Le pont de la Motte-Rouge

Article rédigé par Antoine Pouponneau

 

Le pont de la Motte-Rouge fut achevé en 1885. C’est le grand pont urbain le plus ancien de la ville. Il relie la place Waldeck-Rousseau au boulevard Amiral-Courbet. Il permet de faire le lien entre les routes de Doulon et Paris d’une part et la route de Rennes d’autre part.

Le pont fait 80m de long, il est haut de 7,30m et large de 12m. Les culées sont de granit bleu et l’arche métallique est en fonte. La face extérieure de la clef porte les armes de la ville et un cartouche indique la date d’achèvement de l’édifice juste en dessous.

A son ouverture il se nommait pont de Barbin en référence à la chaussée du même nom qu’il remplaça. Ce fut  lors de la délibération du 25 juin 1891 que la ville décida de nommer le nouveau pont en l’honneur du Général de la Motte-Rouge mort en 1883, vainqueur de Magenta en 1859 et qui fut un temps commandant de la place de Nantes.

Après l’achèvement du canal de Nantes à Brest dans les années 1830, la chaussée de Barbin se montra très vite inadaptée à la circulation terrestre et fluviale. Dès 1845 une pétition d’ingénieurs demanda sa reconstruction. Malgré des signes encourageants en 1859 et 1869 qui laissèrent penser à une reconstruction rapide, les premiers projets sérieux  ne furent présentés qu’à partir de 1878 et 1879. Il fallu d’abord fixer l’emplacement du nouvel édifice, puis son financement qui fut finalement divisé à part égale entre la ville et l’Etat.

Le projet initial consiste en un pont de 3 arches métalliques en fonte, de 26m80 d’ouverture chacune, appuyées sur deux culées et deux piles en maçonnerie. Il est bâti sur le modèle du pont Haudaudine en cours de construction sur le bras de la Madeleine à la même époque. Mais en 1881, rien n’est encore fait. Les pressions commencèrent alors à se multiplier pour faire accélérer les choses. En janvier un décret pris par le ministre des travaux publics Sadi-Carnot et signé par le président de la République Jules Grévy, déclara le projet d’utilité public. De même en septembre de la même année, 72 habitants du quartier de Barbin et du quai de Versailles signèrent une pétition qui demandait de hâter le chantier.

Ce fut finalement la construction de la caserne situé place Waldeck Rousseau et l’ouverture de l’actuel boulevard Amiral Courbet en 1882 qui précipitèrent les choses. Ces aménagements avaient été imaginés en prévision du futur pont. Les autorités sont donc contraintes de faire accélérer la construction du pont de la Motte-Rouge. Mais le sondage du lit de l’Erdre montre que le projet initial était difficile à mettre en place du fait de la nature du sol qui n’était pas assez stable pour accueillir les fondations des deux piles. Par conséquent les ingénieurs proposent de le substituer par un pont à deux arches ou par un pont à une arche métallique de 80m d’ouverture. La faisabilité de tel projet doit encore être prouvée. Finalement en juillet 1883 le Maire de Nantes fait part au ministre des travaux publics que le projet définitif pour le pont de Barbin est « en ce moment même soumis à l’examen du conseil général des ponts et chaussées ». Les travaux  avancèrent sous l’impulsion de l’ingénieur ordinaire Résal  à l’origine des plans du pont à arche unique. Il fit en sorte d’emmener son projet à terme et le pont fut achevé en 1885.

Quelques années après avoir mené la construction du pont de la Motte-Rouge, l’ingénieur Jean Resal fut en charge de la réalisation du pont Alexandre III à Paris (construit entre 1896 et 1900). Les deux ponts dans leur forme sont très proches, en dehors du décor beaucoup plus « chargé », le pont Alexandre III reprend la même structure.

Archives de Nantes - 2014