LES ANECDOTES AÉROSTATIQUES


| Les manifestations aérostatiques de 1783 à 1819
| La fête de Charité de 1856
| L'exposition de 1861
| L'envol du ballon "L'Union"
| L'ascension du 14 juillet 1902
| L'ascension du nantais Edmond David
| Le voyage du "Cabri" en 1914
| L'ascension du 6 avril 1930

> Les manifestations aérostatiques de 1783 à 1819


Il est étonnant de constater en dépouillant les trop rares archives portant sur ce phénomène aérostatique, le nombre d’expériences qui eurent lieu à Nantes et dans ses environs. Bien plus que de simples anecdotes, elles montrent véritablement tout l’intérêt et l’attachement qui s’est établi entre cette ville et ce nouveau moyen de transport. C’est d’ailleurs pourquoi, on peut recenser dès les toutes premières années de l’aérostation, quand il ne s’agissait encore à l’époque que de simples tentatives destinées à mieux contrôler ces nouveaux appareils, pas moins d’une trentaine d’expériences aérostatiques, s’échelonnant du fameux 24 décembre 1783 au 21 septembre 1817. Elles n’ont pas toutes été effectuées dans les mêmes conditions, ni avec les mêmes objectifs, mais elles sont la preuve même du temps et de l’argent investis par les nantais, montrant ainsi un lien particulier entre cette région et ce nouvel objet de curiosité. Cependant, en parallèle à cet enthousiasme grandissant, l’aérostation a suscité aussi des polémiques. En effet, on reproche à l’époque la trop grande hâte des chercheurs à tenter d’obtenir des connaissances en peu de temps afin de faire des découvertes révolutionnaires, comme le déplore les Affiches générales de Bretagne dans les années 1783 et 1784 : «[…] nos physiciens tentent d’arriver en six mois à des connaissances qui ne peuvent être que le fruit du temps et d’un grand nombre d’expériences successivement et sagement faites et combinées… ». Toutefois, l’intérêt et l’admiration pour les différents ballons, restent quant à eux, intacts.


Parmi les expériences aérostatiques à visée scientifique, hormis les célèbres envols du Suffren et les différents lâchers de petits ballons les précédent, on peut évoquer le lâcher public d’un aérostat le 13 mai 1784, effectué par l’Aligant de Morillon. Ce ballon à hydrogène en taffetas vernis, de forme sphérique de 112 pieds cubiques, prit son envol depuis la cour du Château des Ducs sous l’acclamation de la foule, émerveillée d’assister à la première démonstration publique d’aérostation nantaise. Avant qu’on ne puisse mesurer la force ascensionnelle, le petit ballon s’élança dans les airs, suite à un geste malencontreux qui coupa son attache le maintenant au sol. Après un voyage de 2 heures et 37 minutes, l’aérostat finit par tomber dans le lac de Grandlieu. Après les trois ascensions humaines réussies au début de l’année 1784, il a été demandé à Pierre Lévêque, professeur d’hydrographie et mathématicien, de construire un aérostat capable de transporter deux hommes à son bord. Il s’agit d’un véritable challenge pour ce savant, qui voit alors là l’occasion de faire progresser la science. Cependant, son projet rencontra de nombreuses difficultés. En effet, afin de le mener à bien, il dut lancer une souscription pour pouvoir bénéficier des ressources financières nécessaires ; malheureusement, il dut subir au même moment la concurrence d’un autre projet mené par Coustard de Massy, lui-aussi soumettant une souscription au public pour aider à la construction d’un aérostat par le Père Mouchet ; celui-ci bénéficiant d’une forte popularité en raison du succès rencontré lors de son ascension en décembre, faisait inévitablement de l’ombre à Lévêque, lequel dut se résoudre à contrecoeur à s’associer au Père Mouchet, l’entente entre les deux hommes fut relativement mauvaise, chacun souhaitant se mettre en avant au détriment de l’autre, amenant alors l’opinion publique à choisir son camp. Par ailleurs, chacun affichait un objectif clairement différent lors de ces expériences, avec pour le Père Mouchet l’idée de prendre part aux envols, tandis que Lévêque, en véritable scientifique, souhaitait profiter de ses ascensions pour faire des découvertes comme le prouve bien le matériel qu’il transportait à bord des aérostats, comportant entre autres des thermomètres et autres hygromètres. Il déclara même à l’époque que « l’utilité des aérostats se bornerait à perfectionner cette partie de la physique, leur invention n’en serait pas moins précieuse aux yeux des savants ». D’autre part, comme pour toute ascension, cette expérience se révélait particulièrement onéreuse, c’est pourquoi Lévêque et le Père Mouchet décidèrent de lancer dès le 2 janvier 1784 une souscription commune pour récolter l’argent nécessaire. Celle-ci ne rencontra aucun succès, d’une part en raison du montant jugé trop excessif qui s’élevait à environ douze livres, et d’autre part, en raison de la non nécessité pour le public de payer son billet d’entrée puisqu’il pouvait observer l’ascension depuis n’importe quel lieu dans la ville. 1784 fut une année riche en expériences aérostatiques pour la France, qui connut environ une vingtaine d’ascensions libres (contre seulement trois pour la Grande-Bretagne), dont deux transportant des passagers, rien qu’à Nantes, montrant ainsi l’intérêt que cette ville portait à ce nouveau phénomène. Une autre expérience scientifique se serait peut-être déroulée au début de l’année 1791, mettant en scène le futur duc d’Otrante et ministre de la Police, Joseph Fouché. Il aurait, selon ses biographes et l’historien Hanel, réalisé une ascension particulièrement mémorable à Nantes. Cependant, aucune source ne permet de vérifier cette information, et l’intéressé lui-même n’en a jamais parlé….


Nantes a également connu son lot d’exhibitions spectaculaires, cette fois-ci confirmées par des sources fiables. Un aéronaute, tout particulièrement célèbre à l’époque, Jean-Pierre Blanchard, fit plusieurs ascensions destinées non pas à faire progresser la recherche mais bien à divertir le public afin d’en tirer des bénéfices financiers non négligeables. Du 14 au 17 janvier 1800, il effectua diverses attractions aérostatiques dans la cathédrale Saint Pierre, où il fit d’abord élever un petit ballon captif rempli de gaz, avant de faire lâcher depuis le haut de la voûte, un ballon contenant un petit animal. Ses manifestations allèrent même jusqu’à imiter la mort du célèbre aéronaute Pilâtre de Roziers qui révolutionna l’aérostation, en appliquant une décharge électrique à ses ballons afin de les faire brutalement tomber. En raison de sa forte popularité auprès du public nantais, il aurait ensuite aidé un dénommé Maison à réaliser des sauts en parachutes depuis un ballon à partir de la cour de l’hospice civil, les 23 et 30 mars de la même année. Un autre aéronaute comprit le fort engouement du public pour ce genre de manifestations, c’est pourquoi il décida de proposer à son tour un programme aérostatique particulièrement alléchant, qui enthousiasma vivement la foule, venue en nombre ce jour-là. En réalité, le dénommé Marceau ne pu faire élever qu’un ballon qui s’enflamma, alors qu’il avait pourtant prévu d’exécuter un spectacle mettant en scène un lâcher simultané de cinq ballons se détachant à une certaine altitude donnée, suivi du vol d’un aérostat qui laisserait tomber suite à son explosion, un mannequin féminin relié à un parachute, le vol d’un ballon captif transparent, un autre ballon se transformant en parachute, le tout clôturé par un feu d’artifices. Au mois de juin 1812, le public nantais fut le spectateur des divers malheurs de l’aéronaute Fondard. Ce dernier, qui avait pourtant réussi toute une série d’ascensions de ballons miniatures les 16 et 18 octobre 1807, suivies de plusieurs expériences de physique les 24, 26 et 27 mai 1812, avait prévu d’offrir à la ville différentes expériences aérostatiques. Etant de plus en plus en vogue, l’évènement aérostatique, situé dans les chantiers de Crucy, attira la foule ce 18 juin 1812, mais celle-ci ne put assister en réalité qu’à un seul des vols prévus, en raison d’un vent particulièrement fort, qui empêcha également la descente en parachute de Mme Fondard. Afin de dédommager le public, l’aéronaute souhaita réitérer l’expérience le 23 juin suivant, mais jouant de malchance encore une fois, il assista impuissant à la combustion de deux de ses ballons et de l’envol du troisième parti sans sa nacelle.


