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Historique de la Société Académique
                     
 

Avec plus de deux siècles d’existence, la Société Académique reste la plus vieille société d’histoire du département. Depuis 1798, elle a traversé l’histoire soit comme spectatrice, soit comme actrice, s’impliquant fortement dans la vie civile de la commune.

     
Status de 1798, téléchargeables au format PDF (7 Mo)
           
Loin d’être un long fleuve tranquille, son parcours suit le rythme des événements et des institutions politiques. De par sa longévité, la Société Académique devient elle-même un témoin de son époque. Depuis sa création, sociétaires et historiens ont pris la plume pour expliquer son cheminement. L’un des articles les plus complets revient certainement à Henri-Pierre Leveau. En février 1955, il rédige un historique dans un article intitulé : « La Société Académique de Nantes, grande et noble dame de 157 ans ». Nous vous proposons d’en redécouvrir le contenu agrémenté d’illustrations ou d’informations complémentaires.
C’est le 18 août 1798 que quelques citoyens se réunirent au nombre de 31 pour jeter les bases de l’Institut départemental des Sciences et des Arts. Initiative heureuse qui reçut des administrations départementales et communale le meilleur accueil, les séances se tenaient à l’amphithéâtre Saint-Côme de l’École de Chirurgie, rue Saint-Léonard.
En 1799, le bureau définitif fut formé sous la présidence de M. de Gay, ingénieur de la marine, Guillaume-François Laennec, vice-président et pour trésorier Blanchard de la Musse.
Les membres étaient déjà au nombre de 60 et se répartissaient en trois classes : sciences, mathématiques et physique, sciences morales et politiques, littérature et beaux arts, dont les secrétaires étaient respectivement Athénas, Huet de Coetlisan et Renou.
En 1802, la Société par ordre supérieur dut renoncer à son nom et prendre celui de Société des Sciences et des Arts du département de la Loire-Inférieure.
Puis en 1814 à l’instigation du Duc d’Angoulême pour récompenser la Société de son action bienfaisante, les membres reçurent la décoration du Lys, mais sous la deuxième Restauration tenant pour hostiles certains de ses membres, la Société fut dissoute le 1er février 1815 sous le fallacieux prétexte qu’elle n’était pas régulièrement constituée. Le Préfet tenta de la reconstituer et le 19 juillet 1817 le Ministère approuva un projet portant création de deux nouvelles sociétés, l’une littéraire, l’autre agricole et commerciale. Le Président Freteau opposa un refus formel à ce que l’autorité supérieure arrêtât la première liste des membres.
Enfin après de nombreux pourparlers le 28 janvier 1819 eut lieu la séance d’inauguration de la nouvelle société qui prit le titre de Société Académique de la Loire-Inférieure. Le 21 février de la même année la première séance se tint dans un appartement de la maison de Villestreux, 51 membres y assistèrent. La Société, à cette époque, chercha à étendre son action sollicitant l’adhésion de savants étrangers et de membres correspondants dans nos divers départements, puis elle s’intéressa à tous les éléments de l’activité intellectuelle, la poésie fut cultivée avec entrain, Élisa Mercoeur, pour son entrée dans la Société, écrivit « L’Enfant », une de ses œuvres les plus admirées. La philosophie fut largement traitée par Richer. Blanchard de la musse se fit le biographe de Graslin, Huet dresa des statistiques. L’œuvre de la Société ne s’arrêta pas là, les arts furent aussi l’objet de tous ses soins et les succès de ses peintres : Châteaubourg, Duboueix, Ducarrey, Sablet ; de ses sculpteurs Debay, Bertrand ; de ses graveurs Cholet, Chateignier ; de ses musiciens Benoît, Rebeyrol et Bleu ne se comptaient plus. Ses archéologues Richard, Fournier, Athénas, Le Boyer et Le Cadre, ses explorateurs tel Cailliaud, ses naturalistes et ses géologues comme Dubuisson, fondateur de notre Muséum qui avec Athénas découvrirent le filon d’étain de Piriac, apportèrent à l’édifice commun le fruit de leurs travaux. L’agriculture trouva aussi parmi les membres de valeureux supporters, Hersart du Buron, Bobineau de Bougon et Rieffel, qui fondèrent une section agricole sous la présidence de Grelier.
   
