LES ÉVÉNEMENTS AÉROSTATIQUES MARQUANTS
À NANTES DE 1784 À 1935

| Le Suffren
| Madame Blanchard, en 1817
| L'ascension de Monsieur Kirsh et du jeune Guérin, en 1843
| Le voyage du Stella, en 1900
| L'exposition de 1904
| Les ennuis aérostatiques de Monsieur Lecomte, en 1924
| Le rallye-ballon, en 1925
| 1983 : deux siècles après la première ascension


> Le "Suffren"


Après l’immense succès rencontré par le premier vol en montgolfière des frères Montgolfier le 21 novembre 1783, la ville de Nantes fortement intéressée par ce nouveau phénomène, n’a pas mis longtemps avant d’autoriser le décollage d’une charlière (un ballon à gaz hydrogène) le 14 juin 1784. Il s’agit du premier vol humain réalisé sur la région, lequel sera renouvelé un peu plus tard, soit le 6 septembre de la même année. Cette expérience aérostatique, créant un évènement sans précédent à l’époque, fut placée sous la direction de M. Lévesque, correspondant de l’Académie des Sciences et Professeur d’hydrographie à Nantes. Jusqu’au jour de l’ascension, peu d’informations sur la construction de l’aérostat ne furent divulguées, ou du moins il n’en existe aujourd’hui plus aucune trace ; seuls quelques comptes-rendus et la lettre du 27 mai 1784, adressée aux Juges Royaux et Procureur du Roi de la Police de Nantes, émanant du Père Mouchet de l’Oratoire, du Chevalier de Tussac, de Dulau et de Passelez, peuvent nous éclairer sur ce sujet et nous révéler l’avancée des préparatifs de la future ascension (voir FF276/1). Cette lettre constitue une requête adressée au procureur du roi du siège de police de Nantes, en vue d’obtenir l’autorisation d’effectuer l’ascension en conformité avec les ordonnances réglementaires. En l’absence du procureur étant absent, c’est Guérin de Beaumont, alors syndic de la ville qui leur accorda cette permission tant espérée. Dans cette même lettre, les organisateurs annoncent que l’aérostat en taffetas verni est quasiment terminé et qu’il emportera le jour de l’ascension deux voyageurs. Ils précisent également qu’ils ont réussi à trouver au cours de leurs recherches, un endroit adéquat pour effectuer cette expérience, ce lieu réunissant les conditions favorables pour réaliser l’envol d’un ballon et les conditions nécessaires pour la commodité et la sécurité du public ; c’est pourquoi ils demandent à obtenir (avec succès) pour cette occasion, l’enceinte de l’Hôpital des Enfants Trouvés, qui leur semble être le lieu le plus approprié. Ils profitent habilement de cette lettre pour exposer les différentes caractéristiques de fonctionnement de cet aérostat ; ainsi, ce dernier s’élèvera au moyen du gaz inflammable extrait de la dissolution du zinc par l’acide vitriolique. Afin d’éviter tout risque d’incendie, ils exigent qu’aucun réchaud ne soit utilisé et que soit interdit l’usage du feu. Ils demandent donc aux différentes autorités l’autorisation d’effectuer cette expérience, en leur précisant qu’elle se déroulera du 6 au 10 juin 1784 ; d’autre part, ils expriment leur entière compréhension à la mise en place de nouvelles mesures de police vis-à-vis de l’ordre public, en raison de la foule considérable que cet évènement risque d’attirer.


Afin de ne prendre aucun risque, plusieurs essais non publics furent effectués avant le lancement du Suffren dans le collège des Oratoriens. Le 24 décembre 1783 eut lieu le lâcher d’un petit ballon captif formé de deux pyramides tronquées réunies à la base, qui s’éleva à 50 pieds au-dessus du sol. Le Père Mouchet réitéra cette expérience aérostatique cinq jours plus tard, lâchant ce même petit ballon à partir du Jardin de l’Oratoire, survolant cette fois-ci la cathédrale avant de finir par atterrir sur le toit d’une maison, près des Petits-Murs. Après avoir enfin obtenu toutes les autorisations nécessaires pour leur projet le 29 mai, les organisateurs purent enfin tester le système de gonflement de l’enveloppe ; pour cela, un premier petit ballon de huit pieds deux pouces de diamètre fut lâché le 11 juin 1784, parcourant 22 lieues jusqu’à la Paroisse de Bouillé-Saint-Paul, afin de préparer le vol du Suffren prévu trois jours plus tard.


Grâce à la conservation des archives de l’époque, on connaît aujourd’hui certains détails concernant cette première expérience aérostatique nantaise. Une affiche réalisée à l’époque, est intitulée VUE PERSPECTIVE DE L’AEROSTAT LE SUFFREN et des appareils employés pour l’élever et le remplir, lequel a été lancé du jardin de l’Hôpital des enfants orphelins de Nantes, le 14 juin 1784.

Elle comprend une gravure du fameux ballon ainsi que sa description, laquelle nous apprend que l’enveloppe de l’aérostat était réalisée en taffetas (verni par la manufacture de toile du sieur Diot) et mesurait environ 30 pieds et 6 pouces de diamètres (soit environ 10 mètres). Il s’agit de l’un des plus grands ballons de l’époque, même si toutefois son diamètre est deux fois plus petit que ce qui était prévu à l’origine. Sa nacelle particulièrement belle, réalisée par les frères Bourmeau, avait l’apparence d’une gondole richement décorée se terminant en forme de crosse aux deux extrémités; elle était accrochée au ballon grâce à des cordes, lesquelles étaient reliées à l’enveloppe par un filet. Cet aérostat transporta à son bord plusieurs voyageurs parmi lesquels se trouvaient M. Coustard de Massy (Chevalier de l’Ordre Royal et Militaire de Saint Louis, Lieutenant de Nosseigneurs les Maréchaux de France) et M. Mouchet de l’Oratoire, professeur de Physique à l’Université de Nantes. Ces deux hommes participèrent à sa construction, tout comme M. Lévêque, le Chevalier de Tussac, amateur, Louvrier apothicaire, Seheut, jeune Architecte, Dulau et Passelez. Il s’agit probablement de la neuvième ascension en France qui se déroula sous les yeux émerveillés d’environ 8000 nantais.


Cet évènement ne fut pas sans incident puisqu’il existait à l’époque, malgré leur association dans ce projet, une certaine rivalité entre Lévêque et le Père Mouchet. Ce dernier laissa au professeur le soin de construire le ballon tout en s’assurant qu’il serait bien l’un des passagers prenant part à cette expérience, afin que lui aussi puisse observer au moyen du matériel présent dans la nacelle, les différentes variations des instruments météorologiques. Certains estiment que Lévêque connait dans les différents comptes-rendus, plus d’éloges qu’il ne mérite d’en recevoir, en raison de l’aide qui lui a été apportée dans la construction de l’aérostat ; l’affaire va même jusqu’à produire des écrits anonymes où Lévêque et son collaborateur Louvrier sont sévèrement critiqués. Par ailleurs, cet évènement connut bien encore d’autres problèmes, comme par exemple le choix du lieu de son envol. Afin d’exciter la curiosité du public, les organisateurs souhaitaient trouver un terrain pour réaliser diverses expériences et anticiper des mesures de sécurité, ayant des caractéristiques en rapport avec les conditions qu’imposait un tel évènement. Pour cela, seul un lieu suffisamment vaste et plat pour pouvoir déployer l’aérostat et pour recevoir à la fois le public, pouvait convenir. Il devait également être dégagé et clos pour ne pas mettre en péril la vie des spectateurs et pour permettre le contrôle des entrées, afin de n’accepter que les souscripteurs. Afin que cette expérience soit menée à bien, un dénommé Graslin prêta alors un terrain portant aujourd’hui son nom, qu’il fit préalablement aplanir comblant les nombreuses excavations. Malgré son intention de prendre en charge tous les frais, ceux-ci étant particulièrement élevés, ce fut le terrain de l’hôpital des enfants trouvés qui fut choisi. Les propriétaires de cet établissement voyant tout l’intérêt qu’ils avaient à accepter une telle proposition susceptible de leur apporter un certaine notoriété, acceptèrent aussitôt de répondre favorablement à cette demande. En effet, il faut savoir qu’outre toute la publicité qu’un tel évènement pouvait leur apporter, en raison du caractère inédit de ce projet et de la forte attente du public et de la presse, ils étaient également les heureux bénéficiaires de la recette perçue en plus des diverses charités offertes par les spectateurs, à la seule condition qu’ils procurent des chaises et bancs gratuitement pour les spectateurs. Quant aux conditions de sécurité, élément indispensable à respecter pour obtenir l’aval du siège royal de police, elles stipulaient que toutes précautions devaient être prises afin d’éviter tout danger pour le public présent. Pour cela, les organisateurs avaient souligné le fait qu’ils n’avaient pas besoin de réchaud, limitant ainsi les risques d’incendie, tandis qu’une ordonnance de police ordonnait l’interdiction de circuler autour de l’enceinte de l’hôpital des Enfants trouvés, tout comme elle invitait des troupes armées à surveiller les lieux alentours. Cet évènement engendrant une curiosité générale, les dispositifs de sécurité devaient s’étendre à tous les particuliers, c’est pourquoi Christine Chapelain-Nougaret révèle dans Mémoire de Bretagne, que même le gardien de la cathédrale se devait d’imposer l’interdiction formelle à toutes personnes de monter en haut des tours pour suivre l’aérostation, afin de prévenir de tout danger. Toute personne à l’époque se sentait concernée par cet évènement, certains y voyant là l’occasion d’en tirer profit, tandis que d’autres souhaitaient juste prendre part à une manifestation qui serait de toute évidence une date à retenir dans l’histoire.


Le fameux 14 juin 1784, tout le matériel nécessaire pour cette expérience fut apporté dès le matin. Cette ascension devant être réalisée dans un but scientifique, on n’oublia pas de disposer dans la superbe nacelle les instruments destinés à effectuer ces différentes observations. Afin de maintenir le ballon au sol pendant le gonflement de son enveloppe, une estrade surmontée d’un mât avec sa bôme avait été montée dans l’enceinte. Ces différents éléments étaient nécessaires afin d’offrir au ballon une meilleure résistance face au vent de Nord-Ouest particulièrement fort ce jour-là. C’est d’ailleurs en raison de cette perturbation météorologique que l’opération de gonflement prit beaucoup plus de temps que prévu, soit 10 heures et 30 minutes, pour que l’aérostat soit rempli pour ce voyage aux 2/3 de gaz extrait du zinc par l’acide vitriolique, (et ce en 10 heures et 30 minutes, cette opération étant gênée par un vent de Nord-Ouest très violent qui lui a sans conteste fait perdre beaucoup de temps). Rien que les préparatifs suscitaient à eux seuls une véritable attraction, comme en témoignent les coups de canon annonçant le début du gonflement à 4h30 précises. L’opération fut vite interrompue, l’aérostat devant être réparé en raison d’une fuite de gaz de la soupape. Heureusement, les organisateurs avaient pensé à faire accompagner cet évènement d’une musique qui permit de faire patienter le public. L’évènement prit du retard, il fallut environ 2 heures et 45 minutes pour réparer l’aérostat et ce n’est que vers 6h10 du soir que l’on coupa les cordes afin de libérer le ballon, l’opération de gonflement ayant été fortement perturbée par un vent violent. Cependant, ce dernier étant trop lourd (son chargement comprenait en plus d’une forte quantité de gaz indispensable à son envol, des vêtements chauds et 245 livres de lest), il ne put réussir à quitter le Jardin de l’Hôpital des Enfants Orphelins de Nantes; il s’abaissa et toucha le sol à deux reprises, et heurta même un arbre provoquant alors la casse des instruments, empêchant ainsi les deux aéronautes d’effectuer leurs observations scientifiques. Afin de pouvoir décoller, les passagers décidèrent de se débarrasser d’une partie du lest, ce qui leur permit d’atteindre environ 200 pieds (soit 65 mètres de haut) ; ils se stabilisèrent à cette hauteur sur environ une demi-lieue (soit deux kilomètres). La ville toute entière put alors profiter du spectacle le plus majestueux qui soit pendant l’espace d’un quart d’heure, avant que l’aérostat ne disparut du champ de vison des nantais. Ayant jeté une importante quantité de lest (environ 5 livres), les aéronautes estimèrent avoir atteint une hauteur comprise entre 15 et 18 toises (soit entre 3000 et 3600 mètres). Arrivés parmi les nuages, et ayant une vue imprenable sur la ville, les deux aéronautes exultèrent, déclarant plus tard que leur coeur « nageait dans la joie ». Dans Mémoire de Bretagne, on peut lire les différentes sensations qu’éprouvèrent les deux aéronautes : « Nous traversions un nuage fort épais…, ce nuage fut bientôt à une prodigieuse distance de nous : il paraissait toucher la Loire qui n’était alors pour nous qu’un filet d’eau. Un ciel pur et serein au-dessus de notre tête, une mer de nuages sous nos pieds, l’aspect imposant d’un horizon doré dans le lointain par les rayons du soleil couchant nous firent ensuite éprouver les plus délicieuses sensations ».


Les deux aéronautes apprécièrent les vues enchanteresses qui s’offraient à eux tout en dévorant les provisions apportées, à défaut de pouvoir réaliser des observations météorologiques. La fin du voyage quant à elle, ne fut pas de tout repos pour les deux aéronautes ; ceux-ci s’aperçurent près de Vallet que leur ballon perdait très rapidement de sa hauteur, il toucha même à plusieurs reprises la terre. Afin de regagner les airs, ils durent se débarrasser de leur porte-voix ainsi que de deux bouteilles, c’est-à-dire des derniers éléments qui leur formaient un semblant de lest. Ils purent ainsi poursuivre leur voyage un peu plus longtemps et remontèrent environ à une hauteur de 5 à 600 toises, soit 1000 à 1200 mètres. L’arrivée, quant à elle, rappela quelque peu l’envol, le ballon rebondissant sur le terrain avant de heurter des chênes. En raison de cet incident, plusieurs cordes furent cassées, obligeant les deux aéronautes à sauter de la nacelle. Se retrouvant seuls, ils ne purent malgré leurs efforts retenir le ballon. L’aérostat, libéré d’un poids d’environ 300 livres, redécolla alors sans ses pilotes et s’éleva si rapidement dans les airs qu’il ne fallut que quelques minutes pour qu’il disparaisse à leur vue. C’est à environ 22 lieues de Nantes, dans un village du Poitou, Bressuire, que le ballon fut retrouvé vers 9h du soir.


Le beau voyage des deux aéronautes ayant pris fin dans la paroisse de Gesté en Anjou au bout de 58 minutes, permit à MM. Coustard de Massy et Mouchet de parcourir environ une distance de 7 à 9 lieues. En raison de l’importance de l’évènement, puisqu’il s’agissait du premier envol d’un ballon à Nantes, le retour des deux aéronautes fut allègrement fêté malgré l’échec de leur mission scientifique et la perte de leur aérostat. Célébrés comme les héros du jour, ils connurent alors une célébrité et une admiration sans aucune commune mesure, devenant même les protagonistes de multiples chansons populaires. Afin de commémorer dignement cet évènement, l’architecte Héron décida de réaliser trois estampes différentes mettant en scène l’aérostat au moment de son gonflement, de son lâcher et durant son vol. La renommée de cet évènement fut telle, qu’il participa à la mode de l’aérostation alors en plein essor à l’époque et se retrouva sur de multiples objets décoratifs, comme des faïences ou encore des éventails.


Le musée Thomas Dobrée possède une boîte dont le dessus en métal doré et ivoire représente le Suffren. Cet objet de 2,8 cm de diamètre, est décoré et met en scène deux personnages, figurant Coustard de Massy et le Père Mouchet, à bord de la nacelle en forme de gondole, tenant chacun un drapeau afin de mieux saluer la foule. On peut également y lire la date de l’ascension, ainsi que le nom des deux aéronautes, retranscrit phonétiquement illustrant parfaitement cette vague d’enthousiasme qui saisit la population, suite à l’ascension du Suffren.

 

 

Cette faïence de Nevers, d’un diamètre de 23 cm, possède un décor polychrome représentant le ballon avec sa nacelle sous forme de gondole transportant à son bord ses deux célèbres passagers, ceux-ci tenant à la main un drapeau pour mieux saluer la foule. On remarque également la présence d’un chapeau qui s’envole, il s’agit d’un clin d’oeil, faisant référence à une petite anecdote lors de l’envol du 1er décembre 1783 à Paris, avec à son bord les aéronautes Charles et Robert, où le chapeau d’un des deux hommes, est tombé au moment du décollage.

 


Dans Le recueil de chants populaires du comté nantais et du Bas-Poitou d’Armand Guéraud, on retrouve la retranscription de diverses chansons réalisées pour l’occasion, telles que celle écrite sur le départ du ballon, ou encore une chanson satyrique, se moquant légèrement des différentes réactions des deux aéronautes lors de leurs péripéties :


« Chanson sur le départ du ballon lancé à Nantes le 24 juin 1784 », sur l’air de L’as-tu vu Mamie ? :


Blaise
As-tu vu Jeannette (bis)
Coustard et Mouchette (bis)
Nous saluant de leu drapiau ?
Jarniguoi, dam’ c’était biau !
L’as-tu vu Jeannette ? (bis)


Jeannette
Oui mon ami Blaise (bis)
Comme on’était aise (bis)
Mais pour moi j’avais pas grand chaud
De les voir juchés si haut
N’est-il pas vrai Blaise (bis)


Blaise
L’as-tu vu c’te Dame – bis)
Quelle grandeur d’âme : (bis)
Son mari part…à l’instant
Elle caresse son enfant
L’as-tu vu c’te Dame –bis)

Jeannette
Les coeurs s’attendrissent (bis)
Les airs retentissent (bis)
Des fanfares et du canon
Pour le départ du ballon
Les coeurs s’attendrissent (bis)


Blaise
Bientôt dans la rue
On le perd de vue
Chacun reste émerveillé
De le voir au ciel grimpé
A travers la nue (bis)


Jeannette
R’venez sur la terre (bis)
Quittez l’atmosphère
Laissez votre char volant
La couronne vous attend
R’venez sur terre (bis)


Extrait de la chanson « Le chevalier confessé en l’air facétie à l’occasion de l’aérostat lancé à Nantes le 24 juin 1784 ». Sur l’air du Confiteor.


Le Chevalier

Mon cher Mouchet, mon compagnon,
De frayeur mon âme est saisie
En voyant qu’un simple cordon
Nous retient à peine à la vie
Hélas : je crains une triste mort
Dirais-je mon Confiteor (bis)


Le Père de l’Oratoire

Pour le besoin que vous avez,
Il faut une main plus adroite ;
Je n’ai point les cas réservés
Et nous avons la manche étroite :
Je ne pourrais, même à la mort,
Ouir votre Confiteor (bis)


Le Chevalier
Bayard, ce Chevalier grivois,
Se trouvant en moindres alarmes
Fit, dit-on, sa coulpe autrefois
Aux pieds de son compagnon d’arme ;
Ainsi que près de la mort
Dirais-je mon Confiteor ? (bis)


Le Père de l’Oratoire
Par l’exemple du Preux Bayard
Vous me contraignez de me rendre
Commencez donc à tout hasard,
Vos fredaines je vais attendre ;
N’oubliez rien….avec remord
Dites votre Confiteor (bis)
(…)



En raison du succès rencontré par cette première ascension nantaise, il fut décidé de réitérer l’expérience quelques temps plus tard afin de pouvoir entre autre, effectuer les analyses météorologiques non réalisées le 14 juin 1784, comme en témoigne le choix de la date située alors le 11 août, afin d’obtenir un temps plus favorable à ce genre d’activité. Comme il a déjà été dit plus haut, une expérience aérostatique représente un coût non négligeable ; il est d’ailleurs à noter que le Suffren, par sa taille relativement imposante, a finalement apporté plus de dépenses que de recettes aux organisateurs. Etant désormais pleinement conscient des difficultés financières occasionnées par un tel évènement, Coustard de Massy décida de faire appel aux personnes les plus aisées afin de rentabiliser cette manifestation. Tout un travail de publicité fut alors effectué, afin d’inviter les spectateurs à acheter un billet d’entrée ; les organisateurs via la presse, mirent en avant toutes les mesures de sécurité ainsi que les différentes commodités mises à la disposition du public pour que les personnes les plus réticentes se décident à participer financièrement à l’évènement en payant leur place, au lieu d’assister gratuitement à l’ascension depuis les jardins alentours, comme ce fut le cas lors de la première ascension expliquant ainsi le déficit budgétaire engendré.


Tout le mois de juillet permit aux organisateurs de mettre en place les différents préparatifs à la seconde ascension ; ils durent dans un premier temps réparer les divers dommages du ballon engendrés par les chocs qu’il avait reçu lors de son envol et de son atterrissage ; de même, ils profitèrent du temps qu’il leur était imparti pour perfectionner leurs équipements, afin de réduire l’opération de gonflement. La seconde ascension n’eut pas lieu le 12 août comme il était initialement prévu, et ce, non pas en raison du mauvais temps, mais en raison d’un défaut d’organisation. En effet, l’acide vitriolique destiné au gonflement de l’appareil n’étant pas arrivé, les organisateurs décidèrent alors de réaliser à cette date-là un lâcher de petit ballon expérimental, comme cela avait été le cas pour le premier envol du Suffren. Après avoir récupéré ce petit ballon qui était retombé à 14 lieues de Nantes, on décida d’effectuer un second lâcher expérimental le jour même de l’ascension du Suffren, soit le 6 septembre, juste une heure avant le départ de l’aérostat.


Coustard de Massy prit une nouvelle fois part à l’évènement, emmenant avec lui à son bord un négociant, M. Michel Réné Deluynes ; le nom du second passager ne fut connu que le matin même du départ. Cet heureux voyageur fut choisi par l’aéronaute lui-même, à partir de la liste des souscripteurs, suite au désistement de Lévêque. Afin de réussir pleinement cette ascension, les mêmes mesures de police que lors du premier envol avaient été mises en place et le gonflement débuta la veille de l’envol, à 11h du soir. La météo particulièrement clémente facilita grandement les opérations, c’est pourquoi les organisateurs décidèrent de ralentir la procédure, afin que le public puisse également en profiter le lendemain. Le 6 septembre, soit une heure avant le départ, on effectua le traditionnel lâcher de ballon expérimental qui, s’il s’envola très facilement, montra par les multiples directions qu’il prit, la forte instabilité du vent. Le but principal de cette nouvelle ascension étant de se livrer à des observations scientifiques, cela explique la présence de multiples instruments, tels que deux baromètres, deux thermomètres, un compas de marine ainsi qu’un hygromètre. Le chargement de la nacelle comportait en plus de tout cet attirail, 250 livres de lest en sacs d’une et deux livres. Même s’il ne fut pas un des passagers, Lévêque fut de nouveau présent et s’occupa des derniers préparatifs et autres vérifications nécessaires au bon déroulement de l’opération. A 12h35, l’aérostat s’éleva majestueusement dans les airs, virevoltant quelque peu sous les légers coups de vent mais laissant alors parfaitement visible les saluts des deux aéronautes, répondant aux acclamations de la foule dont la satisfaction était manifeste.


Jouissant d’un temps parfait, les deux aéronautes purent pleinement profiter de leur voyage et du magnifique panorama qui s’offrait devant leurs yeux ébahis, comme en témoigne la déclaration suivante : « Nous distinguions parfaitement tous les quartiers qui apparaissent déserts, la foule qui se précipitait de la maison des enfants trouvés, la promenade du cours remplie de spectateurs, des gens à cheval qui courraient vers le Port-Communeau ». Cependant, leur voyage ne se passa pas sans quelques petites péripéties ; arrivés vers Orvault, ils s’aperçurent que leur aérostat perdait dangereusement de l’altitude. Afin de préserver la sécurité des personnes ayant accourus à la vue de l’aérostat, les deux aéronautes se virent obliger de vider leurs sacs de lest au lieu de les jeter, ce qui leur fit perdre un temps précieux provoquant ainsi la collision avec une châtaigneraie qu’ils auraient pu éviter. Ils furent alors sans cesse obligés de jeter continuellement du lest pour pouvoir se maintenir à une hauteur suffisante afin de pouvoir poursuivre leur voyage. Ils se dirigèrent d’abord vers Paimboeuf, puis survolèrent les bois de Malleville et la Bourdinière, avant de finalement descendre dans la Paroisse de Fay. A 3h07, lorsque l’aérostat se posa, il fut aussitôt envahi par une foule de curieux ayant suivi des yeux le voyage du ballon. Il est à noter que cette expédition fut à l’époque l’une des ascensions les plus longues (seuls les vols de Blanchard et de Boby avaient duré plus longtemps), le ballon ayant volé pendant 2 heures et 32 minutes pour parcourir l’équivalent de 12 lieues. Malgré le peu d’informations pertinentes qu’engendrèrent les observations météorologiques en raison d’un vent trop instable, cette ascension rencontra un succès retentissant comme en témoigne les textes éloquents de la presse, aussi bien à Nantes que dans les villes voisines, montrant alors l’ampleur de l’évènement. Ainsi, le 6 octobre 1784, on put lire dans Les Affiches de Rennes, un éloge en l’honneur de M. Coustard de Massy :
« Ne nous étonnons point si le ballon Suffren
A couvert les Nantais et d’honneur et de gloire :
Le héros de ce nom, cet illustre marin
Vola toujours à la victoire
. »


SOURCES


FF276/1
Lettre du 27 mai 1784 à Nantes du Père Mouchet de l’Oratoire, du Chevalier de Tussac, de Dulau et de Passelez, aux Juges Royaux et Procureur du Roi de la Police de Nantes.
La lettre stipule que l’aérostat en taffetas verni est pratiquement terminé, et qu’il portera le jour de l’ascension deux voyageurs. Les différents hommes prenant part à cet évènement expliquent qu’ils ont également réussi à trouver au cours de leurs recherches un endroit convenable pour effectuer cette expérience, ce lieu alliant les conditions indispensables pour réaliser l’envol d’un ballon ainsi que la commodité et sureté du public ; c’est pourquoi ils ont demandé à obtenir (avec succès) pour l’occasion, l’enceinte de l’Hôpital des Enfants Trouvés, qui leur semble être le lieu le plus approprié. Ils précisent les différentes caractéristiques de fonctionnement de cet aérostat ; ainsi, celui-ci s’élève au moyen du gaz inflammable extrait de la dissolution du zinc par l’acide vitriolique, et afin d’éviter tout risque d’incendie ils prohibent l’usage du feu ou de réchaud. Ils demandent donc aux différentes autorités l’autorisation d’effectuer cette expérience, en leur précisant qu’elle se déroulera du 6 au 10 juin 1784 ; de même, ils montrent leur entière compréhension à la venue de nouvelles mesures de police vis-à-vis de l’ordre public, en raison de la foule considérable que cet évènement risque d’attirer.