Parmi les envols effectués, on recense selon Christine Chapalain-Nougaret dans "Notes Chronologiques sur les débuts de l’aérostation à Nantes", des simulacres d’ascensions en lieu clos. Elle nous apprend que lors d’une représentation chorégraphique datée du 18 mars 1801, des danseurs ont utilisé un ballon afin d’agrémenter leurs spectacles ; au moyen d’un ingénieux système de cordages, l’aérostat se déplaçait de la scène jusqu’au faîte de la salle, emmenant à son bord deux jeunes filles, et permettant alors au public d’apprécier le numéro d’équilibriste de l’homme, situé sur le globe terrestre, tête en bas les pieds en l’air. Ils ont réitéré cette expérience les 28 juin et 10 juillet 1809. Le 21 novembre 1804 eut lieu la dernière expérience scientifique amusante de M. Descantons, se servant pour l’occasion d’un ballon effectuant un tour de la salle utilisée. L’aéronaute Fondard a lui proposé des enlèvements aérostatiques les 16 et 18 octobre 1807, avant de se livrer à son tour à des expériences de physique amusantes, mettant en scène une ascension d’un ballon sous forme de bombe. Enfin, on relève comme autre manifestation anecdotique, celle qui eut lieu lors de la pièce L’Abbé de l’Epée, le 8 février 1816, où l’un des acteurs fit enlever un ballon jusqu’au milieu de la salle, où il se changea soudainement en une fleur de lys de 6 pieds de hauteur, devant la foule émerveillée.


A l’exception des envols du Suffren, toutes ces petites manifestations nantaises n’ont pas laissé beaucoup de traces dans les archives, elles sont ainsi complètement méconnues du public, pourtant elles témoignent bien d’un intérêt grandissant des spectateurs pour toutes sortes d’expériences aérostatiques, de quelque ordre que se soit.


L’année 1819 marqua l’histoire de l’aéronautique française, lorsque le Ministre de l’Intérieur diffusa à partir du 20 août une circulaire contenant plusieurs règlementations. Même si elle n’eut pas véritablement de répercussions sur le programme des fêtes, cela montre quand même que cette activité comportait certains risques. Cette circulaire est apparue en raison de l’accident survenu quelques temps plus tôt à Mme Blanchard. En effet, cette dernière avait été projetée sur le toit d’une maison suite à l’embrasement de son aérostat par une fusée. Ainsi, le ministre imposa plusieurs restrictions qui ne furent pas vraiment prises en compte par les aéronautes ; ainsi on continua de voir voler des montgolfières alors qu’il en avait pourtant interdit l’usage, jugées comme étant trop « dangereuses pour les maisons » ; ceci est sans doute une parmi les nombreuses raisons qui ont conduit à l’essor des ballons à hydrogène, ceux-ci devant désormais selon le ministre être muni d’un parachute. En réalité, l’engouement pour ce type de ballon serait plutôt dû au perfectionnement technique qu’il représente par rapport à la montgolfière, car celles-ci sont considérées à l’époque comme un « ancien système […] auquel on a renoncé depuis que la science s’est perfectionnée » comme le déclare un article du 17 juillet 1843 du journal National de l’Ouest. Enfin, cette circulaire souhaitait que soit réduit l’usage des feux d’artifices, ceux-ci présentant des risques pour la sécurité de l’aéronaute tout comme celle des spectateurs, c’est pourquoi le ministre désirait que les ascensions se déroulent au moins une heure avant le coucher du soleil, pour qu’ainsi, l’usage d’appareils pyrotechniques n’aient pas lieu d’être utilisés. Cette prohibition n’empêcha pas certains aéronautes de placer des feux d’artifices dans leur programme aérostatique, trop conscient de l’effet qu’il produisait sur le public présent, cependant, on remarque au fil du temps, une utilisation moindre, qui fut remplacée par des lâchers de ballons caricatures et grotesques en baudruche, représentant différents personnages célèbres et autres animaux, attraction également très appréciée par les spectateurs. Même si les règlements ne furent pas véritablement exécutés, Thierry Le Roy, dans son ouvrage "Les Bretons et l’aéronautique des origines à 1939", déclare qu’ils ont eu au moins le mérite de doter l’aérostation d’une meilleure organisation.


> SOURCES :

BG br 354
CHAPELAIN-NOUGARET Christine, « Notes chronologiques sur le début de l’aérostation à Nantes, de 1783 à 1820 », Bulletin de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique Tome 119, Nantes, 1983, p.117-121.
BG br 939
CHAPALAIN-NOUGARET Christine, « Les débuts de l’aérostation à Nantes 1783-1784 », Mémoire de la société d’Histoire et d’archéologie de Bretagne, Tome LXI, Nantes, 1984, p.165-191.
BGin8°1046
Les Bretons et l’aéronautique des origines à 1939, LE ROY Thierry, Les PUR (presses universitaires de Rennes), Rennes, 2002.

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> La fête de Charité de 1856


Les ascensions aérostatiques, du fait de leur forte popularité, peuvent être d’un secours non négligeable pour les plus démunis, lorsqu’elles sont employées à des fins charitables. Plusieurs aéronautes proposèrent ainsi leur service aux maires de France, afin de venir en aide aux plus pauvres. Ce fut notamment le cas, en 1856, à Nantes. Une fête de la Charité fut organisée pour le 18 mai, avec au programme un bal, une cavalcade, un concert, des jeux divers, une ascension et une tombola. Le maire de la ville, appelant à la générosité de ses plus riches concitoyens, qui, en raison de leurs privilèges, restaient les seuls à pouvoir bénéficier de telles fêtes. L’aéronaute Roussiot proposa alors d’effectuer une ascension afin de valoriser encore un peu plus cet évènement, et de permettre de rapporter davantage d’argent au profit des indigents de la ville.


Le journal Le Phare de la Loire a retranscrit la fête du 18 mai, évoquant ainsi le ballon de Roussiot, nommé à juste titre le « Sans-Souci », tellement son ascension du jour fut couronnée de succès. De nombreux spectateurs s’étaient postés autour des mâts de Cocagne élevés place Graslin et cours Saint-André, tout comme une foule énorme s’était massée sur la place de la Duchesse Anne, lieu de l’envol, curieuse de voir le fameux aéronaute qui avait dirigé le ballon « Napoléon-Eugène », ayant servi lors du baptême du Prince impérial Napoléon IV. Alfred Roussiot, célèbre aérostier à l’époque, a pris place à bord de son ballon faisant 8 mètres de diamètre et nécessitant pas moins de 400 mètres cubes de gaz pour le gonfler. Même si l’aérostation a été contrariée par le vent, cela n’a pas empêché le ballon de réussir son décollage vers les 4h de l’après-midi, l’opération étant même considérée, selon le journal, comme « l’une des plus belles que nous ayons vues à Nantes ».roussiot

C’est d’ailleurs pourquoi, ainsi que l’illustre l’une des publicités présentant les honneurs décernés à M. Alfred Roussiot, on trouve parmi ses récompenses, une couronne offerte par la ville, le 13 mai 1856, à la suite de son ascension triomphante.


 

> Journal Le Phare de la Loire, daté du 19 mai 1856 :

"Fête de la charité , avec au programme un bal, une cavalcade, un concert, des jeux divers, une ascension et une tombola. L’ascension du ballon Sans-Souci annoncée comme devant avoir lieu à 2h, avait attiré une foule énorme sur la place de la Duchesse Anne. Ce ballon faisant 8 mètres de diamètre, pas moins de 400 mètres cube de gaz ont été employés pour le gonfler. L’opération a été contrariée par le vent et le Sans-Souci n’a pu partir qu’après 4h, par suite de la direction de la brise qui soufflait de l’ouest. M. Roussiot pensait tomber dans les environs du Loroux-Bottereau. L’ascension a été l’une des plus belles que nous ayons vues à Nantes, un grand nombre de curieux se pressa autour des mâts de Cocagne élevés place Graslin et Cours Saint André."


