 1m36s3/5. Dargassies très frais et chantant arrive un quart d'heure après et fait le kilomètre en 1m44s ; après avoir signé, et malgré les 425 kilomètres, il se met à danser la bourrées sur la piste.

A 4h57 arrive Payan, qui fait le kilomètre en 1m47s, et peu après A. Garin ; ce dernier, coureur de 2ème catégorie, exténué de fatigue, fait le kilomètre en 2m12s2/5. Catteau, qui a crevé son pneu trois fois en cours de route, arrive à 5h29m13s et fait le kilomètre en 2m38s. Une demi-heure après arrive Samson, qui se plaint d'avoir eu de nombreuses pannes qui l'ont écarté de tout peloton, ce qui l'a forcé de faire la course absolument seul, il fait le kilomètre en 1m41s. Quelques instants avant la fermeture du vélodrome arrive Girbe qui fait le kilomètre en 1m46s4/5.
A 7h. le contrôle est transporté au rond-point de la route de Paris, où pendant la nuit arrivent les coureurs. A 9h.1/2 ce matin, le contrôle était fermé, et à cette heure, Georget, classé 2ème du Tour de France, n'avait point encore paru. On avait appris que, exténué de fatigue, il s'était arrêté à 80 kilomètres de Nantes, et s'était endormi dans un fossé, de ce fait il perd son classement et ne pourra courir dans l'étape Nantes-Paris.
Voici le classement :
1er, M. Garin, 16h26m31s.- 2ème, Paquier, 16h2631s1/5.- 3ème, Pothier, 16h26m31s2/5.- 4ème, Augereau, 16h37m6s.- 5ème, A. Garin (2ème catégorie), 16h59m55s.- 6ème, Muller, 17h3m41s.- 7ème, Jean Fischer, 17h30m34s1/5.- 8ème, Kerff, 17h30m34s2/5.- 9ème, Dargassies, 17h47m40s.- 10ème, Payan, 17h59m55s.- 11ème, Catteau, 18h29m13s.- 12ème, Samson, 18h58m33s.- 13ème, Girbe, 19h48m42s.- 14ème, Lechartier, 20h53m43s.- 15ème, Beaugendre, 21h49m.- 16ème, Salais, 21h49m.- 17ème, Jay (2ème catégorie), 24h49m.- 18ème, Joseph Fischer, 25h49m.- 19ème, Moulin, 26h50m15s.- 20ème, Foureaux, 27h27m52s.- 21ème, Borot, 27h27m53s.- 22ème, Millochau, 31h35m.
La prime pour le kilomètre final a été gagnée par Augereau, qui a mis le meilleur temps 1m33s2/5.
Le départ pour l'étape Nantes-Paris aura lieu dans la nuit de samedi à dimanche, nous en informerons nos lecteurs
.


Le Petit Phare - Jeudi 16 juillet 1903
Le Tour de France
L'étape Bordeaux-Nantes.- Sur le parcours.- L'arrivée à Nantes
.

Bordeaux, 14 juillet.- Le départ de la cinquième étape du Tour de France, Bordeaux-Nantes, a été donné lundi soir aux Quatre-Pavillons, à onze heures, pour les concurrents du Tour de France complet, et à minuit pour les coureurs de la deuxième catégorie, c'est-à-dire pour les coureurs accomplissant seulement l'étape Bordeaux-Nantes.
Le contrôle était situé au Café Français, place Pey-Berland, où les coureurs signaient et prenaient leurs brassards. Les opérations ont commencé à neuf heures. Il y avait une foule énorme, attirée surtout pour voir les coureurs, mais aussi pour assister au départ des retraites militaires qui sortaient, on le sait, de la cour de l'Hôtel de Ville, et pour entendre l'excellent orchestre du café Français.
La consigne au contrôle est draconienne. Nul ne pouvait approcher s'il n'était porteur d'un brassard.
Les coureurs ont signé rapidement et à 10 heures tous sont partis pour les Quatre-Pavillons où a été donné le signal définitif. Sur tout le parcours il y avait de nombreuses personnes malgré l'heure tardive. Les vaillants champions ont recueilli partout de chauds vivats.
Le temps est superbe et une légère brise favorise les coureurs.
Voici les noms des partants, Tour de France complet :
21 Dargassies, 22 Moulin, 9 Kerff, 41 Pivin, 29 Salé, 62 Payan, 53 Borot, 67 Millocheau, 10 Georget, 45 Beaugendre, 11 Brange, 43 Desvagés, 28 Samson, 5 Foureaux, 14 Lechartier, 39 Augereau, 33 Muller, 2 Pasquier, 50 Girbe, 1 Garin, 37 Pothier, 48 Jos Fischer, 12 Jean Fischer, 71 Catteau.
Deuxième catégorie : 141 Magdelin, 59 Charrié, 54 Durandeau, 142 Roques, 40 Jay, 140 Ambroise Garin, 144 Lesur.
Les premiers sont partis à onze heures, ceux de la 2ème catégorie à minuit.
Voici les renseignements qui nous sont parvenus hier des différents contrôles :

Les contrôles
BARBEZIEUX (92 kilomètres).- Georget, Garin et un groupe de dix coureurs passent à 2h15 du matin ; Joseph Fischer, Salais, Jean Fischer et Samson suivent à 2h25 ; Ambroise Garin et Lesur arrivent à 3h2.
Ces deux derniers appartenant à la deuxième catégorie, partie à minuit de Bordeaux, ont donc gagné 13 minutes sur les hommes de tête de la première catégorie.
COGNAC (151 kilomètres).- A 4h24 arrivent en groupe Augereau, Garin, Pasquier, Payan, Kerff ; Muller, Georget, Pothier, Coteau et Dargassies.
A 4h35 passe Jean Fischer ; puis à 4h40, Girbe, Samson ; à 4h58, Lechartier, Joseph Fischer, Salais. A 5h1/2 passent Ambroise Garin et Beaugendre. Ce dernier a été surpris en fraude avec un entraîneur. Brange abandonne la course.
SAINTES (175 kilomètres).- Le premier peloton arrive à 5h26 du matin. Il est composé de Garin, Augereau, Pasquier et Pothier, très en forme.
A 5h27, Georget arrive et repart onze minutes après.
A 5h30, Dargassies, puis à 5h35 Kerff, à 5h36 Cotteau, passent. Cotteau, qui repart à 5h50, fait à peine vingt-cinq mètres, mais il est obligé de redescendre, sa chambre à air ayant crevé.
Fischer et Samson passent à 5h50 ; à 6h3, Girbe ; à 6h15, Ambroise Garin (1er d'étape) ; Lechartier et Beaugendre à 6h17 ; Joseph Fischer, Salais et Lesur, à 7h23 ; à 7h40 arrive Magdelin. Il dit qu'il a crevé deux fois en cours de route. A 7h55, Jay ; à 7h22, Borot et Moulin. A 9h17, Desvages, et à 10h20, Foureau.
A 11h10, dix coureurs étaient attendus.
ROCHEFORT (210 kilomètres).- 6h52 arrive le peloton de tête, composé de Garin, Pasquier, Pothier, Augereau et Payan. Garin est premier à une roue. Tous arrivent en trombe, prenant juste le temps de signer la feuille de contrôle et repartent aussitôt.
A 7h05 arrive Muller, seul, en bon état.
A 7h12', ensemble Kerff, Georget et Dargassies.
Georget, que l'on comptait voir dans le peloton de tête, a subi des retards par plusieurs crevaisons.
A 7h21', Jean Fischer ; à 7h23', Samson ; à 7h26', Catteau, qui s'arrêtent pour se réconforter.
A 7h46 arrive Ambroise Garin, le premier des coureurs de la deuxième catégorie, et qui est le gagnant probable du prix accordé par la ville de Rochefort.
Arrivent ensuite : à 7h49', Girbe ; à 8h14', Lechartier ; à 8h20', Beaugendre ; à 8h39', Salais.
A 9h09, Lesur, deuxième de la deuxième catégorie ; Jay, à 9h41 ; Magdelin, coureur de la deuxième catégorie, arrive à 9h54, mais abandonne découragé par de nombreuses crevaisons en cours de route.
A 10h13, Joseph Fischer.
A midi, vingt et un coureurs étaient passés au contrôle.
LA ROCHELLE (247 kilomètres).- A 7h59 du matin, le premier peloton arrive et signe dans l'ordre suivant :
Garin, Pasquier, Pothier et Augereau.
Muller et Payan arrivent ensemble à 8h20 ; puis Kerff, Georget, Fischer et Dargassis, à 8h33.
Tous étaient en excellent état, sauf Georget qui paraissait fatigué et qui a été indisposé.
Le vaillant coureur n'en est pas moins reparti après l'arrêt obligatoire.
Sont ensuite passés : Samson, à 8h47 ; Catteau, à 8h55 ; A. Garin (deuxième catégorie), à 9h. ; Girbe, à 9h22 ; Le Chartier, à 9h40 ; Salais et Beaugendre, à 10h08 ; Lesur (deuxième catégorie), à 10h22 ; Jay, à 11h35 ; Joseph Fischer, à 11h50.
Foureau passe à 1h50, très fatigué, il repart quand même. Borot et Moulin, à 1h52. Desvages, qui est tombé et a la main ensanglantée, arrive à 2h47.
LA ROCHE-SUR-YON (330 kilomètre).- Garin, Pasquier, Pothier et Augereau ont passé ensemble à 11h44 du matin ; Muller, à midi 3, Kerff et Fischer, à midi 22 ; Dargassies, à midi 24.
Payan a passé à midi 37 ; Ambroise Garin, à 1h6 ; Catteau, 10 secondes après.
Samson a passé à 1h26. A eux six crevaisons.
Girbe signe à 2h4 ; Lechartier, à 2h30.
Tous sont pleins d'entrain. Salais et Beaugendre, à 3h16. Georget est resté couché dans un fossé. Magdelin a abandonné à Rochefort.

