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Marcel TENDRON, dit Marc ELDER

né à Nantes, le 31 octobre 1884
décédé à Saint-Fiacre-sur-Maine (Loire-Atlantique), le 16 août 1933
marié à Paris -16ème-, le 26 janvier 1911
époux de Germaine Marthe MALAVAL


     

Homme de lettres
Conservateur du château des Ducs

Né à Nantes, Marcel Tendron passe sa jeunesse à La Bernerie. Il commence ses études chez les frères jésuites à Vannes. Il entre au Petit Lycée de Nantes (1890-1892) puis au Grand Lycée (Lycée Clemenceau) en rhétorique et en philosophie entre 1901 et 1904.
Suite à des problèmes de santé, il passe de longs séjours à Saint-Fiacre-sur-Maine, dans la propriété des parents de sa mère. A 22 ans, en 1906, il écrit son premier ouvrage « Une crise ». Quatre années plus tard, il publie « Trois histoires ». En 1912, son roman « Marthe Rouchard est éditée dans « Le Journal ». Parallèlement à ses romans, il écrit des articles pour différentes revues : l’Action Nationale, La Vie, La Renaissance contemporaine ou encore La Grande Revue. Il est l’auteur également de deux études sur Octave Mirbeau et sur Romain Rolland. En 1913, son quatrième livre est retenu par l’Académie des Dix (1) pour participer au Prix Goncourt. Au 11ème tour du vote, il remporte le prix devant … Alain Fournier et son Grand Meaulnes ! Il devient le deuxième Nantais à obtenir cette distinction après Alphonse de Châteaubriant qui l’avait obtenue en 1911 avec Monsieur des Lourdines.
« C’est avec le Peuple de la Mer que Marc Elder vient de remporter la coupe du vainqueur. Mardi soir, en me délectant, j’avais achevé de le lire et, le lendemain, j’avais écrit déjà le premier feuillet de cet article, lorsqu’un télégramme m’apprit le verdict du Conseil, pardon ! de l’Académie des Dix ! A la vérité, je n’ai éprouvé aucune surprise, tant j’avais été frappé, la veille, de la perfection de cet ouvrage. Entre Le Peuple de la Mer et Marthe Rouchard, par exemple, on constate un progrès considérable. Ici, point de longueur, point de recherche excessive dans l’épithète, point de phraséologie un peu déclamatoire. Les images sont abondantes, tour à tour poétiques et familières. Le style est clair, coule de source. Il est vrai, naturel, comme il sied aux personnages : des marins, des douaniers, des pêcheurs, des femmes et des filles de la côte. Le roman – encore que ce ne soit pas le titre qui convienne à l’ouvrage – est bien construit, avec ses trois parties : la barque, la femme, la mer, heureusement équilibrées et reliées entre elles par un lien tenu mais solide. Il s’agit plutôt d’une étude où la vie de la mer et des marins apparaît brutale, tragique, douloureuse, dans le cadre qui nous est familier à tous, entre l’île de Noirmoutier, Saint-Nazaire et le phare du Pilier.
Avec la sûre méthode que, chacun par leur tempérament propre, Alphonse Daudet, Zola, les deux Goncourt ont enseignée, Marc Elder s’est attaché à peindre des caractères, à situer l’action de ses drames dans les lieux mêmes où ils se sont déroulés. On sent qu’il a vécu avec les gens qu’il met en scène. Il les a « pratiqués », si j’ose dire, à la façon des peintres qui dessinent un croquis sur nature, à la volée du crayon et sans faire poser le modèle, par crainte de trahir la sincérité des attitudes et la souplesse des mouvements. Il a vu, il a observé, écouté. A force d’attention et de perspicacité, il est parvenu à percer le masque glabre, froid, renfermé des marins. Mieux encore, il a surpris leurs gestes, leurs ambitions, leurs rivalités, leurs querelles. Il a traduit leurs émotions, enregistré les mouvements les plus intimes de leur âme. Et son observation est si complète qu’il n’a pas seulement tracé un portrait. Il a peint des caractères. Ce qui ajoute de la force et du prix à la beauté de son livre ».
(extrait de l’article de J. Tallendeau publié dans Le Populaire de Nantes du 5 décembre 1913)