> Document présentant les honneurs attribués à M. Alfred Roussiot. Aéronaute du ballon le Napoléon-Eugène, enlevé en l’honneur du Baptême du Prince impérial Napoléon IV. Couronné par la ville de Nantes le 19 mai 1856, suite à l’ascension effectuée pour la fête de charité donnée le 18 mai 1856.
Q2C2D16


> Lettre du 28 septembre 1859 de Roussiot au maire de Nantes
I1C48D4 FETES AEROSTATIQUES 1800-1899

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> L’exposition de 1861


La première exposition universelle qui s’était déroulée à Londres en 1851, a créé un véritable phénomène d’émulation dans de nombreux pays. Ainsi, s’est peu à peu installée une concurrence entre les différentes nations, à coups de révolutions industrielles. Chaque exposition avait pour but de présenter les avancées et découvertes technologiques et industrielles, pour témoigner des progrès réalisés par les pays. Elles représentaient un véritable vecteur de développement, où chaque pays n’hésitait pas à mettre en avant ses propres créations, pour vanter alors les progrès accomplis et montrer sa supériorité par rapport aux autres nations. Petit à petit, ces expositions se sont généralisées, touchant d’abord les grandes villes françaises, puis étendant leurs limites jusqu’à devenir universelles. Ainsi, en 1861, Nantes a été le lieu où tous les regards se sont portés, accueillant alors elle aussi une de ses fameuses expositions, et étant considérée par le journal Courrier de Nantes dans son article du 13 juillet, comme étant probablement l’une des dernières expositions départementales, du fait de la compétition industrielle, d’ordre désormais international.


Une exposition est une véritable chance de mettre en lumière une ville, de lui donner une renommée nationale, voire internationale, c’est pourquoi les réalisations industrielles présentées au public, étaient scrupuleusement choisies. La compétition était rude, les concours organisés offraient aux meilleurs et plus méritants une médaille, leur apportant gloire et célébrité. Ainsi, en 1861, parmi les nombreuses créations industrielles proposées au public, la ville de Nantes a-t-elle décidé de présenter une ascension, montrant par là, combien l’aérostation était importante et prestigieuse à l’époque, pour pouvoir figurer dans un évènement aussi retentissant.


Le journal Le Phare de la Loire, décrivit dans son article du 9 septembre 1861, le programme des réjouissances de cette Exposition. Pour le 8 septembre, les festivités se déroulaient au Jardin des Plantes, rassemblant une certaine foule, toutefois moins nombreuse que lors qu’il s’agit d’une fête de nuit, c’est pourquoi la circulation autour du ballon se révéla plutôt aisée. Le programme annoncé fut respecté et à 16h30 l’ascension prévue fut exécutée. Ce fut Mlle Cécily qui s’en chargea, s’envolant majestueusement dans les airs avec son ballon, sans le moindre problème. Elle avait accueilli à son bord un passager, qui pût profiter des talents et de la maîtrise de l’aéronaute, laquelle sut manoeuvrer aisément sa descente vers la propriété du pensionnat des frères de l’Ordre de Lammerais, à Toutes-Aides, commune de Doulon, non loin de la prairie des Mauves.


Cette exhibition fut de telle importance, qu’elle eut sa propre illustration sur les affiches placardées dans la ville, qui étaient destinées à promouvoir l’exposition auprès de la population, montrant ainsi tout l’attrait et l’influence qu’une ascension pouvait représenter à l’époque.

 


> SOURCES :

Journal Courrier de Nantes
Article du 13 juillet 1861
Il s’agit sans doute de la dernière exposition départementale de l’industrie française, car désormais il y a lutte avec l’industrie étrangère ; les expositions sont un vrai champ de bataille de l’industrie, où chaque pays montre sa vraie valeur et puissance. Les expositions ont étendu leurs limites, d’habitude locales, puis universelles.
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Journal Phare de la Loire
Article du 9 septembre 1861
Fête du Jour du Jardin des Plantes : c’était une sorte de joyeuse réunion rappelant un peu les tableaux de Courbet. Cependant il y a moins de foule qu’aux fêtes de nuit, la circulation était plus facile autour du ballon, du chemin de fer et de la plate-forme sur laquelle les gymnasiarques du cirque Rancy exécutait des tours parfaitement réglés. Les promesses du programme ont été tenues. Enfin, à 16h30, l’aérostat de Mlle Cécily s’élevait majestueusement dans les airs, allant sans la moindre oscillation vers le Sud/Est. Une seule personne, M.***, avait pris place dans la nacelle avec Mlle Cécily. Le ballon n’a pas tardé à descendre tranquillement vers la propriété du pensionnat des frères de l’Ordre de Lammerais, à Toutes-Aides, commune de Doulon, non loin de la prairie des Mauves.
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> L’envol du ballon "L'Union"


L’année 1892 est marquée par une abondance manifeste de demandes d’autorisation d’ascension. En effet, cette année-là fait justement partie de l’époque la plus populaire en termes d’aérostation. Il s’agit alors d’un évènement incontournable, prenant part à toutes les fêtes. Ceci est probablement dû à la fois aux avancées formidables des chercheurs qui développent considérablement leurs ballons et leurs capacités, mais cela correspond également à une période où les loisirs sont de plus en plus accessibles aux différentes couches de population, ce qui leur permet justement de s’évader le temps d’un dimanche après-midi, en regardant avec un enthousiasme certain une ascension.

Cette année-là, la mairie de la ville de Nantes croule sous les demandes, en particulier, à l’approche de la fête nationale, la fête annuelle ayant le plus de résonnance et qui est le moment le plus sollicité par les aéronautes. Parmi les demandes, on recense entre autre celles de Mrs Godard, de Garcin, de Latruffe, de Louis Mangeot ou encore de Mangin. Parmi tous ces noms, plus célèbres les uns que les autres, la ville opte pour la proposition de Mangin, qui a su habillement se démarquer du programme habituel et répétitif proposé par ses concurrents aéronautes. En effet, dans sa lettre du 10 juin 1892, il met en avant son programme accompagnant son ascension, de manière à ce que le maire le choisisse, lui plutôt qu’un autre. Ce dernier, devant un choix cornélien, doit savoir juger quel programme est le plus avantageux pour sa ville, afin de satisfaire sa population, et surtout, d’obtenir une certaine renommée nationale pour en améliorer son image.


Dans un article de presse, rédigé par un certain Demangeat, on apprend les divers détails de cette journée festive. Le journaliste félicite d’abord l’aérostier, d’avoir eu la bonne idée de concevoir un programme novateur, changeant de la ritournelle habituelle proposée par ses prédécesseurs, mais également par les aéronautes en vogue à cette époque-là.

En effet, malgré la grande popularité des ascensions, le public, tout comme la presse d’ailleurs, ne se laisse plus surprendre par ses programmes manquants sérieusement de fraicheur, même si une ascension reste toujours un moment agréable à passer. C’est la raison pour laquelle, le capitaine Mangin eut l’idée d’apporter quelques modifications non négligeables. Celui-ci s’était d’abord présenté avec son ballon prénommé « Union », et contrairement aux autres aéronautes, s’était déjà soigneusement occupé de tous les préparatifs préalables nécessaires à une telle expédition, permettant ainsi aux spectateurs d’éviter une longue et fastidieuse attente. Prêt bien avant l’heure prévu sur le programme, l’aérostier et ses occupants, parmi lesquels figurait notamment le rédacteur de l’article, reçurent comme de coutume les encouragements des autorités de la ville pour le voyage. Le ballon décolla alors vers 4h50 sans aucun incident, grâce aux talents et à la totale maîtrise de l’aéronaute expérimenté, qui sut alors très adroitement, éviter tous les éléments environnants, tels que les arbres et les têtes des cheminées des maisons du cours Saint-André, éléments particulièrement gênants et dangereux lors d’une ascension, à l’origine de bon nombre d’accidents par le passé.


