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     Historique des Archives > Historique des bâtiments et des fonds
             

Du coffre aux armoires (XVème - XVIème)

Des efforts d'organisation (1615 -1729)

Du désordre aux premiers archivistes (1730 - 1871)

Des combles de l'hôtel de ville
à la construction d'un bâtiment (1871-1900)

Des locaux neufs mais saturés après 60 ans (1900 - 1981)

Déménagement dans les anciens locaux
du Centre Communal d'Action Sociale,
mais des magasins vite saturés (1982 - 2003)

Sources

             
Du coffre aux armoires (XVème - XVIème)
      préserver les documents pour asseoir les privilèges de la ville
   
             

La trace la plus ancienne de la préoccupation de l'administration civile de la ville de Nantes pour ses archives est la mention, dans les comptes de 1436 du miseur du conseil des bourgeois, de l'achat de trois clefs pour le coffre renfermant les lettres et comptes de la ville. Constitué sous Jean V, par lettres ducales de 1410, renouvelées en 1420, le conseil des bourgeois s'est donc inquiété très tôt de la bonne conservation de ses archives. Tout au long des 15ème et 16ème siècles, celui-ci, puis la mairie, créée en 1560 par lettres patentes de François II, s'efforcent de protéger ces documents permettant avant tout d'asseoir les droits de la communauté vis à vis du pouvoir royal.

En 1466, sont acquis un coffre carré garni de fer blanc et des étuis du même métal pour abriter les sceaux. On note ensuite l'achat de deux armoires, d'une malle de cuir noir, puis en 1574, la confection de deux nouvelles armoires volumineuses, alors qu'en 1568, le coffre est doté de trois clefs conservées par le maire et deux personnes de confiance. D'autre part, les documents les plus importants font l'objet de copies pour les préserver et les communiquer en cas de nécessité administrative.


CC. 94. (Cahier.) — In-folio parchemin ; deux fascicules, l'un de 8 fos, contenant la recepte, l'autre de 18 fos, contenant la mise.
« Pierre Lebel, Pierre Bernart et Guillaume Fagot, 68s 9d, à Guillaume le Clerc, gaisnier, pour ung coffret carré, garny de fer blanc, a mettre les lettres des previlleges de la ville, 30 sous ; à Henry Lucas, claveurier, pour deux coupplez ung crampon, 5 sous ; à Pierre Quiolle, pour deux crapaux à fermer ledit coffret, 10 sous ; à Guillaume Renaut, pour trois rouartées de boais qu'il bailla durant qu'on fut à faire la visée des comptes de la ville, 15 sous,»

Ainsi, en 1460, le compte du miseur fait état, pour la première fois, de la confection du Livre des privilèges. A cette occasion, le procureur syndic de la ville est chargé de rechercher des documents qui n'ont pas été rapportés dans les coffres. Un autre cartulaire est mentionné dans le procès-verbal de la vérification des privilèges de la ville dressé en 1603 par le conseiller du roi en sa cour du Parlement. Seule une copie de ce cartulaire reste conservée actuellement aux Archives départementales de Loire-Atlantique.

Malgré tout, les archives font fréquemment l'objet de dégradations, de dispersions et de pertes. A maintes reprises la municipalité est contrainte d'intervenir pour faire réintégrer des documents. Ainsi, en 1517, un monitoire est pris contre les détenteurs de papiers et lettres de la ville, en 1566, la mairie demande à l'ancien procureur des bourgeois et à l'ancien maire de rapporter des lettres. De plus différents documents sont détenus par des particuliers pour des commodités administratives et les archives sont l'objet de déménagements pour vérification ou pour être réinstallées. Une destruction volontaire par les notables nantais nous prive également aujourd'hui de certains documents : à la venue d'Henri IV, en mars 1598, pour signer "l'édit de Nantes", la ville ligueuse brûle pièces et registres compromettants de cette période, notamment les registres de délibérations des années 1584-1586 et 1590-1596.