II174/5
VUE PERSPECTIVE DE L’AEROSTAT LE SUFFREN et des appareils employés pour l’élever et le remplir, lequel a été lancé du jardin de l’Hôpital des enfants orphelins de Nantes, le 14 juin 1784.
Le Suffren est un aérostat mesurant 30 pieds 4 pouces de diamètre, fait de taffetas verni. Il a été construit et dirigé par de multiples personnes, parmi lesquelles on retrouve M. L’Evêque correspondant de l’Académie des Sciences et Professeur d’hydrographie de Nantes, le Père Mouchet de l’Oratoire professeur de Physique à l’Université de Nantes, MM. Coustard de Massy Chevalier de Saint Louis, le Chevalier de Tussac amateur, Louvrier apothicaire, Schenet jeune Architecte, Dulau et Passelez. Durant cette ascension aérostatique, le ballon transportait à son bord deux voyageurs, à savoir M. Coustard et le Père Mouchet. L’aérostat a été rempli pour ce voyage au 2/3 de gaz extrait du zinc par l’acide vitriolique en 10 heures et 30 minutes, cette opération étant gênée par un vent de Nord-Ouest très violent aurait pu être faite en beaucoup moins de temps. A 6h10, le ballon ayant enfin quitté le Jardin de l’Hôpital des Enfants orphelins de Nantes, a plané l’espace d’un quart d’heure, et a disparu après avoir fait jouir à toute la ville du spectacle le plus majestueux. Les voyageurs ont parcouru en 58 minutes 9 lieux (soit l’équivalent de 50 040 mètres), et ont connu une descente dans accident à Gesté, paroisse situé à 7 lieux de Nantes. Cependant, si la descente n’a posé aucun problème, les deux voyageurs malgré leurs efforts, et sans aucune aide extérieure, n’ont pas pu retenir l’aérostat qui s’est perdu dans les nuages en moins de 2 minutes et qui est retombé vers les 9h du soir à Bressuire, ville du Poitou, distance de 22 lieues de Nantes.


LIVRES


BG br 354
CHAPELAIN-NOUGARET Christine, « Notes chronologiques sur le début de l’aérostation à Nantes, de 1783 à 1820 », Bulletin de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique Tome 119, Nantes, 1983, p.117-121.


BG br 939
CHAPALAIN-NOUGARET Christine, « Les débuts de l’aérostation à Nantes 1783-1784 », Mémoire de la société d’Histoire et d’archéologie de Bretagne, Tome LXI, Nantes, 1984, p.165-191.


BGin8°1046
Les Bretons et l’aéronautique des origines à 1939, LE ROY Thierry, Les PUR (presses universitaires de Rennes), Rennes, 2002.


BG in 4° 452
LAUX Frédéric (archivistes paléographe), sous la direction de MIGUET Vivienne (conservateur en chef du Patrimoine), L’AVENTURE DU CIEL deux siècles d’aéronautique en Loire-Atlantique 1783-1999, Nantes, 1998, p.27 à 40


Recueil de chants populaires du comté nantais et du Bas-Poitou, d’Armand Guéraud

 


> Mme Blanchard


Parmi les premières ascensions effectuées à Nantes, l’une d’elles est souvent citée en référence dans les journaux. Il s’agit de l’ascension effectuée par Mme Blanchard, le 21 septembre 1817. A l’époque, même si elles sont populaires, les envolées de ballon ne si pas si fréquentes ; et celle-ci est d’autant plus particulière, qu’elle est exécutée par une femme. On constate alors que la frénésie aérostatique n’a pas mis bien longtemps avant de contaminer également la gent féminine, dont le premier vol effectué par une femme se déroule 7 ans seulement après l’invention des ballons. Ce jour là il s’agit donc d’un véritable événement touchant tous les publics, une ascension étant toujours un fait extraordinaire aux yeux des gens de l’époque de par sa nouveauté et de par les risques qu’elle représente. L’article du 16 septembre 1817 du Journal de Nantes et de la Loire Inférieure, affirme même qu’un « voyage entrepris par l’homme au milieu des airs, offre un spectacle aussi imposant que propre à exciter l’attention du savant et l’admiration de l’observateur ».

Mme Blanchard connaît déjà à l’époque une certaine renommée, du fait de la réussite qu’elle a connu lors de ses 52 ascensions précédentes. Il s’agit de l’une des premières aéronautes européennes; elle a fait ses preuves depuis longtemps et a su démontrer l’étendue de ses talents à de nombreuses reprises. Du fait de sa renommée, le maire de Nantes a décidé d’annuler l’ascension de Jean-Baptiste Garnerin initialement prévue ce jour-là. Afin qu’il puisse faire voler sa fille Elisa, âgée seulement de 14 ans, la municipalité nantaise lui avait pourtant mis à disposition un local de 30 mètres, avant de se rétracter en apprenant l’arrivée inopinée de Mme Blanchard, montrant ainsi que la concurrence entre les différents aéronautes avait déjà commencé. C’est avec son mari Jean-Pierre Blanchard (1753-1809) qu’elle avait inauguré le premier voyage de noces à bord d’un ballon à hydrogène en 1804, année de leur mariage. Son époux
qui avait déjà fait une ascension remarquée en janvier 1800 à Nantes, décédera en 1809 en plein vol suite à une attaque d’apoplexie ; afin de lui rendre hommage, elle décide de perpétuer son oeuvre et exécute à son tour des ascensions dans toute l’Europe.

La maîtrise des airs n’ayant plus aucun secret pour elle, cette femme se permet de réaliser à chaque fois des ascensions mémorables, ce qui explique tout l’intérêt que lui suscite la ville de Nantes et l’enthousiasme qu’elle soulève auprès des habitants. C’est d’ailleurs pour répondre à cette grande popularité que Mme Blanchard a désiré réaliser une ascension dans un cadre bien spécifique ; elle a en effet souhaité que les gains engrangés avec la vente des billets pour assister aux spectacles soient reversés aux indigents de la ville. Ainsi, la recette occasionnée par cet événement sera divisée en deux parts égales, une moitié pour Mme Blanchard et l’autre pour les indigents. Le maire en accord avec cette proposition, a fait circuler à plusieurs reprises des demandes aux habitants de la ville, les encourageant à contribuer à cette noble action. Une affiche est également placardée un peu partout en ville, présentant les différents articles du règlement de police établis le 19 septembre, suite à l’accord donné par le maire pour l’ascension de Mme Blanchard.


Dès le 15 septembre, l’aérostat de Mme Blanchard de 20 pieds de diamètre et dont la pesanteur, ballon et nacelle compris, n’est que de 52 livres, est exposé dans le Cirque du Chapeau Rouge, afin que chacun puisse venir l’observer à sa guise. De même, la veille de la fête, il a été proposé aux personnes ayant acheté un billet, de pouvoir assister aux étapes préparatoires du gonflement du ballon. Ainsi, une ascension, bien que suscitant un joli spectacle, n’en reste pas moins dans l’esprit des gens une attraction relevant du domaine scientifique et intéressant bien au-delà du niveau festif. Le 21 septembre à 2h de l’après-midi, on aurait dit que toute la population nantaise s’était donnée rendez-vous ce jour-là pour assister à cet évènement majeur pour la ville. Ainsi, l’article du 22 septembre indique qu’une immense foule se dirigeait du côté de Chantenay, tandis qu’une innombrable quantité de petites embarcations recouvrait la Loire et que sur l’autre rive se trouvaient toutes les populations des campagnes circonvoisines ; cette fête avait donc attisé la curiosité de tous, créant alors un véritable évènement à ne manquer sous aucun prétexte. A 4h, l’impatience de tous les spectateurs envahissant les hauteurs alentours était à son comble et il ne leur fallut attendre que jusqu’à 5h pour voir cette fameuse ascension, puisque les préparatifs d’extraction du gaz hydrogène avait déjà été effectués la veille en présence du public. A 4h55, tout était prêt, la gondole attachée au ballon rempli de gaz accueillit alors Mme Blanchard qui éleva avec intrépidité son aérostat dans les airs. Pendant qu’elle saluait la foule avec son drapeau blanc, et que celle-ci lui répondait en criant « Vive le Roi », la musique de la légion se faisait entendre, jouant des marches militaires. Ce n’est que vers 5h45 que le public ne parvint plus à distinguer ni l’aéronaute ni sa gondole, mais seulement le ballon qui se dirigeait vers l’ouest soumis alors aux différents courants d’air. Si le voyage se passa sans incident aucun, il n’en fût pas de même pour la descente qui réserva quelques surprises à l’intrépide aéronaute. En effet, vers 6h et alors à 4 lieues de Nantes, Mme Blanchard manoeuvra son ballon afin d’atterrir dans une prairie située entre Couëron et Saint Etienne de Montluc ; cependant, en s’approchant, elle comprit qu’il s’agissait d’une zone marécageuse. Une corde alors attachée à sa nacelle l’empêchât de relever son ballon, ce qui l’entraina inexorablement dans un arbre auquel elle resta accrochée. Sous l’action du vent, le ballon tomba sur le côté. Plusieurs personnes ayant suivi le trajet effectué par l’aéronaute, arrivèrent alors juste à temps pour pouvoir extirper Mme Blanchard de cette position délicate ; elle repartit peu de temps après pour Nantes, où la fête occasionnée par l’ascension s’était poursuivie depuis le départ de l’aéronaute.

 

Le bordereau de dépenses et de recettes faites à l’ascension de Mme Blanchard du Dimanche 20 septembre 1817. Source : Archives Municipales de Nantes, I1C48D2


Le bordereau de dépenses et de recettes du 20 septembre 1817 indique que les recettes de la fête se sont montées à 2790,15 francs, tandis que les dépenses sont allées jusqu’à 2341.76 francs ; Mme Blanchard a alors touché 2024.19 francs, dont 1800 pour les frais et 224,19 pour elle, tout comme les indigents de la ville. Le recensement des billets imprimés indique qu’il en a été vendu 3050 pour l’entrée et 2000 pour l’enceinte. La déception de la municipalité fut grande, espérant une recette bien plus conséquente en raison de la grande renommée de Mme Blanchard. En réalité, la présence trop faible du public au sein de l’enceinte payante peut facilement s’expliquer ; les spectateurs n’ont pas jugé utile de dépenser de l’argent alors qu’ils pouvaient tout simplement observer le ballon depuis les quatre coins de la ville et d’autre part, on peut également penser que les ascensions n’étant déjà plus une nouveauté pour l’époque, un certain lassement commençait à se faire sentir auprès du public.


SOURCES


I1C48D2 ASCENSION DE MME BLANCHARD 21 SEPTEMBRE 1817
Lettre du 13 septembre 1817 : accord de Durand-Gasselin pour se servir du Chantier de Crucy
Lettre du 19 septembre 1817 : règlement de police
Bordereau de dépenses et de recettes du 20 septembre 1817


20PRES9
Journal de Nantes et de la Loire Inférieure


Article du 7 septembre 1817
Article du 13 septembre 1817


Article du 16 septembre 1817

Un voyage entrepris par l’homme au milieu des airs, offre un spectacle aussi imposant que propre à exciter l’attention du savants et l’admiration due l’observateur. Mme Blanchard s’est placée par ses brillantes expériences au premier rang des aéronautes qui ont distingué notre siècle. Si toutes les villes où elle parut ont été étonnées de son intrépidité, si toutes les sociétés éclairées ont rendues à ses talents le tribut qu’ils méritaient, elle leur a particulièrement prouvé sa reconnaissance par le produit de la recette de l’ascension destiné à secourir les indigents de la ville. Le maire est convaincu que ses concitoyens à la bienfaisance desquels le malheur a toujours eu droit, aimeront à concourir à une bonne action en souscrivant pour l’expérience projetée. Il est persuadé aussi que les dames de la cité, qui ont sans cesse été jalouses d’adoucir les muses de l’infortune, se plairont à l’embellir de leur présence. Multiples dépôts ont été établis avant le jour de l’ascension pour faciliter l’achat de billets au public. De plus, ceux ayant des billets pourront assister aux travaux préparatoires la vielle de l’ascension, sans payer aucune rétribution.


Article du 19 septembre 1817, n°1435
Ascension aérostatique de Mme Blanchard. Règlement de police : extrait des registres de la marie du 19 septembre 1817.
La mairie de Nantes, ayant accepté la proposition de Mme Blanchard, aéronaute, de donner le 21 septembre une ascension aérostatique au profit des pauvres, ses frais prélevés ; en voulant protéger une si louable attention, qui allie à la fois plaisir et bienfaisance, et que seconderont sans doute avec plaisir les habitants de la ville, et pour prescrire les mesures de police qui doivent maintenir le bon ordre et assurer la tranquillité publique et la sureté publique, tant dans cette grande réunion, que dans l’intérieur de la ville. Article 1er : le lieu est fixé sur le Chantier de M. Crucy, d’après le consentement du propriétaire ; article 2 : le prix des billets est fixé à un franc, et ceux de l’enceinte à 1,50 francs, tandis que la location des chaises se fait pour 20 centimes ; article 3 : une force armée de 100 hommes sera présente, placée dès midi, et qui veillera à la fois à l’ordre dans la ville, aux préparatifs du ballon, au respect des places attribuées ; article 6 : une patrouille surveillera les maisons. Signé Lévesque.


Article du 20 septembre 1817 n°1436
Article du 22 septembre 1817 n°1438


LIVRES
BGin8°1046
Les Bretons et l’aéronautique des origines à 1939, LE ROY Thierry, Les PUR (presses universitaires de Rennes), Rennes, 2002.


> Ascension de Kirsh et Guérin


Le XIXe siècle est marqué par de nombreux évènements festifs, auxquels il n’est pas rare qu’une ascension aérostatique ne prenne part. Vers le milieu du siècle, un aéronaute se fait particulièrement remarquer à Nantes pour ses multiples péripéties lors d’ascensions inoubliables ; il s’agit de M. Kirsh, un ancien sous-officier qui a l’habitude de transformer ses ascensions en véritables spectacles de foire.


Très demandé par la ville, il exécuta dans un premier temps une ascension couronnée de succès comme l’explique l’Article du 3 juillet 1843 du journal Le Breton. Afin d’attirer la foule, de nombreuses affiches avaient été placardées un peu partout en ville. L’ascension de déroula au Chantier de M. Chauveau, quai de la Fosse. Si la fête se passa admirablement bien, on put cependant regretter que le public ne soit resté posté derrière l’enceinte, ne profitant pas alors pleinement de l’évènement. M. Kirsh, comme tout autre aéronaute, a d’abord commencé par lancer un ballon d’essai vers 6h du soir, afin de connaître la direction des vents. Vers 7h20, l’aéronaute prit enfin place dans sa nacelle et s’éleva à bord de son immense ballon à une forte grande hauteur. M. Kirsh, un drapeau à la main, salua la foule depuis sa nacelle ; puis lorsqu’il atteignit une certaine altitude ne permettant plus aux spectateurs de le voir, il lança des objets qui attestaient combien il était maitre de sa position, à savoir tranquille et confiant alors qu’il se tenait dans une frêle embarcation. Le journal parle de lui comme d’un navigateur hardi qui a réussi à mener une course heureuse et triomphante, durant l’espace de quelques minutes, ravissant alors le public présent.


Suite au succès de cette ascension, le nom de M. Kirsh fut à juste titre reconnu dans toute la ville, ce qui expliqua pourquoi une immense foule de curieux décida d’assister à son ascension suivante. Celle-ci devait se tenir le 9 juillet 1843 et avait rassemblé d’après le journal Le Breton dans son article du 10 juillet 1843, d’une part les pensionnaires de collège, des élèves avides d’apprendre tout en s’amusant, et d’autre part les amateurs, les hommes de science et d’expérience, répartis en petit groupe un peu partout à l’intérieur du Chantier de M. Chauveau d’où devait décoller l’immense aérostat. Cet article dépeint alors avec minutie et force détails les manières pittoresques auxquelles certains des nombreux spectateurs eurent recours afin d’être le mieux placé pour pouvoir assister à cette expédition aérienne si attendue. Ainsi, ce fut au niveau de la Loire envahie par une foule de bateaux, où toute une multitude de mousses jouaient des pieds et des mains, que l’on a pu observer de véritables acrobaties plus rocambolesques les unes que les autres, montrant là à quel point une aérostation était à l’époque un évènement à ne manquer sous aucun prétexte. Mais tous ces efforts furent d’autant plus amusants qu’ils furent vains, l’ascension ayant dû être reportée à une date ultérieure. Le public put néanmoins assister au lancement habituel du petit ballon d’essai, puis au déclenchement de la flamme sous l’aérostat et enfin au gonflement du ballon sous l’action du gaz. Mais le spectacle s’arrêta là alors qu’il ne restait plus que quelques dispositions à prendre; en effet, une averse empêcha la suite des opérations, versant des torrents d’eau sur l’aérostat et les spectateurs, les privant du beau spectacle qu’on leur avait promis. M. Kirsh, victime tout autant que le public des intempéries, proposa alors de retenter sous peu une nouvelle ascension.


Puis vint probablement l’une des ascensions les plus spectaculaires et les plus mémorables qui aient été données d’exister à Nantes. En effet, afin de compenser l’échec du précédent envol, M. Kirsh organisa une nouvelle fête avec l’accord du maire. Cependant, celle-ci non plus ne se passa pas comme prévue. Elle connut d’ailleurs un tel retentissement qu’elle fut ensuite publiée dans de nombreux journaux, y compris à l’étranger. Le temps, tout comme la réputation de M. Kirsh, incitèrent le plus grand nombre à venir assister à cette ascension; tous s’étaient massés près du Chantier Chauveau comme les précédentes fois, pour suivre les préparatifs de cet évènement. Ainsi que le relate l’article du 17 juillet 1843 du journal Le Breton, la foule était répandue un peu partout, aussi bien dans ou autour de l’enceinte, que nichée au niveau des fenêtres de maisons voire accrochée aux mâts des bateaux. Le public impatient, eut plus que jamais l’occasion de satisfaire amplement sa curiosité et son avidité d’assister à un spectacle inoubliable.


Les péripéties commencèrent dès la préparation du ballon ; gêné par un fort vent, l’aérostat peinait à se gonfler et le gaz qui se propageait à l’intérieur fit un trou dans son enveloppe ; toutefois ce contretemps resta bénin contrairement à l’inflammation des parties basses de l’enveloppe. Plus tard, alors que nombre d’hommes essayaient de maintenir tant bien que mal le ballon au sol par les cordages, certains d’entre eux impressionnés par la puissance du gaz préférèrent relâcher le ballon alors tendu à point, de peur d’être entrainés dans les airs malgré eux. Cela eut pour incidence de faire augmenter l’impulsion de gaz du ballon. De plus, un énorme trou était apparu dans la toile du ballon quelques instants auparavant, provoqué par la chute d’un homme. Malgré tous ces multiples incidents et après avoir constaté qu’aucun risque ne pouvait être encouru, M. Kirsh resta fermement décidé à effectuer son ascension. Au sol se trouvaient de nombreux cordages ainsi qu’une corde de sauvetage de 20 à 25 mètres de long se terminant en grappin, ce matériel étant nécessaire afin de maintenir au mieux le ballon avant son décollage.


Ce ballon est présenté par l’article du 18 juillet 1843 du journal National de l’Ouest comme appartenant à l’ancien système aérostatique, auquel la plupart des aéronautes ont renoncé suite aux récentes découvertes scientifiques permettant le perfectionnement des ballons. L’article nous explique que celui de M. Kirsh est en réalité une montgolfière, c’est-à-dire un ballon ouvert marchant avec de l’air raréfié, donc ne lui permettant pas de s’élever à une grande hauteur. Ce genre d’aérostat est justement délaissé depuis peu, car il présente des risques non négligeables lors de l’atterrissage et est considéré comme un système présentant de nombreuses imperfections.


Le vent de plus en plus fort faisait maintenant basculer le ballon tantôt à gauche tantôt à droite, le faisant décrire une demi-circonférence, provoquant alors la rupture de la corde qui servait à le garder immobile entre les deux mâts qui avaient été montés à cette occasion. Le public voyant le ballon se coucher au sol, craignit alors que le ballon ne puisse prendre son envol et que l’évènement ne soit encore reporté. Mais alors que les hommes retenaient toujours le ballon au sol et que M. Kirsh n’avait toujours pas pris place à bord de la nacelle, l’aérostat poussé par une force incontrôlable, se libéra et triompha des efforts des hommes qui le retenaient; alors une force insurmontable fit lever rapidement le ballon et entraîna avec lui le matériel qui le retenait jusque là captif. C’est alors que le grappin de la corde de sauvetage pris dans le même mouvement, accrocha le pantalon d’un garçon de 13 ans ; celui-ci n’était alors retenu que par sa ceinture et M. Kirsh voyant la scène, se précipita en vain pour le détacher.


Le ballon prit très rapidement de la hauteur ; le public situé en dehors de l’enceinte et n’ayant rien vu de l’incident, applaudit avec enthousiasme l’envol tant attendu jusqu’à ce qu’il s’aperçût qu’un jeune garçon était suspendu dans les airs. A la vue de ce spectacle tout à fait inattendu, la surprise et la peur gagna petit à petit la foule. Le seul qui manifestement gardait son sang-froid n’était autre que le jeune garçon, nommé Jean Guérin ; il s’agissait d’un apprenti charron, appartenant à une honnête famille de journaliers jardiniers. Lui aussi animé par la curiosité de suivre l’ascension de M. Kirsh, n’avait pu résisté et était allé sur la promenade de la Fosse pour suivre cet envol en tant que spectateur, sans savoir alors qu’il en serait le principal protagoniste. C’est en répondant à la demande de renfort de plusieurs aides de l’aérostier, que le jeune Guérin se retrouva lui aussi à essayer de maintenir le ballon. Arrivé à la hauteur des arbres et comprenant rapidement la situation dangereuse dans laquelle il se trouvait, il eut la présence d’esprit d’attraper le cordage avec ses deux mains, afin de s’établir dans une position verticale et donc plus commode. Il effectua alors involontairement un voyage aérien où il côtoya les nuages, bénéficiant bien d’une vue imprenable sur le coucher de soleil.


Restés au sol, les spectateurs étaient partagés à la vue de ce spectacle plus que surprenant. Certains pensaient même qu’il s’agissait en réalité d’une surprise réservée par M. Kirsh, afin de surprendre le public et lui provoquer une vive émotion ; d’autres affirmaient que l’homme qui se trouvait accroché au ballon n’était autre qu’un aéronaute doublé d’un acrobate ; enfin, une troisième catégorie comprenant elle la situation, suivait la scène avec attention, dans un mélange de curiosité et d’anxiété.
Les autorités publiques de la ville quant à elles, se dirigèrent rapidement vers le point présumé de la chute de l’aérostat ; celui-ci déposa d’ailleurs tranquillement le jeune et courageux garçon dans un pré-jardin voisin, avant que l’un des aides de M. Kirsh ne l’aidât à s’extirper de cette embarcation aérienne. Malgré pourtant un voyage si périlleux, il est étonnant de constater que le jeune Guérin s’en sortit indemne, ne présentant aucune égratignure et étant à peine ému, déclarant seulement quand on lui proposa de prendre de l’eau-de-vie pour se remettre de cette expérience bouleversante : « Je n’en ai pas besoin, je m’en vas retourner chez ma mère, car elle serait inquiète ».
Le journal National de l’Ouest présente dans son article du 18 juillet 1843 la déclaration d’un médecin qui s’est occupé du jeune Guérin, et qui rapporte ses propos après ses exploits de la veille. Celui-ci, agrippé par le grappin, crut dans un premier temps n’avoir seulement que heurter le pied d’un individu. Puis lorsqu’il s’aperçut qu’il était entrainé dans les airs, il pensa en premier lieu, à adresser une prière à Dieu, pour qu’il prenne soin de sa petite soeur et de sa famille. Même s’il a fait preuve d’un remarquable sang-froid, le jeune garçon a dans un premier temps appelé instinctivement à son secours sa mère. Ses cris perdurèrent tout au long de son voyage même si l’altitude à laquelle il se trouvait, l’empêchait d’être entendu par quiconque. Ayant pourtant bien conscience de la situation périlleuse dans laquelle il se trouvait, il affirma toutefois n’avoir été pris ni de vertiges ni d’éblouissements, malgré la distance grandissante qui le séparait du sol. En réalité, il déclara qu’il craignait davantage de tomber sur une maison ou dans la Loire, mais il n’avait pas songé un instant qu’il risquait de mourir. La foule en dessous de lui, lui apparaissait telle une fourmilière ; les maisons avaient la grosseur de son doigt et petit à petit, il pouvait embrasser d’un seul coup d’oeil la totalité de la ville de Nantes.