A bord de la nacelle, outre l’aéronaute et ses passagers, figuraient également une demi-douzaine de pigeons voyageurs, appartenant à un membre de la Société de l’Union Colombophile Nantaise, qui servaient entre autre, à communiquer des dépêches sur les impressions des passagers, ainsi que sur les différentes étapes de leur itinéraire. Le ballon mit peu de temps à atteindre une hauteur de 400 mètres, permettant ainsi aux aéronautes de profiter d’une vue tout à fait enchanteresse ; le journaliste confie alors : « le panorama se déroule aussitôt à nos yeux émerveillés, enveloppé d’une teinte bleue grisaille, qui ajoute à la beauté du spectacle ». Le voyage se déroula sans encombre, et le ballon se dirigea dans un premier temps vers l’embouchure de la Loire, avant de survoler Couëron vers 5h15. C’est à ce moment-là qu’ils décidèrent de laisser partir un premier pigeon voyageur, à 600 mètres d’altitude, permettant ainsi à celui qui le trouverait, de connaitre les premières impressions de ces apprentis aéronautes. L’ « Union » prit alors de plus en plus d’altitude, montant allègrement jusqu’à 800 mètres de hauteur, offrant à ses passagers une vue superbe sur l’embouchure de la Loire malgré la forte brume présente. Vers 5h25, l’itinéraire se poursuivit alors vers Saint Etienne-de-Montluc et Cordemais, avant de continuer en direction de Savenay, où les passagers purent admirer les forêts de la Groulais et du Gâvre, s’apparentant alors, avec l’altitude, à d’immenses tapis verts.
Mangin décida d’opérer la descente, alors que le ballon inclinait sa route vers le sud; celui-ci atterrit alors sans aucun heurt, dans une prairie appartenant au sieur Couvrant, situé dans le village de Maison-Neuve. Un ballon, étant toujours, et cela quelque soit l’âge de l’observateur, une véritable distraction pour toute personne, des paysans apportèrent alors bien volontairement leur aide pour extirper les aéronautes de leur nacelle, après avoir entendu leur appel. Il s’agissait d’un évènement particulièrement attractif, qui donnait alors une certaine importance au lieu concerné ; c’est pourquoi, autant les habitants que les autorités, n’hésitaient pas à faire le déplacement pour prêter main forte aux aérostiers, comme ce fut d’ailleurs le cas pour cette ascension. En effet, peu de temps après avoir appris la descente de l’aérostat, la maire de Donges se dépêcha d’arriver pour mettre une voiture à disposition des voyageurs. A l’époque, un ballon constituait véritablement un réel évènement à lui tout seul, intéressant alors au plus haut point toutes les différentes catégories de population. Enfin, les voyageurs repartirent en direction de Nantes, transportant avec eux le ballon dégonflé, pour pouvoir assister aux tirs de feux d’artifices, clôturant cette fête on ne peut plus réussie. Le journaliste termina alors son article en déclarant : « […] une journée dont nous garderons longtemps un bon souvenir, autant pour le voyage, que pour son habile direction ».


> SOURCES :


I1C48D4
Lettre du 7 juillet 1892
Article de presse de Demengeat

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> Les ascensions du 14 juillet 1902


Les prestations aérostatiques sont souvent tributaires des conditions extérieures, telles que la situation météorologique ou encore l’environnement du lieu où se situe l’évènement. On ne compte plus le nombre de fois où des ascensions ont été annulées en raison du mauvais temps, ni le nombre de nombre de ballons détériorés, perdus voire détruits à cause des intempéries, des arbres ou fils électriques se trouvant à proximité. Les risques, déjà nombreux en temps normal pour la survie de l’aérostier, sont alors décuplés. Pourtant, c’est ce genre de péripéties rocambolesques qu’affectionne particulièrement le public et qui permet de marquer de façon plus significative l’histoire de l’aérostat.


On retrouve justement, au cours de l’année 1902 une anecdote aéronautique, due à une météorologie un peu trop capricieuse et à des éléments alentours peu favorables à une ascension. Le journal Le Populaire annonce dans son article du 13 juillet 1902, les réjouissances du programme du lendemain pour la fête nationale. Parmi celles-ci, on retrouve comme à l’ordinaire une retraite aux flambeaux, la revue, le théâtre, la kermesse, le bal et les feux d’artifices, tout comme la course de ballon. Le périodique donne la liste des différents pilotes prenant part à cette épreuve sportive très appréciée du public, en raison de son caractère imprévisible et de la dose de suspense qu’elle apporte à chaque fois. Parmi les quatre sérieux concurrents (tous étant pilotes de l’Aéro-Club) figurent un certain Auguste Nicolleau, très célèbre aérostier de l’époque, lauréat de nombreux concours internationaux de l’Exposition Universelle de 1900, qui se présente avec son ballon « Ville de Nantes » cubant 1550 mètres ; on retrouve également M. François Peyrey, autre aéronaute qui a fait ses preuves mais qui est aussi rédacteur au journal Le Vélo, et qui dirigera naturellement le ballon « Le Vélo » cubant 500 mètres cube ; et enfin M. X…qui lui prendra place à bord de l’aérostat « Le Micromégas » cubant 4150 mètres cube.
Etant donné la qualité des différents aérostiers, la course s’annonce donc comme étant des plus réjouissantes pour la ville.


Le public fut bien présent au rendez-vous, il était venu en nombre, attiré par ce grand évènement. Les ascensions, le plus souvent constituées d’un seul ballon et d’un seul envol, ont toujours suscité une vive curiosité de la part des spectateurs. C’est pourquoi cette course, affichant au programme pas moins de quatre aérostats, avait bien évidemment décuplé l’intérêt du public. Par ailleurs, les organisateurs avaient mis au programme un nouvel élément, auquel les nantais étaient peu familiers jusqu’alors, à savoir les préparatifs de gonflement des ballons. Ainsi, tout avait été prévu pour que la fête soit réussie ; on avait également placé autour de l’enceinte des tentes pour se désaltérer et un manège fournissait une distraction supplémentaire pendant l’attente du public. Même le beau temps était au rendez-vous. Cependant, tout cela n’empêcha pas cette fête de connaître son petit lot de désagréments. Ainsi, lors du gonflement des ballons, le public tout comme la presse, eurent la mauvaise surprise de découvrir que se trouvaient non pas quatre comme il avait été annoncé initialement, mais seulement trois aérostats sur le terrain du Champ-de-Mars.


L’article du 15 et 16 juillet 1902 du journal Le Populaire donne les détails de cette journée festive. Dès 2h, le public pût suivre avec attention le gonflement de ces ballons, se remplissant lentement de gaz au moyen de trois bouches ayant un débit total de 400 mètres cubes à l’heure, tandis que des ouvriers s’affairaient auprès des aérostats durant cette opération, soulageant leurs enveloppes en descendants des sacs de lest accrochés aux filets. Sur le terrain d’envol, quelques privilégiés avaient l’opportunité de circuler librement et d’observer à leur guise les différents appareils ainsi que les nacelles et autres accessoires indispensables aux ballons abrités sous des tentes montées à cet effet, tout en profitant de la musique offerte par La Fanfare du Gaz, elle-même située sous une tente recouverte de drapeaux tricolores en accord avec le thème de la fête nationale.


Ce n’est que vers 5h que le premier aérostat prit son envol. Il s’agissait du « Micromégas » de 440 mètres cubes dirigé par un nantais, M. Edmond David, pharmacien exerçant au niveau du quai de la Fosse. Du haut de sa petite nacelle, ce fut, à n’en pas douter, un moment fort et inoubliable puisqu’il effectuait là sa toute première ascension. Ce fut d’autant plus palpitant pour ce nouvel aéronaute, qu’après avoir décollé accompagné des plus vifs applaudissements du public et au son de la Marseillaise, il accrocha au passage quelques mâts soutenant la tente de la musique. Toutefois, cela ne l’empêcha pas de réussir son ascension à bord de son ballon, qui d’après le journal, ressemblait à une grosse bulle de savon. Vint ensuite le tour du très grand aérostat « Ville de Nantes », mesurant entre 1550 et 1700 mètres cube selon les sources. Son imposante dimension lui permettait d’accueillir plusieurs personnes à bord de la nacelle, parmi lesquelles on recense Le Bihan (aide météorologique à l’Observatoire du Petit-Port, ayant participé au fameux voyage du « Stella », les 14 et 15 juillet 1900), M et Mme Delaunay, et enfin le fameux aéronaute M. Auguste Nicolleau. L’expérience de ce dernier lui permit de réaliser un décollage sans encombre, offrant alors une majestueuse ascension au public qui lui démontra par ses forts applaudissements, sa pleine satisfaction. Enfin, vers 5h45, « Le Vélo », dernier ballon restant encore sur le Champ-de-mars, prit à son tour son envol avec à son bord M. Peyrey, venant de Paris.


Lors de ces trois ascensions, plusieurs petits incidents vinrent perturber le décollage des ballons, dus notamment à une affluence massive de la foule que les ouvriers peinaient à repousser alors qu’elle les empêchait d’effectuer leur travail en toute tranquillité. Heureusement, aucun accident ne fût à déplorer. Toutefois, d’autres péripéties survinrent également au cours du voyage, notamment pour M. Nicolleau, qui fut contraint de stopper son ascension plus tôt que prévue et d’atterrir dès 9h30 à Cholet, en raison d’un orage qui venait d’éclater. La déception fut d’autant plus grande pour l’aéronaute et ses passagers qu’il ne restait pas moins de 250 kilos de lest, ce qui leur aurait permis de continuer leur course toute la nuit. Ce fut cependant un voyage réussi et particulière mémorable pour Mme Delaunay, dont c’était la toute première ascension. Une dépêche accrochée à la patte d’un pigeon voyageur, envoyée depuis le ballon, fut été retrouvée le lendemain portant le message suivant : « Ballon « Ville de Nantes », Cholet. Atterrissage hier soir à 9h, en plein orage, descente mouvementée, aucun accident, tous sains et saufs, plions ballon dans la matinée, arrivons ce soir à Nantes. Signé : Le Bihan ». Quant aux autres aérostats, « Le Micromégas » conduit par M. David avait lui atterri vers 7h30 près de Laval, tandis que M. Peyrey, à bord de son ballon « Le Vélo », fut celui qui avait parcouru la plus grande distance, allant jusqu’à la Breille dans le Maine-et-Loire, obligé d’arrêter sa course vers 3h du matin à cause d’un orage, ce qui ne l’empêcha pas d’effectuer une descente sans accident comme son talent et son expérience le laissait de toute façon supposer. On comprend alors combien conduire un aérostat demande un minimum de maîtrise et de sang-froid, pour réussir à se sortir de situations aussi dangereuses et que l’aérostation est bel et bien un sport de haut niveau et à risque.



