Aussitôt le premier envol effectué par les Frères Montgolfier le 4 juin 1783, la France, devançant le reste du monde, connut une vague d’émulation aérostatique sans précédent. Aujourd’hui on ignore encore souvent que Nantes fut l’une des villes pionnières en matière d’aérostation. Pourtant, à la plus grande joie de sa population, la ville eut l’honneur de bénéficier de la venue de nombreux aéronautes plus célèbres les uns que les autres, ce qui permit aux nantais d’assister à de nombreuses fêtes aérostatiques et autres évènements sportifs ou scientifiques, auxquels ballons et montgolfières prirent part tout au long des deux siècles qui suivirent cette prodigieuse invention.

Le désir de conquérir les airs a depuis longtemps fasciné et obnubilé les hommes, qui ont toujours souhaité connaître et maîtriser les lois de la navigabilité aérienne. Après de nombreuses expériences, et de nombreuses recherches, ils ont su peu à peu contrôler cet élément, en inventant tour à tour, des ballons à air chaud, appelés montgolfières, puis des dirigeables et enfin des aérostats à hydrogène. C’est ainsi que l’aérostation, lors de son apparition à la fin du XVIIIe siècle, a véritablement révolutionné le monde, en créant par sa conquête de l’air, un phénomène d’une ampleur considérable. Pour y parvenir, elle utilisa alors, une nouvelle technique lui permettant de se mouvoir au sein de l’atmosphère terrestre, grâce à un appareil dont la principale particularité était d’être plus léger que l’air.


L’aérostation serait née de la main d’un inventeur et prêtre brésilien du nom de Bartholomeu Lorenzo de Gusmão, en 1709. Il aurait paraît-il, réussi à faire décoller son ballon rempli d’air chaud, à 4 mètres de hauteur. 21 novembre 1783Mais c’est véritablement l’envol à proprement parler des Frères Montgolfier, qui reste le point de départ de la grande histoire des aérostats. En effet, ceux-ci ont exécuté le 4 juin 1783, la fameuse ascension de la première montgolfière, créant un évènement sans précédent à l’époque, et suscitant par la suite une émulation incroyable, qui se poursuivit tout au long du XIXe siècle, et qui continua au XXe siècle.
Ce premier envol d’un ballon captif, gonflé à l’air chaud, et ne comptant aucune personne à son bord, est tout de même monté à près de 1000 mètres de hauteur. Avant ce tout premier envol, les Frères Montgolfier avaient préalablement effectué plusieurs essais, dont celui du 14 décembre 1782 avec une petite sphère de 3 mètres cube, suivi quelques mois plus tard, soit le 25 avril 1783, par le lâcher d’un ballon de 800 mètres cube qui s’était élevé à 400 mètres de hauteur.

Ce premier vol historique du 4 juin 1783 fut suivi par de nombreuses autres expériences, notamment celle du 1er décembre 1783, quand le premier ballon à gaz prit son envol, piloté par Nicolas Robert et Jacques Charles ; c’est ce dernier qui a pratiquement inventé tout le matériel aérostatique indispensable, encore utilisé aujourd’hui, tel que le filet, la soupape, l’appendice, le lest, ou encore le fameux baromètre permettant de suivre les déplacements du ballon.


A cette époque, les premières expériences aérostatiques eurent une répercussion incroyable sur l’opinion publique. L’idée de pouvoir se déplacer dans les airs représentait un acte des plus prodigieux, il s’agissait d’une véritable révolution, époustouflant alors la population. Celle-ci, attirée par une forte curiosité, assistait inlassablement aux ascensions de plus en plus présentes tout au long du XIXe siècle ; l’envol d’un ballon représentant alors un évènement à la fois inouï et particulièrement attrayant.
Les maires, comme celui de Nantes, enregistrèrent alors de plus de plus de demandes de projets d’ascensions, celles-ci devenant une véritable mode, au point que les ballons ou montgolfières furent même utilisés en tant que décoration sur toutes sortes d’objets, l’aérostation devenant alors un vrai phénomène d’une ampleur jusque-là jamais atteinte ; on la retrouvait aussi bien sur des horloges, luminaires, miroirs, boîtes à bijoux, gravures, chaises, poignées de porte, papiers peints, éventails, assiettes ou encore des jeux de sociétés. Cette « frénésie aérostatique » commença dès 1783 et se poursuivit avec la même passion jusque dans les années 1890, touchant d’abord la France, puis l’étranger.