Son ascension ne fut pas de tout repos ; craignant que son pantalon auquel le grappin était accroché ne cédât, le jeune Guérin eut l’intelligence de se servir de la force de ses poignets, et manoeuvra habilement afin de pouvoir rester solidement accroché au ballon. On peut saluer la vivacité d’esprit du garçon, car sans cette manoeuvre habile, il n’aurait pas effectué le voyage jusqu’au bout comme le laissait présager l’état de son pantalon. Puis, voyant le ballon se ramollir, le jeune apprenti charron reprit du courage en comprenant que sa délivrance allait bientôt arriver; cependant, la descente s’annonçait encore périlleuse, le ballon se mettant alors à tourner sur lui-même. Mais ce n’est qu’au terme de son voyage, lorsqu’il vit qu’il se rapprochait d’une prairie, qu’il commença à éprouver des craintes; et voyant alors pour la première fois des personnes en mesure de l’entendre, il leur cria « A moi, mes amis ! Sauvez-moi, je suis perdu ! ». Il fut ainsi reçu dans les bras de deux hommes accourus à son secours. Le médecin, alors présent, affirma que le pouls du petit accusait 93 pulsations à la minute, mais qu’honnêtement, il ne présentait véritablement aucune expression d’angoisse ou de frayeur; il semblait au contraire se trouver dans un état le plus ordinaire possible, comme s’il n’avait jamais vécu cette épreuve. L’article précise qu’il ne présentait ni contusion, ni aucune douleur, mais « seulement une légère brûlure de quelques millimètres sur le pied gauche produite par une étincelle de paille enflammée à l’alcool ». En réalité, ce n’est que la nuit suivante que l’enfant présenta les réactions tant attendues, telle que de la fièvre, lorsqu’il s’imagina être encore à bord de ce fameux ballon. Cependant, après avoir vécu un évènement si incroyable, tous n’hésitèrent pas à saluer le courage et le sang froid du jeune Guérin aux qualités si étonnantes pour un garçon d’à peine 13 ans dans des circonstances aussi rocambolesques qui feront l’objet d’une chanson mélodramatique. (voir Article Ascension de M. Kirsh sans M. kirsh, Source : Musée Dobrée).
Cet évènement si particulier et sensationnel, et qui aurait pu vraisemblablement déboucher sur un drame, restera ainsi gravé dans la mémoire des gens qui ont eu la chance d’y assister et reste depuis l’un des évènements majeurs qu’a pu connaître jusqu’à ce jour l’aérostat. L’article du National de l’Ouest écrit même « tels sont les détails circonstanciés de cet évènement, dont les résultats ont menacé de devenir si horribles, le seul et l’unique probablement dans l’histoire des aérostats de tout temps ». Cet accident, associés aux multiples impératifs que connut M. Kirsh pour pratiquement chacune de ses ascensions, eut raison de sa réputation. En effet, les autorités policières lasses de son manque de professionnalisme et trop inquiètes pour la sécurité de la population, demandèrent au maire de lui interdire à l’avenir toute expérience sur le sol nantais. M. Kirsh, profondément offensé par ce manque de confiance, disait se désoler pour les personnes « privées du plaisir de voir sa dernière expérience ». Une telle décision, venant d’une aussi haute autorité que peut l’être un maire n’est pas sans conséquence sur la réputation d’une célébrité telle que l’était Kirsh, cependant le commissaire de police maintint sa décision déclarant que ses ascensions « étaient toujours sujettes à d’immenses dangers pour l’aéronaute » et qu’il voyait avec « inquiétude ces expériences tentées par des hommes aussi peu sûrs de leurs moyens d’exécution que parait l’être le sieur Kirsh ». Malgré l’opinion défavorable qu’eurent les autorités de la ville sur cet aéronaute, cela ne le priva pas de l’honneur d’avoir effectué l’ascension la plus retentissante de l’histoire aéronautique nantaise.


SOURCES


16PRESSE6
Journal National de l’Ouest
Article du 3 juillet
L’expérience aérostatique que M. Kirsh a faite hier a été favorisée par un temps magnifique. Le ballon d’essai a été lancé du chantier Chauveau à 6h, du soir, et le ballon portant la nacelle dans laquelle M. Kirsh était placé est parti à 7h. Après avoir majestueusement parcouru les airs pendant quelques instants, le ballon s’est abattu sur le pont de la Madeleine, où chacun s’est empressé de donner à l’aéronaute l’assistance que la situation réclamait. Aucun accident n’est venu contrarier cette ascension que M. Kirsh se propose de renouveler dans peu de jours. M. Kirsh s’est élevé à 2200 mètres. Il manquait d’air, les vents étaient extrêmement calmes : c’est là la cause de la brièveté de ce voyage aérien.
Article du 10 juillet
Une pluie battante, une pluie d’orage, suite au mauvais temps qu’il avait fait toute la journée, est tombée hier au soir au moment où M. Kirsh préparait son ascension, et s’est prolongée pendant assez longtemps : le ballon d’essai était lancé, celui qui devait porter l’aéronaute était gonflé ; mais il y avait danger, et nombre d’assistants manifestaient des craintes quand M. Kirsh est venu annoncer que l’opération était remise. Les billets ont été remis aux spectateurs, et chacun s’est retiré comme il l’a pu.


Article du 18 juillet 1843
ASCENSION DU BALLON DE M.KIRSH SANS M.KIRSH ET EMPORTANT UN ENFANT


7PRESSE20
Journal Le Breton
Article du 29 avril 1843
Suivant le programme arrêté par M. le maire de Nantes, la fête du roi, célébrée dans cette ville après-demain, lundi, sera annoncée demain soir par une salve d’artillerie qui se renouvellera le lundi matin. Ce même jour, une distribution de pain sera faite aux familles indigentes. A la suite de la cérémonie religieuse, à 11h, une revue des troupes de la garnison et de la garde nationale sera passée sur le Cours. A la chute du jour, un aérostat sera lancé entre les deux cours et un feu d’artifice sera tiré sur le cours Saint André.


Article du 2 mai
La fête du roi a été célébrée hier suivant les dispositions du programme. Divers jeux, plusieurs aérostats lancés avec succès, et le feu d’artifice ont terminé la fête du 1er mai. Malgré la pluie, l’affluence était immense sur les deux cours.


Article du 3 juillet 1843
M. Kirsh a fait hier dimanche, une ascension aérostatique, qui a été couronnée d’un plein succès. Des le matin, des affiches placardées en grande nombre par toute la ville, invitent la foule à se porter au chantier de M. Chauveau, quai de la Fosse, 98. La foule a répondu à cet appel, mais en se tenant trop discrètement en dehors de l’enceinte indiquée, et s’est groupée partout où le temps le plus serein l’avait convié à la promenade. A 6h du soir, un ballon d’essai a été lancé pour connaître la direction que suivrait celui monté par M. Kirsh. Ce ballon s’est dirigé vers la commune de saint Sébastien, et est allé tomber près de l’Ile Héron. On a aussitôt fait les dispositions nécessaires pour le départ de l’aéronaute, et bientôt à 7h20 minutes, M. Kirsh est monté dans sa nacelle, et s’est élevé, à l’aide
d’un immense ballon, à une forte grande hauteur. Il a été facile à tous les curieux de voir ce hardi navigateur debout, dans sa nacelle, saluer la foule un drapeau à la main ; ensuite lorsque la distance ne le permettait guère d’apercevoir ses mouvements, des objets étaient lancés qui attestaient combien il était maître de sa position, tranquille et confiant, dans le frêle esquif auquel il avait confié sa vie. Enfin, après une course heureuse, et triomphante de quelques minutes, M. Kirsh est descendu graduellement et a mis pieds à terre sur la chaussée de la Madeleine, vis-à-vis la cour Bataille-Webert, où une voiture, partie en même temps que lui du chantier Chauveau, est arrivée à point pour le recevoir à son débarquement et le ramener au lieu de départ.


Article du 5 juillet
Chronique de Nantes
Quelques personnes qui, dimanche dernier, ont suivi avec attention l’ascension aérostatique de M. Kirsh, sont persuadés que cet intrépide aéronaute ne s’est pas élevé à une hauteur moindre que 2000 mètres. Malgré cette élévation, le calme complet de l’atmosphère joint à l’influence de la marée descendante n’a pas permis au ballon de fournir une longue carrière, et le point de descente s’est trouvé ainsi fort rapproché du point de départ ; mais ce fait n’était qu’une bonne fortune de plus pour le nombreux public qui suivait la course aérienne de M. Kirsh et qui a pu de la sorte en observer les deux phases extrêmes. Une des particularités du système aérostatique de M. Kirsh, c’est qu’il n’emploie pas, comme Montgolfier, que de l’air dilaté pour se soutenir dans la région des nuages ; mais usant d’un procédé plus énergique pour raréfier l‘air de son aérostat, il abandonne à terre son foyer, et partant sans moyen de prolonger la dilatation de cet air, il est forcé de descendre à mesure qu’un abaissement de température sous l‘enveloppe de son ballon rétablit l’équilibre entre l’air dilaté et l’air atmosphérique. Ces explications nous ont paru nécessaires pour les personnes qui, remarquant l’absence de feu dans le ballon de M. Kirsh, auraient été portés à le croire gonflé de gaz hydrogène. Avec le gaz on peu il est vrai, prolonger à peu près à volonté son séjour dans les hautes régions de l’atmosphère, mais ce procédé fort dispendieux, utile seulement aux observations de la science n’est point nécessaire pour une simple récréation physique. Le bon marché des procédés doit être la principale condition du programme d’un spectacle, qui se passent en en grande partie en plein air, n’attire en spectateurs payants, que le petit nombre d’amateurs qui prennent leurs billets au bureau pour suivre de près les détails curieux de l’opération du gonflement de l’aérostat par les procédés nouveaux inventés par M. Kirsh, et à l’aide desquels, il obtient sous le tissu de son ballon une température de plus de 102 degrés centigrades, c’est-à-dire supérieure à celle de l’eau bouillante. M. Kirsh prépare pour dimanche prochain, toujours quai de la Fosse, 98, une nouvelle ascension. Nous désirons que les observations qui précèdent lui attirent un aussi grand nombre de spectateurs, non gratuits, que le méritent et son intrépidité et les procédés ingénieux de son aérostation.


Article du 10 juillet
Le mauvais temps a empêché et contrarié l’ascension de M. Kirsh hier. Comme le dimanche précédent, une immense affluence de curieux encombrait la promenade et la chaussé de la fosse. La rive gauche de la Loire était également garnie de monde ; les navires ancrés au port offraient un coup d’oeil pittoresque ; au milieu d’une forêt de mats et de cordages entremêlés on voyait s’ébahir joyeusement toute une population de mousses. L’émulation active s’était emparée de ces jeunes têtes, c’était à qui feraient les plus périlleuses gambades. Ici, suspendu à un cordage, l’un traversait d’un mât à un autre avec autant d’agilité qu’un écureuil fuit de branche l’enfant qui s’est mis à sa poursuite ; là c’est une scène de pugilat, un assaut de hautban, par un prétendant placé contre les premiers occupants. L’intrépide assaillant tient bon; les cinq possesseurs du hautban défendent comme une propriété, comme un domicile le siège, où ils ont résolu de voir lancer l’aérostat: assiégeants, assiégés sont aussi animés, aussi disposés à vaincre, de là efforts sans cesse renouvelés de part et d’autre. La victoire est incertaine…..mais ô fortune, soit force, soit ruse, soit adresse, la tête de l’assiégeant surgit à la hauteur des assiégés, le hautban est franchi par lui, son pied même foule en vainqueur l’épaule d’un adversaire et s’en sert et s’en sert comme d’un marche pied ; il grimpe, il grimpe encore, et parvenu
au sommet du mât, il tire de la poche de sa veste un foulard en coton, qu’il arbore en pavillon. Le triomphe est complet.
Dans l’intérieur du chantier Chauveau, autour de l’immense aérostat qui va incessamment déployer sa vaste circonférence, sont venus s’assoir des pensionnats de jeunes demoiselles, des collégiens, des élèves de toutes les institutions, avides de voir et de s’instruire en s’amusant ; groupés en divers endroits, devisent sur les voies et moyens du voyageur aérien pour s’élever, se maintenir et descendre à volonté. Cependant, l’heure a sonné, et fidèle à remplir son prospectus, M. Kirsh se dirige vers un angle du chantier Chauveau. Tous les regards l’y suivent. Un petit ballon d’essai est par lui lancé pour connaître la direction des vents de la région supérieure. C’est vers la commune de Bouguenais que ce premier aérostat est porté par la brise : immédiatement après, la flamme pétille sous la toile du grand aérostat, peu à peu le gaz qui s’y dégage, l’enfle, le développe, à la grande satisfaction générale. Tout se prépare pour un heureux succès. On remarque avec plaisir que l’enceinte payante est cette fois plus garnie que dimanche dernier. Les dames y sont plus nombreuses. Malheureusement, et lorsqu’il ne restait plus que quelques dispositions à prendre pour terminer le gonflement, une averse est survenue qui a versé des torrents d’eau sur l’aérostat et les spectateurs, que les parapluies ne garantissaient que très imparfaitement. Empêché par une force majeure d’opérer son ascension, M. Kirsh s’est fait la victime de ce contretemps ; il a déclaré au public qu’en sortant, des cartes seraient délivrés qui serviraient à une prochaine expérience ou que l’argent serait rendu à ceux qui l’exigeraient. Une telle conduite est un trait de probité, dont sans doute, à la première occasion que les nantais tiendront compte à M. Kirsh.


Article du 17 juillet 1843
L’ascension aérostatique de M. Kirsh avait fait enfin accourir un grand concours de curieux à l’intérieur du Chantier de Chauveau, quai de la Fosse, pour assister aux préparatifs du départ de l’aéronaute. Inutile de dire que la foule à l’extérieur se prolongeait le long de la promenade et replissait la Chaussée de la Fosse. La curiosité générale était éveillée au plus haut degré ; le temps fournissait cette disposition, et chacun éprouvant le besoin après tant de jours de pluie, de jouir d’un rayon de soleil et de garder sa bienfaisante chaleur. Des groupes nombreux à 6h du soir stationnaient sur tous les points de la ville et alentours, impatients de voir le ballon et son intrépide voyageur. Les fenêtres des maisons, les mansardes, les toits étaient à l’égal des mats, peuplés de gens avides de voir la promenade aérienne de M. Kirsh. Dans le Chantier, le gonflement éprouvait quelques contrariétés d’une brise assez prononcée. Le feu à l’aide duquel on faisait dégager le gaz à l’intérieur de l’aérostat se communique à la toile et y fit un trou d’air, mais sans grand dommage. L’opération continuant, le ballon presque tendu à point, les hommes en grand nombre qui le retenaient par les cordages se sont un instant sentis maitrisés par la puissance du gaz ; ils ont craint d’être emportés dans les airs ; plusieurs ont cessé de tendre suffisamment d’un côté, et l’air passant en dessous a augmenté l’impulsion du gaz. Peu d’instants auparavant, un homme était tombé sur le ballon et y avait pratiqué un trou énorme ; malgré cet incident, M. Kirsh a décidé de faire son ascension, il avait confirmé au public sa résolution de monter dans la nacelle, même s’il a reconnu l’effet possible de cet accident. En dehors de l’aérostat, et y tenant cependant pour la réussite de l’ascension, divers cordages et la nacelle qu’ils allaient tenir suspendue, plus une corde de sauvetage terminée par un grappin dit araignée, gisaient sur le sol. La foule pour être à même de mieux voir se rapprochait du cercle. Tout à coup le ballon triompha des efforts de ceux qui le retenaient captif ; sa masse énorme s’ébranla, le mouvement se communique aux cordages et à la nacelle, dans laquelle n’est pas encore M. Kirsh. Tout marche ou plutôt tout est entrainé par une force insurmontable, lente d’abord, rapide ensuite. La corde de sauvetage, longue de 20 à 25 mètres, se prolongeant à terre au-delà du stationnement de multiples curieux, déplace à son tour le grappin qui le termine et involontairement un enfant de 13 ans est accroché à ce grappin par le genou. Son pantalon est frangé jusqu’à la ceinture, par laquelle il est retenue. M. Kirsh s’est jeté pour dégager l’enfant et n’a pu réussie. Déjà l’aérostat est à la hauteur des maisons les plus élevées ; la foule des mains au dehors, s’agite et voit se réaliser son impatient espoir ; mais bientôt la scène change, on aperçoit l’enfant suspendu par la ceinture. Il s’élève, on frémit, on s’alarme, les coeurs se serrent, la consternation devient générale. Mais au milieu de cette émotion, un seul individu garde sa présence d’esprit et son sang-froid. C’est le jeune Guérin, l’aéronaute improvisé. Il a vu son danger. A peine est-il à la hauteur des arbres du Chantier d’où il est parti avec le ballon qu’il a recours à la gymnastique ; cette science si naturellement pratiqués à son âge, si utile à toutes les pratiques de la vie. A l’aide d’un effort heureux et bien dirigé, il a saisi d’une main le cordage ; de l’autre il en fait autant. Sa position horizontale change promptement, elle devient plus verticale et plus commode. Ainsi cramponné à la corde, Guérin monte paisiblement avec l’aérostat, plane sur la Loire, traverse les airs, voit face à face les nuages et le magnifique spectacle d’un beau coucher de soleil. Ces diversions occupent son esprit et lui font oublier le danger qu’il aurait pu courir. D’un autre côté, la curiosité de ceux qui n’ont pas quitté la terre est fort en peine. C’est une surprise disent les uns, que M. Kirsh a ménagé à son public ; l’intrépide aéronaute n’a feint lui-même d’être en péril que pour lui procurer une émotion es plus dramatiques ; d’autres qui se croient mieux avisés, prétendent que c’est un compère de l’aéronaute ; mais les plus clairvoyants ne s’y trompent guère, et un intérêt général, mêlé d’anxiété, accompagne le pauvre enfant. Tout le monde court vers le point présumé de la chute de l’aérostat. Du Chantier Chauveau sont partis en grande hâte Monsieur le Préfet dans sa voiture, puis Monsieur Delaralde, commissaire en chef de police, suivi de monsieur Macé, chef des gardes de ville. Ils arrivent bientôt au pont des Recollets. Là, dans un pré-jardin voisin de la filature de Monsieur Guillemet, l’inoffensif aérostat dépose sans accident son jeune et courageux voyageur. C’est à qui prodiguera ses soins à l’enfant. Une des aides de Kirsh qui étaient accourus à perdre haleine, seconda avec habileté le désengagement de l’enfant, l’enlève dans ses bras, et le transporte dans une maison voisine. On lui offre du vin, de l’eau de vie pour le remettre. « J’en ai pas besoin, répond tranquillement l’enfant, à peine ému ; je m’en retourne chez ma mère, marchande de légumes sur les Hauts Pavés, car elle serait inquiétée. » M. le Préfet avec le Docteur Lubaudière a fait monter l’enfant dans sa voiture, et tous trois traversèrent des flots de curieux qu’ils rassurèrent.


Article du mercredi 26 juillet
Demain 27 juillet, M. Kirsh se propose de faire une 3e ascension aérostatique. Cette fois toutes les précautions seront prises pour qu’il n’arrive aucun accident. Nous désirons d’autant plus que le public se porte avec empressement au chantier Chauveau que cette ascension aura lieu au bénéfice du jeune Guérin.


Article du 2 août
L’ascension de M .Kirsh a bénéficié du plus beau temps qu’il puisse y avoir ; l’aéronaute n’a fait que traverser la Loire, sans être inquiété dans sa marche par le vent, ni poussé sur aucune terre inhospitalière, c’est à dire qu’il a mis pied a terre sans accident.


Article du samedi 12 août
M. Kirsh, aéronaute, se propose de faire une ascension, pour sa clôture définitive, à l’occasion du passage de LL.AA.RR. Elle aura lieu lundi 14 août, si le temps le permet, dans le même local que les précédentes fois, au chantier Chauveau, sur la fosse. M. Kirsh doit lancer en même temps que sa montgolfière, deux petits ballons en baudruche, gonflés au gaz hydrogène, précédés de son ballon avant coureur. Ce spectacle est de nature à piquer vivement la curiosité publique.


I1C48D4
Courrier du commissaire en chef Larralde au maire de Nantes, 1er août 1843.


> Voyage du "Stella"


Depuis que l’aérostation est en vogue, il ne se passe pas une fête du 14 juillet sans une ascension. Ainsi, chaque année la population nantaise peut assister entre autre à une retraite aux flambeaux, une revue, des illuminations, des feux d’artifice, et bien entendu l’envol d’un ballon. L’une des plus fameuses ascensions qui ait été donnée lors de la fête nationale eut lieu du 14 au 15 juillet en 1900. Cette année-là connut une ascension particulière puisqu’elle s’est déroulée sur deux jours consécutifs. Il s’agit d’une expédition aérostatique à but scientifique effectuée dans un aérostat du nom de Stella de 2000 mètres cubes, à laquelle a pris part quatre personnes. Parmi elles se trouvaient notamment Auguste Nicoleau (membre de l’Académie d’Aérostation Météorologique de France), ce ballonnier nantais fut passionné par l’aérostation depuis sa première ascension effectuée à Nantes en 1886 en compagnie de Boudin et d’Eugène Godard fils. Il présentait l’avantage non négligeable de demander au maire des frais moins élevés que ses confrères aéronautes, lui permettant d’effectuer de nombreuses ascensions dans sa ville. Pour faire voler deux à trois ballons, il ne demandait en effet que la somme de 300 francs. En 1893, alors en possession de son propre aérostat, il souhaita réaliser une ascension en solitaire lors de la fête du 14 juillet, mais des conditions météorologiques l’en empêchèrent. Il déclara alors l’année suivante dans une lettre datée du 11 mai 1894 être bien décidé à renouveler l’opération en effectuant cette fois un voyage mémorable au cours duquel il se servirait « d’instruments de précision confiés par le directeur de l’Observatoire météorologique de la tour Saint-Jacques ». Quant à l’envol du Stella en 1900, Auguste Nicolleau fut accompagné de François Peyrey (rédacteur du Siècle), Francis Le Bihan (aide météorologique à l’Observatoire du Petit-Port), et Roger Girod (rédacteur au Phare de la Loire). Ces deux derniers, après cette expérience marquante, ont ensuite collaboré à l’écriture d’un petit livret, relatant chacun dans leur domaine, leurs observations, pour le premier d’ordre météorologiques et pour le second, d’ordre émotionnel. On recense également dans le chargement de la nacelle, des instruments de précision pour les observations météorologiques que Le Bihan a emmené avec lui, tout comme des pigeons voyageurs devant servir à transmettre des dépêches en cours de route pour que les aéronautes communiquent leurs impressions, mais également des questionnaires que les habitants spectateurs devaient remplir après le passage du ballon afin de permettre de retracer très précisément l’itinéraire du voyage. Ainsi, on sait que le ballon est parti de Nantes le 14 juillet à 5h30 du soir pour voler jusqu’au 15 juillet à 9h30 du matin, parcourant l’équivalent de 180 kilomètres, à travers la Loire-Inférieure, le Maine-et-Loire et les Deux-Sèvres.


L’article du 15 septembre 1900 du journal Le Populaire nous permet lui de connaître les détails des préparatifs précédents l’expédition aérienne. Ainsi, il nous apprend que cette année-là, l’ascension faillit ne pas avoir lieu. En effet, lors du gonflement du ballon Stella sur le cours de Saint André entrepris par le fameux aéronaute Nicolleau, une large déchirure se fit sur l’enveloppe de l’appareil. Même s’il fut difficile de remédier à ce problème inattendu, ce contretemps n’empêcha pas pour autant l’ascension du ballon. Ce n’est que vers 4h seulement que celui-ci, à demi-gonflé, commença à prendre forme, et vers 5h les quatre aéronautes y accrochèrent la nacelle. Un quart d’heure plus tard, afin d’étudier la direction du vent, des ballons d’essai furent lancés et indiquèrent un vent de Sud/Ouest assez propice. Nicolleau fut le dernier à monter à bord, après avoir vérifié une nouvelle fois toute son installation. C’est à 5h29, que s’éleva lentement mais majestueusement le ballon au son de la Fanfare de l’usine à Gaz jouant la Marseillaise, puis le Chant du Départ, accompagné par les acclamations d’une foule conquise. La force ascensionnelle peu importante à ce moment de la journée n’élevant l’appareil qu’à 300 mètres au plus, les spectateurs purent alors profiter du voyage du ballon pendant un long moment, avant de le voir disparaître dans la direction de la gare d’Orléans.


