BOURGAULT-DUCOUDRAY, Louis Albert

né à Nantes, le 2 février 1840
décédé à Vernouillet (Yvelines), le 14 juillet 1910
marié à Nantes, le 22 mai 1865 avec Marie Josephine Jourjon


acte de naissance | acte de mariage
> Compositeur
> Professeur
> Historien de la musique

Lorsque son acte de naissance est enregistré à la mairie de Nantes le 3 février 1840, Louis Albert Bourgault-Ducoudray est enregistré sous le patronyme Ducoudray-Bourgault. Comme on peut le lire dans la mention marginale, il faut attendre un jugement du tribunal de Nantes en date du 28 septembre 1860  précisant que « le nom de Bourgault-Ducoudray sera substitué à celui de Ducoudray-Bourgault ».
Il se marie à l’âge de 25 ans, à Nantes, avec Marie Joséphine Jourjon, fille mineure de Charles Louis Jourjon, colonel du Génie, officier de la Légion d’honneur, mort à l’Armée d’Italie, et d’Anne Irma Picquard, sa veuve, remarié à Louis Henri Bourgault-Ducoudray. A la mairie, le mariage est célébré par Ferdinand Favre le 22 mai 1865.

Il entame ses études musicales avec M. Champonnier, professeur de musique de Nantes et présente au public sa première œuvre le 29 décembre 1859, à Nantes, sur la scène du théâtre Graslin. Il s’agit de l’opéra-comique en un acte l’Atelier de Prague  dont le livret est dû à Georges Derrien qui signe sous le pseudonyme « Chantenay ». Trois représentations de cette œuvre de jeunesse sont données.

« Le grand événement de la semaine, sur notre première scène, est la représentation heureuse d’une petite opérette due à la collaboration de deux jeunes Nantais. Le parolier a voulu garder l’anonymat ; nous respectons sa volonté, et nous ne soulèverons point le pseudonyme de Chantenay qui cache son nom. Il n’en est pas de même du musicien, M. Ducoudray-Bourgault, qui n’a pas jugé utile de cacher le sien, puisque sa première œuvre est un succès, précurseur, suivant nous, de bien d’autres. Quel connaisseur pourrait nous démentir ?
La musique de l’Atelier de Prague (c’est le titre de l’opérette) ne présente pas de formules musicales nouvelles, mais ce n’est pas une musique de placage. Tout se suit, se tient bien et fait un corps complet. Les idées mélodiques y sont fraîches et bien développées par le travail de la composition ; l’orchestration bien traitée, ce qui est la plus grande difficulté pour un débutant.
Nous avons entendu avec grand plaisir l’ouverture, un trio et le duo qui suit la romance chantée par Melle Courtois. Au reste, toute la pièce est dans ces trois morceaux.
Il y a dans ce jeune homme de vingt ans, auteur de la musique de l’Atelier de Prague, l’étoffe d’un grand compositeur, si le travail et l’enseignement parisien viennent perfectionner les heureuses dispositions naturelles dont il fait preuve. En rester là, serait un regrettable suicide. Espérons qu’il n’aura pas lieu, et que notre ville comptera un jour, dans M. Ducoudray-Bourgault, un enfant de plus dont elle pourra s’enorgueillir »

(Le Courrier de Nantes, 31 décembre 1859).

Bourgault-Ducoudray s’installe à Paris pour suivre les cours M. Louis Girard puis ceux de M. Ambroise Thomas. En 1861, il remporte le prix de Fugue et concourt, l’année suivante, pour le Prix de composition musicale à l’Institut, le fameux Prix de Rome, qu’il remporte avec la cantate « Louise de Mézières ». En résidence à la villa Médicis, à Rome, il écrit son Stabat Mater qui sera joué intégralement à Nantes en … 1899 !
De retour en France, il devient, en 1863, l’un des commissaires de la Société Philharmonique, précurseur de l’Association nantaise des Grands Concerts, qui assure la diffusion de six concerts par an. Les autres commissaires sont MM. Bourgault-Ducoudray père, Leblanc, Constant Douillard et Boucher de la Ville-Jossy. La présidence est assurée par M. Guilley, également président de la Société des Beaux-Arts.

Dans le cadre des fêtes organisées pour la béatification de Sainte-Françoise d’Amboise, épouse du second fils de Jean V, il écrit en avril 1866 une cantate. L’œuvre, composée pour un chœur de 400 voix et musique militaire, est jouée dans la cour du Château des Ducs.

Pour l’inauguration de la statue de Billault, on fait appel à Louis Bourgault-Ducoudray pour une nouvelle cantate.

Le concert est donné sur la place Lafayette le 15 septembre 1867 :
« Hier, la cérémonie de l’inauguration du monument érigé à M. Billault a été terminée par l’exécution excellente d’une très belle cantate, d’un rythme plein de caractère. Cette œuvre musicale avait été composée spécialement pour la circonstance par notre jeune concitoyen M. Albert Bourgault-Ducoudray, proche allié de la famille de l’illustre ministre dont la mémoire vient de recevoir un hommage si éclatant et si mérité. Nos lecteurs connaissent depuis longtemps le remarquable talent de M. Bourgault-Ducoudray. La cantate que lui a inspirée le souvenir de l’homme éminent à la famille duquel il a l’honneur d’appartenir (1) est une page de musique dans laquelle l’inspiration est brillamment soutenue par l’habileté de l’harmoniste » (L’Union Bretonne, 15-16 septembre 1867).

Il s’installe définitivement à Paris et fonde la Société Bourgault-Ducoudray (société chorale d’amateurs) dont l’objet est de promouvoir les grands compositeurs classiques. Le premier concert a lieu en 1869 avec l’interprétation de La Passion, oratorio d’Haendel. La guerre de 1870-1871 interrompt provisoirement sa carrière même si, comme le raconte Maurice Poté dans son article publié dans le bulletin de la Société archéologique de 1965 : « Bien que dégagé de toutes obligations militaires, Bourgault-Ducoudray s’engage dans le 31ème bataillon de marche et restant à Paris continue tant bien que mal ses répétitions donnant les auditions au profit des ambulances et des sociétés de secours, auditions où ses choristes viennent comme l’on disait à l’époque en « Lignards et en Ambulancières ». Un concert aura même lieu pendant le siège de Paris le 18 novembre 1870. Au cours des engagements où il prendra part il sera blessé au Bourget et ne reprendra son activité musicale officielle qu’en 1872, le 16 février, au cours d’un concert au profit de la souscription nationale pour la liberté du Territoire. Il sera décoré de la Médaille militaire ».