> SOURCES :

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Journal Le Populaire
Article du 13 juillet 1902
LA FETE NATIONALE A NANTES
Programme du lundi 14 juillet : Champ-de-Mars : course de ballons. 1e ballon « Ville de Nantes » cubant 1550 mètres, dirigé par M.A. Nicolleau, pilote de l’ « Aéro-Club », lauréat de concours internationaux de l’Exposition Universelle de 1900 ; 2e « Le Vélo » cubant 500 mètres, dirigé par M François Peyrey, pilote de l’ « Aéro-Club » rédacteur au journal Le Vélo; 3e « Le Micromégas » cubant 450 mètres dirigé par M. X ….membre de l’ «Aéro-club».

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Journal Le Populaire
Article du 15 juillet 1902
FETE NATIONALE A NANTES AVEC RETRAITE DE FLAMBEAUX, REVUE, THEATRE, KERMESSE, BALLON ET FEUX DARTIFICE.
La course de ballon : les préparatifs de gonflement d’un ballon sont toujours curieusement suivis, d’autant plus qu’à Nantes, on a rarement l’occasion d’y assister. Mais hier, l’intérêt en était triplé, puisque trois aérostats se gonflaient sur le Champ de Mars et devaient prendre presque en même temps leur vol dans l’espace. Aussi dès 2h, bon nombre de spectateurs se pressaient-ils autour de l’espace réservé, près de l’Avenue Carnot. Disons cependant qu’une première déception attendait le public. En effet, trois aérostats seulement commençaient à surgir du sol alors qu’on en avait toujours annoncé quatre. Le quatrième était-il parti à une heure tellement matinale que personne n’avait eu le temps de s’en apercevoir? Autour de l’enceinte était dressées des baraques recouvertes de tentes dans lesquelles on vendait de chaudes consommations ; un peu plus loin, un manège égrenait ses notes criardes. Surtout cela dominait le soleil dont les rayons implacables rôtissaient choses et gens. La seule ombre sur ce Champ de Mars dénudé, provenait des trois ballons à demi-gonflés. C’est dire que nous avons franchement regretté le cours Saint André et l’ombre de ses arbres. Le service d’ordre était rigoureusement fait, avec une telle rigueur que nous avons eu toutes les peines du monde à entrer dans l’enceinte réservée. Et encore devons-nous nous trouver relativement heureux car nous confrères du Nouvelliste et du Petit Phare se sont vus refuser l’entrée. Les organisateurs auraient pu trouver des contrôleurs plus aptes à ce genre d’occupation, qui laissent passer des personnes n’ayant rien à faire près des ballons. Pendant ce temps, trois ballons se gonflaient toujours, remplis de gaz par trois bouches ayant un débit total de 400 mètres cube à l’heure. De temps à autre, les ouvriers surveillaient l’opération soulageant les enveloppes en plaçant plus bas les sacs de lest accrochés aux filets. Sous une tente décorée de drapeaux tricolores, la fanfare du gaz exécutait quelques morceaux. Sous une autre tente était placé les nacelles et les accessoires des ballons, et les favorisés du contrôle circulaient, examinant curieusement tous ces appareils. A 5h, le Micromégas, 430 mètres cube, recevait dans sa petite nacelle, M. David pharmacien, quai de la Fosse, qui allait faire sa première ascension tout seul. Dès le « lâchez tout », le petit aérostat a décollé en accrochant au passage l’un des mats soutenant la tente de la musique. Accompagné par les applaudissements et la Marseillaise, le ballon ressemblait à une grosse bulle de savon, et filait vite vers le Nord/Est. A 5h30, la nacelle Ville De Nantes, occupée par MM. Auguste Nicoleau, Le Bihan, M. Delaunay et Mme Delaunay. Ce bel aérostat de 1550 mètres cube se levait majestueusement dans les airs, et était applaudi par tous. Un quart d’heure plus tard, Le Vélo, de 530 mètres cube, montait avec M. Peyrey de Paris. Cependant, l’affluence massive des personnes a posé problème gênant les ouvriers, et a failli faire arriver des accidents au moment des ascensions. Le ballon Ville de Nantes a atterri hier soir vers 10h dans les environ de Cholet, dans un champ à côté de la ville.les pompiers et la police sont aussitôt venus. M. Auguste Nicolleau avait du songer à atterrir dès 9h30, forcé ainsi interrompre son voyage à cause d’un orage qui venait d’éclater. Il avait encore 250 kilos de lest et pensait pouvoir continuer sa course toute la nuit et aujourd’hui jusqu’à 2h. Tout allait bien à bord, les passagers étaient enchantés du voyage, dont Mme Delaunay dont c’était la première ascension. Depuis le coucher du soleil, le ballon avait été dirigé par le guiderope. A minuit un quart, les aéronautes rentraient à Cholet. On a trouvé un pigeon voyageur qui contenait un message « Ballon Ville de Nantes, Cholet, atterrissage hier soir, à 5h, en plein orage, descente mouvementée, aucun accident, tous sains et saufs, plions ballon dans la matinée. Signé Le Bihan. Le Vélo est atterri ce matin à 3h par un violent orage à la Breille ; l’opération s’est effectuée sans accident. Le Micromégas, monté par M. David a atterri hier soir à 7h30 près de Laval.

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> Les ascensions du nantais Edmond David


A Nantes, les ascensions se sont révélées particulièrement populaires auprès de la population. La ville a d’ailleurs eu à plusieurs occasions, l’opportunité de voir l’un de ses citoyens effectuer lui-même quelques envolées en ballon comme ce fut le cas avec le directeur d’une pharmacie établi quai de la Fosse et dénommé Edmond David, né le 22 décembre 1860.
Passionné d’aérostation, il étudie sans relâche toutes les questions à la fois théoriques et pratiques ayant trait à ce domaine. Qui plus est, cet aéronaute nantais se révèle être un véritable sportif, faisant preuve d’endurance, de dynamisme et de sang froid, aptitudes indispensables qui lui permettent d’exercer son passe-temps favori avec maestria. Réunissant les compétences nécessaires pour exercer un métier si dangereux, Edmond David s’avère être en plus un chercheur consciencieux, qui n’hésite pas à consacrer tout son temps libre à parfaire ses connaissances en aéronautiques.
Doté de qualités de premier ordre, il excella dans l’aérostation et connut une carrière aussi rapide que brillante. Il effectua sa 1ère ascension le 27 avril 1901 volant 12 heures à bord de l’ «Orient », puis effectua un voyage de 16 heures avec un autre ballonnier nantais Auguste Nicolleau lors du concours de Bordeaux, avant d’obtenir le brevet de pilote n°43 de l’Aéro-club de France en 1903. Il réalisa de très nombreuses ascensions entre 1904 et 1910, en partant soit du Cours Saint-André soit du Champ de Mars, toujours à bord de son propre aérostat baptisé « Cambronne » en hommage au célèbre général nantais. Son ballon fut détruit lors d’un accident en mai 1910, après avoir heurté des fils électriques alors que ses amarres avaient été arrachées, entrainant du même coup un employé de gaz qui fut blessé. Cet accident signa l’arrêt de toutes ses activités aérostatique. Même s’il ne connu pas une renommée nationale, à l’instar de ses condisciples aéronautes, ses expériences ont toutefois été rapportées dans les journaux régionaux, montrant ainsi l’intérêt qu’on lui portait à Nantes.

Le journal Le Populaire relata dans son article du 18 mai 1903 le départ d’un aérostat, le 17 mai à 8h45 du matin. Le ballon fut dirigé par le célèbre aéronaute du nom d’Auguste Nicolleau, jouant d’une grande réputation dans toute la France grâce à ses fameuses et nombreuses ascensions, accompagné par M. David. Ils ont tous deux mené cette expédition devant une foule assez considérable qui s’était massée tout autour du Cours Saint André, poussée une nouvelle fois pas la curiosité d’assister à un tel évènement. Cependant, l’imposant ballon mesurant tout de même 800 mètres cube ne put au moment de son départ, éviter d’heurter un arbre auquel il brisa une branche maîtresse. En dépit de ce léger incident, le voyage se déroula ensuite parfaitement et prit la direction d’Angers.