Son état physique l’empêche de partir à la guerre. Déjà en 1906, puis en 1907, il avait été réformé pour « faiblesse ». Jugé « bon pour le service armé » en 1907, il incorpore le 65ème régiment d’infanterie de Nantes le 9 octobre 1907 mais est rendu à la vie civile le 11 juillet 1908. Aussi, lorsqu’il est rappelé à l’activité le 3 août 1914, il est classé « réformé pour tuberculose pulmonaire » par la Commission de Réforme de Nantes le 8 décembre 1914 et rayé des contrôles dès le lendemain. La décision est confirmée par la Commission de Réforme du 20 avril 1915.
Bien qu’éloigné de la réalité du front, il est conscient de la cruauté de la guerre. Le jour où il apprend la mort d’un ami tué au combat, il n’hésite à prendre le crayon et à exprimer sa douleur. La mort du sous-lieutenant Maupoint, officier au 113ème régiment d’infanterie tué en Argonne le 29 avril 1915 (2), fait l’objet  d’un article qui exprime l’éloge du sacrifice d’une jeunesse prometteuse :
« Depuis bien des jours, déjà, tu es tombé mon pauvre ami, et c’est aujourd’hui seulement que m’arrive la triste nouvelle. Il en est toujours ainsi. Nous les portons, tout en vie, dans notre cœur, avec leurs gestes et leurs paroles, ceux que nous aimons, qui sont là-bas ; et longtemps ils continuent réellement d’exister parmi nous, alors que déjà la terre les a repris. Mais nous ne savons pas. Et un jour survient une visite, un télégramme ou une lettre : c’est l’annonce. Alors il y a un grand deuil dans notre âme ; ils meurent en nous, et c’est leur vraie mort, la plus douloureuse.
Nous sommes loin de l’exaltation de la lutte et des beaux gestes qui magnifient le sacrifice. Ce n’est pas la balle, qui frappe en face, qui nous les tue ; c’est un mot, un billet parfois sans douceur. Maintenant, même jeune, on porte bien des peines : sans vieillir, on voit tant mourir autour de soi !
Mon pauvre ami, c’est toi-même qui avait demandé à partir pour le front, et je t’avais reconnu à ce trait. Je savais que tu étais brave, que tu aimais la lutte et ne cédais qu’à la victoire. Que de fois, dans notre adolescence, soumis à des sports rudes, n’avions-nous pas entraîné nos énergies ? Jamais je ne vis la fatigue ou l’insuccès te faire plier. La volonté était en toi, impérieuse comme un dieu, et les ardeurs de ton jeune sang ne redoutaient nul obstacle. Aussi acharné au travail que bouillant au jeu, tu avais conquis, dès l’entrée dans la vie, des couronnes. Les avocats déjà glorieux te voyaient grandir dans leur ordre comme une belle prouesse. Et toi inquiet, mais fort et sans cesse conquérant, tu cherchais ta voie, sans décevoir jamais les espoirs clairvoyants.
Tu réunissais déjà, mon ami, toutes les qualités des générations nouvelles : la résistance morale, le goût de la force et le sens un peu brutal, mais si nécessaire à la vie, des réalités. Le désarroi de nos aînés, encore las de la défaite et nourris de rêve, s’effaçait de ton intelligence. A te regarder on sentait que les nouveaux venus, les jeunes, qui nous suivent, seraient, sans romantisme, nos libérateurs. Pour avoir grandi avec toi, pour être de ton âge, je te connaissais si bien ! La triste nouvelle m’a frappé d’autant plus fort.
Mon pauvre ami, il faut maintenant écarter tous les souvenirs qui souffrent en moi et ne plus penser qu’à ta gloire. Nous savions, tous tes exploits et avec quel courage, toi l’avocat, tu fus dans la guerre l’officier entraînant et redoutable à l’ennemi. Ta vie ne comptait plus que comme une arme qui doit porter des coups jusqu’à ce qu’elle se brise. Vingt fois des situations périlleuses t’avaient trouvé héroïque. Puis la mauvaise balle est venue, un jour que tu attendais, à découvert, un camarade qui ne pouvait suivre. Tu es tombé dans ses bras, frappé au cœur.
Hélas ! Ils ont pleuré, ceux qui t’aimaient, parce qu’on ne sent d’abord que le déchirement égoïste. Ta mort ici retentit en douleur dans les cœurs qui te chérissaient ; mais là-bas, dans les bois d’Argonne, elle a soulevé la haine. La terre de France prend des forces chaque fois qu’un de ses enfants y tombe. C’est elle, mon cher ami, qui t’avait donné ta claire intelligence, les beaux instincts de ta jeunesse, et ta vaillance jamais entamée.
Dans un passé obscur, la Patrie déjà te formait, et je garde le souvenir de ces courses, dans les champs vendéens ou sur la mer bretonne, qui achevaient de modeler la belle âme française. Tu viens de la rendre à notre terre, après l’avoir élevée longtemps, comme un exemple, au milieu de la mêlée. Je ne reverrai plus ton corps, mon pauvre ami, et cela trouble profondément ma faiblesse d’homme. Mais je le sais, que ta part est la meilleure et que ce sont les tombes de là-bas, toutes petites avec une croix penchée, où l’on ne peut même pas aller prier, qui nous donnent la victoire.
15 mai 1915, Marc Elder ».
(Le Phare de la Loire, 18 mai 1915)

