CASSEGRAIN, Léopold Aristide Charles

à Nantes (Loire-Inférieure), le 28 janvier 1857
fils de Charles Philippe Léopold Cassegrain et de Clarisse Rose Catherine Chaboisseau
marié à Nantes, le 2 juillet 1883
époux d'Elisabeth Joséphine Babonneau
décédé à Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Inférieure),
le 19 avril 1941
pas de descendance
 


acte de naissance |acte de mariage
> Industriel
> Maire de Nantes (1929 - 1935)

1 – L’industriel
Léopold Cassegrain entre dans l’entreprise familiale en 1883.
Suite au décès de son père, en 1902, il transforme le statut juridique de l’entreprise en  société dans laquelle le capital social est supporté par quatre actionnaires : Léopold Cassegrain, madame veuve Charles Cassegrain, Maurice Garnier, industriel, et Albert Guillon. L’entreprise prend alors le nom Cassegrain et Cie.
En 1904, une nouvelle usine de conserves est construite à Concarneau (Finistère). Avec le décès de madame veuve Cassegrain en 1906, sa part est répartie entre Léopold Cassegrain, Maurice Guillon et les enfants d’Auguste Ernest Cassegrain, Octave et Marie.
Le 14 octobre 1913, Léopold Cassegrain se retire complètement des affaires et vend ses parts à Maurice et André Garnier, frères. L’entreprise porte dorénavant le nom Maison Cassegrain.

En 1926, elle est transformée en Société Anonyme à Responsabilité Limitée (SARL).
Le samedi 9 juin 1956, la Maison Cassegrain fête son centenaire dans l’usine de Concarneau. Dans un article de presse publié dans La Résistance de l’Ouest le 7 juin 1956, le journaliste insiste sur la modernité de la production :
« La fabrication des conserves de petits pois est l’objet de soins attentifs qui ont fait la réputation de la maison : depuis les postes de battage reliés à l’usine par radio afin d’assurer la plus grande fraîcheur aux légumes jusqu’au remplissage automatique des boîtes, en passant par le tri par densité qui permet de retenir que les pois d’une maturité convenable.
Cette politique de productivité a donné des résultats remarquables. Avec un effectif en grande partie saisonnier qui atteint au maximum 1.000 à 1.100 personnes dans les périodes de pêche et de récoltes, la production Cassegrain a été de : 9 millions e boîtes de conserves de poisson en 1954 ; 10 millions de boîtes de légumes en 1955 ; 5 millions de boîtes de conserves de viandes et de plats cuisinés exclusivement fabriquées à Nantes ».

En 1966, la compagnie Saupiquet prend une participation dans le capital Cassegrain conférant au nouveau groupe Saupiquet-Cassegrain la première place sur le marché français de la conserverie :
« Les deux entreprises, qui contrôlent ensemble 12 % environ du marché, réalisent un chiffre d’affaires global annuel de l’ordre de 130 millions de francs, soit 70 millions pour Saupiquet et 60 pour Cassegrain. Elles possèdent vingt usines implantées sur les lieux de production, dans lesquelles elles traitent des poissons, des légumes, des plats cuisinés. Elles produisent aussi des aliments surgelés » (L’Éclair, 1er juillet 1966).

2- L’homme politique
A partir de 1900, Léopold Cassegrain s’engage dans la vie politique locale. Pour les élections municipales de mai 1900, il rejoint la liste Défense républicaine qui se présente sur le 1er canton de Nantes. Il est élu au second tour avec tous les membres de sa liste, dont le docteur Gustave Rappin et Adolphe Moitié.
Pendant 35 ans, Léopold Cassegrain va participer à la vie municipale, d’abord comme conseiller municipal, puis comme adjoint et enfin comme maire.

Élu conseiller municipal aux élections des 6 et 13 mai 1900 (municipalité Sarradin).
Élu conseiller municipal aux élections des 1er et 8 mai 1904 (municipalité Sarradin).
Élu maire-adjoint lors du conseil municipal du 17 mai 1908 suite aux élections des 3 et 10 mai 1908 (municipalité Guist’hau).
Élu maire-adjoint lors du conseil municipal du 19 mai 1912 suite aux élections des 5 et 12 mai 1912 (municipalité Bellamy).
Élu maire-adjoint lors du conseil municipal du 10 décembre 1919 suite aux élections des 30 novembre et 7 décembre 1919 (municipalité Bellamy).
Élu maire-adjoint lors du conseil municipal du 17 mai 1925 suite aux élections des 3 et 10 mai 1925 (municipalité Bellamy).
Élu maire (radical) lors du conseil municipal du 18 mai 1929 suite aux élections des 5 et 12 mai 1929.

