Les fortifications Mercœur

Article rédigé par Daniel Finot

 

On peut les voir en rentrant dans le parking public de la Cour des Comptes, sise au 25 rue Paul Bellamy, à l'endroit où se sont situés pendant un siècle les gazomètres reliés à l'usine à gaz, qui était quai des Tanneurs. Le mur de 10 mètres de hauteur en est le dernier vestige. Il a été surélevé lors de la création du plateau sportif du lycée de Talensac. Il sert aussi de fondation à la chapelle de cet établissement réalisée avec un encorbellement.

D'où viennent ces fortifications vieilles de plus de 400 ans ?

La ville médiévale de Nantes qui était abritée derrière des fortifications, construites au 13e siècle et agrandies au 15e siècle, était d'une superficie de 24 hectares ne comprenant pas le Marchix.

Dans le dernier quart du 16e siècle, l'augmentation de la portée des canons expose la ville à un bombardement depuis le coteau urbanisé du Marchix. Ce faubourg s'était développé, hors les murs autour de l'église Saint-Similien, une des plus anciennes églises de Nantes. C'était une zone de passage et d'échange avec la Bretagne mais aussi une zone menacée en temps de guerre.

A plusieurs reprises, pendant la période troublée du Moyen âge breton, quand se heurtaient les ambitions rivales des Ducs et des Evêques, ce faubourg a eu à pâtir de ces conflits. Par exemple, Pierre de Dreux fit brûler une partie du Marchix vers 1475. Les guerres féodales ayant disparu après l'annexion de la Bretagne à la couronne de France, le Marchix pouvait sembler être promis à la paix. Mais le 16e siècle amène les désastreuses querelles de religion entre catholiques et protestants. La ville de Nantes est alors le siège de nombreuses querelles qui dégénèrent en véritable guerre.

C'est là qu'un projet du dernier Duc de Bretagne, FrançoisII, va ressortir des cartons. Il s'agissait d'entourer le Marchix d'une enceinte continue de fortifications à l'intérieur desquelles pourrait se développer une "Villeneuve". Le Roi Charles IX relance ce projet en 1571 .Ce projet a été combattu par les Nantais car il y avait beaucoup d'expropriations à réaliser. Rien n'y fait, et cela commence en 1573. Le roi autorise la levée d'un impôt d'octroi qui permettra de réserver 5000 livres par an pour la construction de la ville neuve et de son enceinte.

Les travaux consistaient en une ligne de fortification continue le long de l'Erdre (encore visible rue P Bellamy) et du côté des terres (nord et ouest), un fossé (douves) et des éperons. Ces sortes d'éperons étaient munies de glacis et de larges terrasses sur lesquelles étaient disposés les canons. Cela donnait une enceinte étoilée préfigurant le système Vauban d'une longueur totale de 1600 mètres, dont la pointe nord se situait place Viarme.

Il y avait deux passages dans cette enceinte : la porte de Couëron (à l'emplacement actuel de la place Edouard Normand) et la Porte Neuve (à l'emplacement de la place Viarme) et cinq bastions : bastions de l'Erdre, de Rennes, de Vannes, de Couëron et celui du Roi.

Les travaux commencent donc en 1573 du côté de l'Erdre face au Port Communeau, très ralentis par la réticence de la Ville. Ils sont interrompus entre 1578 et 1582. Cela agace le Roi qui envoie Louis de Foix pour contrôler les travaux déjà réalisés et organiser leur achèvement.

De 1582 à 1592, la construction s'accélère après la nomination le 5 Septembre 1582 de Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur et de Penthièvre comme Gouverneur de Bretagne. Dans la période troublée des conflits entre catholiques et protestants, il fait activer les travaux, tant au château qu'à la Ville neuve. En 1589, à la mort de Henri III, il s'allie aux Guise et entraîne la Ville de Nantes dans la Ligue contre le Roi. Les Travaux continuent pour se protéger d'un siège éventuel du Roi de France !!

Le conflit ne se terminera qu'en 1598 avec la signature de l'Edit de Nantes par Henri IV. Le gouverneur est déchu, exilé et il meurt 4 ans plus tard en Allemagne. Mais la ville doit assumer les énormes dettes générées par le Duc. Malgré la volonté de Henri IV de continuer les travaux, il ne s'y passe plus grand chose et les travaux sont définitivement interrompus en 1612.

Jusqu'au milieu du 17e siècle, l'enceinte est entretenue mais l'idée de la démanteler se fait jour petit à petit. En1678, un cordier obtient un terrain situé dans les douves de la ville neuve pour filer la corde. En 1748, l'aménagement de la place Bretagne et en 1752 celui de la place Viarme entraînent les démolitions des portes et le comblement des fossés de la partie ouest. En 1750 est ouverte la rue Mercoeur dans un fossé remblayé, que le Recteur de Saint-Nicolas traitait de "cloaque impraticable". Seule la fortification côté rue Paul Bellamy (face sud du bastion de Rennes) nous permet d'imaginer sur 100mètres l'ampleur de ces travaux .

Le tracé des rues du quartier Viarme-Talensac est fortement lié à la position initiale des remparts : rue Menou (ancienne rue des remparts), rue Porte Neuve, rue Mercoeur.

Cette enceinte peu connue des Nantais a pourtant nécessité pendant 120 ans une main d'œuvre abondante et coûté extrêmement cher à la Ville. Elle n'a finalement jamais eu d'utilité et a été démantelée avant même d'être totalement achevée.

Archives de Nantes - 2014