Le récit relaté par R. Girod et F. Le Bihan dans le livret Un voyage de la Stella, permet de connaître les détails et anecdotes de cette expédition et de faire vivre au lecteur cette expérience comme s’il y avait participé. En première partie, il retranscrit les impressions laissées par Girod. Cet ouvrage présente une carte retraçant le parcours des 4 aéronautes, ainsi que les différents questionnaires remplis par les personnes qui les ont trouvés, et offre également en seconde partie toutes les observations météorologiques effectuées par Le Bihan. La première partie quant à elle, est consacrée à la retranscription des impressions de R. Girod durant toute la durée du voyage. Ses notes ayant été écrites dès le 16 juillet, permettent de ressentir véritablement toutes les émotions et sensations qu’il a traversées lors de ce voyage aérien. Ses premières impressions après le départ, concernent les sensations qu’il éprouve vis-à-vis du paysage qu’il voit depuis la nacelle, il parle « de panorama gigantesque », et dit même « comme c’est tout petit cela, et quelle triste impression vous fait la terre vue d’en haut ». Il manifeste alors ce sentiment commun à tous les aéronautes, celui de la chance de jouir d’un tel spectacle, « nous nous regardons en souriant, et ce sourire en dit long ; la ville scintille au-dessous de nous, et nous sommes charmés ». Tous ceux qui ont eu l’opportunité d’effectuer des ascensions connaissent alors cette même sensation à la fois impressionnante et réjouissante, de dominer le monde, de constater que tout est petit ; Girod déclare que « tous les bourgs ont l’air de se trouver à quelques centaines de mètres les uns des autres ». Quant au ballon en lui-même, il explique que ce dernier conserve par moment un balancement très doux, pouvant être suivi soudainement d’une vibration nerveuse et saccadée qui n’est pas pour rassurer ses voyageurs.


Girod livre véritablement toutes les émotions qu’il ressent pendant ce voyage inoubliable, il montre une complète satisfaction à y avoir pris part. Tous quatre n’hésitent pas à écrire des messages tout au long du voyage pour retranscrire leur expédition afin que « tous les habitants de la terre sachent que nous sommes gais ». Cette ascension, même si elle sert à réaliser des observations météorologiques, est surtout l’occasion de bénéficier d’un spectacle sensationnel et unique en son genre, et d’être le témoin de choses dont le reste de la terre n’a pas accès; Girod évoque ainsi « une énorme lune, droit devant nous, couleur framboise, magnifique, toute ronde, qui nous sert de phare, au milieu d’un silence si majestueux que nous sommes presque troublés. C’est inoubliable, et je voudrais pouvoir dépeindre ce spectacle, mais il n’y a pas de mots pour cela ».
Ce transport aérien n’est cependant pas de tout repos et offre également quelques frayeurs à ces passagers. Ainsi, il leur arrive à plusieurs reprises d’être confrontés à des obstacles, telle une haie qu’ils frôlent de si près, qu’ils ont tous la certitude de la heurter ; en réalité, le fait de la toucher provoque au ballon un léger sursaut qui le fait remonter puis redescendre, provoquant alors une émotion palpitante aux aérostiers. Cependant, il existe également d’autres problèmes venant de l’enthousiasme un peu trop fort des habitants croisés en chemin. Girod parle ainsi du passage au-dessus de Melay, où des habitants un peu trop exaltés par l’arrivée d’un ballon, souhaitent que les aéronautes descendent les rejoindre pour boire un verre ; et pour cela, ils n’hésitent pas à empoigner la corde du guide-rope, obligeant alors le ballon à descendre vers le clocher du village, «un clocher qui nous parait aigu comme une aiguille et qui nous menace ; nous allons être embrochés». Plus tard, vers 2h30, dans les Deux Sèvres, les aéronautes connaissent d’autres problèmes (cette fois-ci à cause du manque de lest), qui maintient la nacelle à 10 centimètres du sol, mais qui pour autant ne laisse pas échapper ses occupants. Girod explique qu’il est « impossible de fouler cette terre que nous frôlons ». En effet, lorsque Le Bihan essaye de poser le pied à terre, la nacelle rebondit d’un coup, en raison de l’allègement du ballon, « nous sommes prisonniers sans espoir ».


Lorsque le ballon reprend de la hauteur jusqu’à voler à plus de 3000 mètres, le panorama qui s’offre aux quatre aérostiers se révèle à la fois majestueux et saisissant. Un somptueux spectacle à perte de vue et qui fait ainsi ressembler les arbres à des jouets et les maisons à des dés. « J’ai mal au coeur devant ce vide humble, affreux, immense, où nous sommes tous quatre comme de petits moucherons, de misérables petites loques suspendues par des ficelles grosses comme le doigt à une enveloppe de soir. Un souffle et il n’y aura plus rien, nous disparaîtrons ». La somptuosité du spectacle se conjugue ainsi avec un aspect plus effrayant, où chaque aéronaute a bien conscience de sa position, à la fois privilégiée mais également périlleuse ; cette combinaison d’émotions, si différentes mais si fortes, font alors tout le charme et l’attrait de ce voyage aérien.

Dans la seconde partie, divers témoignages d’habitants ayant trouvé les dépêches provenant des pigeons voyageurs, ont permis ainsi de pouvoir retracer dans le temps et dans l’espace l’itinéraire exact des aérostiers ; une carte a d’ailleurs été insérée dans le livret. D’autre part, ce livret a également été rédigé par Francis Le Bihan, pour la partie scientifique. Ayant emporté divers instruments, il a ainsi pu étudier au cours de ce voyage la vapeur d’eau, les nuages, les directions des courants, les modifications de l’atmosphère. On y voit toute l’utilité que cela offre aux météorologues, leur permettant de réaliser des observations en atmosphère libre, comme Le Bihan qui a pu constater que plus l’air est sec, plus la chute de la température avec la hauteur est régulière et rapide. Cependant, les voyages aériens purement scientifiques sont rares, car les ascensions en ballon libre coûtent cher et c’est pourquoi ce voyage est si particulier. Il a permis de réunir à la fois la dimension festive pour la population et a en même temps, contribué à trouver des avancées scientifiques.

 


SOURCES


I1C48D5 FETES AEROSTATITQUES 1900-1910
GIROD R. et F. LE BIHAN, Un voyage de la Stella – 14et 15 juillet 1900, Ed.Le Phare de la Loire, 1900, 38 pages

5PRES27
Journal Le Populaire
Article du 15 juillet 1900
FETE NATIONALE A NANTES : retraite avec flambeaux, revue, ballon, fêtes de quartiers, illuminations, feux d’artifice. Ballon Stella. Chaque année au programme des réjouissances offertes à la population, à l’occasion de la fête nationale, figure l’ascension d’un ballon. Le numéro ne manquait pas cette année, mais l’ascension a faillit manquer. Dans la matinée, en effet, au moment où notre concitoyen Nicolleau installait son ballon Stella sur le cours Saint André, et en commençait le gonflement, une large déchirure se produisit dans l’enveloppe. Pou réparer le mal, ce fut toute une histoire mais on y parvint néanmoins à 4h, la grosse masse de l’aérostat, jaugeant 2000 mètres cube et seulement à demi-gonflé commençait à s’agrandir et à se balancer entre les arbres. A 5h, les voyageurs aériens s’apprêtaient à partir et accrochaient la nacelle au filet. Devaient prendre part au départ, MM. Nicolleau, Le Bihan, directeur de l’Observatoire Girod et Peyrey. M. Le Bihan emportait de nombreux instruments de précision pour les observations météorologiques, et des pigeons voyageurs chargés de transmettre les dépêches en cours de route étaient également embarqués. A 5h14, le ballon d’essai ayant indiqué un vent de Sud/Ouest assez propice et promettant de prolonger l’ascension, M. Nicolleau vérifie une deuxième fois toute son installation, puis monte dans la nacelle où sont déjà ses amis. Il est 5h29 exactement, quand lentement, majestueusement, aux acclamations de la foule, Le Stella s’élève sans incident. La fanfare de l’usine à gaz joue la Marseillaise, puis le Chant du Départ. La force ascensionnelle ne parait pas considérable car le ballon est à une hauteur de 2 à 300 mètres de plus. On le suit des yeux pendant longtemps dans la direction de la Gare d’Orléans, puis il disparait. A 7h12 arrive au Café Continental une dépêche lancée par pigeon à 7h. Les aéronautes étaient à ce moment au dessus du Loroux Bottereau.


> L'exposition de 1904


En 1904, la ville de Nantes eut la chance d’être à nouveau la scène de théâtre des nouvelles technologies et autres inventions industrielles. Elle accueillit ainsi durant tout l’été une grande Exposition qui se déploya à travers différents bâtiments. Ce fut l’occasion pour la ville de montrer sa valeur et ses capacités d’accueil et d’exposer toutes ses différentes créations, dans l’espoir de recueillir un maximum de réactions positives à son égard et de résonnance à l’extérieur susceptibles d’accroître à la fois sa popularité et son commerce. Au cours de ces deux mois, Nantes proposa un grand nombre d’ascensions afin de satisfaire le public en quête de divertissement les plus sensationnels, prouvant alors s’il en était besoin combien l’aérostation était toujours un objet de curiosité à l’époque et pouvait, grâce à sa très grande popularité, permettre de valoriser une ville.


La première ascension se tint à la date habituelle, c’est-à-dire lors de la fête annuelle. Depuis le début de l’aérostat, la ville de Nantes ne manque jamais de satisfaire l’envie de ses concitoyens en proposant systématiquement une ascension le 14 juillet ; les ballons étant avant tout un symbole festif à l’époque. Dès le 6 juillet, le journal Le Populaire annonça pour ce grand évènement, non pas une, mais bien deux ascensions dans la même journée. La première devant être menée par le très célèbre et expérimenté M. Nicolleau, pilote de l’Aéro-club de France, dirigeant alors l’aérostat nommé « La Bretagne », cubant tout de même 1800 mètres cube. Une autre ascension était alors prévue pour cette fête, celle du ballon « Le Cambronne » de 800 mètres cube, mais qui au final ne figura pas au programme en raison d’un problème d’équipement, M. Nicolleau ayant préféré renoncé à faire décoller ce second ballon lorsqu’il s’aperçut que des caoutchoucs de la soupape brûlés par la chaleur, s’étaient cassés.


Le journaliste du quotidien Le Populaire, Emile Blandel, relate dans l’article du 15 juillet 1904, l’incroyable et inattendue expérience qu’il vécu au sein du ballon « La Bretagne ». Le fait d’avoir le témoignage d’un des participants, permet ainsi aux lecteurs de connaître les différents détails de l’ascension et surtout, de se rendre compte des différentes émotions et pensées que peuvent ressentir les aéronautes dans ces moments-là, même s’il est vrai, comme le dit très justement ce journaliste dans son article du 2 août 1904, qu’ « il faut avoir fait une ascension pour se rendre compte de cette impression heureuse et tranquille et tous les récits paraissent incolores pour tous ceux qui ont goûté ce sport ». Se rendant alors à l’Exposition, M. Blandel ne s’attendait pas le moins du monde à prendre part directement à la fameuse ascension attendue par tous avec beaucoup d’impatience. Alors que M. Nicolleau avec son compagnon de voyage M. A. Leblanc, un ingénieur, s’affairaient tous deux à donner les dernières instructions concernant l’appareillage du ballon, le célèbre aérostier demanda soudainement au journaliste son poids afin de savoir s’il pouvait participer à cette aventure aérienne. Comme pour toutes grandes ascensions, les aéronautes demandent à ce que soit montée une tente avec une balance, afin de connaître le poids exact que transportera le ballon. M. Blandel ne pesant que 83 kilos, fut alors accepté à bord de la nacelle et dû prendre part aux derniers préparatifs, il fut notamment chargé de s’occuper du ravitaillement, consistant simplement à recueillir de la glace et des boissons fraiches dans un des sacs de lest.

Passant alors de simple journaliste à aéronaute d’un jour, M. Blandel permit de faire vivre alors à ses lecteurs l’expérience aéronautique tels que s’ils y avaient participés eux-mêmes. Le départ eut lieu à 3h55 au Champ-de-Mars, dans l’enceinte réservée à l’Exposition, juste après que les trois aéronautes eurent été photographiés dans la nacelle. La force ascensionnelle était favorable, « La Bretagne » décolla alors avec facilité et prit lentement de l’altitude, permettant à ses voyageurs de disposer le plus longtemps possible d’un panorama magnifique se rétrécissant au fur et à mesure que le ballon grappillait des mètres de hauteur. Le journaliste déclare alors que le moment du décollage dégage un sentiment à la fois merveilleux et surprenant, procurant un bien-être indescriptible que seule vaut la vue dont il a pu jouir durant tout son voyage. A chaque récit suivant une ascension, on peut lire un sentiment de surprise mêlé à une certaine appréhension ne gâchant en rien le plaisir bien au contraire, de voir petit à petit les éléments terrestres s’éloigner de plus en plus, jusqu’à devenir microscopique. C’est d’ailleurs pourquoi le journaliste dit, lorsqu’il atteint une hauteur de 600 mètres, qu’il a le sentiment en observant le terrain de l’Exposition, que « dans ce Champ-de-Mars immense, […] les spectateurs paraissent clairsemés » malgré la très grande foule qui s’était donnée rendez-vous pour profiter de cet évènement. Ainsi, lors d’une ascension, tout change, toutes les émotions sont décuplées et toutes les impressions sont déformées, on vit une expérience unique et indescriptible.

Le voyage aérien se passa sans encombres, grâce à un faible vent qui les poussa vers l’ouest, leur permettant de bénéficier alors sur une longue durée, d’une vue imprenable sur la Loire et de distinguer à travers son eau verte transparente, le lit même du fleuve. Le journaliste est tout simplement subjugué par le spectacle enchanteur auquel il a le privilège d’assister, c’est d’ailleurs pourquoi il écrit : « Et le panorama qui se déroule sous nos yeux est merveilleux ». Du haut de sa nacelle, tous les éléments qui lui sont d’habitude si familiers, apparaissent de manière tout à fait nouvelle voire même déformée, s’apparentant à des objets minuscules tels des éléments de jeux de société, lui faisant alors prendre conscience de la hauteur à laquelle il se trouve. Ainsi, il compare les multiples chalands et les bateaux accouplés deux par deux qu’il voit naviguer sur la Loire juste en dessous de lui, à des paires de petits sabots. Il déclare alors: « Voici Nantes avec toutes ses maisons qui ressemblent d’ici à de petites constructions d’enfant ; les places çà et là mettent de larges tâches jaunes, les monuments ont des aspects inattendus ; c’est ainsi que la prison se présente sous la forme d’un hexagone très régulier avec deux bâtiments en croix au milieu ; le vélodrome à l’air d’une grande cuvette ».


Ce 14 juillet 1904 fut véritablement marqué par un faible vent qui obligea alors nos aéronautes à lâcher un peu de lest, pour trouver à une plus haute altitude un nouveau courant susceptible de les porter vers de nouveaux horizons. Arrivés à 800 mètres de hauteur, la vision changea encore, de nouveau modifiée par l’altitude, agrandissant alors leur champ de vision. Nantes rapetissa de plus belle, jusqu’à faire paraître la Loire, pourtant très grand fleuve de France, tel un petit ruisseau. Ce furent surtout tous ces changements et ces illusions visuelles qui déconcertèrent l’apprenti aéronaute, lui faisant alors découvrir la ville qu’il connaissait si bien sous un tout nouveau jour. L’eau de l’Erdre, habituellement plutôt d’aspect bleu verdâtre, devenait avec la hauteur, d’un noir sombre brillant mais inquiétant et semblait de plus en plus s’éloigner.


Le voyage se poursuivit un peu plus loin, le ballon ayant trouvé un nouveau courant d’air, il se dirigea alors en direction du nord-ouest. Le journaliste enchaîna dans le journal de nombreuses descriptions du paysage qui l’entourait et qu’il ne se lassait pas d’observer. Chaque objet, chaque élément profondément modifié avec la hauteur, trouvait alors à ses yeux une comparaison choisie pour mieux faire prendre conscience aux lecteurs de la hauteur à laquelle il se trouvait et leur faire comprendre les sensations qu’il éprouvait à la vue de ce panorama. Il compara alors le pays à un grand échiquier, où toutes les terres et les champs qu’ils survolaient lui apparaissaient tels des cases vertes, grises et jaunes bordées de tous côtés par des haies, dont la régularité parfaite l’étonnait grandement. Quant aux routes, elles s’assimilaient à de grandes lignes jaunes s’allongeant à l’infini vers les villes voisines, comme Rennes ou encore Vannes.


Le voyage aérien se déroula ainsi sans la moindre péripétie, permettant à ces passagers de bénéficier d’un voyage paisible et merveilleux. Arrivés à une hauteur de 1800 mètres, les trois aéronautes auraient pu sabrer le champagne pour fêter la totale réussite de leur aventure aérienne comme l’avait proposé M. Nicolleau, si M. Blandel n’avait pas dans sa précipitation et son excitation compréhensible à l’annonce de sa participation à l’ascension, oublier de prendre les verres lorsqu’il chargea le ballon de ses boissons. Seule cette petite anecdote troubla alors la sensation de calme délicieux dans lequel étaient plongés les trois hommes, qui durent alors se contenter d’un étui à cigarettes pour fournir deux gobelets de fortune. Tout en fêtant leur voyage réussi et en buvant aux futurs succès de M. Nicolleau, « La Bretagne » survola alors Orvault, donnant le sentiment aux aéronautes que le joli pays ne disposait que d’un nombre relativement restreint de maisons, du fait encore une fois de l’immensité des étendues qu’ils traversaient.


Si la forêt du Gavre leur apparut telle une grande tâche noire, les aéronautes se rendirent compte en réalité que leur ballon se mettait sensiblement à descendre. Ce fut en voyant s’élever les petits bouts de papiers qu’ils avaient jetés hors de la nacelle, que les trois hommes eurent conscience que « La Bretagne » perdait de l’altitude. Ce moyen pourtant très simple se révéla plus efficace que l’observation du paysage alentours, étant donné qu’ils se trouvaient toujours à une altitude assez élevée, soit environ 800 mètres de haut. Cependant, l’aérostat remonta soudainement à 900 mètres, suite à une expérience pour le moins curieuse et rocambolesque à laquelle s’était livrée le fameux journaliste, qui toutefois refusa de révéler ce qu’il avait bien pu faire. L’ascension dut se terminer vers 6h30, pour respecter le désir du journaliste de rentrer tôt; M. Nicolleau, ayant aperçu un endroit tout à fait adapté à un atterrissage, décida de se poser pour déposer M. Blandel. Alors que le célèbre aéronaute dirigea de manière habile l’opération comme sa renommée pouvait le laisser supposer, des paysans travaillant non loin de là et ayant entendu les appels des trois hommes, les aidèrent dans leurs manoeuvres en saisissant le guide-rope pour les faire doucement accoster dans la prairie.

Comme il est de coutume dès qu’un ballon arrive dans un lieu, tous les habitants avoisinants se précipitent à sa rencontre, poussés par cette inexplicable curiosité et élan d’allégresse, afin de pouvoir observer au plus près ce curieux objet aux formes rebondies si fascinant pour tout être humain. L’enthousiasme était si fort, que le journaliste affirme que « de tous côtés des curieux arrivaient, escaladant les haies, sautant les fossés ». Le ballon avait en fait atterri à la jointure de deux communes, Grandchamp et Notre-Dame-des-Landes, où les habitants n’avaient encore eu jamais l’opportunité de voir et d’approcher de si près un ballon et encore moins d’assister à une ascension. Cet événement totalement inédit et curieux pour eux, expliqua alors cette euphorie générale. Tous, poussés par une forte curiosité, avaient de nombreuses questions à poser à ces trois aéronautes, alors héros du jour pour tous ces habitants.


Avant que M. Nicolleau et M. Leblanc ne reprirent leur ascension, des ouvriers aidèrent à mettre des sacs de lest d’un poids environnant 83 kilos, afin de remplacer la présence du journaliste dans la nacelle et donc de restituer le poids équivalent que le ballon avait dû supporter durant le voyage. M. Blandel eut donc l’occasion dans la même journée, de vivre en tant qu’acteur puis spectateur, deux ascensions, lui procurant à chaque fois de vives émotions. Retourné à Nantes, il rencontra de nouveau M. Nicolleau, qui lui apprit alors qu’il était descendu pour rien, puisque lors de la seconde ascension, le ballon les avait en réalité ramenés près de leur point de départ. Les deux expéditions aériennes furent couronnées de succès et permirent de montrer tout l’intérêt que Nantes portait au domaine de l’aérostation, ce qui ne manquait pas de valoriser un peu plus la ville aux yeux du public local et étranger, toujours ravi de pouvoir suivre une ascension.



Les festivités aérostatiques ne s’arrêtèrent pas là pour l’Exposition de Nantes en 1904. En effet, un autre aéronaute, moins expérimenté et connu sur le plan national que M. Nicolleau, mais tout aussi passionné et talentueux, prit la relève. Il s’agissait du pharmacien M. David, désormais considéré comme une célébrité locale en raison des expériences aérostatiques des années précédentes, qui avaient été suivies par le public nantais trop heureux de connaître et de côtoyer un aéronaute. Ces deux ballonniers avaient déjà effectué plus tôt dans l’année une ascension à Nantes le 3 avril, parcourant alors 360 km. A une époque où l’aérostation était encore en vogue, la ville de Nantes tout comme ses citoyens, ne pouvait que se montrer pleinement satisfaite de disposer à son tour d’un véritable aéronaute, capable d’effectuer des ascensions plus éclatantes les unes que les autres, et par la même occasion de porter la cité au sommet de la célébrité tout en lui permettant de se distinguer de manière notable des autres villes de France, sachant que la très grande majorité des aéronautes venaient tous de Paris.


Dès le 12 juillet 1904, le journal Le Populaire fit une annonce pour indiquer à la population, que la grande fête fleurie prévue pour le dimanche 24 juillet accueillerait, outre de multiples concours, le lancement du ballon « Exposition », de 800 mètres cube conduit par le très populaire M. David, qui emmènera avec lui plusieurs passagers, pour la plus grande satisfaction du public. L’Exposition a ainsi bénéficié d’une attraction de qualité, attirant toujours autant de monde malgré les fréquentes ascensions effectuées depuis de très nombreuses années, soit 1784. La foule était présente comme à son habitude, pour être le témoin des vives émotions que ressentiraient les chanceux passagers. Le ballon fut lancé vers 4h soit quelques minutes après le lâcher de pigeons, transportant à son bord, outre le plus célèbre pharmacien de la ville M. David, les deux aéronautes d’un jour, MM. Brunet et Guéry de Nantes. Le voyage se déroula sans incident aucun et traversa à plusieurs reprises la Loire à une hauteur constante de 800 mètres, permettant alors à ses trois passagers de se délecter d’une vue sans aucun doute majestueuse. L’aérostat, ayant suivi un courant nord-est, les emmena dans la direction de Couëron et du Pellerin, avant de les faire doucement atterrir dans d’excellentes conditions nous dit l’article du 26 juillet 1904 du Populaire, à la Paquelais, après avoir effectué un voyage de 4h, laissant des souvenirs mémorables aux deux passagers dont ce fut la toute première ascension, et qui, lors de leurs arrivée, ne souhaitaient plus qu’une seule chose, recommencer cette expérience extraordinaire le plus vite possible.


L’Exposition de Nantes accueilli une seconde fois la fête fleurie qui eut lieu le dimanche 1er août. M. David prit de nouveau part aux festivités et proposa pour cette occasion, de prendre à son bord trois femmes. En parfaite osmose avec le thème de la fête, l’aéronaute décida de décorer son ballon de bouquets de fleurs et de remplir sa nacelle de fleurs fraichement coupées. Dans de telles conditions, le choix d’opter pour des passagers exclusivement féminins se fit tout naturellement. Ainsi, ce fut de l’avis de l’article du 2 août 1904 du journal Le Populaire, la plus jolie et la plus délicate de toutes les ascensions.

Un lâcher de pigeons voyageurs précéda de quelques minutes le lancement du ballon, qui s’effectua vers les 4h, enlevant à son bord trois passagères on ne peut plus émerveillées, comprenant Mme Gendron, Mme Olive et Mme Lachissinne. Elles eurent droit au moment de l’envol, aux applaudissements nourris de la foule, laquelle fût recouverte par une pluie de fleurs que l’aéronaute lança du haut de sa nacelle. Ce fut alors pour leur première ascension, une expédition pleinement heureuse et tranquille ; elles eurent notamment l’occasion de survoler Cholet à plus de 2000 mètres d’altitude. Après avoir effectué un charmant voyage de près de 3h30, M. David, dont le talent est si bien connu de tous, sut si bien manoeuvrer son ballon, qu’il sut prédire à peu de choses près le futur point d’atterrissage ; ce signe était une preuve de la grande expérience de cet aéronaute, puisqu’il est en toute logique, très difficile de connaître à l’avance le lieu où s’effectuera l’atterrissage, étant donné qu’un aérostat dépend exclusivement des courants d’air. L’atterrissage fut ainsi parfaitement maîtrisé, offrant alors une tranquille descente aux passagères ; M. David eut même le souci de faire attention à ne point abîmer les récoltes du champ dans lequel il entreprit de se poser. Le voyage, encore une fois parfaitement réussi, pris fin à près de 7h30 à Barbe-chat.


M. David réitéra ses performances aéronautiques lors de la fête suivante se déroulant le 15 août. L’Exposition fut d’ailleurs à cette occasion, un véritable triomphe selon le journal Le Populaire, qui vit alors se réunir pour l’occasion, pas moins de 30000 personnes venant de toutes les communes et départements. Accompagné par l’Orchestre de l’Exposition, M. David fit décoller son vaillant petit ballon « Exposition » dans les airs, emmenant avec lui plusieurs passagers, encouragés par les applaudissements de 25000 personnes. Cette foule considérable démontre à quel point l’aérostation constitue à l’époque un évènement phare, qui sait remplir de joie aussi bien les yeux des aéronautes que ceux des spectateurs.