En mai 1874, il fait un premier séjour privé en Grèce. En juin 1875, il participe à un second voyage missionné, cette fois-ci, par le Gouvernement. Le résultat de son travail se retrouve dans trois études :

  • Souvenirs d’une mission musicale en Grèce et en Orient

  • Études sur la musique ecclésiastique grecque

  • Trente mélodies populaires de Grèce et d’Orient

En 1878, il est chargé du cours d’Histoire générale de la musique dramatique au Conservatoire National à Paris. Lors de l’Exposition Universelle de 1878, il donne une conférence au Trocadéro sur « La modalité dans la musique grecque ».

Le 27 février 1879, Bourgault-Ducoudray dirige lui-même sa « Symphonie chorale » à Saint-James Hall, à Londres.

En août 1881, il repart pour un voyage d’études en Bretagne. Son itinéraire passe par Rennes, Lamballe, La Saudraie, Saint-Brieuc, Guingamp, Belle-Isle-en-Terre, Bégard, Pédernec, Quimper, Château-Neuf-du-Faou, Carhaix, Le Huelgoat, Morlaix, Saint-Pol-de-Léon, Roscoff, Ile de Batz, Trémel, Plestin, Pontivy, Guémené, Le Faouet, Quimperlé et Nantes. Ce périple va lui prendre deux mois. Si l’on pense qu’il repart sur les traces de Théodore Hersart de laVillemarqué qui, en 1837, avait collecté les chants populaires de Bretagne (2) , Bourgault-Ducoudray se veut plus scientifique. A une époque où l’on cherche à justifier ou à comprendre l’origine des peuples et leurs influences (culturelles, raciales, …), il se pose la question de savoir si toutes les musiques populaires n’auraient pas un fonds commun : la race aryenne.
 « Des traits de ressemblance si accusés ne semblent-ils pas indiquer entre l’art antique et l’art breton un lien de parenté, une communauté d’origine ?
On serait tenté de le croire, surtout si l’on se souvient que la présence des mêmes modes et des mêmes rythmes se retrouve non pas seulement en Grèce et en Bretagne mais dans le pays de Galles, en Écosse, en Irlande, en Suède, et jusque dans le cœur de la Russie. Des recueils nombreux de mélodies populaires de ces différents pays permettent de constater chez toutes, au point de vue moral et rythmique, un air de famille évident. Il parait aujourd’hui démontré que ces caractères identiques se retrouvent dans la musique primitive de tous les peuples qui composent le groupe indo-européen, c’est-à-dire de race aryenne. »

« On comprend alors que dans les veillées les Bretons se laissent aller à entonner des chants d’église, car qui sait s’ils ne retrouvent pas dans les chants d’église les chants les plus anciens de leur race, ceux qui berçaient la race aryenne dans son enfance ? 
L’hypothèse d’une musique aryenne vient d’ailleurs confirmer les conclusions de la science moderne en ce qui touche à la communauté d’origine de tous les peuples aryens. Aujourd’hui, l’étude des chants populaires apporte à la conscience de l’unité aryenne un argument nouveau : l’argument musical. Il n’est pas besoin d’insister longuement sur les conséquences qui peuvent en d’écouler pour l’avenir de notre art.
Si les modes antiques appartenaient aux Grecs exclusivement, ce serait un caprice d’érudit, une véritable fantaisie d’archéologue que de chercher à les ressusciter dans notre musique. Mais si, au contraire, ces modes vénérables proviennent d’un héritage commun à tous les Aryens, on ne voit pas pourquoi nous n’exploiterions pas un domaine qui fait partie du patrimoine de notre race et qui est en vérité bien à nous ».

En 1882, il écrit la « Conjuration des Fleurs », poème dramatique en deux actes. Cette œuvre est dédiée à la Société d’Horticulture Nantaise dont il est membre honoraire. La Société propose au compositeur d’organiser  une représentation à Nantes. Pour monter son œuvre, Bourgault-Ducoudray n’hésite pas alors à faire modifier la programmation du théâtre Graslin :
« Contrairement à ce que nous avions annoncé hier, la représentation qui doit avoir lieu ce soir, au Grand Théâtre, se composera des Huguenots et non de Rigoletto.
Ce changement de spectacle a bien été demandé, ainsi qu’il est dit dans l’affiche du jour. La raison de ce changement vient, nous croyons pouvoir l’assurer, de la présence parmi nous d’un compositeur de notre ville, M. A. Bourgault-Ducoudray, qui a dédié à la Société d’horticulture de notre ville, dont son père fut le président, une cantate inédite, la Conjuration des Fleurs, qui ne tardera pas à être présentée au public nantais, dans un concert que la Société d’horticulture organisera à la Renaissance.
Cette cantate, qui sera chantée par un chœur de près de cent voix féminines, nécessitera pour les soli le concours de quelques-uns de nos principaux artistes du Grand-Théâtre. Et c’est pour apprécier leurs voix que M. A. Bourgault-Ducoudray, qui assistait l’autre soir à la représentation d’Hamlet, a demandé et obtenu que les Huguenots fussent joués ce soir.
Le public ne se plaindra pas du changement, car si Rigoletto, très bien donné comme il l’est cette année, fait grand plaisir, les Huguenots n’en restent pas moins l’opéra favori du public »
(Le Phare de la Loire, 17 novembre 1882).

Mais préparer un concert qui rassemble un chœur de 200 femmes et une douzaine de solistes n’est pas une chose aisée. Devant les difficultés rencontrées, Bourgault-Ducoudray décide de monter son œuvre à Paris où elle est jouée le 27 janvier 1883.