Le 4 décembre 1904, son talent fut même récompensé lorsqu’il remporta la coupe du journal Le Gaulois pour son voyage au départ de Nantes et arrivant en Belgique à Maaseik, ce qui représente un parcours de 698 km en 10 heures et 30 minutes. Cette année-là fut particulièrement riche dans sa carrière aérostatique, puisqu’on enregistre pas moins de 17 ascensions représentant une durée globale de 53 heures, avec 49 passagers embarqués. Il s’illustra tout long de cette même année avec des ascensions plus remarquables les unes que les autres, telles que celle du 12 mai où il fit preuve d’une assurance et d’une audace impressionnantes malgré des conditions météorologiques peu rassurantes, ou bien encore celle du 14 juillet au cours de laquelle il effectua avec un grand savoir-faire des travaux scientifiques portant sur l’étude de l’atmosphère et de l’ozone, dont la qualité lui permit de recevoir la médaille de la Société Française de navigation aérienne.

 


Cet homme, passionné d’aérostation, n’en resta pas là et exécuta de nombreuses autres ascensions à Nantes tout au long du début du XXe siècle. M. David avait d’ailleurs pris comme habitude de réaliser ses ascensions à bord de son ballon « Cambronne », qu’il gonflait au gaz d’éclairage à partir d’une prise de gaz situé sur les Cours Saint Pierre. On le retrouva ainsi plusieurs années de suite figurant dans les chroniques des journaux locaux, comme ce fut le cas dans un article du 8 octobre 1906 du journal Le Populaire, rapportant la totale réussite de son expédition où il prit à son bord, plusieurs compagnons de voyage. Il réalisa de nombreuses ascensions à Nantes tout au long des mois d’octobre et de novembre 1906, comme le rapportent les lettres manuscrites conservées aux Archives municipales qui comportent toutes en en-tête une vignette illustrant son ballon « Le Cambronne » survolant le port de Nantes. Suite à sa requête adressée dans une lettre datée du 18 octobre 1906, le maire autorisa M. David à effectuer une ascension le 21 octobre suivant. Grâce à une photographie en noir et blanc prise dès l’aube sur le Cours Saint André envahi par la brume, il est possible de deviner les préparatifs précédent l’envol. Parmi les acteurs de cette scène, on reconnait au premier plan M. Gaston Morisset debout sur la toile de protection, observant attentivement les gestes de l’aéronaute et du préposé au gaz. Tous deux sont agenouillés sur l’enveloppe du ballon étalée au sol. M. David, coiffé d’un chapeau melon, semble s’affairer à ouvrir la plaque protégeant la prise de gaz d’éclairage, qui lui permettra ensuite de procéder au gonflement du ballon.


L’aérostation devint petit à petit une activité quasi quotidienne au début du XXe siècle, rentrant même dans les pratiques populaires des milieux bourgeois. Avant que son ballon ne soit détruit, M. David effectua un grand nombre d’ascensions à Nantes, emmenant avec lui au cours de ses voyages quelques privilégiés fortunés. Cette activité rencontra un très grand succès comme en témoignent les banquets organisés en novembre 1906 et 1907. L’aéronaute avait l’habitude d’inviter ses futurs passagers à partager de fastueux repas dans le très réputé restaurant de la mère Pineau « Au fameux Beurre-Blanc », au cours desquels les chanceux passagers pouvaient faire éditer leurs propres portraits ainsi que celui du pilote pour célébrer l’évènement. Dans l’un des montages photographiques réalisés par Gaston Morisset en novembre 1906, on peut voir le ballonnier dans sa nacelle accompagné pour l’occasion de plusieurs passagères élégamment vêtues, tandis que les passagers masculins sont quant à eux représentés dans des postures humoristiques tout autour du ballon. Dans un autre photomontage daté du 17 novembre 1907, on peut observer le vol du « Cambronne » au-dessus de quai de La Fosse, tandis que la partie droite de l’image est réservée aux portraits des hommes et des femmes de la haute société ayant eu le privilège d’accompagner M. David lors des ses ascensions.

De nombreuses photographies ont été prises lors du vol du « Cambronne » le 14 juin 1908 sur la Champ de Mars ; on y voit devant le ballon en cours de gonflement, les différentes passagères toutes issues de la bonne société, prendre place au côté de M. David à bord de la nacelle.

En raison de sa très grande popularité à Nantes, il n’eut aucun mal à séduire de nouveaux adeptes de ce sport aérien. Par ailleurs, en plus d’être le pilote émérite et expérimenté reconnu par tous, il sut mettre à profit ses trop rares heures de temps libre, pour effectuer des recherches sur la propulsion des ballons par explosions successives au moyen d’un détonateur à répétition de son invention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos prises lors des préparatifs précédents l’envol du Cambronne, le 14 juin 1908 au Champ de Mars. Source : Arc. Mun. de Nantes, BG br 993, Quand Nantes s’envole.



> SOURCES


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Lettre de M. David, datée du 18 octobre 1906, papier imprimé à en-tête de la Grande Pharmacie de la Marine. H. 27cm x L.21 cm


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Journal Le Populaire
Article du 18 mai 1903
Départ d’un ballon, ce matin, vers 8h45, avec M. Nicolleau fils, l’aéronaute bien connu, et M. David, pharmacien à Nantes, sont partis en ballon du cours de Saint André.une foule assez considérable assistait à ce curieux départ. Au moment où le ballon de 800 mètres cube s’est élevé, la nacelle a heurté un arbre auquel elle a brisé une maîtresse branche. L’aérostat a filé dans la direction d’Angers.


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Journal Le Populaire
Article du 8 octobre 1906

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> Le voyage du "Cabri" en 1914


Quelques mois avant que la Première Guerre Mondiale ne commence, Nantes eut l’occasion une nouvelle fois d’assister à quelques ascensions remarquables. La première eut lieu le dimanche 19 avril, quand le ballon baptisé « Cabri » décolla du Parc des Princes. Le journal Le Phare de la Loire indique que ce fut à nouveau un aéronaute nantais qui prit part à cet évènement, M. Bosque, lequel emmena avec lui deux chanceux passagers, M. Parisot et un mécanicien. Après avoir attendu environ deux heures et demie que le ballon veuille bien se gonfler, on put déplacer celui-ci jusqu’au milieu de la pelouse du vélodrome afin d’avoir un espace suffisant pour réaliser l’ascension.


A 11 heures moins le quart, après avoir effectué quelques bonds, « Le Cabri » prit enfin son envol pour le plus grand plaisir des mille spectateurs présents pour l’occasion.
Si les aéronautes effectuèrent un charmant voyage, celui-ci se révéla malheureusement beaucoup trop court, ne durant guère plus d’une heure. Poussé vers la mer par un vent d’Est, le ballon atterrit on ne peut plus tranquillement dans les environs de la Juvardière-en-Bourgneuf vers midi, permettant aux aéronautes de regagner Nantes dès l’après-midi, où ils purent communiquer leurs impressions au Journal Le Phare de la Loire, qui les retranscrivit dans son article du 2 avril 1914.

Durant cette excursion aérienne, ils suivirent le cours de la Loire, survolèrent à 50 mètres le lac De Grand lieu, avant de se diriger vers la mer. Puis ils durent ensuite utiliser le guide-rope jusqu’à la Juvardière-en-Bourgneuf, situé à 3 km de la mer, où M. Bosque, faisant parler son expérience, réussit une descente toute en douceur. Ainsi, le voyage s’avéra être une plaisante et tranquille promenade, la vitesse n’allant pas au-delà des 40 kilomètres, et la hauteur ne dépassant pas 500 mètres. M. Bosque choisit volontairement d’effectuer un voyage paisible, afin que ses passagers pussent profiter au mieux du panorama qui s’offrait à eux. Ceux-ci revinrent pleinement satisfaits de cette expédition mais regrettèrent qu’elle n’ait pas duré plus longtemps comme en témoignent les déclarations suivantes : « Par cette claire matinée de printemps le spectacle était vraiment enchanteur », « En de trop courts instants nous y fûmes ».
M. Bosque décida de repartir en expédition dès le 3 mai suivant, toujours en partant du Parc des Sports à bord de son fameux ballon « Le Cabri », pour le plus grand plaisir des deux passagers qu’il emmena avec lui, MM. Félix Perrouin et Marcel P….Cette fois-ci l’aérostat décolla aussitôt accompagné par les acclamations de la foule et s’éleva très vite à 700 mètres d’altitude. Le ballon prit la direction d’Angers, et longea la Loire durant tout son voyage le menant jusqu’à Oudon. C’est alors qu’il prit soudainement de la hauteur, allant jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Les aéronautes profitèrent alors pleinement du paysage on ne peut plus lyrique, avec au-dessus un magnifique ciel bleu et en-dessous, à environ 600 mètres une mer de nuages. Le ballon vogua ainsi tranquillement pendant une bonne demi-heure, durant laquelle ils prirent un grand plaisir à savourer les provisions qu’ils avaient eu la précaution d’emmener avec eux.