L'arrivée à Nantes
Le Véloce-Sport Nantais, le Vélo-Touriste Nantais et l'Union Cycliste de Chantenay avaient organisé, concurremment avec l'Auto, les contrôles sur la route entre Montaigu et Nantes.
De nombreux chauffeurs et cyclistes s'étaient rendus sur le parcours pour voir passer les concurrents, qui venaient de fournir la rude étape de Bordeaux à Nantes.
Partout, dans tous les bourgs traversés, dans tous les villages, à tous les carrefours, la foule était considérable.
A Clisson, à Vallet, au Loroux, au Landreau, à Saint-Julien-de-Concelles, à Thouaré, à Sainte-Luce, les curieux faisaient la haie, acclamant les coureurs au passage.
On peut dire que le Tour de France, dont tous les journaux parlent depuis un mois, avait soulevé dans toute notre région un grand enthousiasme.
Il est permis de s'étonner qu'il n'en ait pas été de même à Nantes.
L'arrivée se faisait au vélodrome de Longchamp ; le Véloce-Sport Nantais, d'accord avec l'Auto, l'avait encadré de quelques épreuves, qui ne manquaient pas d'intérêt.

Malgré cela, le public était plutôt clairsemé au vélodrome ; c'est tout au plus si l'on comptait un millier de personnes.
Nous ne pouvons croire que les sentiments sportifs des Nantais se soient émoussés, et qu'une pareille épreuve, où les limites humaines sont reculées, puissent les laisser froids.
Nous préférons penser que beaucoup étaient en vacances, d'autres sur la route, d'autres enfin à voir partir les ballons. Sans quoi c'en serait fait de la renommée sportive de notre ville.
Dans les tribunes et sur les pelouses, nous voyons MM. Cassegrain, conseiller municipal ; Dupont, secrétaire général de la Mairie ; nos confrères MM. Abran, Mercier, Géo Lefèvre, de l'Auto ; Alphonse Baugé, du Vélo ; Alibert, du Monde Sportif ; MM. Terrien, Rivaille, Baudry, Ferchaud, Gouraud, Lepeltier, Lemesle, Carbonnier, membres du bureau du Véloce-Sport Nantais ; Guillet, chronométreur ; MM. Antoine Gautier, Eugène et Antoine Chéreau, directeurs du Vélodrome, etc, etc.

Les trois premiers
On escomptait pour 3 heures un quart l'arrivée des premiers. Ces prévisions étaient optimistes. A cette heure-là, aucun coureur n'était signalé par les clairons placés de distance en distance jusqu'à l'entrée du vélodrome.

 

 

 

 

 

Comme nous l'avons annoncé, l'itinéraire en arrivant à Nantes était : le rond-point de la route de Paris, le boulevard Saint-Donatien, le pont de la Tortière, le boulevard Saint-Félix, la rue du Loquidy, le chemin des Fraises, l'avenue et le vélodrome de Longchamp.

Des barrières avaient été placées de chaque côté de l'avenue de Longchamp, dont la chaussée était ainsi entièrement réservée libre ; puis le chemin réservé aux coureurs était celui qui longe le mur des populaires.
Les coureurs entraient alors par l'entrée principales des populaires.
Les épreuves organisées au vélodrome se poursuivaient, mais on voyait que l'attention du public était ailleurs.
Tout à coup, une sonnerie de clairon se fait entendre , suivie d'une autre. Un mouvement se produit à l'entrée et trois coureurs, blancs de poussière, méconnaissables, arrivent ensemble, ce sont : Maurice Garin, Pasquier et Pothier. Ils semblent très fatigués. Tous les trois commencent le kilomètre final sur piste, mais ne luttent pas pour la place de premier.
Quand éclate le coup de pistolet final, l'ordre est le même. Il est exactement 3 heures 26 minutes 31 secondes. Le dernier kilomètre a été fait par Garin en 2 minutes 12 secondes 3/5.
Au nom de la Ville de Nantes et du Véloce-Sport Nantais, M. Cassegrain lui offre un bouquet, et il fait le tour de la piste d'honneur au milieu des applaudissements.
L'émotion de cette première arrivée est à peine calmée, que le clairon retentit de nouveau, et le quatrième arrive très frais, celui-là, et paraissant avoir encore de nombreux kilomètres dans les jambes.
C'est Augereau. Il couvre à une allure superbe le kilomètre final, 1 minute 33 seconde 2/5 et termine exactement à 3 heures 37 minutes 6 secondes.
Augereau gagne la prime de 100 francs attribuée par le V.S.N. au meilleur temps du kilomètre final.
Muller arrive cinquième peu de temps après, à 4h 3 min 41sec. Il a aussi sa part de bravos. Il couvre le kilomètre final en 1 min 51 sec., et vient apposer d'une main ferme sa signature.
Les arrivées se succèdent ; voici Jean Fischer suivi roue dans roue par Kerff, à 4h 30 min 34 sec. A la cloche, ce dernier est en tête et mène à toute allure, mais, à la sortie du dernier virage, le " grimpeur ", faisant un effort splendide, se dégage et bat le Belge par deux longueurs. Fischer recueille de frénétiques applaudissements.
Puis Dargassies surgit à son tour à 4 h 47min 40 sec., dans un état de fraîcheur extraordinaire. Payan et Ambroise Garan finissent à quelques minutes l'un de l'autre, le premier à 4h 59 min 55 sec. ; le deuxième à 5 h 5. Puis voici, à 5h 29 min 13 sec., Catteau, qui paraît fatigué et se plaint d'avoir eu trois crevaisons. Samson arrive très frais à 5 h 58 min 33 sec., il a crevé à neuf kilomètres du départ et est venu seul depuis là, sauf pendant cinquante kilomètres, où il roula en compagnie du " grimpeur " Fischer, qui le lâcha lorsqu'il creva à nouveau.
Girbe arrive à 6 h 48 m 42 s. C'est le dernier coureur arrivant au vélodrome. Il couvre le kilomètre final en 1 m 41 s 4/5.
Le contrôle est transféré au rond-point de la route de Paris, où arrivent :
Lechartier, à 7 h 53 m 22 s ; Salais, à 8 h 49 m ; Beaugendre, à 8 h 49 m ; Joseph Fischer, à 12 h 49 m ; Jay, 12 h 49 ; Moulin, 1 h 50 m 15 s ; Foureaux, 2 h 27 m 52 s ; Borot, 2 h 27 m 53 s ; Desvages, 3 h 45 m ; Millocheau, 6 h 35m.

Un incident grave
Ayant appris qu'un grave incident , qui pourrait peut-être influer sur les résultats de la course, s'était produit entre Augereau, Garin et Pothier, nous avons fait une enquête et interrogé les témoins, Augereau d'abord :
J'étais, dit-il, dans le peloton de tête jusqu'à La Rochelle, quand quelques kilomètres avant le contrôle je crève un pneu. N'en ayant plus de rechange, je roule sur la jante, la rage au cœur, voyant les autres filer devant moi^, étant dans l'impossibilité de les rejoindre. Tout à coup, Laeser, qui se trouvait sur la route, s'apercevant de ma détresse, s'offre à me prêter sa machine. J'accepte et, poussant dur, je rejoins les fugitifs. Dès lors, je mène le train plus souvent qu'à mon tour.

Puis tout en roulant, une combinaison s'échafaude pour les places à l'arrivée. Je refuse de consentir à cet arrangement. Alors Garin, furieux, me dit de descendre de la machine que m'a prêtée Laeser et qui, dit-il, lui appartenait. Je l'implore, mais en vain, pour le faire revenir sur sa décision. Il s'y refuse et nous roulions toujours, discutant avec animation quand soudain nous nous accrochâmes avec Pothier et je tombais.
Dès que je fus tombé, Garin descendit et prenant ma machine la souleva de terre, puis la rejeta avec force et la piétina, brisant les rayons. Puis ils repartirent, tandis que, navré, j'étais obligé de faire un kilomètre à pied avant de trouver une machine de rechange qu'un cycliste me prêta. Redoublant d'efforts, j'avais le plaisir de rattraper le groupe de tête à Montaigu, quand la guigne me poursuivant encore, je crevais deux fois avant d'arriver ici.

Augereau, inconsolable, se lamente et pleure à chaudes larmes. Les commissaires de l'épreuve, saisis de cet incident grave, feront l'enquête nécessaire pour éclaircir cette ténébreuse affaire. Garin et Pasquier prétendent que Augereau est victime d'une hallucination et que, depuis le départ, il a le délire de la persécution. En vérité il n'en a cependant pas l'air et paraît être très lucide.
Quant à Pothier, il nous a déclaré qu'il n'avait pas heurté Augereau, mais que celui-ci avait mis pied à terre sur les injonctions de Garin, qui brisa ensuite sa machine.
Ce dernier fait est confirmé par deux témoins de Cholet dont nous connaissons les noms et qui sont venu, hier, au vélodrome, raconter l'incident.