Comme adjoint, il travaille dans les commissions chargées d’élaborer les divers règlements de circulation à Nantes. Il est l’élu chargé de la direction des services municipaux de la police et d’incendie. Il œuvre pour le renouvellement du matériel d’incendie et des ambulances municipales. Il est également délégué pour les affaires électorales et affaires concernant le sport. Enfin il s’occupe du fonctionnement de la Poissonnerie et de l’Abattoir.

Lors de la séance du 18 mai 1929, il prononce son discours d’investiture :
« Messieurs,
Que mes premiers mots soient pour vous remercier de l’honneur que vous venez de me faire en m’appelant aux hautes fonctions de Maire. Je me remémore, d’un rapide regard vers le passé, les noms des hommes éminents, si totalement dévoués à la grandeur de notre Ville, qui m(ont précédé dans cette charge. Et je ressens mieux la responsabilité que j’assume, le besoin que j’ai de trouver près de vous une collaboration que je vous demande dans l’intérêt de la Ville. Les Sarradin, les Guist’hau, les Bellamy, les Veil, les Moitié, que nous unissons dans un même reconnaissant et traditionnel hommage, éclairent notre voie.
Au-dessus des divergences de conception dont s’anime notre vie politique, qui sont, en quelque sorte, le ferment de son activité, il y a place pour notre commun amour de la Cité, pour notre volonté de la servir loyalement et totalement, d’assurer sa prospérité et son rayonnement.
Tel a été le sentiment des hommes avec qui j’ai, à ma place, demandé à nos concitoyens le renouvellement d’un mandat qui dure déjà depuis 29 années. Tel est aussi, bien qu’un rapprochement plus complet n’ait pu se produire avant cette séance, le sentiment profond et total, j’en ai la conviction, de nos Collègues des autres groupes. Et pour en être convaincu, je n’ai qu’à rappeler le souvenir des mandats qu’ils ont déjà exercés dans cette même salle, où subsistent des traditions qui nous sont chères aux uns et aux autres.
C’est au nom de ces traditions mêmes que je souhaite la bienvenue à nos Collègues de cette Assemblée nouvellement élus.
A quelque parti que nous appartenions, nous aimons tous notre vile, d’une égale ferveur. Elle est là, si vivante sous nos yeux, riche plus encore de toutes ses possibilités, de toutes ses aspirations vers un avenir prospère dont elle n’a jamais douté. Nous aurons, Messieurs, à examiner ensemble des problèmes considérables qui touchent son développement, à son existence même. En regrettant des aspects charmants auxquels s’attachent tant de souvenirs, nous aurons à nous placer résolument en face des réalités. Il nous faudra réagir de telle façon que nous ne puissions pas encourir, dans vingt-cinq ou cinquante ans, les reproches dont nous chargeons plus injustement peut-être, la mémoire de nos devanciers. Nous aurons à considérer les larges besoins de circulation, d’aération que réclame l’appareil de vénérables pierres grises qu’est le centre de notre ville, l’aménagement de périphéries où l’élaborent, hâtivement peut-être, les quartiers nouveaux de la Ville future. Nous le ferons avec sagesse, en cherchant à conserver à notre Nantes, une physionomie qui le fasse aimer de nos enfants comme nous l’avons aimé et comme nous l’aimons encore.
Le Maire et ses Adjoints, dans ces graves questions comme dans toutes celles qui intéressent notre gestion communale, s’attacheront à faciliter vos décisions, à concilier en toute clarté tant d’intérêts importants qui se presseront devant elles. A cette œuvre, ils vous convient avec la certitude que c’est d’un même cœur que tous aborderont ces grandes tâches et en demanderont la réalisation à nos concitoyens.
Et c’est ainsi, Messieurs, que nous pourrons faire des choses utiles. Les idées se sont courageusement affrontées dans la lutte électorale. Faisons maintenant de l’Administration. Laissez-moi le dire hautement et clairement, pour nos concitoyens à qui nous devons cette déclaration.
Nous sommes tous des hommes de bonne volonté. Dans le respect de nos convictions nettement affirmées, de notre dignité, du mandat dont nous sommes investis, de la ville qui nous a confié ses intérêts, mettons-nous, dans cet esprit, résolument à l’œuvre. »