C’est à contrecoeur qu’ils durent songer à atterrir vers 13h45, lorsqu’ils s’aperçurent que le ballon commençait à se dilater. A 14h, ils se posèrent tout aussi doucement que lors de la précédente ascension effectuée par M. Bosque quinze jours plus tôt, sur la pelouse du parc du château de la Prévoterie, situé vers Lourroux-Béconnais. Ils furent rejoints quelques instants plus tard par deux automobilistes, MMs. Guillon et Lefèvre-Utile, qui avaient réussi tant bien que mal à suivre le ballon depuis Nantes, malgré sa disparition dans les nuages durant près d’une demi-heure. Ils attendirent ensuite trois autres automobilistes participant eux aussi à cette course improvisée, pour enfin regagner Nantes après avoir soigneusement dégonflé et replié « Le Cabri ». Le voyage, depuis l’envol jusqu’à l’atterrissage, se fit dans d’excellentes conditions permettant ainsi à M. Bosque, d’avoir réalisé, selon l’avis du journaliste du Phare de la Loire, l’un de ses plus charmants voyages.

 


> SOURCES


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Journal Le Petit Phare
Article du lundi 20 avril 1914
LE DEPART DU « CABRI »
Le ballon « Le Cabri » piloté par notre concitoyen Bosque, a quitté Nantes dimanche matin.
C’est au Parc des Sports qu’eut lieu le lancement.
Le gonflement commença à 7 heures, il ne fut guère terminé qu’à 10 heures 30.
Le gonflement terminé, la nacelle attachée, « Le Cabri » fut amené au milieu de la pelouse du vélodrome. A 11 heures mois le quart, M. Bosque donnait l’ordre du départ. Pendant un instant, le ballon fit quelques mètres au raz-du-sol, comme semblant hésiter à quitter le sol. Soudain : un bond ; « le Cabri » ne pouvait faire autrement, et ce fut l’envol dans un ciel très bleu, au milieu des acclamations des nombreux amis venus pour fêter les aéronautes.
Un vent d’Est soufflait. Tout de suite, le ballon prit la direction de la mer. Pendant quelques temps il plana sur Nantes, on le vit diminuer, diminuer, jusqu’à n’être plus qu’un point. Puis il disparut.


LE VOYAGE DU CABRI
Nous avons annoncé le départ du ballon « Cabri », piloté par notre concitoyen M. Bosque.
En quittant le Parc des Sports, le « Cabri » poussé par un vent d’Est, s’en allait franchement vers la mer. Le voyage ne pouvait être long ; il ne dura guère qu’une heure, mais il fut charmant, au dire de ceux qui l’effectuèrent.
Dans la soirée de dimanche, nous avons pu joindre MM. Bosque et Parisot. Voici les impressions qu’ils ont recueillies.
« En quittant le Parc des Sports, nous avons conservé du lest, de façon à ne pas trop nous élever et à jouir du panorama de Nantes. Par cette claire matinée de printemps le spectacle était vraiment enchanteur.
Puis le ballon s’éleva, peu cependant, car il n’a jamais atteint plus de 300 mètres. Nous suivions le cours de la Loire. Le lac de Grand-Lieu nous attira. Nous l’avons traversé à une hauteur de 50 mètres environ. Puis nous nous sommes élevés à nouveau et cette fois nous avons franchement volé vers la mer. En de trop courts instants nous y fûmes. Il fallait songer à atterrir. La soupape fut ouverte et pendant quelques instants, nous avons marché au guide-rope.
Nous étions alors à la Juvardière-en-Bourgneuf, exactement à trois kilomètres de la mer et à 500 mètres des marais couverts d’eau. De braves gens, M. Potet, sa famille et des amis nous avaient aperçus. Ils se saisirent du guide-rope. L’atterrissage se fit dans une prairie, très doucement. Aucun heurt, aucune secousse.
Partis à 10 heures trois quarts, nous atterrissions à midi. Notre vitesse moyenne avait été de 40 kilomètres à l’heure. »
Quelques heures plus tard, « Le Cabri », replié, en parfait état de conservation, était expédié à Nantes. De leur côté, MM. Bosque et Parisot rentraient enchantés de cette excursion aérienne – la première ne 1914. Dans une quinzaine de jours, M. Bosque effectuera une seconde sortie.



Article du 5 mai 1914
UN NOUVEAU VOYAGE DU « CABRI »
LES PASSAGERS DEJEUNENT A DEUX MILLES METRES D’ALTITUDE

Alors que nous l’avons dit hier, le ballon « Le Cabri » piloté par M. Bosque, a quitté dimanche matin le Parc des Sports.
M. Bosque emmenait avec lui deux passagers, MM. Félix Perrouin et Marcel P… le départ s’est fait à 11 heures dans d’excellentes conditions au milieu des applaudissements de la foule.
Tout de suite, l’aérostat s’est élevé à environ 700 mètres et poussé par le vent, a pris la direction d’Angers.
Les aéronautes suivirent la Loire, sans s’en écarter un instant, de Nantes à Oudon.
A Oudon, « Le Cabri » fait de la hauteur en quelques instants, il atteignait 2000 mètres d’altitude. Au-dessous de lui, à 600 mètres, une nappe de nuages ; au-dessus, l’azur du ciel. Pendant une heure et demie, l’aérostat navigua ainsi.
Son pilote et ses passagers en profitèrent pour déjeuner ; grâce aux victuailles substantielles et aux vins généreux qu’ils avaient eut la précaution d’emporter, ils firent un festin délicieux.
Vers 13h45, le ballon se mit en dilatation ; il fallut songer à reprendre contact avec la terre. Cela se fit sur les14 heures, et les aéronautes s’en furent atterrir au Lourroux-Béconnais sur une pelouse dépendant du parc du château de la Prévoterie. La chose se fait dans des conditions parfaites.
En l’absence du marquis de Cumont, le régisseur du château, M. Gaudin, fit à M. Bosque et à ses passagers le plus aimable accueil ; Mlle Gaudin offrit une gerbe de fleurs à l’aimable pilote, et le ballon dégonflé et replié, tous rentrèrent à Nantes en automobile.
Car cinq automobiles conduites par MM. René Guillon, Louis Lefèvre-Utile, Pierre Guillon, Pierre Perrouin et Glasman, avaient donné la chasse au « Cabri », et non sans peine l’avaient rejoint, car sa longue disparition au-dessus de nuages avait laissé les automobilistes un bon moment dans l’indécision quant à la direction qu’il avait prise.
Ce sont les autos de MM. René Guillon et Louis Lefèvre-Utile, qui arrivèrent les premiers à l’atterrissage.
Les aéronautes sont rentrés à Nantes ravis de leur promenade, une des plus charmantes que M. Bosque ait jamais offert à ses amis.

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> L’ascension du 6 avril 1930


Le 5 avril 1930 eut lieu l’inauguration de la IVe Foire Commerciale de Nantes sur le site du Parc des Sports. Elle eut l’honneur d’accueillir pour l’occasion une des personnalités les plus célèbres de l’époque, le Président de la République française, M. Gaston Doumergue. Le lendemain de sa visite, les différentes festivités prévues au programme de l’Exposition continuèrent, avec en prime l’ascension d’un ballon. L’évènement fut relaté dans les journaux Le Phare et l’Echo de la Loire, mais curieusement ces deux quotidiens appelèrent différemment l’aérostat en question, soit le « Cabri » pour le 1er, et « Le Colibri » pour le second, encore que celui-ci, évoqua lui aussi le nom de « Cabri » dans son édition du lendemain. Sachant que l’aéronaute, M. Bosque avait à plusieurs reprises, y compris à Nantes en avril 1914, exécuté des ascensions avec son ballon « Le Cabri », on peut supposer que c’est de bien de lui dont il s’agit. L’article du 7 avril 1930 du Phare rappelle d’ailleurs que dès le début de la guerre, M. Bosque avait dû à contrecoeur céder son ballon, et que depuis lors jusqu’à ce 6 avril 1930, il n’avait jamais plus conduit d’aérostat lui appartenant. Alors, peut-on imaginer qu’il s’agisse du fameux « Cabri » ?