SOURCES


5PRESSE35
Journal Le Populaire
Article du 6 juillet 1904, n°7665
PROGRAMME DU 14 JUILLET A NANTES : A 4h se déroulera une ascension de deux ballons, au Champ de Mars, dans l’enceinte de l’Exposition. « La Bretagne » cubant 1800 mètres cube, montée par M. Nicolleau, pilote de l’Aéro-club de France, « Le Cambronne », cubant 800 mètres cube, monté par M. X…, pilote de l’Aéro-club de France.


Article du 12 juillet 1904
Une foule très nombreuse était présente, malgré la très forte chaleur. La grande Fête fleurie prévue pour le dimanche 24 juillet, accueillera de nombreux concours, ainsi que le lancement du ballon « Exposition », de 800 mètres cube, qui emportera plusieurs voyageurs.


Article du 15 et 16 juillet 1904, n°7674

Article du 26 juillet 1904
L’Exposition a attiré hier une foule considérable. Le lâcher de pigeons a précédé de quelques minutes le lancement du ballon « Exposition » qui est partit à 4h. Le ballon a atterri dans d’excellentes conditions à la Paquelais, commune de Vigneux, après 4h de voyage. Le pilote : M. David ; passagers : MM. Brunet et Guéry de Nantes. Le ballon a traversé plusieurs fois la Loire, et il s’est maintenu à une altitude de 800 mètres ; après avoir plané pendant longtemps au-dessus de Couëron et du Pellerin, il a pris la direction Nord/Est, qu’il a conservé jusqu’à l’atterrissage. Les passagers aériens ont été fort bien reçus dans le pays. C’était pour les deux compagnons de M. David, la première ascension ; bien conduite et favorisée par un temps heureux, elle a été pour eux l’occasion de sensations inoubliables, et comme tous ceux qui ont mis le pied une fois dans une nacelle, ils n’ont plus qu’un désir, recommencer.


Article du 30 juillet 1904
La fête fleurie de dimanche prochain : on annonce que trois femmes prendront part à l’ascension du ballon fleuri « Exposition » qui partira à 4h ; en même temps qu’aura lieu un lâcher de pigeons.


Article du 2 août 1904
Le ballon « Exposition » : le vaillant petit ballon de notre ami David, l’ « Exposition », a fait hier la plus précieuse et la plus jolie de ses ascensions. A l’occasion de la fête des fleurs, sa nacelle avait été joliment ornée de bouquets et remplie de fleurs coupées. Dans ses conditions, M. David ne pouvait emmener que des passagères. Voyez-vous pas des aéronautes du sexe laid dans ce bouquet ? Il comptait bien trouver une compagne de voyage, il en eut trois, Mme Gendron, Mme Olive et Mme Lachissinne. Et toutes les trois, quand l’heure fut venue du départ, sans appréhension aucune, mais avec de la joie plein les yeux, prirent place dans la nacelle. Au « lâchez tout », des vivats retentirent et une pluie de fleurs tomba sur le public. Le voyage fut merveilleux. Une des passagères nous disait sa joie que nous connûmes il y a quelques jours seulement il faut avoir fait une ascension pour se rendre compte de cette impression heureuse et tranquille et tous les récits paraissent incolores pour tous ceux qui ont goûté ce sport. Nous descendrons vers Saint Julien de Concelles, avait dit prophétiquement M. David. Il ne s’était pas trompé beaucoup. Après avoir passé au-dessus de Saint Sébastien et de Basse Goulaine, après un crochet à plus de 2000 mètres au-dessus de Cholet, les voyageurs atterrir à Barbe-chat. La descente douce, tranquille, et qui se compliqua d’un léger steeple pour M. David seulement, soucieux de ne pas abîmer les récoltes. Il était 7h30, et les passagères revinrent jusqu’à Nantes, ou plutôt jusqu’au prochain beurre blanc, leurs maris les ayant suivies en voiture, regrettant que le voyage eut été aussi court.


Article du 16 et 17 août 1904
Exposition de Nantes : véritable triomphe, avec sans exagération aucune, plus de 30000 personnes dans les deux jours, venues de toutes communes et de tous départements, de l’ouverture de l’Exposition jusqu’au soir. Le festival donné par l’honneur municipal de la Rochelle, et l’orchestre de l’Exposition a obtenu beaucoup de succès, cependant que le ballon « Exposition » s’élevait dans les airs, emportant plusieurs voyageurs aux applaudissements de 25000 spectateurs. Un télégramme nous apprend que le ballon est arrivé à bon port à Bornazay (Vienne).


> Les ennuis aérostatiques de Valère LECOMTE en 1924


Même si le XXe siècle fait la part belle à l’aviation pour reléguer au second plan l’aérostation dont on pense avoir fait le tour à l’époque, celle-ci reste toujours une expérience attrayante qui peut réserver son lot de surprises. En effet, l’été de l’année 1924 a connu plusieurs péripéties aérostatiques. Ainsi, l’article du 3 juillet 1924 du journal l’Echo de la Loire, annonce avec enthousiasme le retour des ascensions à Nantes, pourtant disparues depuis quelques années du programme des fêtes. Afin d’attirer le plus de monde possible, ce rallye-ballon requiert la participation des spectateurs, avec une récompense à la clé pour les trois premiers qui accosteront le ballon après sa descente. Le journal d’humeur optimiste, estime que le nombre de spectateurs à assister à cette course sera plus nombreux que les années précédentes. D’autre part, afin d’assurer le succès ce cette épreuve, le maire a fait appel à un aérostier très célèbre de l’époque, renommé pour ses nombreuses sorties sphériques toutes couronnées de succès, qui n’est autre que Valère Lecomte, lequel prendra place à bord du ballon « le Lutin » de 400 mètres cube, dont se sera la première ascension.


Le 7 juillet 1924, une foule de curieux était présente pour assister à cet évènement, montrant alors que les ascensions connaissent toujours un certain succès, notamment auprès des enfants. Le ballon trônant dans l’allée centrale de l’Exposition, connut vers 4h de l’après-midi quelques difficultés au moment de l’habituel gonflement au gaz d’éclairage. En effet, ce jour-là, un vent particulièrement fort n’arrêtait pas de rabattre le ballon vers le sol; puis, voyant une accalmie, Valère Lecomte décida de prendre place à bord de la nacelle pour commencer son ascension. Or, quelques instants plus tard, le ballon avait à peine atteint une dizaine de mètres de hauteur, lorsqu’une énorme rafale de vent le poussa violement contre le réseau électrique à haute tension qui alimente l’Exposition. Le choc provoqua alors la naissance d’une longue flamme qui embrasa l’enveloppe du ballon immobilisé, faisant alors s’élever une colonne de feu ; d’après l’article du 8 juillet 1924 de l’Echo de la Loire, « le ballon « Le Lutin » flambait comme un bouchon de paille ». Des flammèches s’abattirent sur la foule, causant inévitablement une panique générale; les spectateurs présents tentèrent de s’enfuir, ce qui provoqua des bousculades. Ainsi, à la fin de la journée, on recensa une vingtaine de personnes blessées, avec contusions et brûlures au niveau du visage, des bras et des jambes. Quant à Valère Lecomte, prisonnier dans sa nacelle lors de l’accident, il s’en tira avec de très légères brulures, grâce à une intervention très rapide des pompiers qui le délivrèrent de là et s’occupèrent immédiatement d’éteindre l’incendie. Il perdit cependant son ballon qui, entièrement consumé, s’abattit au sol dans un jet de flammes et de fumée, juste à côté du Casino. Il est en réalité étonnant de constater le peu de dégâts occasionné par un accident d’aussi grande envergure ; en effet, sur les vingt-trois personnes victimes dont deux bébés, seule une a dû être transportée à l’hôpital. L’emplacement choisi pour l’ascension a quant à lui été un sujet de polémique ; il aurait été en effet beaucoup plus judicieux de déplacer le ballon sur le terrain de Sport, alors inoccupé et se situant juste à côté.


Cette mésaventure n’est pas restée sans conséquences ; à la suite de l’incident, un bulletin de renseignements daté du 10 juillet 1924 prit des mesures de précautions, valables pour toutes les ascensions futures. Il fut désormais obligatoire d’établir un espace entre le public et le ballon et de s’assurer qu’aucun obstacle ne se trouvât aux alentours de l’aérostat ; de même il fut défendu qu’un ballon se trouvât dans un environnement proche de toute conduite à gaz à proximité, tout comme il fut strictement interdit de fumer à proximité d’un aérostat. L’incident du 6 juillet montra à quel point il peut être dangereux d’effectuer une ascension à proximité de câbles électriques et fils téléphoniques, risquant à tout moment une collision pouvant entrainer un incendie ; c’est pourquoi il fut décidé, que pour chacune des futures expériences aérostatiques, le réseau électrique serait coupé afin d’éviter tout risques.
Le journal Le Populaire retranscrit lors de l’article 8 juillet 1924, le ressenti de l’aérostier Valère Lecomte, en le décrivant comme un homme plein de réflexion et de sang-froid. Il s’agit d’un homme d’expérience, pilote de l’Aéro-club depuis une trentaine d’années, ayant effectué plus de 300 voyages aériens à la fois en France et à l’étranger. Par ailleurs, en plus d’être un aérostier aguerri, il est aussi constructeur ; il a notamment fabriqué lui-même « le Lutin » qui a péri durant l’incendie ce qui explique d’autant plus sa peine : « il m’appartenait, c’était mon gagne-pain ». Interrogé par le journaliste, M. Valère Lecomte estime n’avoir négligé aucun détail et n’être pas responsable de l’incident ; il explique qu’un ballon est une chose fragile, difficile à manipuler et sujet aux conditions extérieures, comme un tourbillon de vent ou une condensation ; il déclare ainsi « un sphérique c’est sensible comme un thermomètre ». Pour lui, ni le manque de la force ascensionnelle, ni un sous-gonflement du ballon ne sont à remettre en cause ; il affirme avoir appareillé dans de bonnes conditions. Lors de la levée du ballon, l’aérostier dit avoir pressenti l’incident, c’est pourquoi il jeta vainement du lest, n’empêchant pas l’aérostat de heurter les fils électriques. Comprenant le danger de sa position, il se coucha aussitôt au fond de sa nacelle, mais en entendant les cris de la foule, il s’imagina que ceux-ci craignaient alors pour sa vie, c’est pourquoi il eut un geste des plus singuliers contrastant avec le danger de la situation : « je me montrais alors, et ayant trouvé une bouteille de café que j’avais emportée, je me mis à boire afin que l’on se rendit compte que j’étais sain et sauf ». Il révèle alors ne pas avoir eu peur, ayant conscience des risques de son métier et ayant déjà subi par le passé le même genre d’incident, comme 1906 à Courbevoie où, lors de la descente, son ballon avait explosé après avoir heurté là aussi des fils électriques.


M. Valère Lecomte, souhaitant respecter ses engagements envers le public, décida d’exécuter une autre ascension, mais non pas cette fois avec un ballon construit de ses propres mains, puisque la fabrication d’aérostat se révélait trop coûteuse (au moins 6000 francs) et demandait beaucoup de temps. C’est pourquoi, il se présentât le 24 juillet avec un nouvel aérostat de 1200 mètres cubes, prenant place cette fois-ci sur le terrain des Sports et des Jeux de l’Exposition. Il s’agissait en quelque sorte d’une revanche sur les éléments pour M. Valère Lecomte, qui avait bien l’intention de prouver la valeur de ses compétences dans le domaine de l’aérostation, en emmenant avec lui plusieurs passagers. En raison des circonstances, cette ascension créa une véritable attraction ; près de 5000 personnes s’étaient postées tout autour du Terrain des Sports et des Jeux, tous voulaient voir le fameux aéronaute qui avait survécu à l’incendie de son propre ballon.


Cependant, de nouveau l’évènement ne se passa pas sans difficultés en raison cette fois encore d’un vent un peu trop présent. Bien que le gonflement fût très pénible et long à réaliser, le ballon fut enfin prêt vers 17h, soit une heure après l’horaire annoncé ; mai, le vent ayant forci, il empêcha dans un premier temps l’ascension d’avoir lieu. Sous l’action de plusieurs rafales, le ballon se retrouva couché de tout son long sur la pelouse, rendant alors tout décollage impossible. Ne souhaitant pas de nouveau vivre un incident, l’aéronaute décida de déplacer l’aérostat vers l’extrémité du terrain des Sports et des Jeux, pensant ainsi limiter les risques. Mais alors que tout était fin prêt vers 17h25 et que M. Valère Lecomte s’apprêtait à déclamer le fameux « lâchez-tout » que la foule attend à chaque fois avec beaucoup d’impatience, une nouvelle rafale de vent survint, couchant de nouveau le ballon, et renversant en même temps une partie des hommes qui maintenaient l’aérostat au sol. Cette fois-ci, les dommages furent plus importants, ce qui obligea M. Valère Lecomte à repousser une nouvelle fois l’envol de son ballon. En effet, celui-ci connut quelques dommages à ne pas négliger ; l’article du 25 juillet 1924 du journal Le Phare, explique qu’avec le choc, « la soupape s’entrouvrit ; du gaz s’échappa et une « poche » se forma. Dans ces conditions, il ne fallut pas songer à prendre le départ ; c’eut été une grave imprudence ». M. Valère Lecomte, ne souhaitant prendre aucun risque pouvant mettre en péril la vie de ses voyageurs, repoussa de nouveau l’ascension, souhaitant sans doute montrer son professionnalisme dans de telles circonstances, professionnalisme qui avait justement été remis en question lors du dernier incident, en juillet.


Toutefois, voyant le profond dépit d’un grand nombre de spectateurs, obligé de quitter l’Exposition en raison de l’heure trop tardive, l’aérostier décida de replacer le ballon près d’une bouche à gaz afin de le regonfler et d’effectuer une ascension pour les spectateurs restants ; contraint de recommencer l’opération de gonflement, M. Valère Lecomte et ses deux compagnons de voyages ne purent partir qu’après 18h. Ainsi, les spectateurs les plus patients purent enfin assister à une magnifique ascension avec en fond, un magnifique décor de soleil couchant. En raison de l’heure trop tardive, M. Valère Lecomte trop préoccupé de la sécurité de ses passagers, décida d’atterrir vers 19h pour leur éviter une descente de nuit ; ils arrivèrent alors sans encombre près de Vallet.


SOURCES


I1C48D8 (mais aussi 5PRES75 pour les articles du journal Le Populaire)
Journal le Populaire
Article du 7 juillet 1924
UN BALLON S’ENFLAMME A 10 METRES DU SOL ET CAUSE UNE PANIQUE
A l’exposition, dans l’après-midi, au niveau de l’allée centrale, a eu lieu le gonflement d’un sphérique de 400 mètres cubes « Le Lutin » piloté par Valère Lecomte (qui a étonné par son audace de son temps). L’ascension était prévue pour 16h, or le gonflement au gaz d’éclairage fut laborieux ; de plus, à cause du vent qui le rebattait, le ballon manquait de force ascensionnelle. Le ballon ne fut près que cers 17h. La foule était là, le ballon est toujours un objet de curiosité, surtout pour les enfants. Quand le vent fut tombé, l’aéronaute donna le départ. Le ballon s’éleva doucement il avait peut-être gagné une hauteur de 10 mètres lorsque soudain un cri d’angoisse suivi d’une longue clameur monta de la foule qui regardait « Le Lutin » poussé par une gifle de vent malencontreuse heurtait le réseau aérien de fils électriques à haute tension qui alimentaient l’exposition. Une longue flamme violette crépita, mordit l’enveloppe du ballon immobilisé, et une colonne de feu s’éleva. Le Lutin flambait comme un bouchon de paille. Une pluie de flammèches s’abattit sur la foule. Ce fut des instants d’effroyables paniques. Les femmes et les enfants poussaient des cris, les hommes essayent de fuir le plus rapidement possible. Les pompiers, présents, ont avec un grand sang-froid prient leurs lances en batterie. Ce fut heureusement court ; l’enveloppe presque consumée s’abattit soudain (…..) à quelques mètres du casino, alors que la nacelle restait elle suspendue. L’aéronaute, dans une position périlleuse, fut délivrée par une échelle. Afin de se protéger du mieux possible, il s’était blotti au fond du panier. Mais une vingtaine de personnes ont été brulées ou contusionnées au moment de la panique. Une femme a même été transportée à l’Hôtel-Dieu, avec une large brulure à la jambe. Le ballon aurait pu exploser et enflammer les stands avoisinants. M ais pourquoi a-t-on eu la malencontreuse idée de procéder à cette ascension au milieu de l’exposition alors que le terrain des sports est tout désigné, par son espace et son emplacement pour ces sortes de choses. Un ballon est un peu un obus chargé, il faut s’en méfier. Une enquête a été ouverte.


Journal Le Populaire.
Article du 8 juillet 1924 de Pierre Rocher.
LE BALLON EN FEU, L’AERONAUTE VALERE LECOMTE NOUS PARLE DE SON ASCENSION TRAGIQUE.
Décrit comme un homme simple, patient, plein de réflexion, de ténacité et de sang froid. D’habitude les aviateurs ont tous moins de 25 ans avec un veston, parle l’argot, et sont là pour impressionner les bourgeois ; les aéronautes eux sont de l’ancienne classe, le ballon est « vieux-jeu », et il faut avoir les moustaches gris-sel pour monter dans une nacelle. Pilote de l’Aéro-Club depuis 30 ans, il fait plus de 300 voyages en France et à l’étranger ; son brevet du second degré lui permet d’emmener des passagers. Il s’occupe de la construction aéronautique, et c’est lui qui a construit « Le Lutin » pour son compte, « c’était mon gagne-pain ». Des rumeurs disent que le ballon était sous-gonflé, qu’il manquait de force ascensionnelle ; Lecomte nie cela, il assure que rien n’a été négligé, et que les conditions pour l’appareillage étaient bonnes. Cependant, il précise qu’un ballon est une chose délicate, un sphérique est très sensible et est sujet au tourbillonnent de vent ou à la condensation due à un passage d’un nuage. « A peine quitté le sol que je fus secoué par ce que nous appelons un coup de ‘rabat’ ». le ballon au lieu de s’élever, « traina ». Il comprit le danger et jeta en vain du lest. L’enveloppe rencontra le réseau électrique et la nacelle s’accrocha. Aussitôt il vit les flammes. Comprenant le danger de sa position, il se coucha au fond de la nacelle. « Je devinais qu’on me croyait foudroyé, je me montrais alors et me mis à boire du café, afin que l’on se rendit compte que j’étais sain et sauf », au risque d’une chute et d’avoir la jambe brisée. Puis les pompiers l’ont délivré. Ce n’était pas le 1er accident de sa carrière, il était déjà tombé deux fois à la mer, et en 1906 à Courbevoie, son ballon a heurté des fils électriques et explosé, blessant légèrement Lecomte. Il dit qu’il n’y a aucune responsable pour l’incident de la veille, et qu’il recommencera son ascension dans quelques semaines, sauf que cette fois-ci il veillera à ce que le courant soit coupé. Quant à l’idée de construire un autre sphérique, il dit qu’étant que cela coûte trop cher, au moins 6000francs, et que c’est une opération très longue, il en louera plutôt un. On recense parmi les spectateurs présents 14 personnes brulées par les débris du ballon, dont 11 femmes au niveau des mains, des bras du visage et des jambes, ainsi que 9 personnes contusionnées dont 8 femmes dont une est à l’hôpital.


Journal Ouest-Eclair

Article du 8 juillet 1924

EXPLOSION DU BALLON « EXPOSITION »
L’enquête est ouverte pour définir les causes de l’explosion. Ce serait dû à un court-circuit, et cela aurait pu dégénérer en catastrophe. Beaucoup s’étonnent que Lecomte ait fait son ascension dans u lieu si proche du réseau de fils électriques à haute tension, alors que y’avait un parc juste à côté.


22PRES139
Journal Le Phare de la Loire
Article du 9 juillet 1924

2PRES11
Journal L’Echo de la Loire
Article du jeudi 3 juillet 1924 n°2006
LE RALLY BALLON DE DIMANCHE
C’est avec une vive satisfaction que nos concitoyens ont appris que le Commissaire général de l’Exposition avait décidé d’inscrire à son programme de réjouissances dominicales un rallye-ballon. Ce genre d’épreuves a toujours eu un vif succès, même s’il y a de nombreuses années que les Nantais en étant privés ; on peut être sur que dimanche le rallye dépassera tous ses devanciers car nombreux sont les cyclistes et autres sportifs qui comptent prendre part pour essayer, en retrouvant via nos campagnes, le passage du ballon, pour gagner les trois magnifiques prix (100,75 et 50) qui sont offerts aux trois premiers concurrents accostant la nacelle au moment de son atterrissage. Le ballon sera piloté par un parisien, M. Valère Lecomte, qui n’en est plus à compter ses sorties par sphériques pour ce genre d’épreuves. Il prendra place à bord d’un magnifique ballon « Exposition » dont ce sera la première ascension.


Article du 4 juillet 1924
Le programme du dimanche avec le rallye qui suscite beaucoup d’intérêt et des dizaines de cyclistes s’apprêtent à disputer.


Article du 5 juillet 1924
A 16h, demain, on pourra voir s’envoler le ballon Exposition
Dont se sera la première ascension piloté par l’as parisien Lecomte ; en même temps, partiront des centaines de concurrents à la poursuite du sphérique pour le rallye.


Article du 7 juillet 1924
Hier soir, à 5h, dans l’enceinte de l’Exposition, il y a eu un lâcher de ballon. Il s’est élancé dans les airs, mais à 4 ou 5 mètres du sol, un coup de vent la rabattu sur les fils d’éclairage électriques à haute tension traversant le Champ de Mars. Un fil s’étant rompu, un court circuit se produisit qui enflamma le ballon. Ce dernier vient choir sur le sol, entrainant l’aéronaute qui fut légèrement blessé. Les débris du ballon en flamme, atteignirent certains spectateurs dont une dizaine furent blessés superficiellement. Une panique se produisit parmi les consommateurs de la terrasse d’un café voisin. Tables et chaises furent renversées, et dans la bousculade, une dizaine de personnes furent piétinées et contusionnées. Les blessés furent conduits à l’infirmerie de l’exposition où ils furent soignés par les médecins et infirmières de service. Parmi eux, on nous a dit que se trouvait M. Roy, président du Tribunal de Commerce. Tous ont pu regagner leur domicile, excepté une paysanne qui se plaignait de douleurs intenses, et qui a été transportée à l’Hôtel-Dieu. Le sphérique fut monté par M. Valère Lecomte, aéronaute-constructeur. 23 personnes furent blessées dont une fille de 2 ans et un bébé de 21 mois. Au cours de la panique, un assez grand nombre de personnes ont perdu des objets ; la police a ouvert une enquête pour décider des responsabilités.


Article du 20 août 1924
DEUX BEAUX DIMANCHES A L’EXPOSITION NATIONALE
Le 24 nous aurons une nouvelle ascension du valeureux pilote Valère Lecomte dont on se rappelle la tragique aventure en juin dernier. Valère Lecomte a tenu à montrer qu’il avait été victime des circonstances et en a appelé de cette mésaventure où il a failli y laisser la vie. Aussi le Commissaire général a décidé de lui donner les moyens de prouver qu’il était un pilote des plus qualifiés, et il l’a autorisé à s’envoler cette fois-ci avec un 1200 mètres cube qui partira du milieu du terrain de fêtes et jeux. Cet évènement sera des plus intéressants. Valère Lecomte espère bien reprendre sa revanche sur les éléments. On peut être certain que le sphérique de 1200 mètres cube avec lequel il prendra l’air dimanche prochain et qui emmènera plusieurs passagers s’envolera magnifiquement du Terrain de Sports et Jeux de l’Exposition Nationale. Et toute la foule venue nombreuse pour assister à cet envol toujours si passionnant, applaudira l’homme dont le calme sang-froid et l’énergie ont été si admirées lors de ce dimanche de juillet, dont tous nos concitoyens ont le souvenir. Avant le départ, il y aura concert comme tous les dimanches. Et pour lui prouver la confiance qu’ils ont en son habilité, trois de ses concitoyens prendront le baptême de l’air.


Article du 25 août 1924
Cette fois-ci, le ballon est parti, l’ascension a parfaitement réussi et on doit féliciter l’excellent pilote Valère Lecomte de sa performance. Ce n’tait cependant pas facile car hier après-midi, il faisait grand vent et le gonflement était très pénible. Aussi quand le ballon s’éleva majestueusement dans l’air vers 5h45, l’immense foule venue à l’Exposition assister à cette intéressante ascension applaudit-elle frénétiquement le hardi aéronaute et les deux occupants qui avaient pris place dans la nacelle, MM. Robin et Douault. Le ballon a atterri à Vallet à 6h45.