Le classement
A l'issue de la cinquième étape, voici quel est actuellement le classement général des coureurs restants qualifiés pour le Tour de France complet :
1 Garin, 76h 24m 11s 4/5.- 2 Pothier, 79h 12m 13s 2/5.- 3 Augereau, 80h 53m 28s 3/5.- 4 Muller, 81h 1m 18s 4/5.- 5 Fischer, 81h 21m 36s 1/5.- 6 Kerff, 81h 23m 38s 2/5.- 7 Samson, 84h 55m 9s.- 8 Pasquier, 84h 58m 3s 2/5.- 9 Beaugendre, 86h 55m 28s 4/5.- 10 Catteau, 87h 1m 36s 3/5.- 11 Dargassies, 88h 52m 53s 3/5.- 12 Payan, 92h 58m 46s 1/5.- 13 Lechartier, 95h 20m 28s 2/5.- 14 Girbe, 99h 38m 31s.- 15 Salais, 107h 43m 29s 1/5.

La dernière étape
Après l'étape Bordeaux-Nantes, les concurrents du Tour de France vont avoir le temps de se reposer avant d'affronter les fatigues de la dernière étape.
C'est, en effet, seulement samedi que sera donné le départ de l'étape Nantes-Paris qui, contrairement aux cinq premières, sera disputée avec entraîneurs.
En temps voulu, nous donnerons tous les détails sur cette course finale.



   
Le Populaire - Vendredi 17 juillet 1903
Le Tour de France
Un incident Garin-Augereau

Nous avons passé sous silence un incident dont nous avons eu connaissance mardi, à l'arrivée d'Augereau au contrôle.
Ce coureur avait formulé une accusation tellement grave contre Garin que nous avions préféré attendre les résultats de l'enquête avant d'en parler.
Ajoutons que Garin, Pasquier et Pothier niaient énergiquement les faits, ce qui nous avait encore engagé à ne pas publier immédiatement le conflit.

Voici la chose en deux mots :
A sa descente de machine, Augereau a prétendu qu'après La Roche-sur-Yon, il n'a pas voulu s'entendre avec Garin qui proposait aux hommes de tête une combinaison pour l'ordre d'arrivée. Furieux de ce refus, Garin aurait pris la machine de son concurrent, l'aurait violemment jetée à terre, puis piétinée, brisant les rayons, et la mettant ainsi hors d'usage.
Garin et ses deux compagnons nient absolument et disent qu'Augereau est atteint du délire de la persécution.
Voici d'ailleurs ce que dit le Monde sportif, dans un article intitulé : " Un drame sur la route " :
On était un peu étonné de ne pas voir, avec les trois premiers, Augereau qui avait cependant été signalé comme figurant dans le peloton de tête et en excellent état.
Je demande à Garin ce qu'il a fait de son concurrent Augereau : " Il est devenu toc-toc, dit-il, il suit péniblement ".
Mais voici justement l'enfant de Châtellerault qui débouche sur le ciment et qui attaque rageusement le kilomètre final. Il a fort belle allure et gagne la prime.
Après avoir signé, il file dans sa cabine en pleurant.
Pourquoi ? Je le suis et voici ce que me raconte l'excellent garçon :
" Vers La Rochelle, j'ai crevé, et décollé ainsi de Garin, Pothier et Pasquier. Mais peu après j'eus la bonne fortune de rencontrer Laeser qui m'offrit sa machine. Je la pris et en peu de temps, je fis à nouveau partie du peloton. A la Roche-sur-Yon, j'entendis Garin me proposer la combinaison suivante : " Je veux gagner seul, et ni toi ni un autre ne doit me battre. Je te donnerai des soins en échange ". Je n'avais pas encore pu me classer en tête d'une étape et, me sentant en meilleure condition, je répondis à l'offre par un refus énergique.

C'est alors que Garin dit à Pothier :
" File devant et balance-le ! " Aussitôt dit aussitôt fait ; Pothier prend quelques mètres, descend et jette à mon passage sa machine sur la mienne.
Je dégringole et retombe sur mes jambes. Garin prit la machine, la piétina et mit la roue d'arrière hors d'état. Aux quelques cyclistes qui se trouvaient avec nous, Garin promit cent francs s'ils ne me venaient pas en aide.
Mais ce mauvais acte ne plut pas à l'un d'eux, M. Murail, 25 boulevard Babin-Chevaye, à Nantes, qui m'offrit sa machine ; ayant perdu quelques minutes, je pus rejoindre le peloton, Garin furieux m'apostropha à nouveau en me menaçant. M. Gourbellière, conducteur des postes, à Saint-Philbert de Grand-Lieu, était présent avec un contrôleur à motocyclette.
Aux menaces de mon concurrent, je ne répondis pas, mais déveine sur déveine, je crève encore. Cette fois, M. Gourbellière me passe sa machine mal réglée et beaucoup trop haute de selle. Je perds de nombreuses minutes à réparer et cette fois, j'étais irrémédiablement battu.
Je pleure ma défaite et suis écoeuré de la conduite de mes concurrents. Me voici sans machine, mais je vais faire le nécessaire pour m'en procurer une et prouver, dans la dernière étape, que j'ai de la qualité. "

Une enquête minutieuse va être faite par les organisateurs ; nous connaîtrons donc exactement l'incident dans tous ses détails.

Sous le même titre, l'envoyé spécial du Vélo fait le récit suivant :
Je me précipite dans la cabine d'Augereau et je trouve le malheureux garçon pleurant à chaudes larmes. C'est la voix coupée par des sanglots qu'il me fait le récit suivant :
" J'étais, dit-il, dans le peloton de tête jusqu'à La Rochelle, quand, quelques kilomètres avant le contrôle je crève un pneu. N'en ayant plus de rechange, je roule sur la jante, la rage au cœur, voyant les autres filer devant moi, étant dans l'impossibilité de les rejoindre. Tout à coup, Laeser, qui se trouvait sur la route, s'apercevant de ma détresse, s'offre à me prêter sa machine. J'accepte et poussant dur je rejoins les fugitifs. Dès lors, je mène le train plus souvent qu'à mon tour. Puis, tout en roulant une combinaison s'échafaude pour les places à l'arrivée. Je refuse de consentir à cet arrangement. Alors Garin, furieux, me dit de descendre de la machine que m'a prêté Laeser. Je l'implore, mais en vain, pour le faire revenir sur sa décision. Il s'y refuse et nous roulions toujours, discutant avec animation quand soudain nous nous accrochâmes avec Pothier et je tombai ".

C'est alors, paraît-il, qu'il se passa un fait tellement inouï que je m'abstiens de tout commentaire, laissant la parole et la responsabilité à Augereau qui continue ainsi :
" Dès que je fus tombé, Garin descendit et, prenant ma machine, la souleva de terre, puis la rejeta avec force et la piétina, brisant les rayons. Puis ils repartirent tandis que navré j'étais obligé de faire un kilomètre à pied avant de trouver une machine de rechange qu'un cycliste me prêta. Redoublant d'efforts, j'avais le plaisir de rattraper le groupe de tête à Montaigu, quand la guigne me poursuivant encore, je crevais deux fois avant d'arriver ici ".
Et Augereau, inconsolable, se lamente et pleure toujours à chaudes larmes. Les commissaires de l'épreuve, saisis de cet incident grave, feront l'enquête nécessaire pour éclaircir cette ténébreuse affaire. Garin, Pasquier et Pothier prétendent que Augereau est victime d'une hallucination et que depuis le départ il a le délire de la persécution. En vérité, il n'en a cependant pas l'air et paraît être très lucide.
Dans l'Auto, le journal organisateur du Tour de France, nous ne trouvons trace de ce fait grave que dans un passage du récit que fait Garin de la course. Le voici :
" Au départ et jusqu'à Chevanceaux, groupe de tête compact. Là, Kerff qui est réellement un homme merveilleux, démarre et mène un train si dur que quelques instants après, je ne vois plus ni Samson ni Georget. Le train se ralentit. Muller crève et rejoint. Puis, c'est Georget qui reparaît à Cognac. Là il y avait une prime. Ah ! cette prime, ils se la sont disputée comme des sauvages : un emballage de quatre kilomètres !
Finalement , Augereau l'a enlevée par une roue à Pasquier, mais ensuite les effets de cet enlevage se sont fait sentir. Et avant Saintes, je n'avais plus avec moi que Pasquier, Pothier, Augereau, Muller, Kerff, Dargassies est lâché dans une côte, Muller crève, Kerff crève ; plus que quatre ! Augereau semble devenir fou. Il nous accuse de lui en vouloir ! Il pleure sur sa machine ; puis il dit qu'il a une combinaison pour avoir une machine de piste au vélodrome. Et enfin, il fait une chute à 60 kilomètres de l'arrivée.
Comme de juste, nous filons. Le vélodrome, l'emballage et me voilà ! "
Dans une aussi grave affaire, nous devons nous abstenir de tout commentaire.
Mais qu'il nous soit permis de dire que si Augereau était halluciné avant-hier, il n'en paraissait rien ; il avait au contraire l'air fort lucide, et les larmes amères qui coulaient abondamment sur son visage nous semblaient sincères.

