Le site d'Auvours

Article rédigé par Yves-Marie Rozé

 

Le réservoir et le château d'eau (1855 -1921)

Au Ier et IIème siècle ce lieu était une nécropole d’incinération, suivant les rites de la société romaine. C’est la découverte du service d’Archéologie de Nantes Métropole faites lors d’un diagnostique préventif en 2014, puis dans une campagne de 3 mois en 2015sur toutes les parties accessibles après la démolition de bâtiments. Les analyses de la centaine d’urnes trouvées étant en cours d’analyse, résultats complet ne sont pas encore publiés.

Jusqu’en 1855, l’emplacement (tracé ici sur le plan Cacault de 1757) était une grande pépinière, la « tenue dite de Miséricorde », entre la place Viarme, la rue des Hauts-Pavés et le chemin conduisant à la petite chapelle de Miséricorde. La place Viarme était alors triangulaire et plus petite, avec un îlot de maisons autour d’une cour qui bouchait l’entrée de la rue des Hauts-Pavés ou chemin de Vannes.

En 1854, la ville voulait assurer un service de distribution d’eau (en remplacement des puits publics et depuis 1806, d’un établissement de filtration près du château, avec portage de l’eau à domicile). Elle négocie une concession de 60 ans avec la Compagnie Générale des Eaux (CGE) nouvellement fondée à Paris, sur la base d’une production de 6 000 m3 par jour, dont 4.000m3 pour les besoins de la ville (avec une résiliation possible du contrat moyennant compensation après 30 ans).

L’eau prélevée quai Richebourg (aujourd’hui allée du Commandant Charcot) dans le bras de la Loire débouchant sur le canal Saint-Félix, est élevée par des pompes alimentées par des machines à vapeur (l’électricité de force ne sera disponible que 50 ans plus tard) vers un lieu suffisamment haut pour alimenter par gravité la ville, et proche pour limiter le coût des canalisations à poser. Avec son altitude de 35 m, le site d’Auvours est finalement choisi, le terrain de 6 300 m² pour le réservoir est acheté par la ville et 4.126 m² de terrain attenant par la CGE.

Le réservoir est construit de 1855 à 1856 et la rue du Service des Eaux est ouverte, rebaptisée en 1874 rue d’Auvours (lieu de la défaite des Français au Mans contre les Prussiens en janvier 1871).

Il est constitué de trois bassins de décantation et de filtration à ciel ouvert hauts de 4,2 m, dont la moitié au dessous du sol pour un total de 6000 m3( soit un jour de consommation) et d’un réservoir couvert de 800 m3 d’eau décantée. En 1974, un château d’eau de 50 m3 (cuve métallique sur d’élégants piliers maçonnés) est construit à une hauteur de 17 m au dessus du réservoir carré d’Auvours, pour alimenter les quartiers hauts des faubourgs.

A partir de 1880, les différents maires ont en permanence de profonds litiges avec la CGE : insalubrité de l’eau, fuites sur tout le réseau, comptage et coûts. Les temps de décantation étant bien inférieur aux 24 heures prévues, et comme la filtration était inexistante, et la purification chimique pas encore découverte, il en résultait une eau peu salubre.

En 1895, Alfred Riom, à la suite d’une énième épidémie de choléra, abrège de 20 ans la concession à la CGE et obtient la création du « Service des Eaux » municipal qui entre en service le 1er juin 1895. C’est à cette époque que des matelas de feutre, de sable et de charbon sont posés au fond des trois bassins : l’eau est donc filtrée, progrès vers la salubrité.

La Ville rachète les sites de Richebourg et d’Auvours, et commence alors la construction de l’usine de pompage et de filtration près de la Loire sur le site de la Roche (site toujours en service depuis 1899).

Mais les réservoirs d’Auvours s’avèrent bien trop petits en volume, aussi à Chantenay (qui sera rattaché à Nantes en 1908) commence en mars 1902 la construction du premier réservoir de la Contrie contenant 20 000 m3, à l’altitude de 52 m, en pierres locales, sur deux niveaux, et ce réservoir est toujours en service (auquel se sont ajoutés ensuite un château d’eau et quatre autres réservoirs, au total 120 000 m3 soit 11 heures de réserve). Après sa mise en service en avril 1904, le réservoir d’Auvours est désaffecté, mais non encore démoli par précaution. Il devait être démoli en 1913, mais la guerre 14-18 a stoppé le projet, et la démolition sera effective en 1924 pour construire des ateliers.

Dans la décennie 1960, l’extrémité du parc à tuyaux est intégrée dans le terrain d’implantation des HLM. En 1966 quatre logements sont réservés à du personnel du Service des Eaux, chargé de la surveillance du site. La pointe du terrain se retrouve actuellement dans la rue du Poitou.

L’écurie, la machine élévatrice (chaudière + machine à vapeur actionnant la pompe), le château d’eau, et les bureaux entourés de bâtiments plus bas, qui apparaissent sur la photo ci-dessus.

Vers 1954, l’extrémité du parc à tuyaux est intégrée dans le terrain d’implantation des HLM, construits pour reloger les victimes des bombardements de Nantes de 1943. En 1966 quatre logements sont réservés à du personnel du Service des Eaux, chargé de la surveillance du site.  La pointe du terrain se retrouve actuellement dans la rue du Poitou.

Archives de Nantes - septembre 2016