Dix ans plus tard, le 11 mars 1892, une grande partie du deuxième acte de l’opéra « Thamara » est joué à Nantes. Le concert est donné à la Renaissance par la Société des Concerts populaires. Le programme particulièrement dense permet d’entendre diverses œuvres : La Danse des Elfes de Popper, un air d’Alceste de Glück, la Symphonie espagnole de Lalo, la Chevauchée de Walkyries de Wagner, des airs de Roméo et Juliette de Berlioz, la Marche militaire de Saint-Saëns et naturellement plusieurs extraits de Thamara. Ainsi le public découvre l’entracte du 3ème tableau, le début du 2ème tableau, un air de ballet, un chœur de femmes et le duo d’amour entre Thamara et Nour-Eddin.
« Les fragments de Thamara que nous avons entendus hier nous donnent le vif désir de connaître l’œuvre entière, et M. Morvand serait vraiment bien inspiré, s’il forme en ce moment des projets, pour l’année prochaine, de penser à la pièce de notre compatriote : l’accueil fait hier au second acte est le plus sûr garant du succès que trouverait ici, comme à Paris, l’ouvrage complet.
M. Bourgault-Ducoudray est un musicien d’une grande érudition, et ses connaissances ont dû le servir lorsqu’il écrivit Thamara ; la couleur orientale, saisissante, prodigieusement éclatante qu’il y a jetée en maints endroits en est l’indice. Ses études antérieures sur la musique ancienne, bien connues des dilettantes, le favorisaient singulièrement dans cette voie.
L’ensemble de ce que nous avons applaudi hier est imposant et d’une belle ordonnance ; les détails gracieux abondent. Rien n’est plus charmant que l’air de ballet, léger comme une gaze, qui ouvre le second acte, que le chœur, précieux comme un conte persan, qui suit ce ballet, et le long duo d’amour entre l’héroïne et celui que tout à l’heure elle va tuer présente des passages d’une ampleur magistrale.
L’œuvre a été, il faut le dire, exécutée à la perfection. L’orchestre, tout d’abord, est hors de cause. Ceux qui l’ont fêtée aux précédents concerts sont fixés sur la valeur de la très artistique phalange.
Les chœurs étaient chantés par les pensionnaires de M. Morvand ; toute la tête de troupe du côté féminin, Mmes Augé, Benati-Frémaux, de Graëf, Lematte-Schweyer, Leroux-Burel, Mondaud-Panseron, Romain et Saint-Laurent, auxquelles Melle Elvéda Boyer s’était jointe. C’est dire ce qu’a été l’interprétation.
En acceptant une tâche qui ne devait permettre à aucune d’elles de briller en vedette, en faisant ainsi un petit sacrifice d’amour-propre, les aimables artistes ont, comme le leur disait le compositeur lui- même dans la lettre de remerciements qu’il adressait à la Société des Concerts populaires, bien mérité des fervents de l’Art.
M. Bourgault-Ducoudray, bien entendu, dirigeait lui-même l’exécution de son œuvre.
Quant aux soli, ils étaient confiés à Mme Boidin-Puisais, mezzo-sopramo, et à M. Warmbrodt, ténor.
Mme Boidin-Puisais est une cantatrice de talent, et bien qu’elle manque un peu de cette chaleur communicative qui impressionne les foules, elle a plu beaucoup. Elle a chanté dans la dernière partie du concert l’air de Samson et Dalila : Mon cœur s’ouvre à ta voix.
M. Warmbrodt a, lui, tous les dons qui peuvent être accumulés en un ténor : il chante intelligemment, phrase avec une habileté extrême ; sa diction est d’une netteté miraculeuse ; et la voix est si jolie, qu’on ose à peine regretter qu’elle ne soit pas plus large.
Il a détaillé avec un charme infini, au début de soirée, un air de l’Alceste de Glück et, dans Thamara, a fait merveille. Son succès a été considérable ».
(Le Phare de la Loire, 13 mars 1892)

Les 18 et 19 décembre 1892, la Société Concordia qui regroupe les chœurs amateurs de Saint-Stanislas et des Enfants-Nantais, monte des extraits de l’opéra « Bretagne ». Les auditions ont lieu dans la salle de concert de l’Externat des Enfants-Nantais.
« Ce qui nous a surtout frappé dans cet ouvrage, c’est « la réalité » de la couleur bretonne dont il est imprégné tout entier. On sent que l’auteur a étudié avec amour les chants populaires de notre province. Il ne s’est pas contenté d’en insérer quelques-uns dans sa partition, i a su s’inspirer de leur rythme et de leur structure pour tirer de son propre fond des mélodies originales, qui sont pourtant bien bretonnes par la physionomie et par le contour. On sent aussi qu’il a été stimulé, en composant « Bretagne », par le désir d’exprimer certaines impressions personnelles et toutes locales dont la traduction sincère donne à son œuvre un accent d’émotion vraie et de poésie « vécue ».
Malgré l’importance réservée aux accompagnements et l’esprit de nouveauté qui s’accuse dans certaines cadences harmoniques, l’auteur semble s’être appliqué à simplifier et à clarifier sa pensée musicale. Les thèmes de l’ouvrage, qui en contient un grand nombre, sont tous d’un contour précis et d’un dessin saisissable. Cet opéra semble avoir été conçu et écrit pour le peuple. Non seulement le compositeur a emprunté la collaboration de ce dernier, en s’inspirant des productions éternellement jeunes de la muse populaire, mais il a pris à tâche, en l’exprimant dans un langage d’une allure franche et naturelle, de rendre sa pensée intelligible à tous les auditeurs.
Préoccupé à) peindre le bouillonnement des énergies populaires et de traduire les aspirations collectives d’une race, l’auteur a voulu que son œuvre pût être sentie et comprise non seulement par les lettrés de la musique, mais par tous ceux que la nature a doués de sensibilité et de l’instinct poétique.
En s’appliquant à la recherche de la lucidité et de l’évidence dans l’expression musicale, Bourgault-Ducoudray a compris la mission vraie de la musique dramatique. Si la symphonie et la musique de chambre s’adressent à des auditeurs choisis, doués d’une culture spéciale, la musique de théâtre n’est-elle pas au contraire la forme démocratique de l’art ? En empruntant le secours de la plastique, cette sculpture vivante, de la peinture et de l’architecture qui créent l’illusion du décor et la vraisemblance du « milieu », le drame lyrique se propose pour but de parler à tous et de se faire comprendre de tous par l’effort de tous les arts unis, par les impressions combinées de l’audition et de la vision.
Il serait à désirer que la représentation de « Bretagne » sur un théâtre vînt confirmer le succès des deux auditions récemment données par la Concordia d’une œuvre doublement intéressante puisqu’elle émane d’un artiste breton et qu’elle exalte les traditions poétiques et le passé de notre ville. Les solistes chargés d’interpréter les rôles de « Bretagne » se sont acquittés de leur tâche avec une réelle valeur. Saluons en M. Chassing un jeune ténor d’avenir dont la voix est pleine de suavité surtout dans la demi-teinte.
Mme Robet, qui, à la seconde audition avait bien voulu se charger du rôle d’Anne de Bretagne, est une amateur très distinguée, à la voix bien timbrée, à la diction expressive.
M. Garraud (Michel Columb), indisposé lors de la première séance, avait retrouvé mercredi tous ses moyens. Il s’est élevé, dans plusieurs parties d’un rôle très difficile, à des effets d’une haute distinction et d’un charme exquis. La belle voix de M. Cacault a fait merveille dans le rôle de « Gildas ».
Quant aux chœurs, leur sonorité nourrie et leur attitude vaillante trahissent une direction intelligente et ferme. Les efforts de M. Hourdin, qui se consacre avec zèle incomparable aux progrès de la Société, ont porté des fruits.
Le résultat acquis est remarquable ; il se perfectionnera encore et se développera d’année en année. En l’absence d’un orchestre, l’admirable talent de pianiste de Mme Bonjour-Laënnec a fait des merveilles d’habileté et de valeur pour le suppléer ».
(Le Phare de la Loire, 14 décembre 1892)

Le 25 juin 1895, « Thamara » est joué intégralement sur la scène de Graslin. Déjà présenté à Paris en 1891, il est interprété en présence de Louis Bourgault-Ducoudray.