Dans cette déclaration, deux grands chantiers sont sous-entendus :
- l’aménagement des espaces urbains issus du comblement des bras de la Loire et de l’Erdre. L’ancien marché de la Petite Hollande (détruit en 1932) cède la place à un jardin dessiné par Etienne Coutan. En 1933, l’écluse du canal Saint-Félix est mise en service. Le 5 avril 1935, Léopold Cassegrain inaugure le tunnel passant sous les cours Saint-André et Saint-Pierre.
- La modification de la traversée de Nantes par la ligne de chemin de fer avec le détournement des voies ferrées qui se trouvent sur le quai de la Fosse. Le projet repose sur la construction d’une tranchée depuis la gare d’Orléans jusqu’à la Poissonnerie puis du percement d’un tunnel débouchant à Chantenay. Ce chantier permet la suppression des 13 passages à niveaux.

D’autres travaux d’urbanisme sont réalisés durant la municipalité Cassegrain : le prolongement de l’avenue Carnot, l’aménagement de l’axe Madeleine-Pirmil, la transformation des quartiers du Marchix et de l’Hermitage, l’élargissement du quai Malakoff, le projet d’une seconde ligne de boulevards extérieurs…

En 1935, à la fin de son mandat, Léopold Cassegrain décide de se retirer de la vie politique locale. Il décède le 19 avril 1941, à l’âge de 84 ans, dans sa propriété du Fresne-Rond, à Saint-Sébastien-sur-Loire.

 

Les obsèques se déroulent à Nantes en l’église Saint-Similien le 21 avril 1941. La messe est célébrée par le curé de la paroisse tandis que l’absoute est donnée par le père Huntziger, frère du général Charles Huntziger, signataire de l’Armistice du 22 juin 1940 à Rethondes. A la sortie de l’église, les cordons de poële sont tenus par MM. Gaëtan Rondeau, maire de Nantes ; Prieur, faisant office de Maire ; Soil, secrétaire général de la Ville ; Caillaud, secrétaire général honoraire ; Journaux, receveur municipal ; Garnier, président du syndicat des Fabricants de conserves. L’inhumation a lieu au cimetière Miséricorde où, selon la volonté du défunt, aucun discours n’est prononcé.

Lors de l’installation du nouveau conseil municipal le 12 mai 1941 ; Gaëtan Rondeau, maire, prononce l’éloge funèbre de Léopold Cassegrain :