Comme tout le monde, nous avons constaté que, sur la piste, la lutte avait été nulle entre les trois premiers ; nous avons admiré la souplesse et la rapidité d'Augereau et avons ressenti l'impression très nette qu'il aurait devancé ses concurrents s'il était arrivé en même temps qu'eux.
Mais, encore une fois, nous nous bornons absolument à dire ce que nous avons vu avec tous les spectateurs et à répéter les réflexions de tous. L'enquête éclaircira peut-être cette affaire.
Si l'agression de Garin était prouvée, les conséquences les plus graves en résulteraient, puisqu'il serait disqualifié. Pothier et Pasquier subiraient sans doute le même sort.
Or le classement général du Tour de France étant le suivant :
1er, M. Garin ; 2ème , Pothier ; 3ème, Augereau et Pasquier n'étant que le 8ème.
Il s'en suivrait donc que Augereau serait le premier du classement jusqu'à Nantes.
Mais, en attendant la fin, nous espérons bien que cet admirable coureur qu'est Garin n'aura pas terni sa réputation, si brillante, par un acte inqualifiable.

Classement général
Le classement général du Tour de France s'établit à la fin de la cinquième étape :
1er Maurice Garin, en 76h24m14s2/5 ; 2ème Pothier, 79h12m15s3/5 ; 3ème Augereau, 80h53m28s1/5 ; 4ème Muller, 81h2m21s4/5 ; 5ème Jean Fischer, 81h20m38s3/5 ; 6ème Kerff, 81h23m38s1/5 ; 7ème Samson, 84h55m12s ; 8ème Pasquier, 84h58m3s2/5 ; 9ème Beaugendre, 86h55m29s2/5 ; 10ème Catteau, 87h1m35s3/5 ; 11ème Dargassies, 88h52m34s1/5 ; 12ème Payan, 92h58m40s3/5 ; 13ème Lechartier, 95h20m28s2/5 ; 14ème Girbe, 99h38m31s ; 15ème Salais, 107h43m27s1/5.
Les cinq étapes déjà courues formant un total de 1.926 kilomètres, Maurice Garin a actuellement couvert cette distance à raison de 25 kilomètres 209 mètres.
Le départ de Nantes pour la sixième et dernière étape, Nantes-Paris (456 kilom.), aura lieu samedi soir, de façon que les concurrents arrivent au vélodrome du Parc-des-Princes dimanche après-midi.
Le circuit parcouru entièrement par les coureurs sera à ce moment-là de 2.382 kilomètres.
La dernière étape Nantes-Paris sera exceptionnellement courue avec entraîneurs. On sait que les prix affectés à cette grande épreuve du Tour de France se composent de prix spéciaux réservés aux coureurs arrivés premiers dans chacune des étapes et des grands prix d'ensemble pour le classement général des six étapes totalisées. Ces prix d'ensemble ne s'élèvent pas à moins de 8.325 francs.
Jusqu'à présent, voici ce que les concurrents ont gagné pour les cinq premières étapes : Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes :
Maurice Garin, 3.000 fr. ; Aucouturier, 1.800 fr. ; Georget, 900 fr. ; Pagie, 700 fr. ; Laeser, 700 fr. ; Brange, 600 fr. ; Samson, 500 fr. ; Muller, 400 fr. ; Augereau, 375 fr. ; Jean Fischer, 275 fr. ; Kerff, 225 fr. ; Pothier, 200 fr. ; A. Garin, 100 fr. ; Catteau, Pivin et Beaugendre, 50 francs.

La dernière étape sans entraîneurs
Le journal l'Auto, organisateur du Tour de France, a pris la décision de faire courir l'étape de Nantes-Paris sans entraîneurs.
Cette suppression est généralement bien accueillie, surtout par ceux des coureurs qui, ayant conquis les premières places par leur seule énergie auraient eu un service d'entraîneurs défectueux.
Le départ aura lieu dans la nuit de samedi à dimanche.


Le Populaire - Samedi 18 juillet 1903
Le Tour de France

La dernière étape de la formidable randonnée organisée par notre confrère parisien l'Auto va se disputer de samedi à dimanche de Nantes à Paris. Le contrôle de départ sera installé au café Continental, place Royale, où les coureurs devront se rendre pour signer la feuille de contrôle. De là, ils se rendront en groupe au rond-point de Paris, Café Babonneau, où l'appel sera fait. Puis le peloton s'envolera vers Paris, dernier but à atteindre.
Une importante décision vient d'être prise relative aux entraîneurs. Ces derniers ont été supprimés, afin de mettre tous les concurrents sur le même pied d'égalité, car plusieurs ne pouvaient se payer le luxe d'un service d'entraînement.
Les sportsmen ne pourront qu'applaudir à la décision prise.


Le Petit Phare - Samedi 18 juillet 1903
Les Sports : Cyclisme
 


Le Tour de France.- L'Auto annonce que le départ de Nantes aura lieu à neuf heures demain soir.
Le départ du Café Continental sera donc donné vraisemblablement à huit heures.

Le Petit Phare - Dimanche 19 juillet 1903
Le Tour de France - La dernière étape

Nantes-Paris.- L'heure du départ.- L'état des coureurs.- Leurs positions.- Les prix du classement général.- Les contrôles.- L'itinéraire.- L'horaire probable.

Notre excellent confrère M. Mercier, rédacteur à l'Auto, et qui représente à Nantes ce journal, organisateur du Tour de France, nous téléphonait, hier soir à 10 heures exacte du départ de la dernière étape Nantes-Paris : cinq heures au Café Continental ; sept heures au rond-pont de la route de Paris.
Il est regrettable que cette décision ne nous ait pas été communiquée dans l'après-midi d'hier, car nous aurions pu l'annoncer dans notre N° d'hier soir, et la foule, prévenue à temps, eut été certainement plus nombreuse au départ.
Quoi qu'il en soit, c'est à cinq heures que les 21 coureurs restant pour le Tour de France, signeront au contrôle du Café Continental. Ce sont : Garin, Pothier, Augereau, Muller, Fischer, Kerff, Samson, Pasquier, Beaugendre, Catteau, Dargassies, Payan, Lechartier, Girbe, Jos. Fischer, Salais, Foureau, Borot, Moulin, Desvages, Milloceau.
Rappelons leur position actuelle pour le total des cinq étapes :
     1 Garin 76h 24m 14s 2/5
     2 Pothier 79h 12m 15s 3/5
     3 Augereau 81h 53m 28s 1/5
     4 Muller 81h 01m 45s
     5 Fischer 81h 20m 38s 3/5
     6 Kerff 81h 23m 38s 1/5
     7 Samson 84h 55m 12s
     8 Pasquier 84h 58m 3s 2/5
     9 Beaugendre 86h 55m 28s 2/5
    10 Gatteau 87h 01m 35s 3/5
    11 Dargassies 88h 52m 34s 1/5
    12 Payan 92h 58m 40s 3/5
    13 Lechartier 95h 20m 07s 2/5
    14 Girbe 98h 38m 31s
    15 Salais 107h 43m 27s 1/5
    16 Fischer (Jos.) 108h 02m 13s 3/5
    17 Foureaux 108h 12m 31s 1/5
    18 Borot 117h 23m 48s 4/5
    19 Moulin 119h 31m 39s 2/5
    20 Desvages 123h 11m 33s
    21 Millocheau 130h 25m 07s 4/5

L'arrivée au Parc des Princes se fera suivant la tradition établie.
Les temps seront pris à l'arrivée au restaurant du " Père Auto " à Ville-d'Avray, 500 mètres après la côte de Picardie. Mais les coureurs devront se rendre aussitôt au Vélodrome du Parc de Prince porteurs d'une fiche indiquant l'heure de leur arrivée. Et ils ne pourront pénétrer sur le ciment qu'une demi-heure exactement après, c'est-à-dire dans l'ordre de leur passage à Ville-d'Avray. Si deux coureurs ont la même heure d'arrivée, c'est sur le ciment du Vélodrome qu'ils lutteront pour se classer respectivement l'un derrière l'autre.
Ce classement de la dernière étape sera du reste purement honorifique, puisque les prix qui sont ceux du classement général seront attribués par l'addition des temps.
L'itinéraire neutralisé compris entre le restaurant " Père Auto " et le Parc de Prince est aujourd'hui classique :
Ville-d'Avray, Montretout, descente et pont de Saint-Cloud, avenue de la Reine et entrée au vélodrome par le quartier des coureurs.

Les prix du classement général
Voici les prix que se disputeront les coureurs du Tour de France qui figurent encore à l'arrivée à Nantes dans le tableau de classement général :
Au 1er, 3.000 fr., au 2ème, 2.000 fr., au 3ème, 1.200 fr., au 4ème, 800 fr., au 5ème, 500 fr., au 6ème, 250 fr., au 7ème, 200 fr., au 8ème, 100 fr., au 9ème, 50 fr., au 10ème, 50 fr., au 11ème, 50 fr., au 12ème, 50 fr., au 13ème, 50 fr., au 14ème, 25 fr.