L’année 1899 est marquée à Nantes par un « Festival Bourgault-Ducoudray ». Trois grandes manifestations sont organisées pour célébrer le compositeur nantais. Le 8 février, la société musicale « La Symphonie » offre à ses adhérents un premier concert donné au théâtre de la Renaissance.

Le premier rendez-vous est donné en mars 1899 avec la « Conjuration des Fleurs ». En avril 1899, lors de la semaine Sainte, le Stabat Mater est joué en entier à la cathédrale. Dans sa rubrique Théâtres, Concerts et Fêtes, Etienne Destranges en fait le compte-rendu :
« L’immense vaisseau de la cathédrale de Nantes était trop petit, hier soir, pour contenir la foule énorme accourue entendre le Stabat Mater de M. Bourgault-Ducoudray.
Avant de parler de l’œuvre, il convient de rendre hommage au groupe d’amateurs convaincus à qui est due cette belle audition. Félicitons donc tout particulièrement Mme Liébaut, présidente du Comité, pour l’activité et le dévouement de tous les instants qu’elle a apportés, depuis deux mois à l’organisation de cette exécution ; Mme Caldaguès et M. Morisson, qui ont bien préparé, la première les chœurs de femmes, le second les chœurs d’hommes. C’est grâce à ces trois personnes et à leur zèle artistique que la partition de M. Bourgault-Ducoudray a pu être montée.
Le Stabat Mater que nous avons eu le plaisir d’entendre hier est une œuvre de jeunesse de notre éminent concitoyen. Elle fut écrite par lui pendant son séjour à la villa Médeicis à Rome, et destinée à servir pour l(envoi auquel est astreint, pendant son séjour dans la Ville Éternelle, tout premier grand prix.
Le Stabat Mater de M. Bourgault-Ducoudray, œuvre de tenue belle et sévère, dénote un esprit singulièrement sérieux et mûri chez un jeune homme. On peut reconnaître dans l’écriture de cette partition un souci évident d’élargir les formes du plain-chant en leur apportant le secours du rythme.
Tout l’ouvrage est conçu dans un vrai sentiment religieux n’ayant rien à voir avec les mièvreries de Gounod et l’érotisme mystique de M. Massenet.
Parmi les morceaux qui me paraissent les mieux venus, je signalerai d’abord un duo pour soprano et alto : O quam tristis, d’une très belle inspiration et dont les vingt dernières mesures sont vraiment d’une très remarquable expression.
J’aime beaucoup aussi le solo d’alto : Qui non posset, chanté avec beaucoup de sentiment par Melle Baudry. La phrase de ténor : Pro peccatis est, elle aussi, d’une excellente venue. Cette phrase est développée ensuite dans un ensemble majestueux, dont le finale, où les éclats des trombones s’unissent aux larges sonorités de l’orgue, est d’un foudroyant effet.
D’un grand effet encore le Fac ut ardeat des pages 64 et suivantes.
La phrase de soprano : Virgo virginum procloera me plaît moins ; elle me semble manquer de simplicité ; par contre le chœur : Fac ut portem… est d’une noble allure.
Telles sont les pages qui m’ont le plus frappé à la première audition.
L’interprétation a été très bonne dans son ensemble. Melle Oriolle et Melle Baudry ont prêté aux soli de soprano et d’alto, la première, l’appoint de sa voix pure et cristalline, la seconde, son excellente diction et un grand sentiment d’interprétation. L’excellent ténor Forgeur, dont l’éloge n’est plus à faire, et l’un des meilleurs élèves du Conservatoires de Nantes, M. Guiard, doué d’une très belle voix de basse, ont chanté, à la satisfaction générale, les autres soli.
Mes chœurs de Mme Caldaguès et de M. Morisson (Choral nantais) ont apporté à l’exécution un solide appoint, ainsi que l’orchestre de la Symphonie.
M. Ladmirault tenait l’orgue en musicien expert et M. Bourgault-Ducoudray dirigeait avec sa fougue habituelle.
En résumé, excellente soirée, dont une fois encore nous remercions les organisateurs »

(Le Populaire, 1er avril 1899).

En avril 1899, un comité est constitué pour célébrer le 400ème anniversaire du mariage d’Anne de Bretagne avec Louis XII. Placé sous la présidence d’honneur de Louis Bourgault-Ducoudray, le comité est constitué de MM. O. de Gourcuff, J. Le Fustec, A. Gaborau, Ch. Le Goffic, R. Grivart, P. Laurent, V.-Emile Michelet, Ch ; Petit et Léon Durocher. Le but est d’instituer un pardon annuel, durant le mois de juin, à Montfort-l’Amaury (Yvelines), ville qui faisait partie des domaines de la duchesse Anne.
A cette occasion, un concours de poésie est organisé sur un thème imposé : Anne de Bretagne. Le règlement précise que les manuscrit ne doivent pas dépasser 100 vers et qu’ils peuvent être rédigés en français ou en breton.
Malheureusement, la presse locale ne donne pas suite à cette information.

Un second « Festival Bourgault-Ducoudray » est organisé en avril 1902.
« C’est une bonne idée qu’a eue M. Villefranck de consacrer le onzième concert populaire à l’audition des œuvres de notre éminent concitoyen, M. Bourgault-Ducoudray. On doit donc remercier et féliciter le directeur des Théâtre municipaux d’avoir, après le festival d’Alfred Bruneau, donné le festival Bourgault-Ducoudray, et regretter, par la même occasion, qu’au cours de la série des concerts il n’ait pas fait venir d’autres compositeurs, par exemple M. Camille Erlanger, M. Gabriel Fauré ou M. Vincent d’Indy.
M. Bourgault-Ducoudray est l’une des personnalités les plus sympathiques de l’École musicale française. Haut et sincère artiste, dédaigneux des succès faciles et de la réclame, il cache, sous ses allures quelque peu raides et automatiques, une âme vibrante, émue, ouverte à tous les enthousiasmes, prête à tous les nobles apostolats. M. Bourgault-Ducoudray n’est pas seulement un théoricien de valeur, un savant dont les recherches sur les tonalités anciennes et sur les chants populaires d’Orient et de Basse-Bretagne font autorité, mais aussi, et avant tout, un compositeur dont la science n’a nullement étouffé la libre, la personnelle inspiration.
M. Bourgault-Ducoudray estime, avec juste raison, qu’avant tout, un artiste doit être lui-même. Il l’a constamment été. Profond admirateur de Wagner, il s’est bien gardé de jamais l’imiter. Épris des modes grecs, il a pensé que leur triomphe apporterait à la musique une diversité, une couleur que ne sauraient lui donner les modes majeur ou mineur. I a consacré une partie de sa vie à les mieux faire connaître, à les faire apprécier davantage, et il a prêché d’exemple en employant, pour ses œuvres capitales, les tonalités anciennes et exotiques »

(Extrait de l’article d’Etienne Destranges publié dans Le Populaire de Nantes du 20 avril 1902).