I1C48D8
Journal Le Phare
Article du 25 août 1925

I1C48D1
Bulletin de renseignements du 10 juillet 1924
CONSEQUENCES : MESURES DE POLICE SUPPLEMANTAIRES. (I1C48)
Suite à cet incident des mesures de police ont été établies. L’arrêté de police stipule que seules les personnes allant au guichet pourront accéder au terrain. C’est à l’organisation d’établir une clôture autour du terrain, et d’interdire les voitures dans les alentours. Il y a également une interdiction formelle de fumer auprès d’un ballon, et le public doit être tenu à un minimum de 15 mètres des ballons ; de même une équipe suffisante doit être présente afin de maintenir les aérostats au départ. Quant aux lignes électriques, le courant devra être coupé ; de même, avant le départ, un contrôle obligatoire devra être effectué afin de vérifier la force ascensionnelle du ballon et l’équipement de la nacelle. Enfin l’article 6 lui demande aux aéronautes d’éviter de jeter du lest au-dessus des spectateurs. De même, le sous-secrétaire de l’Aéronautique demande à ce que tout aéronaute soit muni d’un brevet de pilote de premier ou second degré.


CIRCULAIRE DU SOUS-SECRETAIRE D’ETAT DE L’AERONAUTIQUE ET DES TRANSPORTS AERIENS du 23 février 1923
Pour les ballons libres, les pilotes civiles doivent être titulaires d’un brevet de pilote du 1er ou 2e degré, ainsi que d’une carte d’identité (seule celle-ci permet d’attester que l’on est autorisé à circuler), ces pièces étant délivrées par le Service de la Navigation Aérienne. Les aérostats doivent être pourvus de certificats de navigabilité et d’immatriculation. Des mesures de sécurité sont imposées aux organisateurs des manifestations, telles que l’interdiction de fumer aux abords du ballon, qu’une distance soit maintenue entre les spectateurs et le lieu du gonflement et du départ, et que le ballon soit délesté au départ pour qu’il puisse éviter tout obstacle quelque soit le vent.


> Rallye ballon de 1925


L’année 1925 connut elle aussi un grand évènement aérostatique. Nantes eut en effet la chance d’être la ville choisie pour accueillir un rallye-ballon. Dans une lettre datée du 11 mars 1925, l’Aéro-Club de l’Atlantique signale au maire de Nantes sa volonté d’exécuter une épreuve de distance pour ballons sans escales et avec handicap, qui se tiendrait au niveau du Parc des Sports du 13 au 14 juin 1925.Cette expérience inédite dans cette ville, a suscité inévitablement un véritable engouement de la part du public ; par ailleurs, les journaux ont eux aussi fait la part belle à ce rallye-ballon, présentant de multiples articles de presse vantant la qualité et la singularité d’un tel évènement. Au-delà de son caractère rare, il a attisé la curiosité et l’enthousiasme de la foule par sa dimension interactive. En effet, s’agissant d’une épreuve sportive, elle a permis de rendre l’évènement encore plus attractif, les spectateurs étant invités à suivre les péripéties des plus grands aéronautes de l’époque jusqu’au dénouement final tant attendu, qui les a délivrés alors du véritable suspense que peut engendrer une course de cette ampleur. De plus, ce Grand Prix des Ballons pris dans un effet d’émulation, vu qu’il se déroulait juste après la Coupe Gordon Bennett (la plus grande épreuve mondiale de ballon), promettait ainsi d’être un véritable succès. Au-delà de la course en elle-même, des concours étaient organisés afin que le public puisse participer pleinement à l’évènement. Ainsi, comme l’indique l’article du 11 juin 1925 du journal L’Echo de la Loire, un premier concours de distance pour ballons carte postale était réservé aux enfants offrant au gagnant des lots de jouets ; tandis que pour les adultes était organisé un concours de pronostic dans lequel ils devaient, en tenant compte des conditions atmosphériques, deviner quel serait les quatre premiers de la course ainsi que la distance parcourue, pour gagner un prix de 500 francs dont un Bon de la Défense Nationale de 100 francs.


L’article du 13 juin 1925 du journal L’Echo de la Loire fait également mention des difficultés qu’un tel évènement peut engendrer. En effet, réaliser un rallye avec des ballons, tout en accueillant les plus célèbres aérostiers de l’époque, demande inévitablement un véritable engagement financier à ne pas négliger. C’est pourquoi tout a été mis en oeuvre, au niveau de la publicité sur la course tout comme sur les pilotes, ou encore les concours, afin que cette épreuve connaisse un total succès auprès du public. Car la réussite d’un tel évènement ne dépend en réalité que du public ; afin qu’il vienne en grand nombre, l’Aéro-Club de l’Atlantique et la Ligue Aéronautique de France, ont décidé de mettre en place un accès facilité aux guichets ainsi que des prix assez abordables, permettant à un maximum de spectateurs de trouver une place au sein même des tribunes pour suivre les différents faits et gestes des aéronautes expliqués par des haut-parleurs, dans une optique de vulgarisation générale de l’aéronautique, comme le souhaitait ardemment l’Aéro-Club de l’Atlantique. Une somme modique leur est demandée pour assister à cette cours et on s’attend donc à ce que tous les records d’entrées soient battus. La présence des spectateurs est d’une importance capitale, afin de pouvoir rentabiliser l’évènement et couvrir tous les frais engagés de manière à ce que la ville puisse organiser de nouveau une telle fête l’année suivante avec l’idée de faire encore mieux. Tout est fait pour susciter la curiosité du public, les organisateurs n’hésitent pas à vanter le prestige de cette course, en mettant en avant les célèbres noms d’aérostiers y participant. Longtemps avant on parle déjà de la présence de l’as belge Ernest Demuyter, quatre fois vainqueur de la course Gordon-Bennett; la célébrité a de tout temps été un facteur non négligeable pour attirer les gens. De même, selon la coutume qui s’est établie dès le début de l’aérostation, les ascensions seront accompagnées par la musique militaire du 65e régiment d’infanterie, permettant d’égayer encore un peu plus l’évènement. On perçoit déjà à l’époque toutes les pratiques commerciales pour rendre davantage attractif une telle fête, comme l’achat de billets à prix réduit pour assister aux opérations de gonflement précédant de quelques jours la course, ou encore la présence de buffets aménagés dans les enceintes afin de fournir des points de rafraichissement au public en raison de la vague de chaleur annoncée, ou encore, et c’est là l’opération la plus spectaculaire et aussi la plus réussie, la distribution par avion de plus de 40000 tracts invitant les nantais à ne surtout pas manquer cet évènement. De même, l’Aéro-club de l’Atlantique fidèle à ses engagements, n’hésite pas à mettre en avant le caractère inédit et curieux de ce spectacle, afin de diffuser et de vulgariser au maximum l’aérostation, demandant alors au public s’il répond présent, d’accorder ses encouragements à l’Aéro-Club de L’Atlantique, groupement régional des Pilotes, Observateurs et mitrailleurs de la Guerre. La crainte principale des organisateurs étant en effet que le public se contente seulement de suivre le rallye-ballon depuis les hauteurs alentours, sans payer un droit d’entrée indispensable à la rentabilisation de l’opération. Des affiches sont alors éditées pour l’occasion, dont celle de M. Jacquier, mettant en scène les vols de six ballons survolant en pleine nuit, les plus grands monuments de la ville de Nantes tels que le château des Ducs de Bretagne ou encore la cathédrale. Au premier plan est représentée une nacelle chargée de lest, transportant à son bord deux passagers, dont l’un salut avec son mouchoir tandis que l’autre observe la ville avec ses jumelles.


Le nombre et la qualité des aéronautes engagés dans la course restent à souligner ; il s’agit, comme l’indique l’article du 6 juin 1925 du journal Le Populaire, des plus grands aérostiers français et étrangers, qui démontrent par leur présence combien cette fête est de la plus haute importance et constitue même un évènement de dimension internationale. L’article du 3 juin du journal l’Echo de la Loire donne la liste des participants parmi lesquels on retrouve trois as du sphérique avec C. Lefèvre, vainqueur de la Coupe Alfred Leblanc en 1923, qui participera avec le ballon « L’A.E.C. Touraine» de 600 mètres cube, Auger qui participe depuis trois ans à toutes les épreuves aériennes et se présentera avec « Marie-Jeanne » de 1200 mètres cube et Georges Cormier, avec « L’Anjou 11 » de 500mètres cube, vainqueur du Grand Prix de l’Aéro-club de France et recordman de durée avec un ballon de 900 mètres cube et de distance parcourue (804 km entre Paris de Kiel en Allemagne); d’autre part, on recense des concurrents redoutables prenant également part à cette course, parmi lesquels A. Dubois qui a effectué de multiples voyages et qui concourra avec « Toutoune » de 1200 mètres cube, et Baillot, très vieil aérostier, qui prendra place à bord du ballon « l’Azur » de 900 mètres cube. D’autres fameux aérostiers prendront également part à la course tels que Charles Dollfus (grand collectionneur d’objets ayant trait au ballon et vainqueur du Grand Prix de l’Aéro-club de France de 1924) avec son ballon « Octa » de 900 mètres cube ; Ernest Demuyter avec « Belgica » de 1200 mètres cube ; Ribeyre et « Luciole » de 500 mètres cube ; L. Poulet « Le Tourangeau » de 900 mètres cube ; R. Heutte et « La Tulipe » de 1200 mètres cube. On compte ainsi dix aéronautes expérimentés, avec des ballons allant de 500 mètres cube à 1200 mètres cube, promettant une course riche en émotion et en suspense. De plus, afin de faire profiter certains spectateurs de ce curieux spectacle, les aéronautes A. Dubois et Ribeyre, proposent à deux chanceux, moyennant la somme de 350 francs comme frais de participation, une place à bord de leur nacelle respective ; il s’agit d’une occasion unique permettant à deux privilégiés de vivre pleinement et directement cette expérience.


L’article du 14 juin du journal L’Echo de la Loire relate les derniers préparatifs avant la grande course tant attendue par le public nantais. Dès le samedi, il a pu voir arriver vers 3h de l’après-midi, huit enveloppes de ballons sur le terrain de Parc des Sports et suivre les opérations préliminaires consistant à revêtir les aérostats de leurs filets. Cependant, comme pour tout évènement, on note à chaque fois des contretemps de dernière minute, comme ici avec l’absence d’une nacelle et d’une enveloppe qui n’appartenaient même pas au même ballon ; des recherches ont été vainement entreprises afin de retrouver ces deux objets égarés. Cela causa donc un véritable problème, empêchant même plusieurs aéronautes de prendre le départ. A ce sujet, l’article du 14 juin 1925 du journal Le Populaire, explique que sur les dix aéronautes engagés, seuls sept prendront le départ, puisque Demuyter, Dollfus et Lefèvre se sont désistés au dernier moment. D’autre part, le journal estime que la course sera des plus passionnantes, vu qu’elle se situe dans une région particulièrement favorisée par les vents d’ouest et qu’en raison de la capacité des ballons à tenir environ une vingtaine d’heures en l’air, les aéronautes auront ainsi l’occasion de parcourir de belles distances, rendant d’autant plus acharnée la lutte entre eux. Cependant, dans l’hypothèse où le rallye-ballon se trouverait confronté à un vent d’est, on pourrait alors craindre que la course ne soit limitée, tout en restant toutefois un spectacle à suspense, en raison de la qualité des différents aéronautes. On constate ici combien un évènement d’une telle importance est malheureusement tributaire des différentes conditions météorologiques. Par ailleurs, une épreuve sportive, de par son ampleur et sa très grande popularité, requière inévitablement des mesures de police indispensables pour assurer le maintien de l’ordre et de la sécurité publiques. C’est pourquoi, les lois de 5 avril 1884 et celle du 31 mai 1924 sur la navigation aérienne s’appliquent, tout comme les diverses conditions obligatoires à toute expérience aérostatique mises en place depuis le fameux incendie de 1924. Ainsi, pour éviter tout accident, tout un travail au préalable est effectué avant chaque ascension ; il faut procéder à la vérification de la force ascensionnelle des aérostats au moyen d’un dynamomètre, de la présence du matériel et du personnel de la nacelle, et également contrôler que chaque aéronaute est bien titulaire d’un brevet de pilote de ballon. Les risques encourus lors de ce genre d’évènement sportif ne sont plus pris à la légère, des arrêtés sont ainsi placardés en ville, appelant les citoyens à respecter les différentes règles, comme se tenir éloigné du ballon au moment de son envol, tout comme s’abstenir de fumer à proximité de l’aérostat. Le Champ-de-Mars, lieu de l’évènement, était divisé en deux avec de chaque coté des tribunes encadrant la piste où les dix ballons se répartissaient en deux rangées séparées par la conduite de gaz.


D’autre part, l’Aéro-Club de l’Atlantique avait communiqué à la ville de Nantes un programme strict à respecter dans sa lettre du 14 mars 1925. Le départ était ainsi prévu au Parc des Sports à 16h30 précises, avec une ascension toutes les six minutes. Les quatre premiers recevraient alors des prix en espèces, avec pour le premier 1500 francs, le 2e 1000 francs, le 3e 600 francs et le 4e la somme de 400 francs ; en sachant que tous les pilotes bénéficieraient d’une indemnité de 200 francs. De même, l’organisation imposait des règles précises à respecter pour tous les aérostiers, telle qu’une taille maximale de 1200 mètres cube pour les ballons ; de même le nombre de participants était limité à 10 personnes et le cubage total de gaz à 5000 mètres cube. Par ailleurs, des handicaps étaient attribués aux aérostats suivant la catégorie à laquelle ils appartenaient, par exemple ceux appartenant à la 2e catégorie devaient accueillir à leur bord deux personnes, tandis que ceux de la 3e catégorie en prenaient trois. Les aérostiers avaient également l’obligation de donner leur nom et le cubage de leur ballon, chacun devait également verser un montant de 100 francs remboursables avant le départ et devait indiquer le point exact de leur atterrissage. L’Aéro-Club de l’Atlantique estimait à l’époque que le bilan approximatif serait de 19 870 francs dont 3500 pour le prix, 5670 pour le gaz, 1600 pour la publicité et 2000 pour la location du parc ; un évènement d’une telle ampleur demande ainsi de gros sacrifices, et explique alors pourquoi, l’organisation compte tellement sur le public. De même, l’Aéro-Club de l’Atlantique se refusait de payer toutes taxes municipales, étant donné qu’elle organisait cette course avec un triple but de développement du sport, de l’éducation physique et de la préparation militaire.


Le samedi 13 juin 1925 a vu arriver les différents ballons, permettant au public d’assister aux préparatifs et gonflement accompagnés de toutes les explications utiles, dans un but de vulgarisation des connaissances aéronautiques comme le désirait l’Aéro-Club de Nantes. Le soir avait lieu le banquet réunissant les célèbres aérostiers (Dubois, Auger, le capitaine Ribeyre, l’amiral Cormier, Doceul, directeur de l’agence Havas), la presse, les autorités locales ainsi que toute la joyeuse jeunesse de l’Aéro-Club de l’Atlantique. Ce dîner fut l’occasion de parler du conflit régnant entre les aérostiers et les aviateurs, ces derniers étant de plus ne plus appréciés par l’opinion publique. Lors du discours, M. Poisson exprima ainsi son espoir de voir ce jeune concours connaître un bel avenir, afin de permettre à l’aéronautique de tenir tête à l’aviation. Il déclara ainsi : « Nous, nous sommes les horribles conquérants qui, avec la brutalité de broiement de centaines de chevaux-vapeur, asservissons l’air…au profit de la France, et c’est là notre excuse. Eux sont des artistes qui demandent au grand ciel bleu une petite place pour eux et se laissent emporter au gré des courants qu’ils ont choisis. Si nous, nous savons le droit de dire que nous avons actuellement achevé la conquête de l’air, eux, je crois, préfèreront dire que depuis longtemps déjà, c’est l’air qui les a conquis ». Un autre en profita pour réaffirmer que l’aérostation restait « le plus noble des sports ».


L’article du 15 juin 1925 du journal Le Populaire vantait tout le mérite de l’Aéro-Club de l’Atlantique pour la réussite totale de l’épreuve sportive, en soulignant le fait que malgré les nombreux problèmes rencontrés, la société avait su tous les gérés un par un, pour donner lieu à une fête splendide. De plus, il les félicita d’avoir su réunir pas moins de sept des plus célèbres aéronautes de l’époque, qui ont tous permis de donner lieu à une épreuve haute en suspense. Lors de la fameuse journée du Grand Prix, le dimanche 14 juin 1925, une foule de spectateurs s’étaient amassés autour du Champ-de-Mars pour assister à cet évènement international, cependant la plupart avait fait le choix de suivre cet évènement depuis les hauteurs alentours, regardant alors sans difficulté les sept ballons jaune or et safran se dodeliner dans l’enceinte, encore fixés au sol par des sacs de lest. Le gonflement débuta le matin et se poursuivit jusqu’à 3h au son de la musique militaire, accompagnés de concours et autre commentaires diffusés par les haut-parleurs installés par la Société Radio-Electrique de l’Ouest, afin de distraire le public pour qu’il n’ait pas à subir une attente trop fastidieuse. Sur les dix aéronautes annoncés initialement, seuls sept d’entre eux prirent part à la course ; quant aux trois autres, ils ne durent leur absence qu’à leurs négligences. Ainsi, parmi ces trois étourdis, on compte deux français, l’un ayant perdu sa nacelle et l’autre son enveloppe, tandis qu’un troisième, Demuyter, s’était excusé la veille, ayant lui carrément égaré son ballon sur les chemins de fer en Hollande.


L’article du 15 juin 1925 du journal l’Echo de la Loire retrace toute l’aventure aérostatique. C’est au son de la Marseillaise que le premier envol eut lieu vers 16h55, avec le ballon piloté par M. Poullet accompagné de sa femme dont ce fut la toute première ascension, extrêmement applaudie pour l’occasion. Puis, quatre minutes plus tard, ce fut au tour de Cormier, le favori de la course, de prendre le départ, après avoir fait attendre le public plus de quarante minutes avant d’assister à la troisième ascension effectuée par Baillot accompagné par Ravaine. Vers 17h45, Dubois, fils d’un célèbre aéronaute de l’époque, s’envola à son tour dans un magnifique petit ballon de 600 mètres cube, qui se démarquait considérablement par sa forme élancée (rappelant vaguement une figue), contrastant alors fortement avec les ballons ventripotents des autres concurrents. Si jusque là, toutes les ascensions s’étaient déroulées sans aucune difficulté, il n’en fut pas de même pour le pilote Auger (accompagné par un passager du nom de Legendre), qui, prenant le départ vers 18h, dû affronter un tourbillon. Ce n’est que grâce à la rapidité de réaction de l’aéronaute jetant aussitôt du lest, que le ballon ne heurta pas les fils électriques à haute tension, lesquels étaient de toute façon systématiquement coupés en raison de l’incendie de 1924. Le capitaine Ribeyre avait à bord, lors de son envol vers 18h15, le dévoué secrétaire général de l’Aéro-Club de l’Atlantique, M. Mouffe. Il ne restait plus sur place qu’un seul ballon, le plus gros mesurant 1200 mètres cube, appartenant à Raymond Heutte. En raison de la taille de son ballon beaucoup plus imposante que celle de ses concurrents, l’aéronaute eut comme handicap le transport de quatre passagers supplémentaires ; outre M. Heutte lui-même, il était accompagné de deux de ses «gonfleurs» ainsi que d’un courageux nantais. L’article du 15 juin 1925 du journal Le Populaire signala que chaque aéronaute avait emporté avec lui un baromètre enregistreur ainsi que diverses provisions pour se garder à la fois du mauvais temps et de la soif. Après que le dernier des ballons eut réussi son ascension vers 18h35, les spectateurs purent prendre part aux concours de pronostics ; certains estimèrent alors que la descente des aérostats s’effectuerait plutôt entre la Rochelle et Bordeaux, tandis que d’autres considéraient que les ballons n’iraient pas très loin, en raison du voisinage de la mer et de la direction du vent. Quoique qu’il en soit, les organisateurs ont pu se réjouir d’avoir connu un magnifique soleil tout au long de la journée et de n’avoir pas essuyé le terrible orage qui était censé éclater vers 22h. Le Populaire, en référence à la popularité sans précédent de l’aviation concurrençant indéniablement l’aérostation, termine son article en affirmant que si un pilote aérostatique va moins vite qu’un avion, il reste malgré tout beaucoup plus sur.


Les articles du 16 juin 1925 des journaux de l’Echo de la Loire et du Populaire donnèrent les résultats de la course ; le grand gagnant avec 71 kilomètres parcourus fut Heutte, qui a atterrit vers 21h30, le second ne fut autre que le grand favori, c’est-à-dire Cormier qui parcourut l’équivalent de 70 kilomètres, en troisième position on retrouve Dubois avec 58 kilomètres, puis Baillot avec 57 kilomètres, Augier avec 49 kilomètres, Ribeyre avec 35 kilomètres et enfin Poullet avec 25 kilomètres. Ce concours, malgré son grand succès, connut un bilan déficitaire avec des recettes se montant à 23 608,70 francs (l’entrée ayant rapporté 11 339,50 francs) tandis que les dépenses se sont élevées à 27 813,50 francs, soit un déficit de 4204,80 francs. Toutefois, malgré ce désagrément financier, cette course de distance pour ballon resta un évènement inédit marqué par un très grand succès. Cette épreuve devait surtout être l’occasion, selon l’article du 15 juin 1925 du journal L'Echo de la Loire, de permettre à l’Aéro-Club de l’Atlantique de saisir une opportunité pour développer l’aviation industrielle et militaire, laquelle avait donné une formidable impulsion à la ville de Nantes pour lui apporter une ligne d’aviation commerciale. Cette expérience, à la fois inédite et curieuse, remporta un franc succès, et a surtout profondément marqué l’histoire sportive de Nantes.


SOURCES
I1C48 DOSSIER 8
Lettre du 11 mars 1925
Le concours de ballons sphériques pour les 13 et 14 juin est demandé par le Président de l’Aéro-club de l’Atlantique approuvée par le département de Loire-Inférieur et le Préfet. La lettre du 11 mars 1925 de l’Aéro-club qui veut faire une épreuve de distance pour ballons sphériques, sur le terrain du Parc des Sports avec 10 ballons au maximum. C’est une manifestation inédite à Nantes, puisqu’il s’agit de deux concours dont l’un réservé aux enfants, avec un concours de distance pour ballons cartes postales, tandis que l’autre est un concours pour tous spectateurs, dans lesquels les concurrents devront tenir compte des conditions atmosphériques pour voir quels seront les quatre premiers et la distance parcourue.


Lettre du 14 mars 1925
Demande faite par l’Aéro-club pour le 17 mai 1925, au sujet d’un concours réservé aux pilotes membres de l’Aéro-club. Le règlement stipule que le départ soit effectué à partir du Parc des Sports à Nantes à 16h30 avec un départ toutes les six minutes. Quant à la nature de l’épreuve, il s’agit d’effectuer une certaine distance sans escale avec handicap. Plusieurs prix seront remis, dont le 1er est de 1500 francs, le 2e de 1000, le3e de 600 et le 4e de 400francs ; mais tous les pilotes reçoivent une indemnité de 200 francs. Quant aux ballons, ils doivent avoir un cubage maximum de 1200 mètres cube. Pour ce qui est des handicaps, les ballons de 2e catégorie doivent comporter deux personnes à leur bord, ceux de 3 catégories 3 personnes. Le nombre de partants est fixé à 10, quant au cube total de gaz, il doit se monté à 5000 mètres cube. Le concours doit s’effectuer avec un minimum de 8 engagements, chacun étant obligé de donner le nom et le cubage du ballon ; de même chaque pilote doit verser 100 francs remboursable, tandis que le gaz est quant à lui gratuitement fourni par l’Aéro-club. Plusieurs obligations sont à respectées ; ainsi les aérostats doivent être aux couleurs du club, les baromètres doivent être vérifiés par les commissaires avant le départ, et les pilotes doivent indiquer le point exact d’atterrissage. Le bilan approximatif des frais est estimé par l’Aéro-club à 19870 francs, dont 3500 pour le prix, 5670 pour le gaz, 1800 pour la publicité et 2000 pour la location du parc. Diverses conditions sont à respecter en accord avec les lois du 5 avril 1884 et du 31 mai 1925, telles que l’interdiction de fumer, l’obligation de couper le courant électrique, ainsi que la mise en place d’un barrage des coins alentours (le Champ de Mars est interdit au public lors du départ des aérostats), et d’un minimum de distance obligatoire de 15 mètres entre le public et le ballon. L’Aéro-club fournit avec cette lettre un plan du concours, avec une tribune pour le public de chaque côté de la piste, une conduit de gaz au milieu de celle-ci, séparant cinq ballons de chaque côté. L’Aéro-club cependant refuse de payer les taxes municipales sur spectacle, puisque le concours a un triple but, il permet le développement du sport, de l’éducation physique et la préparation militaire. Or l’administration n’est pas d’accord avec cette condition.


Bilan déficitaire du concours du 14 juin 1925 avec des recettes qui se montent à 23608,70 francs dont l’entrée a rapporté 11339,50, quant aux dépenses, elles s’élèvent à 27813,50 francs ; le déficit est donc de 4204,80 francs.


Arrête de police du 28 mai 1925
En plus de la loi du 5 avril 1884, il faut également respecter la loi du 31 mai 1925 sur la navigation aérienne. L’arrêté de police stipule que seules les personnes allant au guichet pourront accéder au Champ de Mars les 13 et 14 juin. C’est à l’aéroclub d’établir une clôture au parc des Sports. Les voitures sont interdites dans les alentours du Champ de Mars. Il y a une interdiction formelle de fumer auprès d’un ballon, et le public doit être tenu à un minimum de 15 mètres des ballons ; de même une équipe suffisante doit être présente afin de maintenir les aérostats au départ. Quant aux lignes électriques, le courant sera coupé ; enfin l’article 6 lui demande aux aéronautes d’éviter de jeter du
lest au-dessus des spectateurs.