Les grandes villes ne songèrent plus après l’expérience des Frères Montgolfiers, à réaliser une fête sans y mettre au programme une ascension, celle-ci garantissant à coup sûr un succès incontestable auprès du public.

1er vol humain, 1783

Avec l’engouement grandissant pour ce nouveau mode de transport, les avancées techniques ne se sont pas fait attendre, comme par exemple l’air chaud qui a vite été remplacé par du gaz hydrogène, lequel n’était pas sans danger pour les courageux aéronautes. Ce nom, donné aux pilotes dirigeant ces fameux ballons, n’est pas à confondre avec celui d’ « aérostier » qui correspond plutôt quant à lui, aux pilotes et membres de l’équipage de ballons militaires.

Versailles fut le témoin privilégié du premier transport d’êtres vivants, à savoir un coq, un mouton et un canard, le 19 septembre 1783, soit un mois avant que ne soit réalisé la première ascension humaine. Le 21 septembre 1783 en effet, le physicien Jean-François Pilâtre de Roziers et le marquis François d’Arlandes furent les toutes premières personnes à s’élever dans les airs au-dessus de Paris à bord d’une montgolfière. Il fallut attendre le 7 janvier 1785 pour que la Manche soit traversée pour la première fois par un ballon gonflé à l’hydrogène, soit quelques mois avant le premier accident aéronautique, le 15 juin, lorsque le même Pilâtre de Roziers, tenant également à traverser la Manche, mais dans le sens contraire des vents, se tua à bord d’un ballon mixte (contenant à la fois de l’air chaud et du gaz) qui s’enflamma ; cette tragédie eut alors pour conséquence de freiner pendant un temps l’utilisation d’aérostats.


Les premiers aérostiers, des militaires donc, montèrent quant à eux à bord d’un ballon captif (retenu au sol) dès 1794, dans une perspective non pas festive ou scientifique comme pour les aéronautes, mais avec un objectif clairement stratégique, voulant collecter des renseignements sur les ennemis. Il faut d’ailleurs souligner l’utilisation déterminante des aérostats lors du siège de Paris de 1870 à 1871, où pas moins d’une soixantaine de ballons quittèrent la capitale, transportant avec eux le courrier des parisiens, et rendant alors possible la communication avec l’extérieur de la capitale. Alors qu’auparavant, l’aérostation n’était réservée qu’à un petit groupe de fervents utilisateurs, favorisés par leurs privilèges sociaux, cet évènement contribua alors à apporter une popularité sans précédent et généralisée à l’aérostation, faisant alors de la période de 1870-1895, l’apogée de ce moyen de transport. Il s’agit d’une période charnière dans l’histoire de l’aéronautique, car elle permettra à la population comme aux autorités, de considérer cet appareil sous un angle tout à fait différent, leur faisant prendre conscience de l’utilité que pouvait procurer la maîtrise des airs. Alors revenu au goût du jour, l’aérostat devint à nouveau un sujet d’étude et de curiosité aux yeux des scientifiques, ce qui eut pour effet de lui apporter des innovations techniques non négligeables.


De tout temps, le public a éprouvé une véritable fascination pour les ballons ; ceux-ci symbolisent l’idée de la fête, mais représentent surtout un sentiment de liberté totale. Qui n’a pas rêvé un jour de pouvoir voler, et d’observer allégrement les panoramas environnants ? Les ballons procurent justement cette impression, et contribuent à réaliser en partie ce désir universel. Ils permettent de se situer en dehors du temps, et de donner l’impression de s’approcher au plus près du ciel et des éléments que l’on ne peut habituellement ni approcher, ni maîtriser. C’est en cela que le ballon possède une dimension magique, voire même fantasmatique, comme l’a si bien illustré Jules Verne dans son livre Cinq semaines en ballon. Sa forme arrondie, douce mais imposante, décorée de multiples couleurs chatoyantes, flottant dans les airs, procure inévitablement un sentiment de joie et provoque sans qu’on ne puisse l’expliquer la liesse générale. Même s’ils ont été construits dans l’idée de partir à la conquête des airs, et s’ils bénéficient de capacités et d’avantages considérables pour réaliser des études scientifiques, ou pour aider lors de manoeuvres militaires, les différents ballons, que se soient des dirigeables ou bien des montgolfières, ont été très fréquemment employés lors de fêtes nationales, ou encore lors d’évènements sportifs, subjuguant à chaque fois les foules. Face à l’engouement grandissant du public, les chercheurs ont redoublé d’ardeur, afin de trouver diverses solutions capables de résoudre le problème de la navigation aérienne ; ainsi, ce sont créées petit à petit de nombreuses sociétés aéronautiques, ayant pour but de venir en aide à la science, afin de rendre service à leur pays comme le montre le discours tenu en séance publique le 8 octobre 1890 à L’École Normale d’Aérostation, dont le but patriotique est clairement revendiqué, afin que l’aéronautique serve à des fins utilitaires.