La foule présente ce 6 avril 1930 eut la bonne surprise d’assister à une ascension non mentionnée dans les programmes des festivités prévues en l’occasion de la IVe Foire Commerciale. Les visiteurs admiratifs purent à loisir regarder les 1200 mètres cube de l’aérostat commencer à se balancer doucement dans l’enceinte du Parc des Sports, le temps que toutes les opérations de gonflement soient terminées. La dimension de l’appareil était telle qu’elle lui permettait normalement de transporter à son bord pas moins de quatre passagers, dont bien évidemment le pilote M. Bosque et trois invités. Parmi ceux-ci, on retrouve le fameux Valère Lecomte, célèbre aéronaute dont on se souvient des ascensions périlleuses réalisées quelques années plus tôt et qui pour cette raison avait laissé un souvenir impérissable dans la mémoire des nantais, tout particulièrement celle des autorités de la ville qui lui avaient finalement demandé de ne plus pratiquer d’ascensions à Nantes en raison de ses incompétences et des risques qu’elles présentaient pour les concitoyens. Il est donc fort amusant de le voir ici, non pas en tant que pilote, mais en tant que passager. Toutefois, on peut supposer qu’au vu de son expérience, il n’était pas de trop dans cette nacelle et qu’il avait pu aider son ami et confrère aéronaute dans les manoeuvres de son aérostat. On peut également présumer que les autorités avaient bien veillé à faire couper les lignes de courant électrique alentour, bien décidées à ne pas réitérer l’incendie de 1924 dont M. Valère Lecomte fut le principal protagoniste. Parmi les autres passagers, devaient également figurer à bord M. Jahan, ancien conseiller municipal, et M. Sudry fils. Toutefois, une fois les cordes coupées et après plusieurs essais d’envols infructueux, M. Sudry dut se sacrifier et descendre de la nacelle afin de permettre au ballon allégé de prendre son envol. Quand on sait combien un voyage aérien représente une expérience unique en son genre et se révèle être une source de sensations indescriptibles, on se doute quelle put être la désolation du malchanceux passager contraint de laisser sa place et devant bien être la seule personne parmi toute la foule présente ce jour-là, à éprouver des regrets et autres pincements au coeur en observant l’ascension du ballon.


Celle-ci s’effectua alors très lentement et en douceur, permettant à tous les spectateurs de profiter un peu plus longuement d’un spectacle majestueux, et d’observer les saluts et autres signaux amicaux que leurs adressaient les trois passagers, accompagnés par la « Marseillaise » jouée par des tirailleurs malgaches présents pour l’occasion. Le ballon effectua un voyage dans d’excellentes conditions se stabilisant à 500 mètres de haut, permettant ainsi à ses passagers de profiter du paysage. L’aérostat monta tout de même à 1200 mètres durant cette expédition aérostatique qui dura deux bonnes
heures. Partis à 16h25, les trois passagers furent poussés par le vent en direction de Châteaubriant, ils longèrent l’Erdre avant de redescendre à 300 mètres d’altitude au niveau de Sucé, pour se poser finalement à Notre-Dame-des-Langueurs, commune de Nort-sur-Erdre vers 18h. Ils reçurent là-bas un accueil tellement chaleureux de la population toute heureuse d’être le témoin privilégié d’un tel évènement, qu’ils décidèrent d’y laisser tout leur matériel, après que M. Brancheteau, un des habitants, eut la gentillesse de leur prêter un attelage pour déposer le ballon en lieu sur. A 20h30, nos trois aéronautes furent de retour à Nantes pour conter leur fabuleux voyage. Puis ils repartirent de nouveau le lendemain matin, chercher leur fameux aérostat.

 


> SOURCES


22 PRESSE 151
Journal Le Phare

Article du 7 avril 1930
UN BALLON S’ELEVE DU CHAMP DE MARS
Une surprise était réservée samedi après-midi, aux visiteurs de la Foire Commerciale : celle de l’enlèvement d’un ballon, qui fût parti la veille, n’eut été la vitesse excessive du vent.
Ce ballon qui jaugeait 1200 mètres cube et qui avait nom « Le Cabri », devait emporter quatre personnes y compris le pilote Bosque, notre concitoyen qui n’avait point piloté de sphérique -lui appartenant- depuis qu’en 1914 la mobilisation lui avait privé de celui qui était sa propriété. Mais au dernier moment, on dut déposer un des passagers parce que le ballon faisait des difficultés pour quitter la terre. A 16h25, « Le Cabri » s’élevait dans les airs, tout droit, lentement, majestueusement, emportant à son bord, avec M. Bosque, M. Valère Lecomte, le familier, par excellence des ascensions en sphériques, dont les conseils ne devaient pas être de trop pour remettre Bosque complètement à la page, et un autre de nos concitoyens M. Jahan, ancien conseiller municipal.
La musique du 41e tirailleurs malgaches salua comme il convenait, de la « Marseillaise » le départ du ballon.
Est-il besoin de dire pour éviter un accident semblable à celui qui faillit coûter la vie en 1924 à Valère Lecomte, on avait coupé le courant électrique avant que le ballon ne s’échappât dans les airs ?
« Le Cabri » d’ailleurs, fut chassé par le vent, vers le quai Malakoff, et, un quart d’heure plus tard, un avion, venant du terrain Bêle survolait la Foire le remplaçant dans le ciel qu’il venait de quitter.
Il atterrit à Notre-Dame-des-langueurs
« Le Cabri » d’ailleurs après avoir suivi l’Erdre, et naviguant presque constamment à une altitude d’environ 500 mètres, mais s’élevant tout de même parfois jusqu’à 1200 mètres, et descendant au-dessus de Sucé, à 300 mètres, a atterri à Notre-Dame-des-Langueurs vers 18 heures.
A 20 heures 30, les aéronautes ravis de leur voyage, étaient de retour à Nantes, ayant laissé leur matériel sur les lieux, à la garde des habitants.
Ils retournaient le chercher hier matin et le ramenaient avec eux à Nantes.


2 PRESSE 22
Journal L’Echo de la Loire

Article du 6 avril 1930
UNE VISITE A LA FOIRE-EXPOSITION
Vers 16h30 samedi, la Foire-Exposition nous a fait assister, au Parc des Sports, à un émouvant et joli spectacle.
Un ballon « Le Colibri », a été gonflé sous nos yeux. Dans la nacelle prirent part deux aéronautes expérimentés MM. Bosq et Valère Lecomte, qu’accompagnaient deux passagers, MM. Jahan, ancien conseiller municipal de Nantes, et Sudry fils.
Mais quand le courant gazeux fut coupé, le poids supporté par me ballon se révéla trop lourd, et M. Sudry fils, à son grand navrement, dut, pour alléger le sphérique, abandonner la nacelle et demeurer sur le « plancher des vaches ». Empressons-nous de dire qu’il accepta ce sacrifice en vrai gentleman.
« Le Colibri » s’éleva alors doucement dans les airs, et, aux sons de la Marseillaise, exécutée par la musique malgache, et aux acclamations de l’assistance, fila dans la direction de Châteaubriant, cependant que les audacieux navigateurs aériens adressaient de larges saluts aux pauvres terriens que nous étions……..


Article du 7 avril 1930
LE CABRI A ATTERRI A NOTRE-DAME-DES-LANGUEURS
Favorisé par un vent du sud-ouest qui le poussa dans la direction de Nort-sur-Erdre, le « Cabri », dont nous avons relaté l’ascension hier, suivit la rivière de l’Erdre, et passa ainsi au-dessus des coins les plus réputés du beurre blanc.
L’altitude a été environ de 1200 mètres, et nos aéronautes au bout d’un voyage de deux heures passés dans de très bonnes conditions, ont atterri à Notre-Dame-des-Langueurs, commune de Nort-sur-Erdre, acclamés par une population des plus sympathiques, heureuse d’avoir un écho de la visité présidentielle.
En la circonstance, nos aéronautes remercient la population de Notre-Dame-des-langueurs pour l’accueil sympathique qui leur fut réservé, et en particulier M. Brancheteau qui mit à leur disposition son attelage pour transporter le ballon en lieu sur.

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© Adeline BIGUET / Archives municipales de Nantes - 2010