2PRESSE12


Journal l’Echo de la Loire
Article du 3 juin 1925
On prévoit les meilleurs auspices pour Le Grand Prix de L’Aéro-club de l’Atlantique, car déjà 10 aéronautes sont engagés, dont C. Dollfus avec le ballon « Octe » de 900 mètres cube, Demuyter avec « Belgica » de 1200 mètres cube, Ribeyre avec « Luciole » de 500 mètres cube, Baillot avec « l’Azur » de 900 mètres cube, C. Lefèvre avec « l’A.E.C. Touraine » de 600 mètres cube, L. Poulet avec « le Tourangeau » de 900 mètres cube, Auger avec « Marie-Jeanne » de 1200 mètres cube, G. Cormier avec « l’Anjou 11 » de 900 mètres cube, R. Heutte avec « La Tulipe » de 1200 mètres cube, M. Dubois avec « Toutoune » de 1200 mètres cube. On compte parmi ces aéronautes, trois as du sphérique, dont Lefèvre vainqueur de la coupe Alfred Leblanc en 1923 ; Auger qui participe depuis trois ans à toutes les épreuves aériennes ; et Cormier vainqueur du Grand Prix de l’Aéro-club de France et recordman de durée pour ballon de 900 mètres cube. On recense également d’autres concurrents redoutables, tels que Dubois qui a effectué de multiples voyages, Baillot avec Ravaine (qui est un très vieil aérostier). La région va être favorisée par les vents d’ouest mais la lutte sera sévère car ces ballons tenants l’air en moyenne une vingtaine d’heures, on peut s’attendre à ce que de belles distances soient parcourues ; par contre si nous avons des vents d’est, la course sera limitée par la mer, mais la place du premier sera tout de même disputée, car aux approches de la côte, il existe des courants qui dont dévier les ballons.les concurrents chercheront donc à augmenter leur distance en tâchant d’être entrainés soir au nord, soir au sud de la Loire. La plupart des concurrents ont pris le départ le 31 mai pour le Prix des Sociétés affiliées à Lille. Avec dix ballons, dont un de 600 mètres cube, 5 de 900 mètres cube et 4 de 1200 mètres cube, il y aura deux nations de représentées, à savoir la France et la Belgique, et quatre associations, Aéroclub de Touraine, Aéroclub de France, Azur, l’Aéronautique Club de France.


Article du 9 juin 1925
LE GRAND PRIX DE L’AERO-CLUD DE L’ATLANTIQUE
L’organisation du Grand Prix se poursuit activement il s’agit d’une intéressante épreuve. Parmi les pilotes engagés, deux disposent chacun d’une place de passager. Ces pilotes sont Dubois, pilote de Toutoune, et M. Ribeyre, de Luciole. Chaque place serait donnée moyennant une participation aux frais de 350 francs. Les amateurs d’ascension en sphériques profiteront d’une occasion unique en donnant leur adhésion au siège social de l’Aéro-club de l’Atlantique. L’Aéro-club de l’Atlantique étant délégué général de la Ligue Aéronautique de France accorde aux membres de la Ligue Aéronautique une réduction de 25% sur le prix des places. Quant au concours cartes postales, chaque enfant aura un ballon accroché à sa carte, le lâchage des ballons sera organisé par les soins des commissaires et par groupe de 25 ; le nombre maximum de concurrents est limité à 250. Le classement se fait par ordre de distance, le vainqueur étant bien entendu celui qui aura été le plus loin.


Article du 11 juin 1925
Le Grand Prix de l’Aéro-club de l’Atlantique : d’ici quelques jours aura lieu le départ de ballons engagés dans le Grand Prix de l’Aéro-club de l’Atlantique, cette épreuve venant aussitôt après la Coupe Gordon Bennett est assurée d’un succès considérable dans les milieux aéronautiques, puisque l’as belge Demuyter qui vient d’atterrir à Quimper a donné son engagement à cette épreuve. Il faut espérer que le beau temps dont nous sommes gratifiés va continuer au moins pendant quelques jours de façon à donner à cette manifestation l’éclat qu’elle doit comporter. Devant le succès considérable accueillant cette épreuve dans la région nantaise, et afin d’éviter au public un temps fastidieux aux guichets de délivrance des billets, deux guichets seront ouverts le samedi 12 juin et dimanche, ces guichets délivreront des billets d’entrées pour l’après-midi à toutes les places et sans aucune
augmentation des prix. Nous demandons aux spectateurs de faciliter l’organisation en profitant de cette facilité, pour éviter l’attente qui invariablement se produit aux guichets. Le programme contiendra la carte réponse du concours des pronostics organisé parmi les spectateurs, avec 500 francs de prix dont un Bon de la Défense de 100 francs.


Article du 13 juin 1925 n°2362
GRIX PRIX DES BALLONS
Le beau temps continuant, nous pouvions espérer être gratifiés d’une journée superbe dimanche prochain pour le départ des ballons du Grand Prix de l’Aéro-club de l’Atlantique. Cette épreuve montée à grands frais et constituant énormément de difficultés pour l’Aéro-club de l’Atlantique, doit être un grand succès. Les aérostiers ont répondu à l’appel du groupement nantais mais pour la réussite de cette fête, il fut que le public réponde également à son appel. Il est bien entendu que s’il on voit un petit peu de l’extérieur, comme pour toutes les fêtes en plein air on voit beaucoup mieux de l’intérieur et de beaucoup plus près. Le succès des fêtes dépend essentiellement du public qui pour la modique somme qui lui est demandée, permet de couvrir le frais considérables d’organisation pour aider les organisateurs à recommencer et à faire mieux l’année suivante. Nous espérons que le public nantais répondra nombreux à l’appel de l’Aéro-club de l’Atlantique, et que tous les records du nombre d’entrées seront battus dimanche prochain. Le programme de cette manifestation comprend comme nous l’avons indiqué précédemment, le concours de ballons cartes postales, réservé aux enfants, et le concours de pronostics ouvert à tous les spectateurs, mais aussi une partie du concert exécutée brillamment par le musique militaire du 65e régiment d’infanterie. Ajoutons que ce qui n’est pas à négliger par un temps de chaleur, des buffets aménagés dans les différentes enceintes, permettront au public de se rafraichir. Le matériel des aérostiers doit arriver au plus tard samedi matin, les opérations de gonflement commenceront aussitôt le déjeuner et pendant tout ce temps ainsi que le dimanche matin, le public sera admis à assister à ces curieuses opérations moyennant un prix modique de 2 francs. A l’occasion de cette manifestation, l’Aéro-club de l’Atlantique, fidèle à son programme de développement et de vulgarisation de l’aéronautique a utilisé la publicité par tracts lancés d’avion. Dimanche dernier et mercredi, 40000 tracts ont été lancés sur Nantes, et au cours d’un de ces vols, un appareil Gaudron piloté par M. Tiriau du Garage Tiriau, et pilote de l’Aéro-club de l’Atlantique, a passé en plein vol sous le Pont Transbordeur. Que faire dimanche prochain, si ce n’est assister au Grand Prix des Ballons de l’Aéro-club de l’Atlantique : vous assisterez à un spectacle inédit et curieux, et se sera le meilleur moyen d’accorder vos encouragements à l’Aéro-club de l’Atlantique, groupement régional des Pilotes, Observateurs et Mitrailleurs de la Guerre.


Article du 14 juin 1925
LE GRAND PRIX DE L’AERO-CLUB
Samedi de nombreux nantais ont pu assister aux préparatifs du Grand Prix de l’Aéro-club de l’Atlantique qui se disputera ce soir. Des 3h, huit enveloppes de ballon arrivées dès le matin en wagon spécial, se trouvaient sur le terrain du Parc des Sports. Cependant, une nacelle et une enveloppe n’appartenant pas malheureusement au même ballon laquait à l’appel. Ces deux « petits objets » se sont parait-il égarés en cours de route. Bien entendu des recherches ont été entreprises. Aboutiront-elles ? Nous ne le savons pas. L’on craint donc de voir deux aéronautes obligés de ne pas prendre le départ. Par suite de la présence continuelle depuis quelques jours des vents d’Est, le Comité d’organisation adresse un appel à toutes les populations côtières de Bretagne, de Vendée et de Charente, pour que si des ballons ont entrainés vers la mer ils soient secourus le plus vite possible. Tout ballon vu au-dessus de la mer doit absolument être considéré en perdition.


Article du 15 juin 1925
LE GRAND PRIX DES SPHERIQUES DE L’AERO-CLUB DE L’ATLANTIQUE
L’Aéro-club de l’Atlantique nous a montré dimanche tout ce qu’il pouvait en montant une épreuve de l’importance du Grand Prix des sphériques, et surtout en le réussissant. Ce n’est pas rien en effet d’avoir pu réunir pas moins de sept aéronautes bien connus dans notre ville. Il fallut de plus belles une belle énergie et un magnifique esprit de décision à tout ceux ce jeunes pour préparer leur épreuve. Songez aux multiples difficultés qui durent assaillir les organisateurs du Grand Prix, difficultés qui furent résolues, puisqu’en somme la fête de dimanche fut un énorme succès et vous resterez persuadés que l’Aéro-club de l’Atlantique est un groupement qui après s’être développé, pourra donner non seulement un essor à l’aviation industrielle et militaire, mais encore arrivera un jour à imprimer à notre ville un merveilleuse impulsion qui lui permettra de se développer et de se joindre aux fruits déjà acquis ceux que pourraient lui apporter une tête de ligne d’aviation commerciale. Dans ce but, nous ne saurions trop vous recommander d’adhérer à l’Aéro-club de l’Atlantique. Le Banquet : samedi soir, les dirigeants de l’Aéro-club de l’Atlantique réunissaient tous leurs amis dans les salons du maître traiteur Turcaud, où l’endroit devait fêter les vaillants aérostiers qui prirent le départ dans le Grand Prix des Ballons Sphériques. M. Poisson, président de l’Aéro-club de l’Atlantique accompagné de M. Vauthier (représentant M. le Préfet) et M. le Commandant Barthélemy, M. Etienne, l’armateur nantais bien connus, président les sept équipages des ballons se trouvaient là : Dubois, Auger, Hoet, le capitaine Ribeyre et l’animal Cormier. Y’avait aussi Doceul directement de l’agence Havas, plus toute la jeunesse joyeuse de l’Aéro-club de l’Atlantique, pus M. Tiriau, l’excellent pilote qui est passé sous le Pont Transbordeur avec son frère (seul nantais à posséder son propre avion). M. Poisson présenta les aéronautes et remercia les Autorités et la Presse du précieux concours apporté par eux. A la préparation du Grand Prix. M. Cassagrain fit un speech où il glorifia l’aérostation du « plus noble des sports ». M. Vauthier dit que l’aviation n’avait presque d’autre but que de faire casser la figure aux aviateurs qui devraient lutter dans une guerre très prochaine. La séparation s’effectua vers minuit, certains allèrent vers le Parc des Sports où pendant la nuit, commença l’opération du gonflement des ballons. La Journée du Grand Prix : toute la matinée, le gonflement continue, et alors que dès 14h, une foule que l’on aurait pu cependant s’attendre à trouver plus dense envahissait les tribunes et les pelouses, les ballons ne montraient pas encore une obésité très rebondie. Vous raconter comment le temps s’écoula depuis cette heure serait fastidieux. Qu’il ne suffise de vous dire que les multiples concours, la musique militaire et un poste de très bons haut-parleurs installés par la Société Radio-Electrique de l’Ouest suffirent à distraire l’ennui d’une longue attente. Vers les 3h, l’on plomba les baromètres de tous les aérostiers ; trois de ceux-ci manquaient à l’appel, M. Demuyter la veille s’était excusé. Son ballon parait-il s’était égaré sur les chemins de fer de Hollande. Cela nous consolait de voir que les Compagnies françaises n’étaient pas les seules à faire des bêtises lorsque l’on nous apprit que deux de nos concurrents nationaux ne pouvaient concourir : pour l’un, sa nacelle, et pour l’autre son enveloppe, s’étant perdues au cours du voyage ! Enfin, à 16h55, le premier ballon piloté par M. Poullet pris son envol difficilement au son de la Marseillaise. A noter que le passager de ce ballon n’était autre que Mme Poulet qui courageusement faisait sa première ascension avec son mari. Cela fut, et c’est compréhensible, fort applaudie. Le vieil aéronaute Cormier prit quatre minutes après son camarade la voie des airs. L’on dut attendre plus de 40 minutes un autre envol et ce sur Baillot, accompagné de Ravaine, qui s’élançaient vers les nues. A 17h54, Dubois le fils du célèbre coureur cycliste et aéronaute Jules Dubois, prit l’ai à son tour dans un magnifique petit ballon de 600 mètres cube, dont la forme élancée contrastait avec les rondeurs ventripotentes des autres ballons. A 18h, l’ascension suivante fut plus difficile et le pilote Auger accompagné de M. Legendre son passager, pris dans un tourillon ne durent qu’à une rapide lâcher de lest de ne pas se cogner dans des fils électriques à haute tension dans lesquels heureusement le courant était coupé. A 18h45, le capitaine Ribeyre avec son passager M. Mouffe, le dévoué secrétaire général de l’Aéro-club de l’Atlantique prenait son envol. Il ne restait plus sur le terrain que le gros aérostat de 1200 centimètres cube de Raymond Heusse. Comme handicap, le ballon devait transporter quatre passagers dont certains étaient déjà trouvés : Heusse lui-même et ses deux « gonfleurs ». Le quatrième se présente de lui-même, c’était un courageux nantais bien connu de tous les jeunes, M. Polo. A 18h35, le dernier des sept ballons quittait le Parc des Sports aux cris de « Vive Polo ». Maintenant, il nous serait difficile de présumer le point de chute des aérostats. Certains pensent que le vent les emportera dans le sud, et qu’alors les descentes se produiraient entre la Rochelle et Bordeaux. D’Autres disent, et ceci est notre opinion, qu’ils ne doivent pas aller loin et que probablement avant la nuit le bois de Bourneuf les vit toucher terre. Nous ne saurions nous prononcer : des courants peuvent en effet à de fortes hauteurs ramener les aérostiers et dans ce cas, ils pourraient atterrir dans le Centre. Cependant, le fameux pilote Cormier, interrogé, ne nous cache pas qu’il pensait qu’avec son ballon, poussé à la mer, il serait obligé de descendre sur le bord de la côte. A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous encore sans aucune nouvelles. Les atterrissages : on signale que le « Tourangeau » piloté par M. Poullet a atterri à 18h30 à la Limouzinière, il n’avait plus de lest. Le ballon de Cormier à 21h15 à Brétignolles en Vendée, tout comme de Heutte à 21h30 ; de Ribeyre à 19h40 à Saint Etienne de Mer-Morte. D’autre part, deux ballons ont été vus vers la direction de Saint Jean-de-Monts. On reste sans nouvelles des autres.


Article du 17 juin 1925
LE GRAND PRIX DE L’AERO-CLUD DE L’ATLANTIQUE
Le classement provisoire : 1)n°10 Heutte, distance 70km, atterrissage à 21h30 ; 2) n°4 Cormier, 70 km, 21h15, Brétignolles ; 3) n°9 Dubois, 58 km, Riez, 4) n°7 Baillot 57 km, vers Challans ; 5) Auger, 49 km, vers Challans ; 6) Ribeyre, 35 km, Saint Etienne de Mer-Morte ; 7) Poulet, 25 km, Limouzinière.


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Journal Le Populaire
Article de 5 juin 1925
Le Grand Prix des sphériques de l’Aéro-club de l’Atlantique s’annonce comme devant être un des gros succès, tant par le nombre des engagés que la qualité des pilotes. L’épreuve qui sera disputée dimanche en huit est identique à la fameuse Coupe Gordon Bennett connue du monde entier, courue par de nombreuses nations et qui est le plus gros succès d’aérostation non pas d’Europe mais du monde. Mais le vrai mérite de l’Aéro-club de l’Atlantique n’est pas d’avoir organisé cette épreuve si couteuse, mis c’est surtout d’avoir obtenu les engagements des plus grands aéronautes français et étrangers, limités seulement par l’emplacement disponible pour le départ qui aura lieu sur le Champ de Mars, au Parc des Sports. Malgré les frais énormes qu’a présenté cette organisation, l’Aéro-club de l’Atlantique voulant intéresser le public nantais, a établi une gamme de prix d’entrée permettant à toutes les bourses l’accès aux différente enceintes, d’où les spectateurs ne perdront pas de vue un seul des gestes des concurrents, gestes qui leurs seront expliqués par haut-parleurs. L’Accès sera même à prix réduit pour assister au gonflement. Le 14 juin aura lieu le départ ainsi que le concours des ballonnets pour enfants doté de forts prix grâce à la générosité des Magasins La Jeunesse Marx (succursales des Galeries Lafayette) et un concours de pronostics auquel tous les spectateurs pourront participer, et qui sera doté de nombreux prix, dont un bon de 100 francs. Quant au 13 juin, l’Aéro-club de l’Atlantique offre dans les salons Michel Turcaud, un banquet en l’honneur des aérostiers engagés dans son Grand Prix. Parmi les invités, on retrouve les Autorités locales ainsi que la presse. Pour les amateurs d’ascension en ballon, M. André Dubois dispose d’une place de passager et demande s’il lui serait possible d’en trouver une sur place, moyennant 350 francs de frais de participation. Des mesures d’ordre ont été prises, pour vérifier au moyen d’un dynamomètre la force ascensionnelle des aérostats, et voir également si les aéronautes sont bien titulaires d’un brevet de pilote.


Article du 13 juin 1925
Le Grand Prix de l’Aéro-club de l’Atlantique, une épreuve intéressant et curieuse, pour laquelle l’Aéroclub a fait pour son organisation de gros sacrifices ; elle adresse un pressant appel au public afin qu’il ne se contente pas d’apprécier le spectacle depuis un pont, mais qu’il consente, pour une modique somme, à assurer le succès de cette réunion, et à venir en foule. Le brillant pilote belge Demuyter vient d’ajouter un nouveau fleuron à sa couronne pour la cinquième fois, puisqu’il vient de remporter la Coupe Gordon Bennett avec quatre victoires consécutives. L’Aéro-club de l’Atlantique a un programme de diffusion et de vulgarisation de l’aéronautique, il propose pour deux francs assister au gonflement, et a utilisé pour cela la publicité par tracts lancés d’avion.


Article du 14 juin 1925
PREMIERE JOURNEE DU GRAND PRIX
Cette première journée du Grand Prix s’est ouverte par les opérations préliminaires dites « mises en épervier » des ballons. En langage courant, cela signifie que l’on a revêtu les aérostats de leurs filets. Trois pilotes manquaient à l’appel : Dollfus, Demuyter et Lefèvre, c’est pourquoi il n’y aura que sept départs. Le banquet à 20h30 réunissait les pilotes et organisateurs. Ce concours est tout jeune puisqu’il en est à sa première année, mais M. Poisson espère qu’il sera de longue durée, il parle de l’empressement de ceux qui se sont engagés et qui sont l’élite des aéronautes. Parle d’un conflit entre aviateurs et aéronautes, il dit ironiquement « Nous, nous sommes les horribles conquérants qui, avec la brutalité de broiement de centaines de chevaux-vapeur, asservissons l’air…au profit de a France, et c’est là notre excuse. Eux sont des artistes qui demandent au grand ciel bleu un petite place pour eux en se laissant emporter auprès des courants qu’ils ont choisis. Si nous, nous avons le droit de dire que nous avons actuellement achevé la conquête de l’air, eux, je crois, préféreront dire que depuis longtemps déjà, c’est l’air qui les a conquis. »


Article du 15 juin 1925
Voilà au moins une fête de plaisir que la pluie n’aura pas gâché. Jusqu’au soir le soleil écartelé le ciel, le baromètre n’a pas bougé. Les ballons se sont envolés dans une sorte d’éblouissement. Ils sont partis vers la mer en bon ordre, leur départ était prestigieux. Pauvres sphériques un peu archaïques ! Poussés brusquement sur la pelouse comme des champignons monstrueux, dociles et ronds, on oublie vite qu’ils sont encombrants, longs à équiper, difficile à manoeuvrer, lorsque quittant doucement le sol, ils montent presque droit vers les nuages….les sept qui se dodelinaient dans l’enceinte du Parc, captifs sous leurs flots que des sacs de sable rangés en cercle fixaient au sol. On les voyait de loin dominant la toiture de tribunes et n’offrant qu’à la vue qu’une calotte jaune safran ou jaune or. On les voyait si bien que plusieurs milliers de personnes n’avaient pas été prendre des billets mais s’étaient massées aux alentours. D’abord, y’a eu le concours des ballons cartes postales, que l’on vit tournoyer longtemps dans les airs, mais à cause du vent capricieux, les enfants les regardaient d’un air plutôt inquiets. A 16h55, M. Poullet et sa femme prenaient le premier départ, leur sphérique s’élevait aisément, sans heurts. Le vent les poussait vers Pornic. On prévoyait que le pilotes n’iraient pas plus loin que les Sables d’Olonne. M. Cormier, le favori, s’élevait à 16h50 ; puis à 17h42 ce fut Baillot ; à 17h54 Dubois dont l’aérostat avait la forme d’une figue ; à 18h08 ce fut au tour d’Auger ; à 18h16, M. Ribeyre avec à son bord M. Mouffe, secrétaire général de l’Aéroclub ; à 18h30, M. Heutte et trois passagers prirent le départ à leur tour. Chaque pilote avait emporté à son bord un baromètre enregistreur et diverses provisions pour se garder du mauvais temps…et de la soif. Le voisinage de la mer d’une part et la direction du vent d’autre part, font penser que les pilotes devraient atterrir, sinon amerrir assez tôt. L’orage que l’on pouvait craindre vers 17h n’a heureusement pas éclaté. Le ballon nous a dit un pilote, va moins vite que l’avion, mais il est plus sur. Comme si on comparait la diligence aux chemins de fer. Alors pour un jour tout au moins, vive la diligence !


Article du 16 juin 1925
Sept pilotes ont atterri dans d’excellentes conditions, avec Heutte gagnant avec 71 km, et le dernier est Poulet à 25km.


BG in 4° 452
LAUX Frédéric (archivistes paléographe), sous la direction de MIGUET Vivienne (conservateur en chef du Patrimoine), L’AVENTURE DU CIEL deux siècles d’aéronautique en Loire-Atlantique 1783-1999, Nantes, 1998, p.27 à 40


> 1983 : deux siècles après la première ascension



Même si l’aérostation ne connait plus aujourd’hui le même engouement qu’à sa création, elle n’en reste pas moins une activité particulièrement plaisante, qui suscite toujours une certaine curiosité. 1983 est une année particulière dans ce domaine car elle maque le Bicentenaire du premier vol humain. A cette occasion, une grande fête aérostatique fut donnée à Nantes afin de célébrer cette invention révolutionnaire. Ainsi, du 26 août au 4 septembre, la ville fut la scène privilégiée du VIe Championnat du Monde de Montgolfières. Se déroulant sur le terrain de la Pervenchère, propriété de la ville, à Casson, cette épreuve sportive fut pratiquée par pas moins de quatre-vingt cinq concurrents venant de vingt-deux nations différentes, donnant lieu à une course captivante. Toutefois, malgré le succès rencontré, on peut regretter l’absence des américains qui ont choisi de s’abstenir de participer à cette épreuve jugeant les conditions topographiques du site défavorables à une telle compétition, en raison de la trop grande présence de bosquets. Ils avaient certainement pensé que leur défection amènerait les autres pays à suivre leur exemple, entrainant du même coup l’annulation de la course ; mais en réalité ils ont du amèrement regretté leur décision, au vu du succès rencontré par l’évènement. Parmi les vingt et une nations présentes, on compte des aéronautes venant entre autres d’Australie, d’Autriche, de Belgique, du Brésil, du Canada, du Danemark, D’Espagne, de Finlande, de France, de Grande-Bretagne, de Hong-Kong, d’Inde, d’Irlande, d’Italie, du Japon, du Luxembourg, de Norvège, des Pays-Bas, de R.F.A., de Suède et de Suisse.