En outre, les organisateurs avaient promis aux coureurs ne gagnant pas 250 fr. dans toute la course, mais qui finissaient le Tour de France avec une moyenne de 20 kil. à l'heure, une indemnité journalière de 5 fr. par jour, soit 95 fr. pour toute la course.
Ils annoncent aujourd'hui à ceux qui termineront la course et qui n'auraient pas gagné 250 fr., qu'ils leur verseront cette indemnité, quelle que soit d'ailleurs leur moyenne, à condition, cela va sans dire, qu'ils arrivent au contrôle final avant la fermeture. Il va sans dire aussi que cette indemnité, venant se joindre à des prix déjà gagnés mais inférieurs à 250 fr., ne pourra, ajoutée à ces prix, dépasser 250 fr. Ainsi un coureur ayant gagné 150 fr. seulement dans le Tour de France, achevant la course dans les délais voulus, touchera l'indemnité de 95 fr. S'il a gagné 200 fr. de prix, son indemnité sera réduite à 50 fr.
Rappelons enfin que le coureur faisant le meilleur temps sur le kilomètre final touchera une somme de cent francs.
Voici la liste des contrôles :
Angers (contrôle fixe) 89 kil. ; Saumur (contrôle volant) 136 kil. ; Tours (contrôle fixe) 203 kil. ; Amboise (contrôle volant) 225 kil. ; Blois (contrôle fixe) 258 kil. ; Beaugency (contrôle volant) 290 kil. ; Orléans (contrôle fixe) 316 kil. ; Patay (contrôle volant) 338 kil. ; Chartres (contrôle fixe) 387 kil. ; Rambouillet (contrôle volant) 423 kil. ; Versailles (contrôle fixe) 458 kil. ; Ville-d'Avray (contrôle fixe) 462 kil. ; Parc des Princes, contrôle d'arrivée.
Et voici l'itinéraire :
Nantes, 0 kil. ; Chemin Nantais, 13 kil. ; Oudon, 29 kil. ; Ancenis, 38 kil. ; Varades, 51 kil. ; Angers, 89 kil. ; Les Rosiers, 120 kil. ; Saumur, 136 kil. ; Bourgueil, 157 kil. ; Langeais, 179 kil. ; Tours, 203 kil. ; Amboise, 225 kil. ; Chaumont-sur-Loire, 241 kil. ; Blois, 254 kil. ; Beaugency, 292 kil. ; Orléans, 316 kil. ; Sandreville, 357 kil. ; Chartres, 387 kil. ; Rambouillet, 423 kil. ; Chevreuse, 442 kil. ; Buc, 455 kil. ; Versailles, 458 kil. ; Ville-d'Avray, 462 kil. ; Parc des Princes, 471 kil.


L'Espérance du Peuple - Dimanche 19 juillet 1903
Vélocipédie

Le départ du Tour de France aura lieu ce soir, à 6 heures, du Café Continental, place Royale. Ouverture du contrôle à 5 heures.
Les coureurs se rendront en groupe au rond-point de la route de Paris, Café Babonneau, d'où s'effectuera le départ définitif.


Le Populaire - Dimanche 19 juillet 1903
Le Tour de France

Le départ
Le départ des concurrents devant participer à l'étape Nantes-Paris, d'abord annoncé pour 9 heures ce soir, a été avancé.
Le contrôle est ouvert à partir de cinq heures chez M. Phélippeau, au Café Continental. Le départ est annoncé pour 6 heures de cet établissement, et pour 7 heures au rond-point de la route de Paris.
On ajoute qu'en cas de très beau temps et de vent favorable, tout sera reculé d'une heure.
C'est de ce dernier endroit que commencera, sans entraîneurs, la formidable et dernière lutte qui se terminera demain après-midi au Parc-des-Princes.


Le Populaire - Lundi 20 juillet 1903
Le Tour de France
L'Etape de Nantes-Paris
Les Préparatifs.- Au contrôle.- Nombreuse affluence.- Le départ.- Sur la route.

Ceux qui, après avoir été les hôtes de Lyon, de Marseille, de Toulouse, de Bordeaux avaient été les nôtres depuis mardi dernier, sont enfin partis, hier soir, vers Paris, afin de se disputer la dernière partie de leur lutte gigantesque.
Leur dernière journée dans notre ville n'aura pas été un repos absolu, mais ils en avaient d'ailleurs pris suffisamment les jours précédents. Tous les coureurs se sont préparés minutieusement à ce dernier voyage, qui devait être décisif pour eux.
Après avoir préparé leurs machines pendant la matinée, ils ont confortablement déjeuné à leurs hôtels respectifs, puis dormi quelques heures, afin d'éviter le sommeil pendant leur nocturne trajet.
Nouveau repas à 4 heures, puis en route pour le contrôle.
Ainsi que nous l'avions annoncé, hier, on avait affiché l'ouverture du contrôle pour 5 heures du soir, le départ du Café Continental à 6 heures et le départ définitif à 7 heures.
C'était un notable changement, puisqu'on nous avait fait annoncer, la veille, avec tous nos confrères, que le départ avait lieu à neuf heures. Mais, dans l'après-midi, M. Abran, représentant de l' " Auto ", changeait encore d'avis et fixait le départ pour 8 heures, du rond-point de la route de Paris.
De tous ces déplacements (illisible) qu'on aurait pu prévoir plus tôt afin que nous puissions les annoncer dans notre numéro d'avant-hier, il s'ensuit que beaucoup de personnes, malgré leur désir, n'ont pu voir le départ des coureurs du Tour de France.
Malgré cela, les curieux ont été très nombreux et, dès 5 heures et demie, le Café Continental regorgeait de consommateurs.

A 5h.45, le contrôle est ouvert. Nous voyons là nos confrères MM. Abran et Mercier, de l' " Auto " ; Alibert, du " Monde sportif " ; Terrien, Rivaille, Ferchaud, Peltier, Lemesle, Guépin du Véloce-Sport nantais ; Porcher, Caillé, Richard du Vélo-Touriste nantais, et les représentants de la presse nantaise.
C'est d'abord Garin qui signe le premier au contrôle ; il a l'air très dispos et absolument certain de son succès final. Augereau lui succède ; lui aussi a beaucoup de confiance ; il espère, cette fois, vaincre la guigne ( ?…) qui l'a empêché d'arriver premier à Nantes. Dargassies signe à son tour ; l'enfant de Grisolles est toujours aussi souple et aussi souriant.

Pendant ce temps, la foule grossit sur la place Royale, dans les rues qui convergent et dans celles qui conduisent à la route de Paris. Devant le Continental, un service d'ordre, formé par plusieurs agents, doit refouler, à distance, les spectateurs massés sur la terrasse. Au passage de chaque coureur, des applaudissements et des bravos s'élèvent.
C'est ensuite Salais qui vient signer, puis Samson, Foureaux et, successivement, Desvages, Beuagendre, Borot, Payan, Millocheau, Kerff, Lechartier , Moulin, Pothier, Muller, Jean Fischer, Pasquier, Catteau, Joseph Fischer et Girbe.
A 7 heures, les 21 partants qualifiés pour la dernière étape ont signé. Plusieurs d'entre eux ont quitté aussitôt le contrôle pour se rendre tout doucement au point de départ.
Les quelques coureurs qui sont encore là, au milieu de l'espace vide ménagé devant la terrasse, montent sur leurs machines et se rendent à petite allure, au rond-point de la route de Paris.
Ils sont pilotés par l'automobile de M. Rodde, dans laquelle ont pris place M. Abran et les correspondants de l' " Auto ".
Sur tout le parcours, les promeneurs sont en nombre ; ils regardent curieusement ces hommes au visage bronzé et amaigri qui ont déjà parcouru tant de kilomètres, nuit et jour, et qui s'apprêtent à rouler encore pendant environ 19 heures consécutives.
C'est au milieu d'une foule de cyclistes ; encadrant les coureurs, que nous arrivons au boulevard de Ceinture ; une bande de toile tendue au travers de la route, annonce que le départ aura lieu de cet endroit.
Au rond-point, l'animation est extraordinaire ; la foule est si compacte que les coureurs et leur escorte ont de la peine à se frayer un passage. Les cafés qui bordent les routes ont installés des terrasses où sont assis de nombreux consommateurs ; les bicyclettes fourmillent au milieu de cette foule animée. Les tramways arrivent bondés et déposent de nombreux curieux.
Pendant ce temps, les concurrents du Tour de France vont se rafraîchir une dernière fois avant le départ. Tous sont très entourés ; on veut voir de bien près ces hommes énergiques.
Garin ne fait que passer et descend dans un petit café où il change sa multiplication de 5m.25 pour une de 6m.10.
Le vainqueur de Paris-Brest excite une vive curiosité, mais exempte de sympathie ; chacun se souvient de l'acte de brutalité dont Augereau l'accuse.
Le sentiment contraire anime le public en ce qui concerne Augereau ; on ne cesse de lui serrer les mains et de lui prodiguer des encouragements. Le sympathique coureur répond qu'il va faire tout ce qu'il faut pour arriver en bonne place.
Tout à coup, un groupe de jeunes gens, faisant partie du " Racing-Club ", écartent la foule et lui remettent une très jolie palme, en le félicitant sur sa belle course de Bordeaux-Nantes.
Augereau est très touché de cette nouvelle marque d'admiration et remercie avec émotion ; puis il attache la palme à son guidon. Puisse-t-elle être pour lui d'un heureux augure !
Mais l'heure approche ; les automobiles attendent que les coureurs soient partis pour courir à leur poursuite.
Les cyclistes passent toujours de plus en plus nombreux et filent vers la côte de la Seilleraie, afin de voir la position des coureurs à cet endroit dangereux.
D'autres groupes de cyclistes attendent le départ pour s'élancer sur les traces des Tour de France.
La route de Paris, jusqu'au passage à niveau du chemin de fer, est garnie de curieux qui attendent avec impatience le départ.
Enfin, sous un signal de M. Abran, les 21 concurrents viennent, machine en main, au milieu de la route, auprès de la prise d'air des tramways. Sur chaque bicyclette, est placé un petit sac duquel dépassent les petites bouteilles contenant du thé, de l'eau de Vichy ou tout autre breuvage ; les poches des coureurs contiennent des oranges et quelques vivres.
Les partants se disposent sur quatre lignes ; au premier rang sont placés Garin, Pasquier, Kerff ; Augereau est au centre.
M. Terrien fait connaître aux coureurs les passages dangereux jusqu'à Ancenis, puis M. Abran leur fait ses ultimes recommandations ; il ponctue chacune d'elles de grands gestes et d'un cassement en avant de son corps, Garin, Muller et les routiers sourient.
" Bon voyage ! " dit enfin M. Abran ; puis, il élève la main droite et tire un coup de pistolet. Il est exactement 7h53m21s.
Aussitôt, les Tours de France s'ébranlent et disparaissent à toute vitesse. Une nuée de cyclistes et quelques automobiles partent derrière eux, cependant que la foule reprend lentement le chemin de la ville.