Bourgault-Ducoudray décède la 14 juillet 1910 à l’âge de 70 ans. La presse locale reste très discrète sur son décès. Seul Le Phare de la Loire reprend un article du Figaro. Selon les volontés du défunt, l’inhumation a lieu à Nantes. Elle se déroule au cimetière Miséricorde le 5 mai 1911.
Le deuil est conduit par son fils, le capitaine Bourgault-Ducoudray, son gendre, M. Besnier et son cousin, M. Savinien Grignon-Dumoulin. M. Paul Bellamy, maire de Nantes, et M. Maurice Sibille, député, assistent aux obsèques. Au cimetière Miséricorde, deux discours sont prononcés par M. Catineau, critique musical et ami du défunt, et par M. Destranges, critique artistique et journaliste au Phare de la Loire.
Si le discours de Catineau reste très consensuel, celui de Destranges est beaucoup plus revendicatif :
« Mesdames, Messieurs,
Bourgault-Ducoudray, bien qu’il habitât Paris, n’était pas pour cela un déraciné. Il était resté, au contraire, profondément attaché à sa chère province, et en particulier à la ville de Nantes, qui l’avait vu naître et où il revenait toujours avec une joie profonde. Il en donne aujourd’hui une preuve suprême. Il a voulu, en effet, dormir l’éternel sommeil dans le sol de la vieille Bretagne, dont, toute sa vie, avec une infatigable ardeur, il glorifia l’âme chantante.
Au nom des musiciens bretons, au nom de ses amis nantais, je viens dire un dernier adieu à l’éminent musicien et au grand honnête homme que fut Bourgault-Ducoudray.
Je n’ai pas l’intention de retracer en détails la carrière du maître regretté. Il fut, pendant de longues années, l’un des professeurs les plus écoutés du Conservatoire. Son cours d’Histoire de la Musique, fait avec cette bonne humeur qui lui était particulière, cette éloquence simple et persuasive dont il avait le secret, était universellement célèbre. Comme compositeur, il demeura l’une des figures les plus originales de la Musique française contemporaine. Il ne connut pas les gros succès d’argent, les longues séries de représentations. Mais cela lui importait peu. Bourgault-Ducoudray ne voyait pas dans l’art un métier, mais bien plutôt un sacerdoce. Si la foule insouciante et vaine l’ignora souvent, du moins fut-il estimé par ses pairs à sa juste valeur. Quoi qu’il en soit, « Thamara » est l’une des partitions les plus exquises, les plus noblement inspirées, jouées, en ces dernières années, à l’Académie de Musique. D’autre part, les Mélodies grecques et bretonnes qu’il recueillit et harmonisa avec une science sûre et un sentiment délicat, resteront une importante et caractéristique contribution au folklore musical de l’Orient et de l’Armorique.
Bourgault-Ducoudray aimait passionnément son art. Il croyait en lui avec une foi ardente et tenace de breton, et il lui consacré toute sa vie, une belle vie longue et droite, qu’il parcourut sans défaillances et sans compromissions. Il cachait, sous des dehors secs et raides, sous une maigreur d’ascète, une âme vibrante, ouverte à tous les enthousiasmes, une fidélité à toute épreuve à ses amitiés et à ses admirations, une bonté sans limites. Chez Bourgault-Ducoudray, les qualités de l’homme privé étaient comme celles de l’artiste de franchise et de sincérité.
Il reste à la ville natale du musicien un devoir à remplir. Quand il mourut, au mois de juillet dernier, le « Phare de la Loire » demanda qu’une rue de Nantes reçut le nom de Bourgault-Ducoudray. Jusqu’ici, la Municipalité n’a pas déféré à ce désir, simple écho de l’opinion générale. Mais je suis persuadé, et j’en trouve la preuve dans la présence ici de M. le Maire, qu’elle est toute disposée à glorifier, sans tarder davantage, le grand musicien nantais, en attendant qu’un monument vienne perpétuer son souvenir.
Il est un autre hommage que nous avions espéré voir rendre à notre concitoyen, cette année même : la représentation, sur notre première scène, de « Myrdhin », le drame lyrique inédit, mais complètement achevé, laissé par Bourgault-Ducoudray. Le directeur actuel des Théâtres Municipaux n’a pas donné suite à ce projet, qu’il avait semblé accueillir favorablement du vivant même du compositeur. J’espère que son successeur, mieux avisé, tiendra à honneur de monter cette œuvre. La Municipalité lui apportera, je n’en doute pas, un concours effectif. Le premier opéra de Bourgault fut joué à Graslin. Ce serait un beau geste pour la Ville de Nantes d’ouvrir, au dernier, les portes de son théâtre.
Devant cette tombe qui va être scellée pour jamais, je souhaite, me faisant l’interprète de tous les amis du maître, que son nom soit promptement inscrit sur la plaque de l’une de nos voies publiques et que « Myrdhin » soit monté, au cours de la saison prochaine.
Et maintenant, reposez en paix, mon cher Bourgault. Votre œuvre vivra. Elle est là pour témoigner quel noble artiste vous avez toujours été. Quant à ceux qui vous ont connu et aimé, ils garderont précieusement votre souvenir au fond de leur cœur. »

Le double appel de Rouillé-Destranges est partiellement entendu. La Municipalité de Nantes n’est pas à l’origine de la rue qui porte son nom. Celle-ci est dénommée en 1925 par M. Adrien Gouguenheim, mandataire de M. Radigois, propriétaire du lotissement privé construit près du boulevard Victor-Hugo.

Par contre l’œuvre de Bourgault-Ducoudray, « Myrdhin », est bien jouée à Nantes, le 28 mars 1912 au théâtre Graslin.