 
1830 voit la Société Académique prendre place parmi les corps constitués dans les cortèges officiels et le Gouvernement l’autorisa à se dire Société Royale. Dès 1831, la Société publia des annales qui donnèrent grande allure à son action lui conquérant l’opinion et provoquant de nombreuses adhésions. Elle forma dans son sein un cercle d’anciens élèves de l’École Polytechnique, un cercle médical qui, à l’époque, ne comptait pas moins de 44 membres, puis la Société linéenne à la demande de Bertrand Geslin, ainsi que la Société Industrielle dont le promoteur fut le président Mellinet Camille.
Toutes ces activités donnèrent à la Société un relief chaque jour grandissant.
En 1851, la Société vécut des heures troublées, Laennec recteur de l’Académie se présenta aux suffrages de la Société, le Comité central accueillit assez bien sa candidature, mais devant l’Assemblée générale le recteur n’obtint pas le nombre de voix fixé par les statuts, le public s’empara de l’incident et les journaux, de toutes nuances, le commentèrent sans ménagement. Le Gouvernement manifesta son mécontentement et le Ministre refusa la demande de livres et d’allocation présentée par la Société ; l’incident fut vite clos et dès 1854 la Société reçut du Ministère une aide qui vint se joindre aux subventions accordées par le Conseil général et le Conseil municipal.
La guerre de 1870 et le changement de régime n’apportèrent aucun trouble à la marche de la Société qui reçut de l’administration des marques d’estime et de haute considération ; en 1877 elle fut, en effet, déclarée d’utilité publique.

 
Notre Société, sous l’action du Président Louis Linyer, donna naissance à la Société de Géographie, à la Société d’Horticulture et vers 1891 à la Société des Sciences Naturelles de l’Ouest.
En 1894, elle inaugura les conférences publiques qui réunirent dans les salles de la Société des Beaux Arts un public nombreux.
Puis le siècle se termina par les fêtes du centenaire, présidées par M. Hanotaux, membre de l’Académie Française et ancien Ministre (voir le discours prononcé). Elles se déroulèrent le 15 janvier 1899 au théâtre Graslin. A l’entrée des personnalités la musique de notre vaillant 65è Régiment d’Infanterie joua la « Marseillaise » et l’hymne russe ; de nombreux discours furent prononcés et le soir un banquet de soixante couverts réunissait, dans les salons de Gault, de la rue Arsène-Leloup, les membres de la Société et leurs invités où un menu des plus soignés leur fut servi mettant en relief les qualités gastronomiques de notre région.
Nous voici donc au XXè siècle qui nous apporta deux guerres, ces fléaux de l’humanité. Lors de la dernière, l’occupation porta à notre Société un coup terrible, mais à l’exemple de notre Pays qui ne voulut pas mourir, notre Société survécut grâce à quelques membres qui formèrent le dernier carré. Qu’ils reçoivent ici l’expression de notre admiration et nos sincères félicitations.
Les paroles que le Docteur Sourdille prononçait aux fêtes du Centenaire ont aujourd’hui, comme hier, toute leur valeur : « A l’époque troublée où nous vivons, disait-il, il est bon, loin des bruits de la foule, loin des discussions enfiévrées, de se réunir, comme nous, pour jouir en paix des choses de l’esprit. Dans cette intimité toute spirituelle, faite de la mise en commun de nos travaux et de notre même aspiration vers tout ce qui est noble et grand, l’intelligence trouve un aliment précieux, le cœur un apaisement salutaire.
C’est là, Messieurs, vous le savez, un des charmes les plus certains de notre Société, une des secrètes raisons de cette admirable vitalité à laquelle elle doit, malgré toutes les vicissitudes de ce siècle, de doubler aujourd’hui le cap de la centaine. C’est aussi l’explication d’un heureux privilège dont notre Société doit être fière, car tandis que pour les hommes vieillir c’est diminuer, pour elle vieillir c’est prospérer, c’est progresser, c’est grandir ».
Paroles justes et clairvoyantes puisque si notre Société, à la suite de ces épreuves et des ans qui s’enfuient, a vieilli, elle a continué à prospérer, de progresser et de grandir. Composée de douze membres à la libération, aujourd’hui elle atteint le chiffre de 230 sociétaires.
Ceci vous montrera toute la vitalité de la Société Académique et vous indiquera que même à l’époque de la pratique des sports et de la vie au grand air, il est encore des humains auxquels les arts et les lettres apportent à l’esprit et au cœur les joies les plus vives et les satisfactions les plus complètes.
       
     
 
Notre Société a repris le cycle de ses conférences qui groupent en notre Hôtel de Ville un auditoire choisi. La publication de ses Annales sous une forme nouvelle reçoit près de nos concitoyens l’accueil le plus agréable. Sous ses auspices, quelques-uns de nos sociétaires ont publié l’an dernier : « Les contes de Noël » et cette année : « Nantes de jadis à nos jours ».
Mais nous voudrions également intéresser la jeunesse aux travaux de la pensée et, pour cela, reprendre les concours littéraires suivis de distribution de récompenses, malheureusement des questions matérielles nous en empêchent, momentanément nous l’espérons, car nous formons le vœu que les grandes collectivités qui aident si généreusement les sociétés s’occupant du développement physique, se pencheront, dans l’avenir, avec la même sollicitude, sur celles qui, comme notre Société, se sont données pour mission de développer la spiritualité participant ainsi à l’épanouissement culturel de la capitale de l’Ouest, Nantes, notre ville !

H. Leveau