Nous aussi, nous souhaitons bon voyage à ces vaillants qui se verront récompensés, demain, de leurs fatigues par les acclamations enthousiastes des Parisiens.
Nous avons tenu à prendre des informations précises, afin de connaître la physionomie de la course pendant les premiers kilomètres. Quelques cyclistes et chauffeurs nous ont exactement renseigné.
Jusqu'à la côte de la Seilleraye, située à 12 kilomètres d'ici, les 21 partants ont couru en peloton, avec une vitesse d'au moins 32 kilomètres à l'heure ! Inutile de dire qu'à cet endroit les nombreux cyclistes qui les suivaient étaient réduits à une demi-douzaine.

En arrivant à la côte, Payan menait le train, ayant derrière lui Garin, Augereau, puis Samson et Dargassies, les autres un peu plus loin. A la montée, Augereau démarre et apparaît au sommet avec 50 mètres d'avance sur tout le peloton.
Jean Fischer prend alors la tête des coureurs qui sont disséminés et s'efforce de les ramener vers le fugitifs. Desvages rame péniblement, loin derrière, et semble prêt à abandonner.
On nous a dit aussi qu'après la Seilleraie un coureur serait tombé et se serait sérieusement blessé, mais nous n'avons pu avoir la confirmation de cet accident.
A Ancenis, les Tours de France passent comme des boulets, à 8h.59, en un peloton de 18, Kerff en tête, puis Samson, Pasquier, Garin. A 9h.5, Lechartier.
A Angers, les coureurs mènent toujours un train très dur et sont en avance sur l'horaire ; il est un peu plus de 11 heures.

Le peloton se compose alors de 10, dans lesquels sont d'abord Garin et Augereau ; un autre peloton de 5 coureurs suit à quelque distance.
D'autre part, une dépêche officielle du Café Continental dit qu'à Angers, à 11h.7, un groupe de 15 coureurs passe. On remarque Girbe, Samson, Jean Fischer, Garin.
A Blois, Muller, Garin, Foureaux arrivent les premiers.
L'arrivée des premiers se fera à Ville-d'Avray, point terminus de la course, vers 3 heures. De là, les coureurs se rendront à Paris, au vélodrome du Parc-des-Princes, où ils courront le kilomètre final.


Le Petit Phare - Lundi 20 juillet 1903
Le Tour de France - L'étape Nantes-Paris
Le départ de Nantes.- Affluence nombreuse.- Une ovation à Augereau.- Partez !.- A La Seilleraye.- Dans les contrôles.

La grande épreuve organisée par notre excellent confrère l'Auto a soulevé à Nantes un véritable enthousiasme sportif, manifesté hier soir par une foule nombreuse qui a assisté au départ.
Le Tour de France dont les cyclistes ont suivi les différentes péripéties avec un intérêt croissant, est vite devenu une épreuve vraiment populaire : et il faut féliciter sans réserve M. Desgrange, directeur de l'Auto, qui a conçu et exécuté, avec une réelle compétence et un rare bonheur, cette gigantesque randonnée.

Nous avons raconté hier soir le début du dernier acte de cette grande manifestation sportive sans précédent dans les annales cyclistes.
Reprenons notre récit au point où nous l'avons laissé : l'ouverture du contrôle au Café Continental, à six heures du soir.
C'est Garin qui signe le premier au départ. Il paraît en excellente disposition et plein de confiance. Augereau signe ensuite ; il n'est pas moins confiant que son redoutable adversaire. Puis c'est Dargassies, toujours gai, qui a l'air de partir en promenade ; Salais, Samson, avec son numéro 29 dans le cadre de sa machine, sur un morceau de drap rouge ; Fourneaux et les autres.

A six heures et demie, la foule augmente de plus en plus sur la place Royale. Il y a maintenant cinq à six cents personnes sur la place ; un service d'ordre est organisé, un cordon d'agents maintient la foule à quelques distances de la terrasse du café, qui, lui-même est archibondé.
A la porte, cinq ou six autos attendent quelques fervents qui s'apprêtent à accompagner les coureurs sur une partie du parcours. Un grand nombre de cyclistes leur feront également cortège.
A sept heures, les contrôleurs quittent le Café Continental pour se rendre au contrôle réel, au Café Babonneau, au rond-point de la route de Paris.
Le départ-promenade des coureurs annoncé se réduit à quelques-uns seulement, la plupart s'étant rendus sitôt après avoir signé, et individuellement au contrôle définitif.
Nos confrères, MM. Abran et Mercier, de l'Auto, sont en auto, en tête du cortège, qui fait le tour de la place Royale, puis prend les rues centrales pour aller route de Paris.
Place du Change, l'auto qui transporte MM. Abran et Mercier et le fanion de l'Auto, reste en panne. Nos confrères, - oh désolation ! - sont contraints d'avoir recours à un hippomobile pour ne pas rater le départ.
Dans les rues, la foule est assez nombreuse pour voir les coureurs. De même au contrôle, bien que l'heure du départ ait été avancée.

Au rond-point
Le temps est beau toujours ; les vaillants qui vont jouer leur dernier atout dans la grande épreuve, n'auront, on l'espère, pas de pluie ni de boue pour entraver leur marche.
La foule entoure les coureurs ; on fait une ovation à Augereau, très sympathique à tous depuis que l'on connaît l'incident que nous avons rapporté. Une palme d'or lui est offerte au nom du Racing-Club Nantais. Le brave garçon, très ému, remercie sincèrement les donateurs.
Par contre, Garin est l'objet d'une manifestation antipathique. On crie : " Vive Augereau ! ", mais on crie aussi : " A bas Garin ! hou ! hou ! " et on siffle. Il en sera de même au départ et sur la route, à six kilomètres du départ, où une centaine de cyclistes attendent, à un passage à niveau, l'arrivée des coureurs.
Les curieux augmentent de plus en plus et, à 7h3/4, quand M. Mercier fait l'appel des coureurs sur la route, la foule entoure ceux-ci et les agents ont une peine inouïe à établir la libre circulation.
Enfin tous les coureurs sont là. M. Terrien leur indique en quelques mots les passages dangereux jusqu'à Ancenis : la côte de la Seilleraye, droite mais très raide, bien connue de tous les cyclistes ; la côte sinueuse d'Oudon, le tournant avant Ancenis, notamment.
Tout le monde est prêts. " En selle ! " et le départ est donné exactement à 7h 53m 21s.

Sur la route
Les voici partis maintenant en groupe, menant un train sévère dès le départ. Je les suis quelques kilomètres en automobile grâce à la complaisance de l'ami Bertheau. Ils vont, ils vont à plus de trente à l'heure certainement, et l'on ne dirait pas que ces hommes vont faire sans arrêt plus de 450 kilomètres !
Une nuée de cyclistes les accompagnent, qui ne les suivront sûrement pas loin. En effet, peu à peu, les suiveurs s'égrènent, et, à la côte de la Seilleraye, ils ne sont plus qu'un petit nombre.
Jusque là, aucun lâchage parmi les coureurs. Mais, dans la fameuse descente, quelques-uns retiennent, un peu, effrayés par l'emballage. Et, quand la côte correspondante, non moins à pic, est attaquée, le peloton n'existe plus ; sept ou huit hommes seulement franchissent la rampe roue dans roue. Ce sont : Samson, Kerff, Pothier, Pasquier, Garin, Augereau, Jean Fischer. Les autres suivent à dix, vingt, trente mètres, s'efforçant de combler le retard qui les sépare maintenant du peloton de tête qui vole à toutes pédales vers Ancenis.
Je reviens à Nantes, et c'est au contrôle, un véritable concert d'imprécations contre les journaux qui ont annoncé hier le départ pour neuf heures. Une multitude de gens ont mis les bouchées doubles en dînant pour arriver avant neuf heures. Ils sont furieux d'apprendre que, depuis une heure, les coureurs sont sur la route. Leur mécontentement s'explique, et c'est assurément une faute que de les avoir si mal renseignés.
Nous ne sommes, quant à nous, pas coupables ; nous avons reproduit hier soir l'heure de départ - 9 heures - annoncée par l'Auto, croyant cette heure officielle. Nous ne pouvions supposer qu'aujourd'hui, l'heure du départ, dont nous n'avions pas été avisé officiellement, serait changée.

