Historique des églises Saint-Similien

Article rédigé par Yves-Marie Rozé

 

Les archéologues s’accordent à dire que dans les premiers siècles de notre ère, un édifice romain (1), sur ce site, dominait la ville fortifiée (2). Un cimetière important s’étendait depuis cette villa jusqu’aux berges de l’Erdre (3). Les sépultures des premiers chrétiens, rejetés par les romains, étaient probablement creusées au bout du cimetière sur la hauteur (d’où peut-être l’origine du nom « Martray » car certains qui y furent martyrisés).

Le tombeau de Saint Similien, troisième évêque de Nantes, a été placé à l’emplacement de l’édifice romain (probablement rasé ou désaffecté). Dans les cinquante années qui ont suivi, les chrétiens n’étant plus persécutés après un édit de l’empereur Constantin en 313, beaucoup ont voulu avoir leur sépulture autour de celle de leur évêque Similien.

Années 350 à 450 : l’oratoire


L’évêque Eumélius, son successeur, fait alors construire vers 350, à l’emplacement du tombeau, une petite chapelle commémorative (oratoire) qui abritait le sarcophage de Saint Similien, probablement posé sur des murets. On ne connaît ni la forme ni les dimensions de cet édifice.

 

Années 450 à 960 : la basilique mérovingienne


Après un siècle, en raison de la foule des pèlerins et des nombreux tombeaux placés à côté du saint, l’évêque Léon (8ème sur la liste des évêques nantais) fait construire une basilique (4) mérovingienne vers 450 : simple chapelle en haut du cimetière en limite de la campagne, avec vignes cultures et moulins. Le sarcophage de Saint Similien était sur des tréteaux de pierre à grain, à coté d’un puits. Nous ne savons pas à quelle date ce fut une paroisse. Deux petites chapelles se faisaient face dans le cimetière en contrebas (5)

 

Années 960 à 1487 : l’église restaurée


Au IXe et début du Xe siècles, Nantes est pratiquement réduite à néant par des pillages successifs de Normands ou Vikings venus par la Loire (6). Les paroissiens restant restaurent l’église deux fois, mais elle est détruite une 3ème fois avant le départ des Normands, définitivement chassés en 938 par Alain Barbe Torte. Les paroissiens demandent alors à l’évêque Gauthier (35ème évêque de Nantes) de reconstruire leur église : il en confie la charge au chapitre des chanoines de la cathédrale. L’église restaurée avec agrandissement de l’abside est terminée en 1172. L’incendie du presbytère en 1631 a emporté toutes traces de la vie paroissiale au Moyen Âge.

 

Années 1487 – 1824 :l’église agrandie


En 1487 nouvel agrandissement de l’église avec adjonction de deux bas-côtés, doubles arcades de six mètres entre chaque nef et un clocher de 34 m de haut qui reçoit quatre cloches. En 1703 un grand orgue de neuf jeux est installé, qui sera agrandi de six jeux 40 années plus tard. A la Révolution en 1793, l’église est transformée en écurie pour l’artillerie, et les cloches sont descendues pour être fondues.
Avec le Concordat en 1803 l’église est rendue au culte, et 30 ans plus tard deux nouvelles cloches sont installées (aujourd’hui au sol à côté du baptistère). Le plan « Le Rouge » montre l’église entre ville et campagne (7).

 

Années 1824 – 1872 : l’église agrandie de style néogrec


En 1824, l’église, bien trop petite, est agrandie et reçoit un décor néogrec : seuls la toiture de la nef principale, le clocher et le chœur, sont conservés, tout le reste est refait. Deux rangées de quatre colonnes doriques séparent les nefs. Les travaux s’étalent sur dix ans en deux phases : le nord, puis en 1834 le sud avec l’entrée Sarrazin et la majestueuse entrée (ou péristyle) sur la place Saint-Similien
Mais très vite l’église apparaît de nouveau trop petite. La charpente du clocher est très abîmée, les nouveaux murs et les toitures se dégradent.

 

Années 1872 à 1897 : construction de l’église actuelle


Décision est donc prise de reconstruire complètement l’église pour doubler sa capacité. Il faut trouver les financements et racheter des maisons et des terrains au Nord, la nouvelle bâtisse ne pouvant être que perpendiculaire à la première. Le projet de M Boismen, architecte du diocèse, est choisi, de style néogothique comme les toutes nouvelles églises nantaises Saint-Nicolas et Saint-Clément. La construction est réalisée en quatre tranches

1873 – 1880 : de l’abside à la première travée

Le chantier commence par la partie Nord, en juillet 1872 sans démolir l’église de 1824. Bénédiction de la première pierre par Mgr Fournier, évêque de Nantes le 5 octobre 1873. Des difficultés financières retardent fortement le chantier : il faut sept ans pour atteindre la première travée de la nef.
Le 8 décembre 1880, bénédiction de cette partie de l’église par Mgr Laborde (ancien curé de l’église devenu évêque de Blois) sous la présidence de Mgr Le Coq.