La guerre devient d’ailleurs la base de son roman « Jacques Bonhomme et Jean Le Blanc » publié en mai 1919. Le premier personnage est fantassin et revient du front auréolé de « la médaille militaire et une jambe de bois » tandis que le second, marin, meurt lors du torpillage de son navire qui le transportait vers Salonique.
« Ce roman à double sujet à but unique, n’est pas une œuvre de pure imagination. Je ne le crois pas, du moins. La guerre fut tellement atroce, inattendue, différente de tout ce qui a été fait jusqu’à présent, que la raconter c’est écrire de l’histoire, sans affabulation imaginative… C’est dire ce qu’on a vu, entendu ; les actions auxquelles on a été mêlé ; les engagements dont on a eu sa part.
Mais sur la tête de Jacques Bonhomme, comme sur celle de Jean Le Blanc, l’auteur a rassemblé des traits communs à plusieurs soldats, à plusieurs marins, de sorte qu’il les présente aux lecteurs sous le type généralisé d’un fils de la terre et d’un marin de la côte… Les actions qu’il leur prête, véridiques, peut-être dans le détail, et inexacte dans l’ensemble, deviennent des traits de mœurs, de caractère ; et la vraisemblance est d’autant plus apparente que les deux héros sont de braves gens, simples, pris sur le vif, nature »
(extrait de l’article de J. Tallendeau publié dans Le Populaire de Nantes du 1er juin 1919).

Parallèlement à sa vie d’écrivain, Marc Elder s’investit passionnément dans la vie culturelle de sa ville.
En 1919, Gaëtan Rondeau crée au mois de mai la Société des Amis du Musée des Beaux-Arts qui, sous le nom de Société d’Initiative et de Documentation artistique, se destine à introduire l’art moderne dans le Musée de Nantes. Quatorze personnes forment cette Société dont la présidence est confiée à Marc Elder. L’article 2 des statuts précise le but des fondateurs :
« L’achat d’œuvre d’œuvres d’art (peintures, pastels, dessins, gravures, sculptures, etc…) qui représentent le mieux les tendances modernes ;
La conservation et l’exposition de ces œuvres pendant une période de vingt années pour chacune d’elles à compter de la date de son acquisition ;
La remise à la Ville des œuvres qui, à l’expiration de l’épreuve de vingt années, seront appelées à figurer définitivement au Musée des Beaux-Arts ;
La libre disposition des œuvres non affectées au bout de vingt ans ;
L’organisation de toutes manifestations propres à développer dans le public la connaissance et le goût de l’art moderne (3)  » (cité dans l’article de J. Tallendeau paru dans Le Populaire de Nantes du 26 juin 1919).

Cette nouvelle Société retient toute l’attention de la Ville qui lui verse une subvention conséquente de 5.000 francs :
« Le désintéressement des membres de la nouvelle Société est d’autant plus louable qu’ils sont résolus à faire abstraction de leurs goûts personnels pour y substituer le point de vue purement objectif et historique, le seul qui soit à la fois scientifique et reconnu profitable par l’expérience. C’est dans cet esprit que quatorze amateurs artistes ou protecteurs des Arts dont le goût éclairé est bien connu de tous ses ont constitués en Société pour acquérir des spécimens représentatifs des diverses écoles de peinture, même celles qui n’ont pas encore reçu la consécration du temps, pour les exposer pendant une période qu’ils ont fixée à vingt ans en vue d’une épreuve de sélection et pour faire entrer ensuite au Musée celles qui seraient jugées dignes d’y figurer, les autres pouvant être revendues »
(Conseil municipal du 10 novembre 1919).

