Les rosaces du tramway électrique

Article rédigé par Yves-Marie Rozé

 


Les rosaces sont des ancrages que l’on trouve scellées sur des façades d’immeubles. Ces pièces ont été installées pour tenir les haubans qui soutenaient les fils électriques des lignes alimentant les motrices du tramway électrique, de couleur jaunes (surnommées le « péril jaune »  à cause du danger qu’elles représentaient, en ce début du XXe siècle où la Chine commençait déjà à inquiéter les français sur le plan économique et politique). On peut les voir sur les parcours des lignes du tramway de l’époque, surtout dans les rues plus étroites. Dans les avenues larges d’autres supports étaient utilisés (voir ci-après)

Le Quartier Hauts-Pavés / Saint-Félix (Q4) a été traversé entre 1913 et 1958 par cinq tronçons de ligne électrifiée :
1 - Rue Paul Bellamy de la place du pont Morand au rond point de Rennes (deux lignes partant du Pont du Cens avec un terminus au Pont-Rousseau à Rezé et l’autre à la Gare d’Etat sur l’île Beaulieu. Ce fut la 1ère ligne électrifiée mise en service le 16 novembre1913 et aussi la dernière en service, le 25 janvier 1958, qui avait à l’époque son terminus à Saint-Joseph de Portric, aujourd’hui Haluchère)

2 - Rond-point de Rennes, Bd des Frères Goncourt, Bd Lauriol (ligne Rennes Ceinture – Morrhonnière)

3 - Quai de Versailles, boulevard Amiral Courbet, boulevard Michelet jusqu’au dépôt Morrhonnière (ligne Montcelet– Morrhonnière, et à partir des années 1950 du terminus Michelet jusqu’à la place Lechat)

4 - Rue du Marchix, place Viarme, et rue des Hauts-Pavés jusqu’au rond point de Vannes (deux lignes partant du terminus Longchamp aux terminus Sèvres = arrêt Sèvres route de Vertou du bus n° 30 et Lion d’Or = route de Clisson entre St-Jean et la Joliverie)

5 - Haut du boulevard Guist’Hau et rue Monselet jusqu’au terminus place Sarradin (ligne Montcelet – Morrhonnière)
Le dépôt de tous les tramways de Nantes, construit en 1913 dès le début de l’électrification, se trouvait à la Morrhonnière (il fut transformé en dépôt des autobus en 1958, puis celui des camions-poubelles et devrait accueillir les Archives Municipales).

La rosace est constituée d’une platine moulée en fonte fixée au mur, avec deux pattes qui par l’intermédiaire d’un axe, tiennent le tambour, isolé des platines par deux disques en bois. Le tambour s’orientait librement en fonction des forces des fils (il pouvait y avoir jusqu’à trois départ de fils par rosace dans des directions différentes).

Les haubans étaient solides, car sur certaines places ou ponts, la distance entre deux points d’ancrage pouvait atteindre 75 mètres (place du Cirque - pont de l’Hôtel de ville ou place Graslin), et la traction sur les fils pouvait être de l’ordre de 500 kg. Les fils étant normalement à 6,50 m du sol, les rosaces se situaient entre 7 mètres et 11 m au dessus du sol pour les grandes portées.

Pour les curieux, en levant le nez au niveau du 2ème étage de maisons un peu anciennes, vous pourrez découvrir : onze rosaces autour du dépôt de la Morrhonnière (6 sur le boulevard Michelet et 5 sur chemin de la Houssinère), neuf rosaces rue des Hauts-Pavés (n° 2, 6, 15, 45, 34, 47, 40, 42ter et 140), six rosaces rue Paul Bellamy (n°5, 6, 67, 75, et 217), une quai de Versailles (n°7), 3 bd Amiral Courbet (n° 3, 5 et 43), une rue du Marchix (n°11 sur une bâtisse du XVIIe siècle), et en encore 4 trous de rosace place Sarradin (n°6 donc une « trace de trace » du « péril jaune »).

Archives de Nantes - 2014