Les contrôles
Après avoir franchi la Seilleraye, les coureurs sont disséminés. Dans un bel effort, Augereau a pris cinquante mètres à tout le peloton, vivement encouragé par de nombreux cycliste qui s'étaient rendus à cet endroit redouté de la route Nantes-Ancenis.
Derrière, Jean Fischer mène le train, s'efforçant de ramener Garin, Kerff, Pasquier, Pothier et Samson.
Desvages rame péniblement en queue. Il paraît en très mauvaise condition.
E. DOCEUL


Voici les télégrammes que nous recevons sur le passage des coureurs dans les différents contrôles du parcours :
ANCENIS, 38 kil.- Les coureurs passent par peloton d'une quinzaine à neuf heures. En tête, sont Samson, Garin, Kerff, Augereau. Comme il n'y a pas de contrôle ici, les coureurs ne s'arrêtent pas.
Pour éviter la traversée d'Ancenis et son affreux pavé, l'itinéraire avait été tracé par Saint-Géréon, et les coureurs retrouvent la route nationale au bas de la côte de Bel-Air.
ANGERS (contrôle fixe), 89 kil.- Le contrôle est installé au Café du Sport, place de Lorraine ; il est assuré par l'Auto-Véloce-Club, le Vélo-Doutre angevin et l'Union des Ponts-de-Cé.
A 11h 7m passe le peloton de tête, composé de Girbe, Samson, Jean Fischer, Garin, Beaugendre, Augereau, Joseph Fischer, Lachartier, Salais, Dargassies, Catteau, Kerff, Foureaux, Muller, Pothier. Robot passe à 11h35, Millocheau à 11h37, Moulin à 11h42.
A 11h55 arrive Desvages ; il est tombé sur un tas de pierres et a la figure légèrement écorchée. Les coureurs sont très frais.
SAUMUR (contrôle volant), 136 kil.- Le contrôle, placé au Café de la Gare, 2, rue de Rouen, est assuré par la Société des amateurs vélocipédistes saumurois et du V.C. Saint-Hilaire-Saint-Florent.
Passent à une heure : Girbe, Samson, Joseph Fischer, Garin, Beaugendre, Augereau, Jean Fischer, Foureaux, Salais, Dargassies, Kerff, Müller, Pothier. Viennent ensuite, à quelques minutes, Catteau, Lechartier ; puis, après un assez long intervalle, Pasquier, Borot et Millocheau.
BOURGUEIL, 157 kil.- Le peloton de tête passe à 1h49.


L'Espérance du Peuple - Lundi 20 et mardi 21 juillet 1903
Le Tour de France
Dernière étape

Samedi soir avait lieu le départ de la dernière étape du Tour de France. Le contrôle, ouvert au Café Continental à 6 heures, était fermé à 7 heures ; 21 coureurs étaient inscrits. Tous se dirigent vers la route de Paris où devait être donné le départ.
Quelques instants avant, le Racing-Club Nantais offrait à Augereau une superbe palme en lui souhaitant bonne chance. Augereau, très ému, remercie les Nantais de la sympathie qu'ils lui ont donnée. M. Abran, rédacteur à l'Auto, donne le départ, il est exactement 7h53m21s.
Au sujet de l'incident Garin-Augereau, disons tout de suite que ce dernier a déposé une plainte contre Garin.
L'arrivée à Ville-d'Avray s'est effectuée hier après-midi à 2h9m. Garin arrive suivi d'Augereau, de Samson, Jean Fischer, Pothier, Muller, Foureaux et Girbe.
Garin est donc le premier du Tour de France, 2ème, Pothier, 3ème Augereau, 4ème Muller, 5ème Jean Fischer.


Le Populaire - Mardi 21 juillet 1903
Le Tour de France
La 6ème étape (Nantes-Paris).- L'arrivée.- Paris

Accident mortel
On télégraphie de Tours :
Un accident s'est produit vers trois heures du matin, près de Luynes où de nombreux cyclistes s'étaient rendus pour assister au passage de la course du Tour de France. MM Nau, employé des contributions directes, trente ans, et Cotti, marchand de cycles à Tours, qui étaient montés à motocyclette, se sont heurtés et sont tombés sur le sol, où on les a trouvés inanimés.
M. Nau a succombé peu après. L'état de M. Cotti est grave.

Blois (259 kilomètres).
Le peloton arrive à 5h50, composé de Muller, Garin , Pothier, Augereau, Beaugendre, Jean Fischer, Foureaux, Kerff et Girbe.
A 5h56 arrive Samson. A 6h01 Dargassies, Catteau et Salais passent ensemble.
Orléans (310 kilomètres).
Passent à 7h57 : Garin, Muller, Samson, Jean Fischer, Kerff, Augereau, Pothier, Beaugendre, Foureaux et Girbe.
A 8h27 arrivent Dargassies, Salais et Joseph Fischer.
Chartres (319 kilomètres).
A 11h06 arrivent ensemble : Garin, Foureaux, Kerff, Jean Fischer, Samson, Muller, Pothier, Augereau, Beaugendre et Girbe. Les autres suivent à quelques minutes.
Versailles (351 kilomètres).
A 1h45, le peloton de tête passe. Garin, Jean Fischer, Augereau et Samson sont en tête.

L'arrivée
Ville-d'Avray, 19 juillet.
C'est par la route classique de Bordeaux-Paris que vont arriver de Nantes les coureurs de cette énorme randonnée du Tour de France. Et c'est encore ici, à Ville-d'Avray, que seront enregistrées les heures d'arrivée.
Mais le contrôle n'est plus le même. Il est situé 800 mètres plus avant vers Versailles, au restaurant du père " Vélo ", débaptisé pour la circonstance et transféré en père " Auto ", puisque c'est l'Auto qui a organisé la course.

Au Père " Auto "
La traditionnelle large banderole blanche marquant l'arrivée traverse la route. Des drapeaux tricolores, des fleurs en abondance décorent le Père " Auto ".
Ce sont à chaque instant, faut-il le dire ? des autos passant dans des ronflements et des nuages de poussière à des vitesses qui devraient appeler les foudres de la contravention. Ce sont des motocyclettes pétaradante et des bandes de cyclistes, qui passent et filent à la rencontre des coureurs.
De gros nuages gris, emportés par une petite brise, voilent par moments l'éclat d'un soleil vigoureux. Ils ne crèvent pas en pluie, néanmoins, et c'est l'essentiel.

Dans l'attente
A partir d'une heure, les curieux commencent à se grouper en nombre autour du contrôle et augmentent de minute en minute.
A une heure et demie arrive une deuxième édition de Monde sportif, qui est enlevée rapidement par les sportsmen avides de nouvelles. Elle donne les passages à Orléans et montre que les coureurs ont une avance sur l'horaire, cependant très optimiste, qui avait été établi.
On parle haut, on discute, on suppute les chances, on prévoit que l'arrivée va se faire " dans un mouchoir ". L'animation est extrême ; mais ce qui ne l'est pas moins, c'est le désordre.
A deux heures, enfin, avec une solennelle lenteur, font leur apparition… deux gendarmes, précédés d'un brigadier. C'est maigre. Ils font de leur mieux pour ouvrir un passage.

 

Victoire de Garin
Soudain, une auto dévale en trombe, venant de Versailles. Son conducteur crie : Ils sont là ! Ils sont là ! Alors, c'est une formidable bousculade, personne ne veut quitter la route " pour mieux voir ". Bourrades, jurons, protestations, provocations éclatent, et, dans une clameur : " Garin ! Garin ! " un cycliste encadré d'un bataillon de compagnons flanqués d'autos passe, le contrôle sur sa lancée dans un nuage de poussière.
Il est 2h09. On se précipite, on pousse des cris, et tout d'un coup, fonçant dans la foule qui s'est refermée derrière Garin, c'est Augereau, le courageux coureur de Châtellerault. Il tombe tête baissée dans un photographe qui, tourné vers lui, veut opérer, culbute, se relève, chancelle étourdi par sa chute, la chaleur et les cris. C'est au milieu d'un désarroi indescriptible que les arrivées se succèdent.
Samson arrive derrière Augereau et se précipite au contrôle. Il signe le premier, mais il n'est que le troisième. Puis, c'est Jean Fischer, c'est Pothier, c'est Muller, c'est Foureaux, c'est Girbe, tous à des secondes d'intervalle ou même des fractions de seconde.

