---------- Ex machina ! ----------

Ce cyanotype ou «bleu» fait partie du fonds de la Manufacture des Tabacs, riche de plusieurs centaines de plans et relevés, dessins de machines, de salles d’ateliers … Nous y voyons ici, présentée à l’échelle réduite au ¼, une machine dite “à déchirer les cigarettes”.

Après de multiples rebondissements entre la ville de Nantes et l’administration des Douanes et des Contributions Indirectes, l’implantation à Nantes d’une Manufacture de Tabacs est confirmée par l’arrêté du 31 décembre 1857. Celle-ci prendra place sur un terrain - situé idéalement à proximité de la gare - acheté par la Ville et mis gratuitement à disposition de l’État. Cela permettra à la ville, lors de la fermeture du site en 1974, d’y réaliser une des premières réhabilitation d’un ensemble du patrimoine industriel.
Pendant les travaux de construction qui s’échelonnent de 1861 à 1866, un atelier provisoire a été installé quai Magellan dès avril 1857, et des ouvrières-monitrices de Bordeaux sont venues former les premières ouvrières nantaises.
C’est l’architecte nantais Joseph Chenantais qui est chargé de concevoir les dessins des bâtiments en suivant le plan-type national ; un plan en grille qui permet aux bâtiments d’être reliés par des galeries de service. Les ateliers bien individualisés sont donc faciles à surveiller, le travail devant se faire en silence par une main d’œuvre, en très grande majorité, jeune et féminine.

Longtemps essentiellement mâché ou prisé, le tabac est aussi fumé au moyen de pipes ou de cigares grâce au scaferlati (tabac haché) dont la production décolle à partir du début du 19ème siècle.
La cigarette tout comme le cigarillo sont des produits industriels, inventés et manufacturés à partir du milieu du 19ème siècle. Les petites cigarettes appelées Françaises voient en effet le jour en 1872, la manufacture nantaise en produisant dès octobre 1872. L’ensemble de la confection de cigares, cigarillos et du scaferlati (tabac haché) est réalisé à la main, la mécanisation de certaines procédures faisant l’objet d’expérimentation dans les différentes manufactures.
Aussi au tournant du 20e siècle, les constructeurs américains mettent au point de nouvelles machines dites à enveloppement. La technique de l’enveloppement repose sur l’enroulement de papier autour d’un boudin continu de tabac et sur le découpage de ce boudin en cigarettes. La machine à déchirer les cigarettes, dont le dessin est daté de 1889, devait permettre d’obtenir des cigarettes aux longueurs calibrées ; elle est donc certainement à associer aux essais sur cette mécanisation des procédés...

FRAC44109_35Z8_101 / Machine à déchirer les cigarettes, 26 novembre 1889 ; plan, coupe, élévation, vue de face 53,5 x 73 cm


Archives de Nantes - 2021