La chaussée de Barbin

Article rédigé par Antoine Pouponneau

 

Située quelque mètre en aval du pont de la Motte Rouge dont elle est le successeur, la chaussée de Barbin se trouvait dans la continuité de la rue du même nom. Elle reliait le quai de Versailles au quai Barbusse.
           
La tradition attribue sa construction à l’évêque St-Félix, arrivé à Nantes vers 549. A la fois évêque et grand seigneur, il décide de remettre en état son évêché. Ce serait pour faciliter le développement du port de Nantes qu’il aurait fait bâtir la chaussée de Barbin.

La chaussée était composée d’un amalgame de matériaux divers comme de la terre, des pierres ou du bois. Cette construction barrait l’Erdre entre les coteaux de St-Donatien et St-Similien. La chaussée de Barbin tenait plus du barrage que du pont, la circulation fluviale sur l’Erdre était donc bloquée à cet endroit. Elle formait un étang de rétention, régulé par un système de vannes, qui permettait de faire fonctionner les moulins qui étaient installés dessus.

Lors de l’édification du canal de Nantes à Brest en 1830, l’Administration décida de modifier la chaussée afin de prolonger la voie navigable jusqu’à la Loire. Elle fit supprimer les moulins de Barbin et les remplaça par un pont sur les derniers mètres de la digue côté St-Donatien. Le pont se composait d’un tablier en charpente de 13m44 de long qui reposait sur deux culées de maçonnerie. Il était relié à la rive droite de l’Erdre par une levée tortueuse de 80m de longueur environ.

Mais ce pont était peu pratique et causait de nombreuses difficultés de circulation sur l’eau comme sur terre. Son ouverture et sa hauteur n’étaient pas suffisante pour permettre le passage de deux bateaux ou d’une embarcation trop chargée. De plus il créait un courant dangereux du fait du rétrécissement de la voie d’eau et le coude formé par la rivière à cet endroit empêchait une bonne visibilité, ce qui augmentait le risque de collision. Pour la circulation terrestre la chaussée posait problème par son étroitesse, son accès difficile. De fréquentes réparations étaient nécessaires pour maintenir le tablier en bois du pont en état de supporter les véhicules.

La reconstruction du pont apparait comme indispensable. A partir de 1859, le conseil municipal va prendre plusieurs délibérations qui vont dans ce sens. Ce n’est qu’avec la construction de la caserne situé place Waldeck-Rousseau qu’on décida de remplacer la chaussée devenue complètement inadapté à son nouvel environnement. En 1885 elle fut remplacée par le pont de la Motte-Rouge, d'abord nommé pont de Barbin.

Mais la chaussée perdura encore un peu bien qu’elle fut dans un très mauvais état et qu’elle risquait de s’effondrer. Elle fut fermée à la circulation par un arrêté municipal à partir du 15 septembre 1886 avant d’être démolie. Composée d’un enchevêtrement de grosses poutres de sept à huit mètres de longueur, la chaussée résista à sa destruction. Une partie des déblais servirent à édifier les rampes d’accès au pont de la Motte-Rouge.

Archives de Nantes - 2014