Toujours en 1919, le maire de Nantes, Paul Bellamy, considère nécessaire l’organisation des archives du théâtre Graslin « où seraient classés les ouvrages et documents traitant les questions théâtrales ainsi que ceux qui intéressent le mouvement théâtral et musical ». Sur proposition du Secrétaire général de la Ville, un arrêté en date du 17 mars 1919, nomme Marc Elder « archiviste bibliothécaire adjoint au théâtre municipal ».
Par un nouvel arrêté du 23 juillet 1921, il est nommé secrétaire délégué de l’Administration municipale aux Beaux-Arts : « Il pourra suppléer en tant que besoin M. le Conservateur du Musée de Nantes, et être chargé sous la direction de M. l’Adjoint aux Beaux-Arts de certaines organisations d’ordre artistique ou littéraire, de constitution et de conservation d’archives relatives au Musée, au Théâtre, etc… Sous cette même direction il aura à assurer les rapports entre l’Administration et les services du Ministère des Beaux-Arts pour les questions intéressant les collections d’art de la Ville de Nantes, les archives du théâtre, les monuments historiques, etc… »

 

Enfin, le 19 décembre 1924, il est nommé conservateur du Château des Ducs : « En cette qualité, il aura la surveillance générale de toutes les constructions et dépendances du Château. Il sera consulté sur leur utilisation et leur affectation, sur tous les travaux d’aménagement, d’entretien ou de restauration qui pourront y être entrepris.
Il veillera à ce que les affectations décidées par l’Administration ou les autorisations consenties par elle se produisent dans la limite même des actes qui les auront instituées.
Il aura sous son autorité le personnel chargé du service et de la garde de l’édifice, et exercera un contrôle sur le personnel affecté aux services déjà installés dans le Château, sans avoir à intervenir dans le fonctionnement même de ces services.

Il exercera les même attributions en ce qui concerne la Porte Saint-Pierre, la Psallette et la Chapelle du Père de la Croix (près la cathédrale) ».

 

Prix Goncourt en 1913 (pour « Le Peuple de la Mer »)
Chevalier de la Légion d’Honneur (mars 1924, au titre du Ministre des Beaux-Arts)

(1) Les 10 membres du jury sont : Judith Gautier, Gustave Geffroy, Louis Hennique, Paul Margueritte, J.-H. Paul Margueritte, J.-H. Rosny aîné, J.-H. Rosny cadet, Octave Mirbeau, Lucien Descaves et Léon Daudet.

(2) Il s’agit de Maupoint Edouard Olivier, né à Nantes le 17 juin 1886, classe 1906, engagé volontaire, sous-lieutenant au 113ème régiment d’infanterie, Mort pour la France le 29 avril 1915 au combat des Meurissons-Bolante Haute-Chevauchée (Meuse).

(3) La première exposition a lieu au Musée des Beaux-Arts du 2 au 16 mai 1920.


----- Distinctions et hommages publics -----

Une place de Nantes porte le nom de Marc-Elder depuis une délibération du Conseil municipal du 30 novembre 1936. Cette place se trouve juste en face de l’entrée du château des Ducs (ancienne place du Château).

 

Le jour de sa disparition, la presse locale est unanime pour reconnaître les qualités du défunt :

« En s’inclinant respectueusement devant la dépouille du grand romancier nantais, l’Ouest-Journal prie sa famille de trouver ici l’expression de ses condoléances attristées et tient à exprimer le profond regret qu’il éprouve à voir disparaître un Nantais qui contribua pour une grande part à la gloire de la pensée française ».
(L’Ouest Journal, 17 août1933)

« En Marc Elder disparaît un de nos meilleurs écrivains, à la langue impeccable, un de ceux, en tout cas, qui surent le mieux comprendre et dépeindre la Bretagne maritime et faire revivre le Nantes des riches armateurs et des corsaires du XVIIIème siècle ».
(L’Ouest Éclair, 19 août 1933)

 

