L'abattoir municipal de Nantes
et le vieux marché de Talensac (1829-1934)

Article rédigé par Yves-Marie Rozé (mai 2015)

 

Une fin tant attendue

La condamnation de l’abattoir
Dès le milieu de la vie de l’abattoir, en1880, le Conseil Central d’Hygiène Publique et de Salubrité de la Loire-Inférieure (CCHPS) nomme une commission pour étudier « le déplacement de l’abattoir de Nantes ». Le rapport de 16 pages, remis en 1882 et imprimé en 1899, demande la fermeture de Talensac principalement pour cause d’insalubrité pour le voisinage (immeubles construit autour de l’abattoir après son ouverture) et la pollution de l’Erdre. Mais le rapport met aussi en cause les bâtiments en mauvais état et le manque de place pour les 151 bouchers qui y exercent à cette époque. Le document demande son transfert sur un site de 60 000 m² (150 x 400 m) soit 4 fois plus grand que le site de Talensac.
En 1910 le maire Gabriel Guist’hau » décide le transfert sur le site de l’île Beaulieu, (aux Ecrous sur l’île de Biesse ou Prairie d’Amont, approximativement entre le CRAPA et une ligne reliant les ponts Tabarly et Senghor), en le confiant à la Société des Abattoirs Nantais, et en montrant les implications sur tout ce quartier (routes, nouveau pont, …) et il propose d’établir un marché à la place de l’abattoir de Talensac.

Le projet de l’Ile Beaulieu
L’année suivante le nouveau maire Paul Bellamy lance le projet très sérieusement, en confiant au grand architecte lyonnais Tony Garnier(17), la « conception d’un quartier de marché et d’abattoir à la pointe de l’île Beaulieu », sur une surface 5 fois plus grande que celle de Talensac comme le montre l’extrait du plan de la ville de l’époque.
La même année un ancien entrepreneur conteste le choix de la pointe de l’Ile Beaulieu et propose l’emplacement toujours sur l’île mais entre les boires de Toussaint et des Récollets (bras d’eau traversant l’Ile Beaulieu qui la découpait en trois îles oblongues), sur une surface de 170 x 42 m, et à l’est un marché aux bestiaux et une déviation de voie ferrée, pour affirmait-il un coût moindre.
En février 1914: le préfet avec son Conseil autorise le déplacement de l’abattoir sur l’extrémité est de la Prairie d’Amont, au lieu dit Ile Beaulieu en émettant quelques réserves : les eaux résiduaires devront être décantées dans un réservoir, nettoyage périodique avec des chasses d’eau dans les conduits et le fumier devra être stocké dans des fosses étanches et couvertes. Le préfet envoi le dossier complet au Ministre du Commerce et de l’Industrie.
Mais la France entre dans la première guerre mondiale, qui couve depuis longtemps. Cinq mois plus tard le conflit aura raison du projet, et qui ne verra pas le jour sur ce site.

Enfin l’abattoir intercommunal de Rezé
En 1923 les plans d’un abattoir intercommunal à Rezé sont établis, sur un terrain à Pont-Rousseau de 2,6 ha pour les abattoirs mais sans marché aux bestiaux, avec la voie ferré et un quai de débarquement à 100 m de l’entrée de l’abattoir.
Et en 1929 la décision est prise de transférer l’abattoir dans des nouveaux bâtiments à Rezé à la confluence de la Loire et de la Sèvres Nantaise(18), sur les basses prairies de la « Tête-des-Mottes », en expropriant la famille Grandjean(19), titulaire du marché de la répurgation de la ville de Nantes. Le site L’abattoir inter communal de Pont-Rousseau est annexé à la ville de Nantes.
L’abattoir inter communal(20) de Pont-Rousseau est ouvert en 1932 et fonctionnera jusqu’en 1975(21). Le transfert de l’activité de l’abattoir de Talensac a lieu le 16 octobre 1933.

Finalement la démolition
L’abattoir de Talensac restera alors vide pendant environ une petite année, squatté comme par ce coiffeur venant raser des personnes pauvres, puis sera démoli entre juin et novembre 1934. Quelques clichés conservent le souvenir de ces lieux devenu lugubres après avoir été si bouillonnant de vie pendant 104 années.
Aujourd’hui sur ce site se dresse le plus grand marché couvert de l’Ouest(22) une nouvelle histoire, inaugurée le 9 janvier 1937.

Pour conclure
Les 105 années de cette histoire communale, industrielle et humaine, ont pu être approchées par la documentation, les mémoires de cette époque étant aujourd’hui éteintes.

 

(17) Tony Garnier (1869-1948) après l’obtention du Grand Prix de Rome en architecture en 1899, mis son talent anticonformiste au service de Lyon, presque exclusivement, à l’époque du maire Edouard Herriot de 1905 à 1938 (et trois passages comme chef du Gouvernement), en innovant sur la place des bâtiments industriels et publics dans la ville (cf. http://www.nicolas-salagnac.com/medaille-tony-garnier-2007/)

(18) Actuellement le site « Confluent » ou sont regroupés les Nouvelles Cliniques Nantaises et le Centre Catherine de Sienne.

(19) Celle-ci titulaire du marché de la répurgation de la ville de Nantes, y a érigé en 1889 hangars et cales à foin capables d’accueillir et nourrir 50 tombereaux et 110 chevaux pour le service des ordures de Nantes, et va s’installer au sud de Rezé à La Malouel. (cf. :www.reze.fr/content/download/18141/253050/.../BistrotPtRousseau.pdf )

(20) Aujourd’hui cet abattoir de Rezé est identifié comme la première réalisation de ce qui deviendra Nantes-Métropole

(21) Le site de Pont Rousseau fermera en 1975, pour être transféré de 14002 m à l’Ouest dans les ancien marais du Seil (dans la zone industrielle d’AtoutSud), qui a sont tour cessera d’être intercommunal et sera vendu aux frères Voillet en 1989.

(22) Dans les sous-sols de l’actuel marché côté rue Bel Air, un sol en ciment a recouvert les traces des pavés et des rails des allées et de la cour aux charrettes.
 
 

Archives de Nantes - 2015