Le journal Le Phare de la Loire n’hésite d’ailleurs pas à faire sa Une du 29 mars 1912 sur cet événement dans le cadre de la « décentralisation artistique ». Le concert est donné en présence de deux ministres, Gabriel Guist’hau, ministre de l’Instruction publique, et Léon Bérard, sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts, venus à Nantes visiter l’hôtel de ville, l’école et le musée des Beaux-Arts, la bibliothèque municipale et le musée Dobrée.
« Devant une salle de gala où se trouvait réunie l’élite intellectuelle de notre population nantaise, et qu’honorait de plus la présence de deux ministres, de hautes notabilités du monde musical et de plusieurs délégués de la presse parisienne, « Myrdhin » a obtenu un éclatant triomphe, qui mêle une joie profonde au souvenir attristé que nous conservons du probe et distingué musicien trop tôt enlevé à la respectueuse affection de ceux qui comme moi, eurent le privilège de le connaître et de l’apprécier.
C’est là une œuvre de conception grandiose, sorte de féerie musicale, large envolée de rêve, où la fantaisie magique des vieilles légendes ouvre un libre et vaste champ à l’éveil de l’inspiration poétique et musical, au développement de la symphonie orchestrale et des imposants ensembles choraux.
Bourgault-Ducoudray, sur ce dernier point, fit toujours preuve d’ailleurs d’une réelle supériorité. Elle se manifeste à nouveau dans « Myrdhin » où le chœur des bardes « Dors au seuil du divin royaume » et la marche triomphale des bretons, dont la rayonnante allégresse salue l’arrivée du roi Arthur, sont de véritable modèles d’écriture et d’ingénieuse harmonie »

(Extrait de l’article de Rouillé-Destranges publié dans Le Phare de la Loire du 30 mars 1912).

Pourtant, l’enthousiasme de Rouillé-Destranges est pondéré par un courrier envoyé par Paul Ladmirault, compositeur et musicien nantais, au Phare de la Loire. Bien qu’écrite avant la première représentation, la lettre n’est publiée que trois jour après le concert :

Monsieur le Directeur,
Je vous serais très obligé de bien vouloir insérer dans le plus prochain numéro de votre journal, la note suivante :
« Myrdhin, le héros fameux de la Bretagne, n’a pas seulement inspiré notre éminent compatriote, M. Bourgault-Ducoudray.
Sur cette légende, j’ai écrit une partition intitulée :
Myrdhin, légende dramatique en 4 actes et un prologue.
Des fragments importants de ma partition ont été édités chez MM. Rouart et Lerolle, boulevard de Strasbourg, en 1908, et ont été interprétés :
A la Société Nationale de Musique, le 5 mars 1904, le 1er avril 1905 et le 19 mai 1908 ;
Aux Concerts populaires d’Angers, le 30 janvier 1905 ;
Au Concert Symphonique, donné par la Municipalité de Nantes, le 11 avril 1906 ;
Au Concert Colonne du 28 novembre 1909
Au Concert Hasselmans du 9 mars 1912.
Un fragment important, « Hymne de la Saint-Jean d’Été », est également inscrit au programme du Concert de la Société des Compositeurs du 25 avril prochain.
Tous ces fragments de mon œuvre ont été indiqués, sur tous les programmes de concerts, comme extraits de mon opéra « Myrdhin », en particulier la rédaction du ballet, dont je vous remets l’argument et dont j’avais offert un exemplaire à M. Bourgault-Ducoudray.
J’ai commencé à écrire la musique de « Myrdhin » en 1894 ; mais je n’y ai travaillé, assidûment, qu’à partir de septembre 1902, et l’ai terminée le 9 août 1909.
Le livret de mon opéra est dû à la collaboration de Mme Louise Ladmirault, ma mère, et de M. Albert Fleury. Il a été tiré des ballades bretonnes du « Merlin », du « Barzaz-Breiz » de M. de la Villemarqué, qui ont inspiré le beau poème de Louise d’Isole (Adide Riom).
Le livret sur lequel M. Bourgault-Ducoudray a écrit sa musique, est tout différent du mien ; il a été tiré du chapitre que M. Schuré a consacré à « Myrdhin » dans ses « Grandes Légendes de France ».
Je souhaite très sincèrement le succès de « Myrdhin » de M. Bourgault-Ducoudray ; mais je crois devoir, aussi, défendre mon œuvre, en affirmer l’existence dans ma ville natale, en donnant les dates précises de quelques-unes de ses interprétations et revendiquer la priorité du choix du titre de « Myrdhin », avant que l’œuvre de M. Bourgault-Ducoudray, inédite et inconnue jusqu’ici, dont j’ignorais l’existence, il y a quelques mois encore, ait été créée à Nantes.
Avec l’expression de mes meilleurs sentiments, veuillez agréer, Monsieur le Directeur, tous mes remerciements »

(Le Phare de la Loire 30 mars 1912).

Sans le savoir, Paul Ladmirault anticipait l’oubli dans lequel les œuvres de Bourgault-Ducoudray allaient tomber alors que les siennes seront régulièrement jouées.

Œuvres
L’Atelier de Prague (1859), opéra comique
Stabat Mater (1866)
Cantate à Sainte-Françoise d’Ambroise (avril 1866)
La Conjuration des fleurs, scène lyrique (1883)
Thamara, (Paris, 1890), opéra
Bretagne, opéra en 5 actes
La Rapsodie cambodgienne, œuvre symphonique
La Carnaval d’Athènes, œuvre symphonique
L’Enterrement d’Ophélie, œuvre symphonique
Fumées, musique de chambre pour piano
Hippopotame, mélodies
30 chansons de Grèce et d’Orient
Mélodies de Basse-Bretagne
Chansons celtiques
Myrdhin, opéra (œuvre posthume)

Distinctions et hommages publics

Prix de fugue au Conservatoire de Paris en 1861
Prix de Rome en 1862
Palmes d’Officier d’Académie (août 1882)
Officier de la Légion d’Honneur
Médaille militaire (guerre 1870-1871)

> Une avenue privée de Nantes porte le nom de Bourgault-Ducoudray depuis la construction du lotissement réalisé par M. Radigois, en 1925.

> Un médaillon placé dans le péristyle du théâtre Graslin de Nantes.
En 1912, le Ministre de l’Instruction publique, Gabriel Guist’hau, ancien maire de Nantes, passe commande d’un médaillon représentant le profil de Louis Albert Bourgault-Ducoudray. La commande est passée auprès de M. Louis Patriarche en novembre 1912. Terminé en janvier 1913, le modèle mesure un mètre de diamètre et est coulé en bronze durant l’année. Le 23 décembre 1913, le Préfet de la Loire-Inférieure informe le maire de Nantes, Paul Bellamy, que M. le Sous-secrétaire d’État aux Beaux-Arts attribue officiellement le médaillon à la Ville de Nantes « à titre de dépôt, au théâtre municipal de Nantes ».
En février 1922, Etienne Coutan, responsable du service d’Architecture de la Ville, rappelle au Maire qu’il « existe en attente à Graslin, dans un coin du Bureau de Location, le médaillon en bronze de Bourgault-Ducoudray qu’il avait été question de placer au Théâtre ». Sa requête reste sans suite.
Le 20 décembre 1934, le secrétaire général de la Ville informe l’Administration que le « médaillon – d’assez grande dimension – est déposé dans les magasins de Graslin ». Il propose de la placer dans le péristyle du Théâtre afin « de rendre ainsi un hommage public à la mémoire d’un Nantais illustre, dont l’œuvre a de fervents admirateurs ».
Le médaillon est enfin inauguré le 4 avril 1935, en même temps que la plaque mémorielle dédiée à Etienne Rouillé-Destranges.