La liste des concurrents annonce une compétition alléchante et pleine de suspense et les nombreux et célèbres aéronautes qui ont répondu présent à cet évènement, ont su sans difficultés pallier l’absence du champion du monde de l’époque, un américain. La France pouvait se targuer d’avoir parmi ses représentants plusieurs aéronautes capables de concourir pour la première place, des candidats présents à chaque compétition internationale, preuve de leur indéniable talent aérostatique. D’ailleurs, le favori n’était autre que le français Michel Arnoult, l’homme qui possédait à l’époque le record du monde d’altitude, en s’étant élevé à 12 300 mètres de haut ; pour atteindre cette hauteur sans trop de risque pour sa santé, (il y faisait tout de même une température avoisinant les -60°), l’aéronaute avait du se munir d’une combinaison et d’un masque à oxygènes spéciaux. Ce pilote en duo avec Hélène Dorigny, détenait également le record du monde de durée (soit 29 heures et 5 minutes), et celui de distance avec 1154 km parcourus. Sur la liste des compétiteurs figurait également le nom de Christian Stiesz, aéronaute nantais, qui s’était distingué par la passé avec son fameux ballon baptisé du nom de l’un de des plus célèbres et talentueux personnages qu’ait connu la ville de Nantes, Jules Verne, ce choix n’étant évidemment pas anodin quand on connait toute l’importance que le fameux écrivain accorda aux ballons, comme en témoigne l’ouvrage qu’il leur a consacré (Cinq semaines en ballon). Toutefois, s’il l’avait accompagné durant de nombreuses épreuves passées, en raison de son âge trop avancé (5 ans d’usage), Christian Stiesz décida de ne pas l’utiliser pour ce championnat, et de voler avec son nouveau ballon « Synergie », un superbe 24 fuseaux. Le nombre de fuseaux, soit 12 ou 24, dépend de la taille de l’aérostat, mais cela relève davantage d’un point de vue esthétique que de la véritable performance. Ce pilote s’était déjà distingué par le passé en remportant les championnats de France en 1980 et 1981 et en devenant vice-champion du monde en 1979. Autre représentant de la région ouest de la France, le sarthois Philippe Galland, dentiste de sa profession, qui avait lui aussi décidé de participer à cet évènement au bord de son ballon «Rustique» mesurant tout de même1850 mètres cube. Le journal de Presse Océan n’hésite pas à encenser les représentants français, déclarant qu’ils sont à l’époque les meilleurs du monde. De fait, sans chauvinisme exagéré, il faut bien rappeler que même si de nos jours les manifestations aérostatiques (mis à part les grands évènements de réputation mondiale comme celui-ci), ne connaissent plus beaucoup d’écho auprès du public, cela n’a pas empêché la France de compter en 1983 pas moins de 14 ballons à gaz et 220 montgolfières selon l’ouvrage Quand Nantes s’envole des Cartophiles du pays nantais. De plus, on recensait également 310 pilotes de ballon à air chaud et 35 à gaz, classant ainsi notre pays au troisième rang mondial pour le nombre de ses pilotes, soit derrière les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.


Ayant le grand privilège d’être l’hôte de ce championnat de renommée mondiale, Nantes se devait d’être à la hauteur d’un tel évènement. Elle choisit pour l’occasion le site de la Pervenchère, cadre splendide situé en plein milieu du parc du château, qui avait déjà servi l’année précédente aux championnats de France de Montgolfières. Ce site disposait d’un espace suffisant vaste pour pouvoir accueillir et déployer toutes les montgolfières, sans aucun risque pour les aéronautes et le public. Cependant, s’il s’avère facile d’accès, il présente tout de même comme inconvénient, comme l’avaient justement fait remarquer les équipes américaines, d’être parsemé de nombreux bosquets susceptible de gêner certains aéronautes durant la compétition. La ville n’hésita pas à déployer des dispositifs de sécurité à la mesure de l’évènement, mettant en place pas moins de 3km de barrières entourant les lieux. En 1983, ce championnat constitue un véritable évènement ; cela explique ainsi que des mesures de sécurité soient mises en place. Une structure d’organisation a été prévue pour l’occasion, le C.O.M.B.A.C. ou Comité d’Organisation du mondial du ballon à air chaud, réunissant tous les compétiteurs. Tout un service de police a quant à lui été déployé sur l’ensemble du site, avec la présence de 150 gendarmes censés veiller au bon ordre et au maintient des mesures de sécurité, surveillant aussi bien les tentatives de vols (particulièrement nombreuses lors de ce genre d’évènement) que tentant de faciliter la circulation sur le site et ses alentours. Leur principal rôle restait toutefois de garantir la sécurité du public, tout le monde étant bien conscient des nombreux risques inhérents à de telles ascensions souvent groupées ou s’enchaînant à un rythme soutenu.

L’article du 27 et 28 août 1983 du journal Ouest France souligne le fait qu’à la fin du XXe siècle, une montgolfière coûte tout de même la bagatelle de 80000 francs. Toutes les innovations techniques qui ont pu voir le jour depuis l’invention du ballon n’ont donc pas véritablement permis de démocratiser ce sport ni suffi à le rendre plus accessible à tout un chacun. Cette activité empreinte d’originalité, ne rapporte en réalité rien aux aéronautes qui pratiquent ce sport en amateur, raison pour laquelle ils ont très souvent besoin d’un sponsoring. Or, sur les 71 montgolfières présentes à la Pervenchère, seules un tiers ont eu ce privilège. D’autre part, afin de rentabiliser un évènement de cette importance, l’organisation n’a pas hésité à diffuser des programmes plus alléchants les uns que les autres et pratiquer quelques tarifs attractifs. Ainsi, sachant pertinemment que les enfants constituent le public cible d’un tel évènement, il a été décidé que les moins de 12 ans pourraient venir gratuitement, incitant d’autant plus les adultes à venir assister au spectacle. Les programmes du week-end, élaborés en dehors de la compétition, et susceptibles de recevoir plus de monde, sont vendus à un prix plus élevé, 25 francs contre 15 francs en semaine par jour et par personne.


Ce même article du journal revient également sur la nature des différentes épreuves prévues tout au long de la semaine à partir du lundi 29 août jusqu’au vendredi 2 septembre. A l’époque, beaucoup s’étonnent que les épreuves se déroulent entre 7h et 10h le matin, puis de 18h à 20h du soir. La raison en est pourtant toute simple, l’air chaud pèse beaucoup moins lourd que l’air frais. Une montgolfière est un ballon se dirigeant grâce à l’air chaud contenu dans son enveloppe ; ainsi en choisissant les périodes de la journée les plus fraiches, soit tôt le matin et en fin de soirée, la différence entre l’air contenu dans le ballon et l’air environnant sera plus important et permettra à l’aérostat de voler plus facilement. Par contre, les ballons à air chaud sont tributaires des conditions atmosphériques qui peuvent rendre dangereuses leur utilisation; si la montgolfière est prise dans des courants d’air chaud, le pilote en perd alors tout contrôle et se trouve entrainé malgré lui dans une ascension dont il ne peut maîtriser la vitesse. Les épreuves aérostatiques sont toujours choisies au jour le jour par le directeur des vols, Jean le Marchand, lequel élabore le programme en fonction des conditions météorologiques. Parmi les différentes épreuves, on retrouve notamment celle du « But » déclinée en deux versions ; dans chaque cas il s’agit pour les aéronautes de réussir à lancer un «marqueur» le plus près possible de la cible à atteindre, celle-ci ayant été déterminée avant le départ de l’épreuve, soit par le pilote lui-même, soit par l’organisation. Cette épreuve demande aux aéronautes de faire preuve d’une grande adresse, pour réussir à placer le plus précisément possible leur « marqueur » qui n’est rien d’autre qu’un petit sac de sable coloré pesant environ 100 grammes. Afin de les différencier et pour qu’aucune confusion ne soit possible, chaque marqueur est agrémenté d’une banderole de couleur d’un mètre de long, portant le nom et le numéro du pilote; de même, la cible choisie est marquée par une croix en tissu phosphorescent. Il existe une épreuve similaire, appelée « la valse hésitation » où chaque pilote doit s’envoler de l’aire de décollage et s’efforcer de larguer son « marqueur » le plus près possible du but qu’il aura choisi parmi ceux désignés pas les organisateurs. Une autre L’épreuve appelée « le coude » demande aux aéronautes de réaliser la plus grande altération de cap possible tout en larguant tous leurs «marqueurs» dans un ordre déterminé. Celui qui réalise la plus grande altération de cap gagne bien évidemment, en sachant que 180° est le meilleur score à atteindre. Bien que différente «La course au lièvre» quant à elle, constitue encore une fois en une épreuve de précision ; chaque aéronaute doit larguer son « marqueur » le plus près possible de la cible déployée au point d’atterrissage du ballon lièvre. Pour le « retour au bercail », il est demandé aux pilotes de trouver leur aire de décollage et de s’efforcer d’atteindre un but déterminé. Enfin, « le bon choix » constitue une épreuve supplémentaire, dans laquelle les pilotes larguent un sac sur lequel est indiqué les coordonnées de l’endroit où le second sac sera lâché.


Les weekends sont quant à eux consacrés à des numéros plus festifs et plus impressionnants, le but étant toujours d’inciter le plus grand nombre de spectateurs à assister au championnat. Ainsi par exemple, dans son édition du samedi, le journal Ouest France détaille le programme du dimanche 28 août, censé être l’un des plus alléchants durant cette semaine de championnat :


10 h : début des baptêmes de l’air en hélicoptères
10h30 : démonstration d’ULM
11 et 11h30 : vols relatifs et vols groupés (20 parachutistes)
11h40 : voltige
14h : mise en place et préparation pour le vol du Flesselles le plus gros ballon du monde ; démonstration d’ULM
14h 15 : mini-montgolfières télécommandées
14h45 : voltige
15 h : présentation d’hélicoptère de la gendarmerie (l’Alouette 2)
15h15 : voltige
15h30 : largage de 20 parachutistes
16h : largage de 20 parachutistes, présentation du « Twintter » (bimoteur d’affaire)
16h15 : voltige en patrouille
16h30 : présentation en vol du Bréguet de Lan-Bihoué
16h45 : démonstration d’ULM
17h : présentation d’avions légers
17h15 : treuillage d’un Delta plane
17h30 : voltige
18h : entrée sur le site et présentation de toutes les montgolfières du championnat
18h30 : envol général des montgolfières. Premier vol de reconnaissance au-dessus du site
19h : largage d’un Delta plane


Chaque jour, un programme différent est proposé afin d’une part de divertir au maximum le public et d’autre part, de lui donner envie de revenir les jours suivants. Dès le samedi, le beau temps au rendez-vous permit aux 3000 spectateurs présents d’apprécier un spectacle on ne peut plus maîtrisé par les différents aéronautes en course; ces mêmes spectateurs purent également assister à des numéros de haute voltige de différents types d’avion ainsi qu’à des lâchers de parachutistes, lesquels devaient se poser avec une précision remarquable, alors que le saut s’effectuait à plus de 3000 mètres de hauteur. Entre 8h et 10h du matin était programmée le vol de quatre-vingt montgolfières, appelées
« Fiestas » pour l’occasion, afin de les différencier des autres aérostats, prenant eux part aux épreuves.

A ce sujet, il est assez amusant de constater, via le journal Presse Océan, que la plupart des spectateurs n’avaient toujours pas saisi la différence entre ces deux sortes d’aérostats au bout des huit jours de compétition. Quoiqu’il en soit, le clou du spectacle de ce premier weekend de championnat se situa entre 16h et 18h, comme en témoigne le pic de visiteurs enregistrés à ce moment-là venus exprès pour assister à la présentation des quatre-vingts montgolfières en compétition, avant que celles-ci n’effectuent vers 19h30 un vol de reconnaissance, dont l’intérêt et l’avantage était avant tout de permettre aux aéronautes de se familiariser avec l’ensemble du site de la Pervenchère en prévision des épreuves organisées pour les jours suivants. C’est à cette heure-là que les visiteurs eurent l’occasion d’observer dans le soir, un véritable ballet de ballons multicolores se dodelinant au-dessus du château de la Pervenchère. Celui-ci accueillit au cours de ce premier weekend de festivités quelques 30000 personnes, venues de toutes régions ; des cars spécialisés avaient même été prévus pour l’occasion, afin de permettre aux départements voisins d’assister à cet évènement mondial.

La compétition commença véritablement dès le lundi, et même si les épreuves avaient lieu tôt le matin, cela n’empêcha pas une foule de curieux de venir y assister, montrant ainsi que le succès de cet évènement ne faiblissait pas. Il était impératif que tous les aéronautes prennent leur envol entre 7h30 et 8h30 du matin, toujours à cause des conditions climatiques.

Heureusement Celles-ci s’annonçaient relativement propices à la réussite de l’épreuve, sachant qu’à 500 mètres d’altitude, le vent était de 22 noeuds, soit entre 40 et 50 km/h. Plusieurs montgolfières hors compétition étaient de véritables attractions à elles seules. On peut citer entre autres celle de l’australien Bob Purvis qui avait fait le déplacement juste pour le plaisir de participer à cet évènement en tant qu’amateur. Ce chef d’entreprise pratiquait l’aérostation depuis deux ans et avait eu maintes fois au cours du premier weekend du championnat, l’occasion de divertir le public avec son fameux et original ballon baptisé « Poulet rôti » ! Ce nom s’explique par le coq dessiné sur l’enveloppe de l’aérostat, et qui n’était rien d’autre qu’un simple rappel de la marque de son sponsor, qui d’après le pilote faisait les meilleurs poulets rôtis de toute l’Australie. Bob Purvis aura juste effectué trois ascensions avant de regagner son pays. Un autre ballon, installé sur la pelouse du château, a très certainement marqué les esprits par sa très grande originalité. Celui-ci se présentait en effet sous une forme on ne peut plus atypique, ayant tout bonnement pris l’apparence d’une bouteille de bière ! Ce ballon, mesurant tout de même 24 mètres de hauteur, était l’oeuvre d’une grande firme danoise, dont l’imagination avait été jusqu’à faire sauter la capsule de la bouteille lorsque l’air de l’aérostat était trop chaud ! Il s’agissait là d’une attraction unique au monde manoeuvrée par le champion du pays. On comptait parmi les montgolfières en compétition, le seul ballon existant en Inde (alors que le pays était peuplé de quelques 700 millions d’habitants), baptisé du nom de « Udan Kantholo » signifiant « Le lit qui vole »! Enfin, l’aérostat qui avait retenu le plus l’attention des spectateurs, n’était autre que le plus gros ballon au monde, « le Flesselles ».

Celui-ci mesurait 51 mètres de haut, pour 35 mètres de diamètres et 110 mètres de circonférence ; son enveloppe nécessitait 500 mètres de cordage, 85 mètres de câbles et 15 kilomètres de coutures ! Afin de satisfaire la curiosité des visiteurs, il était proposé de monter à bord ; pour cela, il était nécessaire de grimper par une échelle pour accéder à la nacelle, prévue pour contenir jusqu’à 20 passagers; ceux-ci effectuaient alors un vol captif, leur permettant de profiter à 30 mètres de hauteur d’un panorama sur le château et les alentours. Cet aérostat était en réalité la réplique du vrai « Flesselles », lequel avait connu un destin tragique, puisqu’il avait péri dans les flammes après avoir effectué un voyage de quelques kilomètres seulement sous les yeux de 100 000 spectateurs. Ayant eu connaissance que le championnat du monde se déroulerait à Nantes, des aérostiers lyonnais s’étaient décidés à le reconstruire pour l’occasion, afin de montrer que les français étaient tout aussi capables et talentueux que les américains. Nécessitant pas loin de 4 heures pour son gonflement, cet aérostat de 25 000 mètres cube, représentaient 6 à 7 fois la taille des autres ballons présents sur la pelouse du château.


Le journal Ouest France est revenu dans l’un de ses articles sur le rôle trop peu connu mais ô combien essentiel que jouent quotidiennement les ballonniers. Leur travail se révèle particulièrement ingrat, alors qu’ils sont pourtant indispensables au bon déroulement de chaque ascension, à laquelle malheureusement ils ne peuvent pas prendre part. En effet, ils doivent se contenter de suivre le ballon des yeux et s’apparentent davantage à un spectateur qu’à un acteur de ce voyage aérien. Pourtant, bien qu’on ne parle jamais d’eux, leur travail est primordial. Ils doivent entre autre s’occuper des préparatifs de gonflement (voir chronologie de l’envol de l’article du 1er septembre de Ouest France) et vérifier que tout est bien en place pour l’ascension, puis ils doivent anticiper le lieu de l’atterrissage du ballon pour être présents au moment de sa descente afin d’aider les aéronautes à s’extirper de la nacelle. De même, ils doivent prendre des dispositions vis-à-vis du propriétaire du terrain sur lequel l’aérostat se posera, tout en protégeant le « marqueur » là où le pilote l’a largué. Leur présence indispensable nécessite avant tout un grand professionnalisme, une vitesse d’action et bien sur une grande passion pour les ballons.


Tout au long de la semaine se sont déroulées les différentes épreuves énumérées plus haut. Le lundi fut une bonne journée pour les français, voyant la victoire de Michel Arnoult. Malgré un fort vent de nord-est, tous les ballons purent prendre le départ, dès 7h33, heure à laquelle Jean le Marchand avait donné son accord pour le commencement des épreuves. Il est surprenant de voir avec quelle facilité les montgolfières ont su prendre leur envol sans se gêner les unes les autres, alors qu’à peine une demi-heure auparavant, leurs enveloppes étaient déployées sur le sol, montrant là toute la dextérité et le grand professionnalisme des compétiteurs. Pour la première épreuve « la valse hésitation », trois cibles avaient été désignées, à la Chapelle sur Erdre, Treillières et à La Paquelais. Certains aéronautes firent preuve d’une telle adresse, qu’ils réussirent à larguer leurs « marqueurs » à quelques mètres de la cible. Puis en fin de soirée, à 18h30, ce fut le tour de l’épreuve « but choisi par les organisateurs », la cible étant de nouveau Treillières. La fascination exercée par cet évènement sur le public ne faiblit pas, comme en témoigne la foule de curieux qui assista à cette compétition. Le mardi matin bénéficia quant à lui de conditions météorologiques idéales, permettant ainsi le bon déroulement de deux nouvelles épreuves dénommées « le but choisi par le pilote » et « le coude », cette dernière se révélant être particulièrement technique et compliquée pour des appareils non dirigeables. Après avoir bénéficié d’une matinée de repos, les aéronautes ne purent malheureusement pas reprendre la compétition le mercredi soir comme il avait été prévu à l’origine, en raison de conditions météorologiques trop mauvaises pour mettre en place une épreuve aussi compliquée que ne l’est « le but choisi par les organisateurs », laquelle nécessite une très grande maîtrise de la part des pilotes, se retrouvant, seuls à bord de leur ballon, sans navigateur. Les concurrents effectuèrent trois vols le jeudi matin avant de concourir pour l’épreuve de la « valse hésitation » prévue à 7h30, suivie par « le but choisi par le pilote », tandis qu’à 19h se déroulait « le retour au bercail », partant de Blains pour revenir à la Pervenchère. Comme l’indique l’article du 3 et 4 septembre 1983 du journal Presse Océan, cette épreuve ne fut pas de tout repos pour les pilotes, bien au contraire. Arrivant au-dessus du château, à environ 400 mètres de hauteur, ils furent déportés par un courant d’air à plusieurs centaines de mètres de la cible. Tant et si bien que la grande majorité des montgolfières se retrouva contrainte de traverser la Loire pour se poser à Petit Mars, provoquant la panique au sein des équipiers, en attente de leur pilote à la Pervenchère.

Ces derniers durent alors se résoudre à aller chercher en pleine nuit leurs aéronautes, qui avaient eu l’idée de déclencher leurs bruleurs afin de mieux de faire repérer dans l’obscurité. Il fallut ensuite retrouver les « marqueurs » de chaque pilote, ce qui ne fut pas une mince affaire, la plupart étant tombés dans des haies ; ce qui explique d’ailleurs pourquoi le lendemain matin, près d’un tiers n’avaient toujours pas été retrouvés. Afin de rattraper ce rendez-vous manqué, les organisateurs annoncèrent pour le plus grand plaisir du public, une journée supplémentaire le samedi suivant, mais celle-ci n’eut en fait jamais lieu, la compétition s’arrêtant le vendredi 2 au soir, après une journée de repos. Quant aux résultats tant attendus, ils furent aussi source de mécontentement, les organisateurs ne pouvant les annoncer que 48 heures après la fin de l’épreuve concernée, jouant ainsi avec les nerfs des spectateurs. Une fois les résultats proclamés, on sut que le championnat avait été remporté par l’australien Sydney Peter Vizzar, suivi par le français Olivier Roux Davillas, auteur d’une honorable seconde place. Quant au favori Christian Stiesz, celui-ci jouant de malchance tout au long de la semaine et cumulant les pénalités, termina tout de même à la septième place.


Cette semaine fut également riche en anecdotes et autres aventures rocambolesques relatées dans les journaux Ouest France et Presse Océan. Dès le lundi matin, le site de la Pervenchère avait connu son lot de péripéties, lorsqu’un commentateur d’Antenne 2 embarqué à bord d’une montgolfière, vécut un atterrissage particulièrement mouvementé, qui le secoua et le fit trainer sur une quinzaine de mètres, lui faisant du coup avaler son micro! Plus tard dans la soirée, un accident arriva privant le seul ballon indien en compétition de prendre part à l’épreuve ; celui-ci s’était retrouvé plaqué au sol, coincé entre deux autres montgolfières, ce qui eut pour conséquence de déclencher l’apparition de flammes, brûlant alors la partie basse de son enveloppe. L’épreuve prévue pour le mercredi, « le but choisi par les organisateurs », avait pour objectif de mesurer la précision et l’adresse des aéronautes en compétition, ces derniers devant lancer leur marqueur le plus près possible d’une cible située à Petit Mars. Or, un aéronaute japonais éberlué par la nature de l’épreuve et pensant qu’il fallait se poser dans une petite mare, donna un mal fou aux organisateurs qui, s’armant de patience, durent lui expliquer à plusieurs reprises le but de l’épreuve, avant que celle-ci ne fut finalement annulée en raison du mauvais temps. Ce même jour, un ballon fut disqualifié, réduisant alors le nombre de participants à 70, en raison de la fraude d’un pilote allemand qui avait gardé à bord de sa nacelle une radio, afin de rester en contact avec son équipe alors que ceci était bien entendu interdit. D’autres se firent de belles frayeurs, comme le pilote danois Kai Paamaud, 56 ans, lequel n’ayant pas vu une ligne électrique de 20000 volts, provoqua la désintégration totale de son ballon, ayant malgré tout la chance de s’en tirer sain et sauf. Enfin, certains pilotes s’amusèrent également à jouer avec les nerfs de leurs coéquipiers, comme le belge Patrick Libert, qui décida de partir juste 20 secondes avant la fin du temps imparti. D’autres quant à eux, comme le pilote du « Zodiac » mirent à profit leur talent, pour offrir à un couple de fêter leurs dix ans de mariage lors d’un voyage aérien à bord de son ballon.


Après une semaine de compétition intensive, il avait été prévu de faire du dernier weekend du championnat un véritable spectacle, avec des attractions en tout genre. Dès 9h30, des ballons captifs furent mis en place, de nombreuses descentes en parachute furent organisées, tout comme des exercices de voltige, des démonstrations et explications de divers appareils aérostatiques. Des baptêmes d’hélicoptère furent également programmés tout au long de la journée du samedi, avant d’arriver à 22h au clou du spectacle, à savoir le fameux feu d’artifice au-dessus du château de la Pérvenchère, ayant pour thème Jules Verne. Le programme du dimanche, bien que tout aussi exceptionnel, connut une baisse d’enthousiasme en raison de la mort annoncée dans la journée même d’un des pilotes de la patrouille de France, celle-ci devant donner une représentation à 17h. En dépit de ce drame, le weekend se révéla particulièrement passionnant, comme en témoigne l’affluence des 50000 visiteurs qui y ont assisté et qui ont applaudi à tout va l’envol de la réplique du premier ballon, tout comme la cérémonie de clôture mettant en scène l’envol final de toutes les montgolfières présentes, émaillant un ciel bleu azur de multiples petites taches colorées. La fête achevée au bout de huit jours de festivités fut une totale réussite et la France, distinguée par de nombreuses victoires, montra ainsi qu’en plus d’être le pays à l’origine de cette invention aérienne, elle excellait aussi dans les performances aérostatiques. Par ailleurs il est bon de rappeler qu’en 1983, notre pays comptait 200 ballonniers pour 300 ballons, soit 10 fois moins qu’aux Etats-Unis, ce qui ne l’empêchait nullement, au regard de ce championnat d’exceller dans les compétitions sportives. L’immense succès rencontré lors de ce VIe Championnat Mondial de Montgolfières est bien la preuve que Nantes peut être considérée comme l’une des villes pionnières en matière aérostatique et que même après deux siècles depuis la première ascension, l’aérostation suscite toujours autant de fascination.


SOURCES


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Quand Nantes s’envole, les cartographies du pays nantais, éditions Pierre ARTAUD et Cie, et de l’Aérospatiale de Nantes, Nantes, 1984.


IMAGES
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BG br 993
Quand Nantes s’envole, les cartographies du pays nantais, éditions Pierre ARTAUD et Cie, et de l’Aérospatiale de Nantes, Nantes, 1984.


26PRES 72
Journal Ouest-France


Article du 27-28 août 1983 Une semaine en ballon, 71 aéronautes, 21 nations au Vie Mondial des Montgolfières


Article du 29 août 1983 35000 personnes ont pris, ce weekend le baptême de la Pervenchère à prendre


Article du 30 août 1983


Article du 31 août 1983 Chez les ballonnistes, L’intendance suit toujours


26PRES73
Journal Ouest-France


Article du 1er septembre 1983 Cache-cache parmi les nuages


Article du 2e septembre 1983 50000 visiteurs attendus ce weekend sur le site de la Pervenchère


Article du 3 et 4 septembre 1983 « Point-Show » à la Pervenchère avec une animation exceptionnelle et la « Patrouille de France »


Article du 5e septembre 1983 …L’adieu au rêve


24PRES106
Journal Presse Océan
Article du 27-28 août 1983
Article du 29 août 1983
Article du 30 août 1983
Article du 31 août 1983


24PRES107
Journal Presse Océan
Article du 1er septembre 1983
Article du 2e septembre 1983
Article du 3e septembre 1983
Article du 4e septembre 1983
Article du 5e septembre 1983

© Adeline BIGUET / Archives municipales de Nantes - 2010