             
Des efforts d'organisation (1615 -1729)
      deux maires préoccupés des archives, Frémon du Bouffay et Mellier
 
             

Transférée dans l'hôtel de Derval, acquis en 1578, la mairie actuelle, après avoir été conservées dans la maison de ville, place du Change, les archives n'y sont pas pour autant à l'abri d'un désordre récurrent. Des efforts d'organisation se succèdent à partir de 1615. Le 9 juillet de cette année, le bureau de la municipalité décide d'exécuter l'inventaire des titres de la ville. Suite à sa rédaction, Guillaume Guillocheau, déjà contrôleur, est nommé garde des archives de la ville, le 2 juillet 1617. C'est la première fois que la mairie charge spécifiquement une personne de cette fonction. Il détient l'une des trois clefs des archives avec le maire et le procureur syndic et est responsable de la conservation et des prêts des documents. La charge de garde des chartes est supprimée par le bureau en 1691. Cette mission, peu rémunérée 30 livres par an alors que le concierge de la ville en gagne 90, ne semble pas motiver beaucoup ces titulaires comme le montre les témoignages répétés sur l'état déplorable du dépôt et le renouvellement des intentions de classement.

Toutefois certaines intentions se réalisent. Jacques Frémon du Bouffay, maire de 1679 à 1682, consacre les deux dernières années de sa fonction à l'élaboration d'un inventaire pour lequel les archives sont rangées dans vingt sacs. Ce manuscrit nous est parvenu sous la forme d'un grand volume in-folio de 149 feuillets dont la préface est un sonnet écrit par Le Noble qui commence ainsi : "Frémon, sans tes travaux, sans tes soins assidus, Qui te rendront fameux à nos races futures, Nantes verroit encor ses archives obscures Entasser de nos droits les titres confondus".

  Inventaire par Frémion du Bouffay, 1681-1682,                                                                                                                             couverture, sonnet (II185)

A partir de 1691, c'est le secrétaire-greffier qui, en plus de sa charge ordinaire, reçoit une partie des fonctions du contrôleur dont celle de garde des chartes. Ainsi Mathurin Lecourbe, ancien notaire royal, exerce cette fonction jusqu'en 1709. René Préau, garde des archives de la Chambre des Comptes, lui succède. Cependant, la situation des archives reste précaire, la conservation des documents est aléatoire. A plusieurs reprises, le bureau doit se rendre chez les héritiers d'anciens maires ou greffier pour récupérer des actes appartenant à la communauté.

Une période d'organisation suivie des archives commence avec l'installation, le 1er juillet 1720, de Gérard Mellier comme maire. Celui-ci entend, en premier lieu, faire confirmer par le roi les privilèges de la communauté ce qui nécessite une connaissance parfaite de ses titres et donc un classement rigoureux. L'exécution d'un inventaire "exact et raisonné" est confié à M.Triberge, garde des archives de la Chambre des Comptes de Bretagne. Dix-huit mois de travail lui sont nécessaires dans une organisation rigoureuse : les pièces qui lui sont délivrées sont précédemment mentionnées sur un récépissé, contrôlé et signé par le greffier et il doit travailler uniquement dans la salle des archives. Toutefois les plus de 20 000 pièces sont inventoriées sans qu'il soit possible "d'observer l'ordre chronologique ni mettre les matières de même nature ensemble" et empilées dans 53 sacs. Mellier maintient ensuite une politique continue de contrôle et d'amélioration de la conservation des archives. Des arrêtés sont pris pour y déposer les documents importants, qui sont conservées dans des armoires fermées par trois clefs détenues par le maire, le procureur syndic et le greffier, tout prêt est enregistré par le greffier, qui conserve la responsabilité des archives, et l'inventaire est remis à jour régulièrement.


             
Du désordre aux premiers archivistes (1730 - 1871)
      une situation chaotique jusqu’à la nomination de l’archiviste Etiennez
 
             

Mais après le décès de Mellier, le 28 décembre 1729, seules des mesures ponctuelles et insuffisantes sont prises. Ce qui aboutit au constat suivant du procureur syndic au bureau municipal, le 3 octobre 1772 : "les archives de la communauté sont dans la plus grande confusion, tous les titres et papiers qui en dépendent sont déposés sans ordre ni arrangement dans plusieurs armoires dispersées dans tous les appartements et presque toutes les chambres de l'hôtel de ville." La nomination, le 7 prairial an XI, du nouveau maire, qui accepte un logement à l'hôtel de ville, va encore aggraver cette situation. Les archives sont déménagées au plus vite des locaux destinés au maire et jetées pêle-mêle sous les combles et dans les greniers.