Discours prononcé par M. Aubert, adjoint aux Beaux-Arts
"Louis Albert Bourgault-Ducoudray, qui était né à Nantes en 1840 et qui devait mourir à Paris en 1910, méritait grandement l’hommage qui lui est tardivement rendu.
Il fut à la fois compositeur de théâtre et de concert, et un savant averti de l’histoire musicale. Il a cette chance, à 19 ans, de faire jouer sur cette scène même, un petit opéra-comique : L’Atelier de Prague. Un demi-siècle plus tard, en 1912, on devait y représenter « Myrdhin » sur l’initiative de la Municipalité. Il a écrit aussi la « Conjuration des fleurs », Tamara et un opéra en quatre actes « Bretagne » qui fut joué à Rennes.
Pour compléter cette énumération, je cite un Stabat Mater, des œuvres symphoniques : Le carnaval d’Athènes, l’Enterrement d’Ophélie, la Rapsodie cambodgienne, nombre de cantates, chœurs, mélodies, musique pour violon, piano, orgues, qui manifestent d’un art probe, un peu distant, d’une éducation profonde et d’une technique très sûre.
C’est Louis Albert Bourgault-Ducoudray, qui obtenait dès 1861 son prix de fugue au Conservatoire de Paris et son Grand Prix de Rome un an plus tard, à 22 ans, s’était passionnément attaché à l’étude de la musique et de ses origines. En 1878, il était chargé de la chaire d’Histoire au Conservatoire de Paris.
Il avait rapporté d’un voyage en Orient – accompli en mission officielle un peu plus tôt, en 1875 – des idées très originales et très nettes sur la musique populaire grecque. Il ne pouvait manquer de les affronter avec celles qu’il possédait admirablement sur la musique bretonne. On sait qu’il aimait à recueillir tous ces airs où les sentiments vivement ressentis par l’âme populaire s’expriment en quelque sorte instinctivement, et de façon si naïve et si naturellement spontanée qu’on peut se demander si le chant, avant les paroles mêmes, n’a pas été une forme primitive du langage. Louis Albert Bourgault-Ducoudray se livre donc à une étude comparée des mélodies populaires grecques, cherche les analogies révélées par les mélodies populaires bretonnes, galloises, écossaises, irlandaises, suédoises et russes. De cette vaste enquête, s’institue une sorte de philologie musicale, dont la conclusion est que toute ces expressions musicales, à travers les siècles, remontant à une même source : la musique aryenne, antérieure à la dispersion des races.
Mesdames et Messieurs, il y a là un effort de synthèse infiniment émouvant, à cause de la solidarité qui se révèle entre les générations successives, à cause aussi de l’unité d’expression qui s’affirme dans la joie et dans la peine des hommes, depuis ceux d’aujourd’hui jusqu’à leurs plus lointains devanciers et de cette haute leçon qu’il n’y aura de musique durable que celle qui saura toucher les fibres éternellement identiques du cœur humain.
Ces recherches eurent sur les études musicales une influence de même ordre que celle de Vincent d’Indy – dont Bourgault-Ducoudray était au surplus l’ami.
Louis Albert Bourgault-Ducoudray a été l’initiateur de tous ces chercheurs d’airs populaires qui ont parcouru les villages de Bretagne, recueillant – moisson abondante du folklore – les modulations qui avaient déjà passé sur les lèvres de leurs pères. On sait quel splendide trésor d’art et d’histoire a été mis ainsi à jour. S’il a été compositeur et un savant, Louis Albert Bourgault Ducoudray fut aussi un homme d’action.
Vers 1866, il prend part à l’organisation de la Société Philharmonique du Cercle des Beaux-Arts. Il fonde à Paris en 1869 une Société qui porte son nom pour l’exécution des compositions chorales. C’est à son exemple que Philippe Biton, musicien modeste et sympathique, critique d’art comme le fut Destranges, a créé à Nantes une Société Bourgault-Ducoudray qui entretient la pensée du Maître et veille sur ses œuvres. On ne saurait trop louer toutes ces initiatives : elles dispensent le goût de la musique, l’étude et l’interprétation des belles partitions, tâche à laquelle notre Municipalité a le sentiment d’avoir aidé dans la mesure de ses forces.
"


(1) Billault est l’oncle de Louis Albert Bourgault-Ducoudray

(2) Barzaz Breiz, chants populaires de Bretagne, publié à ses frais en 1839.

Localisation dans le cimetière



Sources

Acte de naissance : année 1840, 5ème canton, acte (1 E 668)
Acte de mariage : année 1865, 6ème canton, acte 44 (1 E 1165)
Série 1 M 406 : Médaillon Bourgault-Ducoudray
Police locale : Passage de M. Rouher, ministre, et inauguration du monument Billault (I1 Carton 17 dossier 1)
Urbanisme, Avenue Bourgault-Ducoudray : 1352 W 54 et 1352 W 55
« Mélodies populaires de Basse-Bretagne » par Louis Albert Bourgault-Ducoudray, Henry Lemoine et Cie Éditeurs, Paris-Bruxelles 1885
E. Maillard : Nantes et le département au XIXème siècle, pp5, 30, 169, 171, 173, 181-183, 185 (BG in 4° 93)
« Bourgault-Ducoudray », article de A. de Lauzières-Thémines (3) publié dans La Bretagne artistique, pittoresque et littéraire, 1ère année, tome 1er, pp 161-168 (BG in4° 790/3)
« La Conjuration des fleurs par Albert Bourgault-Ducoudray »,  article publié dans Revue de Bretagne et de Vendée, 2ème semestre 1883, pp 128-131 (1 PER 29/1883)
« Brizeux mis en musique », article de Sullian Collin dans Revue de Bretagne, 1er semestre 1903, pp 20-29 (1 PER 31/1903)
« Bourgault-Ducoudray », article de Maurice Poté dans Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, année 1965, tome 104 (1 PER 98/1965)

L’Écho de la Loire
5 avril 1935 : Un juste hommage à deux Nantais (2 PRES 32)

Le Courrier de Nantes
28 décembre 1859 : Grand Théâtre(46 PRES 25)
29 décembre 1859 : Grand Théâtre (46 PRES 25)
31 décembre 1859 : La salle Graslin(46 PRES 25)