« Mes chers Collègues. Dans la soirée du 18 avril, parvenait à Nantes la nouvelle de la mort de M. Léopold Cassegrain.
Avant que l’Assemblée nouvelle ne commence ses travaux, je tiens à rendre hommage à la vie généreuse et dévouée de notre prédécesseur. Je sais – cat l’homme et son œuvre avaient toutes les sympathies – que les sentiments personnels de celui qui fut de longues années son collaborateur sont aussi les vôtres, mes Chers Collègues, et ceux de la population nantaise tout entière.
J’éprouve une grande émotion à évoquer la mémoire de M. Cassegrain, dans cette Maison Commune où, pendant si longtemps, il est venu mettre au service de notre Ville son expérience mûrie à l’épreuve des affaires, ses qualités natives de conscience et de probité.
C’est un attachement simple et profond qu’il portait à sa Ville natale. Fils d’un industriel de chez nous, il était de ces hommes dont l’activité a su maintenir à Nantes la richesse et la vie. De solides traditions lui inspiraient l’amour du passé nantais, la fierté du présent, mais aussi le sentiment de sa part de responsabilité devant l’avenir de la Cité.
Ses qualités de chef d’entreprise lui valaient déjà le succès et l’estime. Un jour vint bientôt où il put en donner plus largement la mesure dans la gestion des intérêts communaux.
A l’âge de 32 ans, élu Conseiller municipal, il commençait une longue vie publique, toute de modestie, de probe et fécond dévouement. Quelques années plus tard il acceptait les fonctions d’Adjoint, qu’il devait remplir avec une grande conscience pendant 21 ans. Il accueillait toute tâche qui s’offrait, même obscure, même ingrate, et la menait à bien avec une ténacité tranquille, heureux de participer, par ses patients efforts, à l’évolution de la Ville, à sa lente transformation, à son développement harmonieux.
Lorsqu’en 1929, il fut porté par l’estime confiante de ses collègues aux fonctions de Maire de Nantes, il y était préparé par sa connaissance approfondie des besoins publics.
Sans éclat, par devoir civique, il accepta cet accroissement de la besogne de chaque jour. Mais depuis longtemps sa pensée se tournait vers l’avenir. Il entendait donner à notre Ville plus d’espace et de lumière, amener de la santé, du mieux-être dans les quartiers déshérités.
De grands projets furent élaborés qu’il examina, puis défendit avec une persévérante énergie. Là encore, son action fut précieuse, facilitée toujours par une attitude simple et digne, un accueil cordial qui, d’emblée, lui gagnait la confiance.
Les Nantais aimaient en lui sa bonhomie naturelle et sa rare modeste.
Sa bonté se manifestait en toute occasion ; sa présence assidue au sein des œuvres d’épargne et d’entraide, l’intérêt généreux qu’il vouait à l’enfance en portent témoignage.
En 1935, conscient d’avoir servi de son mieux les intérêts publics, il ne sollicita pas le renouvellement de son mandat. Il choisit pour retraite une campagne toute proche, au cœur de cette région nantaise où il avait voulu passer toute son existence.
Ainsi, pendant plus de 40ans, M. Léopold Cassegrain a consacré à notre Ville ses efforts et ses pensées. Il prend place désormais dans notre souvenir reconnaissant parmi les hommes dont le labeur obstiné a donné et maintenu à Nantes son rang de Grande Cité.

Distinctions et hommages publics

Chevalier de la Légion d’Honneur (1926)
Officier de l’Instruction publique
Croix de chevalier du Mérite agricole
Médaille d’Or de la Prévoyance sociale
Médaille d’Or de Nantes : 13 octobre 1936 (Le Phare de la Loire : 14 octobre 1936 (22 PRES164)
Grand Officier de l’Ordre du Gustave Vasa, Suède (Le Phare de la Loire : 21 juillet 1931)

Une rue de Nantes porte le nom de Léopold Cassegrain depuis une délibération du Conseil municipal du 26 juin 1961.

Localisation dans le cimetière


Sources

Acte de naissance : année 1857, 3ème canton, acte 19 (1 E 1006)
Acte de mariage : année 1883, 1er canton, acte 79 (1 E 1484)
Délibérations du Conseil municipal : 18 mai 1929 Elections du maire (4 BA 58) ; 12 mai 1941 Décès de M. Léopold Cassegrain, ancien maire de Nantes (4 BA 70) ; 26 juin 1961 Dénomination (4 BA 90)
Registre des inhumations : cimetière Miséricorde année 1941
L’œuvre de la municipalité (1929-1935) par Paul Caillaud, avril 1935 (1 BAbr 1064)
Le conseil municipal de Nantes (1919-1939) par Nathalie Guenego, mémoire de maîtrise, 1989 (BG in4° 282)
Livre doré  de l’Hôtel de Ville de Nantes par Alexandre Perthuis et Stéphane de la Nicollière-Teijeiro (BG in4° 170)
Presse locale :
Le Phare de la Loire : 20 avril 1941 M. Léopold Cassegrain est mort et Convoi funèbre ; 22 avril 1941 Les obsèques de M. Cassegrain (22PRES172)
La Résistance de l’Ouest : 7 juin 1956, 8 juin 1956, 11 juin 1956 et 14 juin 1956 (23 PRES 19)
L’Éclair : 30 juin 1966 Rapprochement entre Saupiquet et Cassegrain et 1er juillet 1966 L’accord Saupiquet-Cassegrain (25 PRES 36)
Affiche : Ils ne consomment que les produits des Docks de l’Ouest (6 Fi 8865)

Archives municipales de Nantes - 2011