Répondant à un questionnaire du préfet sur les archives , en 1812, le maire écrit que les recherches faites dans le dépôt des archives de la commune par les différentes autorités dans les premières années de la Révolution ont causé un tel désordre que l'on ne peut préciser ni même donner par aperçu le nombres des liasses, cartons et portefeuilles des archives antérieures à 1789. Les registres de délibérations, de l'ancienne et de la nouvelle administration, sont eux conservés dans des armoires et les autres archives dans les divers bureaux.

Cette situation se prolonge jusqu'en 1816. Par arrêté du 28 janvier, Germain Faye est nommé archiviste, chargé du contentieux, et les documents épars sont réunis dans une petite pièce située à l'extrémité Ouest de la galerie du premier étage de l'hôtel de ville. Des travées et rayons y sont installés et sur la porte on peut bientôt lire le mot Archives. Faye se borne à classer les titres déjà inventoriés et annotés à différentes époques qui remplissent environ 150 cartons mais la plus grande quantité reste sur les étagères des bureaux, au fond de vieilles armoires ou dans les greniers. En 1820, 312 cartons remplis de pièces de l'administration de Gérard Mellier comme subdélégué de l'intendant et comme maire sont mis à jour à l'occasion de la démolition d'anciennes constructions sur la rue Saint-Léonard.

La démission de Faye, en 1823, laisse les archives à l'abandon, sans responsable, jusqu'à ce que Camille Mellinet, membre du conseil municipal, alerte celui-ci, le 21 août 1841, sur leur déplorable état et fasse inscrire au budget une somme de 600 F pour la rémunération d'un archiviste. Armand Le François est nommé conservateur des archives par arrêté du 3 mai 1842, puis Gatien O'Sullivan et Chevas lui succède de juillet 1847 à octobre 1848. Mais c'est surtout la nomination de Hippolyte Etiennez, le 13 octobre 1848, qui va apporter de grands changements dans l'organisation des archives.

Celui-ci, fils de l'ancien secrétaire en chef de la mairie, les centralise dans un appartement situé au second étage de l'aile Ouest de l'hôtel de ville. Jusqu'à son décès, le 3 juillet 1871, âgé de 59 ans, il opère le tri et le classement par ordre alphabétique de matières des documents contenus dans les 930 cartons qu'ils mentionnent dans son rapport en 1865.

  Inventaire manuscrit d'Hippolyte Etiennez, clos le 18 mai 1853 (II 194)

Cette même année, il est nommé historiographe de la ville, "chargé d'enregistrer et de retracer l'histoire de tout les faits, événements et circonstances susceptibles de se rapporter à l'intérêt local". En 1866 un afflux de papiers arrive aux Archives, suite à la décision du nouveau maire, Evariste Colombel, d'y faire verser les documents antérieurs à 1848 conservés dans les bureaux, sur proposition de Etiennez.

             
Des combles de l'hôtel de ville
à la construction d'un bâtiment (1871-1900)

      Stéphane La Nicollière-Teijeiro, 29 ans au service des archives et de la publication de l’inventaire des archives anciennes
     
             

Son remplaçant, Stéphane de La Nicollière-Teijeiro, prend ses fonctions le 10 juillet 1871. Il reçoit la responsabilité d'un service consistant en un bureau et trois salles d'archives sous les combles du bâtiment central de la mairie sur le jardin. Une de ses tâches principales sera, pour répondre à la circulaire ministérielle du 25 août 1857 qui impose le classement par séries méthodiques, de reprendre le classement de son prédécesseur. Il débute ainsi en 1872, l'inventaire des archives antérieures à 1789, qui se poursuivra jusqu'en 1948. Il s'attache pour cela à compléter les séries anciennes, en faisant rentrer, en 1878, la collection des registres paroissiaux conservés depuis la Révolution au service de l'état civil, en effectuant des copies ou en tentant d'acquérir les pièces intéressantes pour pallier les lacunes. Le premier tome de l'Inventaire sommaire des archives communales antérieures à 1789, qui en comprend quatre, parait en 1888, le deuxième en 1899. Les deux autres tomes, dont la table générale alphabétique, seront l'oeuvre de son successeur, René Blanchard, le tome 3 ayant à peine été commencé, et paraîtront en 1919 et 1948.