Sans nier sa très grande utilité pour aider au développement des avancées techniques, il est bien évident que l’aérostat a pour principale vocation de faire rêver. C’est pourquoi cette énorme masse multicolore, survolant une ville, a toujours suscité un fort engouement, aussi bien pour les passagers aériens, que pour les spectateurs restés au sol, comme le prouve justement la riche histoire aérostatique nantais.

 

SOURCES

 

SERIE POLICE : REGISTRE DE POLICE

> I1C48D1 GENERALITES (1870-19..)

> I1C48D2 ASCENSION DE Mme BLANCHARD, 21 septembre 1817

Lettre du 13 septembre 1817 : accord de Durand-Gasselin pour se servir du Chantier de Crucy
Lettre du 19 septembre 1817 : règlement de police
Bordereau de dépenses et de recettes du 20 septembre 1817 

> I1C48D3 FETES AEOSTATIQUES (correspondances, devis-gravures) 1800-1899

> I1C48D4

> I1C48D5 FETES AESROSTATIQUES 1900-1910

> I1C48D8

* I1C48D9 LES DIRIGEABLES (livre : conférence sur les ballons dirigeables et l’aviation)

 

PRESSE

> Journal Courrier de Nantes

> Journal L’Echo de la Loire

> Journal Le Breton

> Journal Le Phare

> Journal Le Petit Phare

> Journal Le Phare de la Loire

> Journal Le Populaire

> Journal de Nantes et de la Loire Inférieure

> Journal National de l’Ouest

> Journal Ouest-Eclair

> Journal Ouest-France

> Journal Presse Océan

VIe CHAMPIONNAT DU MONDE DE MONTGOLFIERES DE 1983

 

AUTRES

 

 

IMAGES

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LIVRES

BG br 354
CHAPELAIN-NOUGARET Christine, «  Notes chronologiques sur le début de l’aérostation à Nantes, de 1783 à 1820 », Bulletin de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique Tome 119, Nantes, 1983, p.117-121.

BG br 939
CHAPALAIN-NOUGARET Christine, « Les débuts de l’aérostation à Nantes 1783-1784 », Mémoire de la société d’Histoire et d’archéologie de Bretagne, Tome LXI, Nantes, 1984, p.165-191.

BG br 993
Quand Nantes s’envole, les cartographies du pays nantais, éditions Pierre ARTAUD et Cie, et de l’Aérospatiale de Nantes, Nantes, 1984.

BG in 4° 452
LAUX Frédéric (archivistes paléographe), sous la direction de MIGUET Vivienne (conservateur en chef du Patrimoine), L’AVENTURE DU CIEL deux siècles d’aéronautique en Loire-Atlantique 1783-1999, Nantes, 1998, p.27 à 40

BG in 8° 660
DHOMBRES Jean, « Les Lumières de la Révolution : savants et ingénieurs à Nantes », Nantes dans l’Histoire de la France, Nantes-Histoire, Ouest Editions, Nantes, 1991, p.103-113

BGin8°1046
LE ROY Thierry, Les Bretons et l’aéronautique des origines à 1939, Les PUR (presses universitaires de Rennes), Rennes, 2002.

2BA br 69
LACHAMBRE Abel et Henri, Les ballons captifs, Notice descriptive, Paris, 1888

GASTINE Louis, l’ABC de l’aviation, Albin Michel éditeur, Paris, 1911, 11 p.

© Adeline BIGUET / Archives municipales de Nantes - 2010