 

1880 – 1894 : ornementation du nouveau chœur

Pendant quatorze ans le chantier s’arrête le temps de retrouver des fonds. Les deux églises sont reliées : le mur extérieur de l’ancienne église démoli, un escalier de huit marches permet de monter dans l’ancienne église. Pendant cette période des aménagements intérieurs sont réalisés : le maître autel (celui avec le grand crucifix), les stalles du chœur, la chaire, l’autel de Notre-Dame de Miséricorde, les vitraux du chœur et des transepts avec les deux grandes rosaces. Le cloître, la sacristie et la chapelle du Rosaire (où ont lieu les messes de semaine) sont aussi construits pour libérer l’ancienne église. Des cartes postales de l’époque, immortalisent cette période.

1894 – 1897 : les trois nefs et les déambulatoires

L’argent enfin trouvé (emprunts, appel aux donateurs, …) la construction peut continuer, avec un nouvel architecte, M. Bougoüin (M. Boismen ayant cessé ses fonctions). Avec le souci d’accueillir encore plus de paroissiens, il est décidé de construire une travée supplémentaire, de repousser le clocher et de supprimer l’escalier majestueux et couvert donnant sur la place.

Première phase : démolition de l’ancienne église, et creusement du sol pour loger le système de chauffage à air chaud en sous-sol. C’est alors que l’on découvre 150 sarcophages rangés sur environ cinq niveaux, orientés vers l’Est sauf certains du niveau le plus bas. On découvre aussi des briques décoratives avec des motifs chrétiens et des restes de l’époque romaine. Cette découverte a passionné nombre d’archéologues jusqu’à Paris il y a plus de 115 ans.Puis en trois ans les cinq travées sont réalisées avec deux chapelles du fond. Le 8 décembre 1897 bénédiction de la nouvelle église par Mgr Rouard, évêque de Nantes, mais sans les 2 clochers et quelques finitions (8).

 

1897 – 1929 : étatisation et finitions intérieures


Le temps d’avoir les fonds nécessaires pour le clocher, arrivent les difficultés politiques qui conduisent à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Aaprès un inventaire douloureux, l’Etat devient propriétaire de l’église en 1906 et le transmet rapidement à la ville de Nantes. Les clochers resteront à l’état de projet. Malgré tout les aménagements intérieurs sont terminés : l’orgue, la chapelle du Sacré-Cœur, le monument aux morts de la guerre 1914-18, les balustrades des passages sous les vitraux. L’électricité en 1921 remplace les becs de gaz. En 1929 deux nouvelles statues sont placées dans la chapelle du Sacré-Cœur : Sainte Thérèse de Lisieux et Saint Jean l’Évangéliste.

Depuis cette période intense, peu de choses ont évolué : En 1963 deux chaudières au fuel remplacent l’ancien four du chauffage de l’église (locaux et cheminés dans les pilastres visibles de la rue de Bel Air).
En 1968, le projet d’embellir la façade et de placer les deux cloches dans les combles de l’église n’aboutit pas. Mais la chambre à cloches se dégradant la mairie transfère en 1987 les cloches, devenues muettes, dans l’église. Avec la réforme liturgique de 1965, un autel provisoire est installé devant le maître autel, remplacé en 1991 par l’autel actuel en marbre, dans lequel sont placé des reliques de saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Enfin, le puits est remarquable, car depuis 17 siècles sa place n’a pas changé même si la margelle a été refaite vers 1897, suite à l’abaissement du niveau de l’ancienne église.

 


Notes
(1) Lors des fouilles de 1894, des restes de thermes domestiques, et des tuiles décorées de motifs païens, ont été mis à jour.
(2) Murs de 4,25 m englobant Ste-Croix, le centre du château, place Foch et l’Hôtel de Ville
(3) Les cimetières romains étaient en dehors des villes (comme le Golgotha à Jérusalem) : des sarcophages ont été retrouvés jusqu’à l’Erdre lors de terrassements.
(4) Basilique signifiait à l’époque romaine : un bâtiment rectangulaire avec une abside, qui servait de lieu de réunion, et non pas le sens actuel d’église avec un rang particulier.
(5) Celle dédiée à Saint Symphorien dura jusqu’à la Révolution et ses fondations sont sous le CCAS, celle dédiée à Saint Etienne était sur le Bourgneuf, démolie à la fin du XVI° siècle.
(6) Ils avaient établi un campement fixe sur l’île Biesse (aujourd’hui formant avec d’autres îles, l’île Beaulieu) dès 843, après l’assassinat de l’évêque Saint Gohard dans sa cathédrale.
(7) Etabli en 1766 à partir du relevé de référence très précis du Sieur François Cacault en 1757.
(8) Les clés de voûtes des déambulatoires et les bases du départ des ogives au niveau des 3ème et 4ème travées ne sont pas sculptées (juste au dessus de ce panneau, on y voit le tracé prêt à être sculpté). De même les deux statues entourant la grande porte devaient être sur leur support et leur dais à 4,5 mètres du sol. Enfin il y a huit emplacements sur les piliers du centre de l’église qui attendent toujours une statue.


Archives de Nantes - 2014