Page de titre de l'inventaire par La Nicollière-Teijeiro, 1888 (in 4° 37/1) 

La Nicollière consacre également du temps aux archives modernes. A son initiative le maire prescrit, par arrêté du 24 octobre 1874, le versement des dossiers et cartons des services de la période 1849-1860. En 1878, le trop-plein des bureaux conduit à étendre les versements aux documents de l'année 1870. L'inadaptation du dépôt devient alors encore plus évidente. La saturation est atteinte en 1881 et l'engorgement des locaux compromet la solidité des planchers. La Nicollière, soutenu par les inspecteurs des Archives, sollicite avec insistance dans ses rapports annuels un local vaste et indépendant, un dépôt d'archives plus digne de ce nom que celui que Paul Eudel décrit dans Figures nantaises : "le médiocre édifice d'architecture qui sert d'hôtel de ville à Nantes se termine du côté des jardins par une sorte de tour au sommet de laquelle on a installé les Archives municipales. Pour y accéder, une porte s'ouvre à gauche au fond de la galerie sur la cour d'honneur. Il faut alors gravir un escalier à vis, passer devant des chambres de débarras qui laissent s'engouffrer par leurs fenêtres mal jointes, un vent de tous les diables, et, tout en haut, après une véritable ascension, atteindre enfin le cabinet de l'archiviste."

   Plan non daté [1887] (1 M 9)

Malgré la décision de construction d'un bâtiment spécial, prise par la municipalité Normand, et le projet qui en fut dressé, rappelés par la Nicollière dans son rapport annuel de 1888 adressé au nouveau maire Guibourd de Luzinais, cet édifice ne voit le jour qu'en 1900. (Il ne reste de cette décision non datée qu'un plan, dressé le 13 octobre 1887, d'un projet de bâtiment, le long de la rue Garde-Dieu.)

La décision effective de construction de l'édifice destiné aux archives est finalement prise en 1898. Il s'agit alors du quatrième projet soumis au conseil. Le premier, approuvé le 1er avril 1895, consiste en un bâtiment réservé aux archives, à l'angle des rues Garde Dieu et Saint-Léonard, d'une surface de 400 m² pour un devis de 50 250, 30F. Les deux projets suivants, en 1897, approuvé le 3 février et rejeté le 4 octobre, en font un bâtiment annexe à l'hôtel de ville que les archives partagent avec des services qui encombrent l'immeuble de la rue du Moulin, justice de paix, tribunal de simple police, conseil de prud'hommes, ..., auquel s'ajoute un fourneau municipal alimentaire au sous-sol. Le risque d'incendie que fait courir cet établissement aux archives est évidemment dénoncé, mais c'est finalement l'acquisition récente de l'hôtel Chéguillaume, rue de Briord, qui fait abandonner ces projets coûteux.

La municipalité en revient donc, le 25 février 1898, au projet d'un bâtiment spécifique aux archives, sur l'emplacement des restes de l'église Saint-Léonard, à l'angle des rues Garde-Dieu et Saint-Léonard. Il est composé, au sous-sol, du logement du concierge avec entrée de service sur la rue Garde-Dieu, au rez-de-chaussée, d'un vestibule avec entrée principale sur le jardin de l'hôtel de ville, du cabinet de l'archiviste et de 3 salles de dépôt et, aux deux étages, d'autres salles de dépôt, pour une surface totale de 500 m², plus 100 m² de combles pour un coût évalué à 80 000F.

             
Des locaux neufs mais saturés après 60 ans (1900 - 1981)
      de René Blanchard à Etienne Ravilly, poursuite des travaux d’inventaire
      et nouvelle organisation du service

   

 
Extraits du plan du 5 février 1898, façades sur le jardin de l'Hôtel de Ville et sur la rue Saint-Léonard (1 M 9)

C'est le successeur de La Nicollière, décédé le 17 juin 1900 âgé de 76 ans, René Blanchard qui conduit le déménagement des archives, du 28 mai au 3 juillet 1901, dans ce qui reste à ce jour le seul bâtiment construit spécifiquement pour celles-ci par la ville de Nantes. Restructuré, il est aujourd'hui occupé par les services Communication externe et Telem.