Le Nouvelliste
30-31 janvier 1899 : La Symphonie (11 PRES 17)
5 février 1899 : Festival Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
6-7 février 1899 : Banquet de la presse à M. Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
8 février 1899 : La Symphonie et M. Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
10 février 1899 : Le festival Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
17 février 1899 : Écho du festival Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
4 mars 1899 : M. Bourgault-Ducoudray et le « Choral nantais » (11 PRES 17)
27-28 mars 1899 : Le Stabat de Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
29 mars 1899 : Le Stabat Mer de M. Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
30 mars 1899 : Le concert exercice du Conservatoire (11 PRES 17)
30 mars 1899 : Le Stanat de Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
1er avril 1899 : Le Stabat Mater de M. Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
19 avril 1899 : Échos du Stabat Mater Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
21 avril 1899 : Une lettre de M. Bourgault-Ducoudray (11 PRES 17)
16 avril 1902 : Le concert Bourgault-Ducoudray (11 PRES 23)
20 avril 1902 : Concert symphonique (11 PRES 23)

Le Phare de la Loire
31 décembre 1859 : Théâtre de Nantes (22 PRES 10)
6 août 1882 : palmes d’officier d’Académie (22 PRES 57)
17 novembre 1882 : Grand Théâtre (22 PRES 57)
29 décembre 1882 : Les anciens élèves du Lycée résidant à Paris (22 PRES 57)
6 décembre 1891 : Les premières de l’Opéra (22 PRES 75)
20 décembre 1891 : « Thamara » à l’Opéra (22 PRES 75)
13 mars 1892 : Concerts populaires (22 PRES 76)
24 décembre 1892 : La « Bretagne » (22 PRES 77)
31 janvier 1899 : « La Symphonie » (22 PRES 90)
1er février 1899 : Le festival Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
5 février 1899 : festival Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
7 février 1899 : M. Bourgault-Ducoudray à Nantes (22 PRES 90)
8 février 1899 : Un punch à M. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
10 février 1899 : Le festival Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
17 février 1899 : Echo du festival Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
6 mars 1899 : Le festival Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
19 mars 1899 : Le « Stabat Mater » (22 PRES 90)
28 mars 1899 : La Conjuration des Fleurs (22 PRES 90)
29 mars 1899 : Le « Stabat Mater de M. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
30 mars 1899 : Le « Stabat » de M. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
1er avril 1899 : « Stabat Mater » (22 PRES 90)
20 avril 1899 : Nos concitoyens (22 PRES 90)
21 avril 1899 : Une lettre de M. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 90)
24 avril 1899 : Les anciens élèves du lycée de Nantes (22 PRES 90)
15 juillet 1910 : Un article du « Figaro » (22 PRES 113)
6 mai 1911 : Inhumation de Bourgault-Ducoudray (22 PRES 114)
23 mars 1912 : Quelques souvenirs L.-A. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 116)
27 mars 1912 : Quelques souvenirs L.-A. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 116)
29 mars 1912 : Décentralisation artistique, Myrdhin, de Bourgault-Ducoudray (22 PRES 116)
30 mars 1912 : Myrdhin la Première (22 PRES 116)
2 avril 1912 : L.-A. Bourgault-Ducoudray (22 PRES 116)
5 avril 1935 : Au théâtre Graslin on a inauguré les médaillons Destranges et Bourgault-Ducoudray (22 PRES 161)

Le Populaire
31 janvier 1899 : Le festival Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
7 février 1899 : Banquet offert à M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
10 février 1899 : Festival Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
17 février 1899 : Une lettre de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
18 février 1899 : Théâtre, concerts et fêtes (5 PRES 24)
4 mars 1899 : Une lettre de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
19 mars 1899 : Le « Stabat Mater » de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
29 mars 1899 : Le « Stabat » de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
30 mars 1899 : Le « Stabat » de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
1er avril 1899 : Le « Stabat Mater » de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
11 avril 1899 : Le Pardon d’Anne de Bretagne (5 PRES 24)
21 avril 1899 : Une lettre de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
16 avril 1902 : Le Concert Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
17 avril 1902 : Le festival Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
18 avril 1902 : Le concert Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
20 avril 1902 : Festival Bourgault-Ducoudray (5 PRES 24)
5 mai 1911 : Convoi funèbre (5 PRES 48)
6 mai 1911 : Les Obsèques de M. Bourgault-Ducoudray (5 PRES 48)
26 mars 1912 : « Myrdhin » (5 PRES 50)
28 mars 1912 : Avant-première « Myrdhin » (5 PRES 50)
30 mars 1912 : La première de « Myrdhin » (5 PRES 50)
1er avril 1912 : La décoration de Théâtre – A propos de « Myrdhin » (5 PRES 50)

Le Progrès de Nantes
16 novembre 1882 (8 PRES 3)

L’Espérance du Peuple
30-31 janvier 1899 : La Symphonie (9 PRES 111)
5 février 1899 : Festival Bourgault-Ducoudray (9 PRES 111)
8 février 1899 : Punch d’honneur (9 PRES 111)
11 février : Festival Bourgault-Ducoudray (9 PRES 111)
17 février 1899 : Écho du festival Bourgault-Ducoudray (9 PRES 111)
4 mars 1899 : Bourgault-Ducoudray au Choral nantais (9 PRES 111)
20-21 mars 1899 : Stabat (9 PRES 111)
24 mars 1899 : Le Stabat (9 PRES 111)
27-28 mars : Le Stabat (9 PRES 111)
29 mars 1899 : Le « Stabat » de M. Bourgault-Ducoudray (9 PRES 111)
30 mars 1899 : Le « Stabat » Bourgault-Ducoudray (9 PRES 111)
1er avril 1899 : M. Bourgault-Ducoudray à Nantes (9 PRES 111)
13 avril 1899 : Le pardon d’Anne de Bretagne (9 PRES 111)
19 avril 1899 : Écho du « Stabat » (9 PRES 111)
21 avril 1899 : L’œuvre « La Conjuration des Fleurs » (9 PRES 111)
11 avril 1902 (9 PRES 117)
16 avril 1902 : Le festival Bourgault-Ducoudray (9 PRES 117)
25-26 mars 1912 : Myrdhin avant-première (9 PRES 137)
30 mars 1912 : Chronique théâtrale Myrdhin 1ère représentation (9 PRES 137)

Presse Océan 
14 juillet 2010 : Aimez-vous Bourgault-Ducoudray ? ( PRES )

(3) A. de Lauzière-Thémines connait bien Bourgault-Ducoudray. A son retour de Grèce, c’est lui qui traduit les mélodies grecques en latin et en français.

Archives municipales de Nantes - 2011