La chute de Jean Fischer.- Un blessé
Jean Fischer est fou de colère. Il était en tête dans la descente de la fameuse côte de Picardie, et poussant de toutes ses forces, se voyait premier, signant au contrôle, quand une chute se produisit. Elle eut pour premier résultat de faire perdre à Fischer son avance. Mais un cycliste fut atteint par la pédale de Fischer et alla rouler à terre, perdant le sang à flot. Une auto fut obligée de recueillir le malheureux évanoui. Il arriva inerte, couvert de sang au contrôle, où cette apparition provoqua une pénible émotion. Un médecin fit un pansement provisoire, et le blessé, toujours inanimé, fut emporté en auto sur Paris.
Un assez long intervalle à présent. Les rangs des curieux se sont éclaircis : on connaît le vainqueur, on a vu la bataille pour les premières places, c'est l'essentiel. On utilise la fin de sa journée à aller autour des étangs, dans les bois. Pendant ce temps, les arrivées se succèdent.

Au Parc des Princes
L'affluence est considérable au Parc des Princes. Le vélodrome est bondé à craquer de spectateurs accourus pour assister à l'arrivée du Tour de France et aux championnats.
Vers deux heures trois quarts, pendant la cinquième série du Championnat de France, Garin fait son entrée au vélodrome, au milieu d'une ovation indescriptible. Il couvre le kilomètre final en 2m 4s 3/5.
Puis arrivent : Foureaux, qui fait le kilomètre en 1m 53s 1/5 ; Augereau, très frais, fait le meilleur temps, 1m 30s 1/5 ; un quart d'heure après arrivent Samson, qui fait 1m 43s 1/5 ; Jean Fischer, 1m 31 3/5.
Pothier arrive remarquablement frais. Il est à peine âgé de dix-neuf ans, aussi lui fait-on une ovation chaleureuse. Il couvre le kilomètre en 1m 31s 4/5.
Derrière lui arrive Muller, qui fait son kilomètre en 1m 35s 1/5.
Salais et Dargassies arrivent à 3h55. Ils ne font pas le kilomètre final.
A 3h40 arrivent Girbe, Beaugendre et Kerff, tous trois très frais. Girbe fait le kilomètre en 1m 36s 4/5 ; Beaugendre en 1m 30s 3/5 soit seulement 2/5 de plus qu'Augereau, et Kerff en 1m 48 2/5.

A propos de la course
Les résultats de la dernière étape ne changent donc en rien le classement général du " Tour de France " établi à la fin de l'étape Bordeaux-Nantes. Les cinq premiers : Garin, Pothier, Augereau , Kerff et Jean Fischer restent donc dans les mêmes positions. Peut-être y aura-t-il quelques interversions dans les autres places, mais en tous cas, elles ne seront pas très grandes.
A la manière dont ces hommes courageux sont arrivés à Ville-d'Avray, on est en droit de se demander s'ils n'auraient pas encore été capables de parcourir une ou deux étapes sans arriver à prendre l'un sur l'autre un avantage marquant.
Heureusement pour Garin qu'il a pris une avance assez importante dans Paris-Lyon ; c'est ce qui lui a permis d'être classé 1er dans le Tour de France, car dans les étapes suivantes ses temps, vis-à-vis de ses rivaux, sont à peu près égaux.
Les plus méritants sont, sans conteste, Pothier et Augereau. Le premier avait, au début, paru en assez mauvaise posture, puisqu'il n'avait fini que 14ème dans la première étape ; mais, malgré sa jeunesse et son inexpérience de la course, il a rattrapé et dépassé progressivement tous ses adversaires.
Quant à Augereau, c'est l'homme guignard de la course ; il a fini dans un état de fraîcheur remarquable.
On est en droit de dire que si de nombreux accidents ne lui avaient pas fait perdre un temps précieux à plusieurs reprises différentes, il eût, sans nul doute, fini second et, même approché de très près le gagnant.
Augereau a une revanche à prendre, et avec un peu plus de veine, il la prendra. Châtellerault possède en Georget et lui deux rouleurs de très grande valeur.
Des autres, rien de particuliers à dire, si ce n'est qu'eux aussi sont dignes de tous les éloges pour l'endurance, le courage et la qualité dont ils ont fait preuve dans cette course colossale.

 

Les Arrivées
Voici les heures d'arrivée à Ville-d'Avray :
1er, Garin, à 2h9' ; 2ème, Augereau, à 2h10' ; 3ème, Samson, à 2h10s 1/5 ; 4ème, Jean Fischer, à 2h10' 20s ; 5ème, Pothier, à 2h10'30s ; 6ème, R. Muller, à 2h11' ; 7ème, Foureaux, à 2h11'30s ; 8ème, Girbe, à 2h11'35s ; 9ème, Beaugendre, 2h30' ; 10ème, Kerff, 3h2' ; 11ème, Salais, 3h24' ; 12ème, Dargassies, 3h30'20s ; 13ème, Joseph Fischer, 3h45'25s ; 14ème, Pasquier, 4h15'15s ; 15ème, Catteau, 4h16'35s ; 16ème, Payan, 4h43'17s.

 

A propos du Tour de France
M. Colet, le contrôleur général du Tour de France de notre confrère " L'Auto ", a suivi les coureurs de bout en bout sur sa motocyclette Werner ; cette machine, du type 2 chevaux 1903, est la même que celles livrées à Nantes par notre ami Chéreau, au prix de 825 francs. Rappelons que ces modèles sont livrés à lettre vue. S'adresser 129, rue de Rennes, à Nantes.


Le Petit Phare - Mardi 21 juillet 1903
Les Sports - Le Tour de France

L'arrivée.- Voici les heures d'arrivée à Ville-d'Avray :
1er, Garin, à 2h9' ; 2ème, Augereau, à 2h10' ; 3ème, Samson, à 2h10'1/5 ; 4ème, Jean Fischer, à 2h10'20s ; 5ème, Pothier, à 2h10'30s ; 6ème, R. Muller, à 2h11' ; 7ème, Foureaux, à 2h11'30s ; 8ème, Girbe, à 2h11'35s ; 9ème, Beaugendre, 2h30' ; 10ème, Kerff, 3h2' ; 11ème, Salais, 3h24' ; 12ème, Dargassies, 3h30'20s ; 13ème, Joseph Fischer, 3h45'25s ; 14ème, Pasquier, 4h15 ; 15ème, Catteau, 4h16'35s ; 16ème, Payan, 4h43'17s.
Vers deux heures trois quarts, pendant la cinquième série du Championnat de France, Garin fait son entrée au vélodrome. Il couvre le kilomètre final en 2m 4s 3/5.
Puis arrivent ensuite : Fourneaux, qui fait le kilomètre en 1m 53s 1/5. Augereau, très frais fait le meilleur temps : 1m 30s 1/5. Un quart d'heure après, arrive Samson, qui fait 1m 43s 1/5 ; Jean Fischer, 1m 31s 3/5. Pothier arrive remarquablement frais. Il est à peine âgé de dix-neuf ans, aussi lui fait-on une ovation chaleureuse. Il couvre le kilomètre en 1m 31s 4/5. Derrière lui arrive Muller, qui fait son kilomètre en 1m 35s 1/5. Salais et Dargassies arrivent à 3h55. Ils ne font pas le kilomètre final. A 3h40, arrivent Girbe, Beaugendre et Kerff, tous trois très frais. Girbe fait le kilomètre en 1m 36s 4/5, Beaugendre en 1m 30s 3/5, soit seulement 2/5 de seconde de plus qu'Augereau et Kerff en 1m 48s 2/5.
Le gagnant de la prime pour le meilleur kilomètre est donc Augereau qui gagne de ce fait 100 francs.
Les accidents.- Un terrible accident s'est produit, vers 3 heures du matin, à environ 3 kilomètres de Luynes.

 

M. Cotti, marchand de cycles, rue des Halles, à Tours, parti le matin à motocyclette vers 2 heures pour aller au-devant des coureurs, sur la route de Luynes, heurta M. Nau, employé aux contributions directes qui était également à motocyclette.
Les deux malheureux cyclistes roulèrent sur le sol, l'un sur l'autre, les deux machines à côté d'eux. Ils avaient perdu connaissance et restèrent longtemps étendus sur la route sans recevoir de secours. Quand on les aperçut, ils étaient dans un triste état.
On fit prévenir aussitôt M. le docteur Jacques Thomas, qui trouva M. Nau dans un état désespéré et le fit conduire à sa maison de santé, rue de Lariche, où il est mort peu après son arrivée.
Quant à M. Cotti, qui fut transporté à son domicile, il porte au crâne une profonde blessure, sur la gravité de laquelle il est impossible de se prononcer.
M. Nau qui était âgé d'une trentaine d'années était marié et père de deux enfants.
A Versailles, à peine les premiers coureurs venaient-ils de passer, qu'un cycliste, Gillet Constant, âgé de 17 ans, demeurant à Paris, fut renversé par une automobile. Relevé aussitôt par les contrôleurs, Gillet fut transporté dans une pharmacie, puis conduit à l'hôpital. Son état est grave. Une voiture automobile, au même passage, a pris feu. Les voyageurs ont pu descendre et l'incendie a été éteint par les personnes présentes ; mais le véhicule est complètement détruit.