René Blanchard, attaché en qualité de paléographe à la bibliothèque, est nommé conservateur des archives et historiographe de la ville, le 23 juin 1900. Il consacre une grande partie de son activité à la rédaction du 3ème tome de l'Inventaire sommaire , imprimé en 1919, et de la Table générale alphabétique qui paraîtra, en 1948, revue, corrigée et augmentée par son successeur, Giraud-Mangin, tout en effectuant le tri et le classement des archives modernes et des versements réguliers des services. En 1908, il voit le dépôt s'enrichir de trois fonds importants, les papiers de commerce et titres de famille des Dobrée et les archives des communes de Chantenay et Doulon, annexées cette année là.

Après sa mort, le 1er janvier 1920, un changement intervient dans l'organisation du service des Archives municipales Sur sa propre proposition, Marcel Giraud-Mangin, conservateur de la bibliothèque, et son adjoint Louis Grimault sont chargés du service, par arrêté du 31 janvier 1920, recevant à ce titre des indemnités annuelles de 2000 et 1800F. Cette situation de rattachement du service des Archives à la bibliothèque municipale ne cessera qu'après le classement du dépôt en 1ère catégorie par décision ministérielle du 25 avril 1975. A partir de 1922, des administratifs sont chargés d'aider les bibliothécaires-archivistes, d'assurer la conduite quotidienne du service, puis, au fur et à mesure du moindre temps consacré aux archives par le bibliothécaire, remplissent l'ensemble des fonctions d'archiviste. Etienne Ravilly, nommé en 1950 aux Archives, verra d'ailleurs son emploi de rédacteur principal transformé, par délibération du 19 mai 1969, en emploi d'archiviste de 2è catégorie.

A partir de 1920, les principales activités des archivistes consistent dans le tri et le classement dans les séries modernes des documents versés par les services et de ceux du XIXè siècle versés précédemment, l'établissement de répertoires et la poursuite de tables alphabétiques des registres paroissiaux. Il reçoivent un public de plus en plus nombreux et diversifiés, passant de 77 lecteurs pour 278 séances de travail par an, en 1936, à 329 pour 2818, en 1975. Ces nouveaux chercheurs sont principalement des généalogistes et, dans une moindre proportion, des étudiants.

Dès 1961, E. Ravilly signale dans son rapport annuel que le bâtiment n'est plus suffisant pour prévoir les versements futurs. A son départ en retraite, en 1981, le dépôt, complètement engorgé, ne s'est toujours pas vu attribuer de nouveau bâtiment.

       
Déménagement dans les anciens locaux du Centre Communal d'Action Sociale, mais des magasins vite saturés (1982 - 2003)
   

C'est son successeur, Christine Nougaret, qui pour son premier poste à la sortie de l'Ecole des Chartes, a la charge de procéder au relogement des archives. Un premier programme avait été lancé, en 1980, dans le cadre de la construction de la médiathèque, quai de la Fosse. S'il permet de rapprocher deux pôles culturels et prévoit d'assurer les conditions de conservation les meilleures aux archives anciennes, il comporte l'inconvénient d'obliger l'éclatement du service en deux sites éloignés l'un de l'autre, impliquant l'installation d'un autre dépôt pour les archives contemporaines, proche des services de la mairie.

Ce projet est abandonné par la nouvelle municipalité élue en mars 1983, lui substituant la solution du relogement de l'ensemble du dépôt dans les locaux libérés par le Centre communal d'action social, à l'angle des rues Garde Dieu et d'Enfer. Ces immeubles avaient été acquis par la ville, en 1908, pour ceux situés 8 rue Garde Dieu et 1 rue d'Enfer, et en 1909, pour celui occupé à l'époque par l'hôtel du Cheval Noir au 6 rue Garde Dieu, pour y transférer les services de la police et de l'octroi installés dans l'hôtel de ville. Ils furent ensuite cédés, en 1955, au Bureau d'aide social, pour 4 236 000 F, qui la même année reconstruisit l'immeuble sinistré faisant l'angle et aménagea celui existant rue d'Enfer, les dépenses des travaux étant couvertes par un emprunt et par l'indemnité représentative des dommages de guerre.

