Le site d'Auvours

Article rédigé par Yves-Marie Rozé

 

Les ateliers du Service des Eaux :
mécanique, forge, fonderie (1924-1987)

En 1913 devait commencer la 2ème phase des travaux avec la démolition des bassins et la construction d’un bâtiment pour les divers ateliers, pour un montant de 6 000 F. Mais la déclaration de la guerre 14-18 stoppe le démarrage des travaux ; ils seront finalement renégociés en 1921 au prix de 50 000F (avec l’inflation due à la guerre).

En 1924 débute la construction du bâtiment des nouveaux ateliers, et en 1926 sont installés:
• l’atelier d’ajustage et d’usinage (tours, fraiseuses … Un moteur unique transmettait l’énergie par des courroies et des arbres suspendus à une superstructure)
• le charronnage (entretien des charrettes et véhicules)
• la serrurerie et la chaudronnerie et la forge
• un magasin en sous-sol sous ces quatre ateliers, relié à celui du sous-sol des bureaux par une voie ferrée empruntée par les wagonnets Decauville, qui atteignaient les ateliers par un monte-charge, et aussi à une plateforme, au dessus de la première travée côté bureaux, pour y stocker les modèles de fonderie.

Particularité : l’été des ajusteurs étaient employés dans les piscines ou les bains-douches municipaux.

Enfin en 1928 la fonderie est installée à la suite des ateliers, mais sans sous-sol. On y coulait à la fois des pièces en bronze (principalement des robinets d’arrêts), et de la fonte grise (bouches à clé photo ci-contre, brides, regards, …).

La fonte était produite par un petit four vertical appelé cubilot, qui est encore visible (3,50 m de haut, diamètres extérieur 70 cm et intérieur 35 cm). Les matériaux pour les deux fours arrivaient par un monte-charge, encore visible lui aussi, débouchant au milieu de la plateforme, pour être enfournés dans le mini-cubilot par le gueulard et dans le creuset du four à bronze. (voir description du cubilot)

A côté de cet espace pour la fusion se trouve une cabine avec une porte verticale équilibrée par des contrepoids, devant une autre normale (sablage des pièces ? confection et étuvage des noyaux ?). De l’autre côté, un local avec un toit de maison avec une large porte (existait en 1978). En face existe encore le bureau de la fonderie avec son plan de travail, accolé à deux cases de stockage de sable.

Les garages qui bordent la cité HLM apparaissent pour la partie la plus proche de la place Viarme sur le plan de 1975, et le complément jusqu’à la rue du Bourget sur le plan de 1988.

Les ateliers évoluèrent au cours du temps : les machines outils plus modernes avaient chacune leur moteur électrique, la plateforme sur la première travée fut transformée en mezzanine, supportant le palan sur rail permettant d’entrer de gros ensembles depuis l’extérieur (tel qu’un surpresseur) devant être réparés par l’atelier de mécanique, les modèles de fonderie déménagèrent dans l’appentis construit alors à l’extrémité de la fonderie …

Pendant les années 1980, les ateliers continuaient de fonctionner. Les mouleurs-fondeurs (un contremaître et 5 ouvriers) étaient réputés. En plus des matériels pour le Service des Eaux, ils travaillaient pour la ville. C’est ainsi qu’ils réparèrent la statue de la Délivrance, abîmée par des opposants, en coulant un nouveau bras de la victoire à partir de moulages en plâtre œuvre du sculpteur Douillard. Ils réparèrent aussi la fontaine de la place Royale, et réalisèrent, entre autre, les anneaux en forme de tête de chien (réalisés à la demande d’Alain Chenard, maire de Nantes en 1983, et toujours visibles aux différentes entrées de la mairie).

Vers 1980, l’atelier de charronnage fut remplacé par une salle d’étalonnage des compteurs d’eau. Un petit local de peinture fut construit à côté de la forge.

Fin 1985, uniquement pour des questions de prix de revient, l’arrêt de la fonderie et la reconversion des 6 spécialistes sont engagés.

En 1987, sur le site de la Roche sont construits des ateliers, ce qui entraîne le départ des ateliers d’Auvours, et depuis les pièces de fonderies sont sous-traitées.

Ensuite pendant quelques années, le côté mécanique de cet atelier vide sert d’hébergement d’urgence pour une trentaine de personnes, les sanitaires (WC et douche) étant au sous-sol, et le côté fonderie est squatté par quelques sans-logis.

Entre les années 1992 et 2002, la fonderie abrite la calèche de « l’Omnibus de la Dame Blanche » quand elle n’était pas au service des touristes en centre ville. Les juments pouvaient y passer aussi une nuit. Des indices de ces années sont encore visibles.

En 1993, une antenne du service voirie de Nantes s’installe dans la partie mécanique des ateliers. Le premier travail est de déménager la trentaine de lits, armoires et chevets du rez-de-chaussée ainsi que les armoires et la ferraille du sous-sol qui est bouché définitivement, avant d’entreprendre la réalisation du bureau et de la pièce commune, la mise en place des larges ouvertures sur la cour intérieure et l’installation des vestiaires et sanitaires dans deux modules de chantier. Les trois pistes du boulodrome sont construites par le service de la voirie vers 1995 (empierrement sur la terre + sable, avec déjà l’arbre en bout d’une des pistes).

Entre 2002 et 2013, la partie fonderie devient un entrepôt pour le Service des Espaces Verts et de l’Environnement de Nantes (SEVE). Cette même année, nouvelle organisation avec le basculement de la Voirie nantaise au service de la Métropole et l’installation du Pôle Nantes-Ouest, dans la partie mécanique. Le bureau du responsable est partagé en deux pour implanter le poste informatique, et vers 2005 toutes les ouvertures sont sécurisées contre les risques d’effractions.

La ville vend en 2013 le terrain à un promoteur, pour y construire 90 logements, répartis en 3 bâtiments avec un espace vert en cœur d’îlot.

C’est à cette occasions que le diagnostique archéologique préventif est entrepris par le service d’Archéologie de Nantes Métropole en 2014. Il met à jour une nécropole de crémation fonctionnant au Ier et IIème siècle de notre ère. Devant l’intérêt de la découverte en 2014, une campagne de 3 mois en 2015 est menée sur toutes les parties accessibles après la démolition de bâtiments et révèle l’étendue de la nécropole au-delà du site d’Auvours. L’analyses de la centaine d’urnes trouvées est en cours d’analyse.

Archives de Nantes - septembre 2016