Les travaux de restructuration de l'ancien C.C.A.S. commencent en mai 1984 et comprennent l'aménagement, au rez-de-chaussée, d'un hall d'accueil, d'une salle de lecture, d'un bureau, d'une salle de tri et de deux magasins, l'un de 155 m² équipé en rayonnages mobiles et l'autre de 116 m² ; au 1er étage, de cinq bureaux et de deux magasins de 70 et 36 m² ; au deuxième étage, d'un magasin de 73 m² et de combles de 79 m², pour un coût total de 510 308 F dont 345 159 F pour l'installation des rayonnages.

Le service emménage dans ce nouveau dépôt du 9 janvier au 6 février 1985. Il est inauguré officiellement en présence du maire, Michel Chauty, le 12 avril. Les 3 000 mètres linéaires équipés sont alors occupés par 1 688 m d'archives. A cette date le personnel du service est constitué de 7 personnes, le conservateur, une sous-archiviste, deux agents principaux, un commis, un surveillant et une sténodactylo. Ce nouvel équipement va permettre aux Archives municipales de mieux remplir ses trois missions, la collecte des documents, leur traitement et conservation, et leur mise en valeur sous la direction de C. Nougaret jusqu’à son départ en septembre 1991 pour la Direction des Archives de France.
Lui succéderont Annie Denizart, de juillet 1992 à son départ en avril 2000 pour les Archives départementales de l’Hérault, et Véronique Guitton, depuis novembre 2000.

Jusqu’en 1996, durant les onze années écoulées depuis l'aménagement du nouveau bâtiment, il entre aux Archives en moyenne 200 mètres linéaires par an de nouveaux documents par versements des services municipaux. Le tri et le classement, notamment des archives modernes, de 1789 à 1940, sont facilités matériellement.
Mais le manque de personnel qualifié, seulement un conservateur et une assistante qualifiée de conservation du patrimoine, ancienne sous-archiviste, jusqu'en mars 1993, date de recrutement d'un deuxième assistant, ne permet pas de résorber rapidement le retard accumulé dans le traitement de ces archives, dont la plupart n'ont pu être répertoriées que succinctement jusqu'alors et dont une partie encore conséquente reste dans les services. Les archives centenaires de l'ancien bureau de l'hygiène, n'ont ainsi été versées qu'en 1993, sauvegardées de la destruction imminente de la station des Chambelles dans lesquelles elles étaient entreposées.

Toutefois la mise à disposition du public et la mise en valeur du patrimoine documentaire nantais s'améliore grâce à la publication d'un guide des Archives en 1991, d'inventaires et de catalogues de fonds d'archives (registres paroissiaux et d'état civil, cartes et plans des archives anciennes, cadastre et contributions, affiches administratives, affiches du théâtre, fonds de la commune annexée de Doulon), par l'édition de cartes postales et de posters à partir du fonds photographique original constitué dans l'entre deux-guerres sur plaques de verre, la réédition à l'identique du plan de la ville par Cacault de 1757, ou par la création d’un cédérom interactif autour des rapports illustrés des instituteurs pendant la première guerre mondiale.
L’accès aux documents est facilité par la constitution d’une base de données regroupant l’ensemble des descriptifs des documents d’archives ainsi que les sources complémentaires constituées par les ouvrages de la bibliothèque et des articles de la presse quotidienne et de périodiques. Cette base de données, réalisée avec le logiciel Avenio, est en constante accroissement et regroupe déjà une grande partie des versements contemporains, plusieurs séries modernes (1 M bâtiments municipaux, 1 O voirie et permis de construire, … et des fonds entrés par voie extraordinaire (commune annexée de Doulon, fonds des architectes Coutan et Digo, …).
La numérisation des plans des XVII ème et XVIII ème et d’une partie des plans du XIX ème et du XX ème siècles améliore également la consultation et la préservation de ces documents, souvent de grand format, en permettant leur visualisation sur écran en salle de lecture sur un poste spécifique.
Enfin, le site Internet des Archives donne accès à distance à de nombreuses informations sur le service et sur les fonds d’archives notamment leurs inventaires.

Les Archives municipales affirment également leur rôle culturel, notamment auprès d'un public plus large que celui les fréquentant habituellement, par l'organisation d'expositions liées à la commémoration d'évènements, centenaire de l'électricité à Nantes en 1991, bombardements de septembre 1943 en 1993, rénovation du groupe scolaire Longchamp en 1996, « Vert nantais-Histoire du mobilier urbain à Nantes du XVI ème au XXI ème siècle » à l’occasion du renouvellement du mobilier urbain de la ville en 2002 ou mettant en valeur le patrimoine de la ville, exposition de documents originaux des quatre villes du réseau des grandes villes de l'Ouest, Trésor d'archives, en 1995-1996. D'abord organisées dans le hall du dépôt, celui-ci ne comportant pas de salle d'exposition, elles sont depuis 1993 installées dans les lieux extérieurs.

       
Dans la Chapelle de l'Oratoire : "Trésors d'Archives" (1995), "Vert nantais : histoire du mobilier urbain de Nantes" (2002)

D'autre part, la création d'un service éducatif en 1989, animé par un professeur d'histoire et géographie et un agent du service, a permis l'organisation d'expositions et la publication de dossiers pédagogiques sur l'histoire de la ville. L'accueil de demi-classes (19 élèves maximum) est rendu possible depuis l’attribution aux Archives, en 2001, d’un local dans un bâtiment annexe, précédemment occupé par la bibliothèque de quartier.

La création d’un poste d’animatrice-médiatrice auprès des quartiers, en 1999, dans le cadre des emplois jeune, a permis de toucher de nouveaux publics. Plusieurs groupes d’habitants et associations de quartier, bénéficient ainsi d’une aide à la recherche aux Archives pour la constitution de l’histoire de leurs quartiers et d’une collaboration pour la diffusion du résultat de leurs recherches par la publication de brochure (ex : « Sans mémoire, pas d’avenir : de Chézine à Malville ») ou par le montage d’exposition (ex : « Vieux Malakoff : un quartier, des mémoires : du 11 au 22 septembre au Lieu unique »). Des collectes de témoignages et de documents ont également été mis en place dans ce cadre.

Par contre, la collecte des archives contemporaines de la ville est quasiment interrompue depuis 10 ans. En effet, malgré l' aménagement récent du bâtiment, le principal problème du service des Archives municipales reste la saturation de ses magasins. Sur les 2866 mètres linéaires équipés (soit 2554 m.l. d’étagères et 10 meubles à plans contenant au total 120 tiroirs) il n'était disponible, à la fin 2001, que 207 mètres. De plus de nombreux cartons à dessin sont, faute de place, empilés sur les meubles à plans, pour un contenu équivalent à 145 m.l.

Ainsi 100 ans après la première décision de construire un bâtiment spécifiquement destiné aux Archives, se pose à nouveau à la municipalité la question de la solution à trouver pour conserver le patrimoine documentaire nantais présent et à venir dans un lieu adapté et permettant au plus large public d'y avoir accès.

   
Sources  

Article publié dans les Annales de Nantes et du Pays nantais, n°262, 4ème trim. 1996,
par Jean-Jacques Hervouet, assistant qualifié de conservation du patrimoine revu et mis à jour en 2003.

Sources :


- La Nicollière-Teijeiro (Stéphane de), Inventaire sommaire des archives communales antérieures à 1790, Nantes, 1888.


- Nougaret (Christine), Stéphane de la Nicollière-Teijeiro archiviste-historiographe de la ville de Nantes (1824-1900); tiré à part de Charpiana, 1991.


- Sénéchal (Michèle), Histoire des archives municipales de Nantes des origines à 1730, Mulhouse, 1993, (mémoire de maîtrise), dactyl.


- Auffray (Isabelle), Histoire des archives municipales de Nantes au XIXe siècle,
Mulhouse, 1995, (mémoire de maîtrise), dactyl.


- Archives municipales de Nantes: archives et rapports annuels du service, procès-
verbaux des séances du conseil municipal, dossiers 1M 9, 1M 14.