A cette occasion, les drapeaux du château des Ducs sont mis en berne.
Les obsèques ont lieu à la cathédrale le 18 août 1933. Suite à la cérémonie religieuse, le corps du défunt est transporté au cimetière Miséricorde.  Les cordons du poêle sont tenus par MMM. Caillaud, secrétaire général de la Ville ; Pineau-Chaillou, conservateur du musée des Beaux-Arts ; Chouanneau, adjoint au maire de Nantes ; Marcel Belliard, homme de lettres ; Roger Dardenne, journaliste au « Figaro » et Gaëtan Rondeau, receveur municipal de la Ville. Beaucoup de personnalités se sont déplacées : MM Cassegrain, maire de Nantes, Armand Duez, député ; Eugène Leroux, député ; Martin, député du Lot-et-Garonne ; Alexandre Vincent, conseiller général ; Giraud-Mangin, conservateur de la Bibliothèque municipale ; Marchand, conservateur du Muséum d’Histoire naturelle ; le chanoine Durville, conservateur du Musée Dobrée…
Devant la tombe, deux discours sont prononcés ; l’un par M. Pineau-Chaillou, conservateur du musée des Beaux-Arts ; l’autre par M. Cassegrain, maire de Nantes.

Discours de M. Cassegrain :
Mesdames, Messieurs,
J’apporte simplement sur cette tombe l’adieu de la Municipalité, et mon adieu personnel à Marc Elder.
Sa mort prématurée marque la fin d’une lutte angoissante entre un être que ses forces de vie abandonnaient progressivement et un esprit dont la volonté créatrice, le rayonnement prestigieux épanouissaient plus que jamais d’heureuses réalisations.
L’œuvre – par laquelle son nom vivra – témoignait d’un talent dont la brillante maturité s’exprimait en une langue délicieusement élégante. Il séduisait par cette forme étincelante, cette touche spirituelle et parfois si joliment impertinente, qui faisait invinciblement penser aux écrivains les plus expressifs du XVIIIème siècle.
Sous cette présentation d’un art parfait, maître de soi, s’animait une pensée toujours vigilante, observatrice, incisive souvent, aux sentiments les plus profonds et les plus émouvants de l’âme.
Marc Elder était de chez nous. Il a compris et exprimé d’une façon vraie l’intimité de son pays, l’horizon d’une grandeur méditative et désolée du Marais, la mer. Il a exprimé Nantes avec une truculence de tons, une sensibilité de nuances qui attachent pour jamais son nom à celui de la ville. Il l’aima d’un amour un peu tyrannique, exclusif, jalousement personnel, mais totalement sincère.
Sa personnalité affirmait les mêmes traits brillants, vivement éclairés, avec, au coin du langage imagé, une ironie chatoyante et brave, à l’occasion, comme un défi au mal quotidien.
Paul Bellamy accomplit un geste digne de notre Grande Cité, en fixant Marc Elder dans cette noble résidence ducale qu’illustra si brillamment sa plume.
Il était nôtre par tous ces lieux. Son nom restera nôtre, encore que sa réputation ait tôt et largement franchi les horizons où tint son existence.
A ce titre, la Ville se doit de le perpétuer, comme celui d’un bon serviteur de sa gloire.
Je m’incline respectueusement, Madame et Monsieur, devant votre grande douleur et devant celle de Madame et de M. Rozier.

Une plaque commémorative est apposée dans la cour du château des Ducs. Celle-ci est inaugurée le 11 mai 1934 par la Municipalité et les Amis de Marc-Elder. La cérémonie a lieu en présence de Germaine Tendron, veuve de Marc-Elder ; son fils ; Madame Rosier, mère de l’écrivain et M. Rosier, maire de Saint-Fiacre-sur-Maine. Trois discours sont prononcés. M. Aubert, adjoint aux Beaux-Arts de Nantes, prend d’abord la parole ; le docteur Octave Beliard lui succède et enfin le commandant Lamy lit le discours de M. J.H. Rosny, président de l’Académie Goncourt, retenu à Paris :
Depuis de longues années, depuis le Prix Goncourt donné à son « Peuple de la Mer », j’ai suivi la carrière de Marc Elder avec émotion.
Il est avec le génie le plus souple, le plus subtil, le plus poétique, un des plus grands écrivains de notre temps.
Géographiquement, et par le cœur, ô Bretagne, celui-ci vous appartient, puisqu’il appartenait à la mer, puisqu’il a aimé, décrit vos navires, vos hommes…
Depuis ce « Peuple de la Mer », auquel nous avons décerné le Prix Goncourt en 1913, à combien de chefs-d’œuvre ne nous a pas donnés celui qui fut notre Balzac.
« La Maison du Pas Périlleux », d’une verve si chaude, si rabelaisienne, s’élève au-dessus de tant de petits livres de notre temps comme un géant au-dessus des pygmées. « La Belle Eugénie », de la même veine, plus câline sans doute, moins truculente, mais où l’esprit le dispute au pittoresque… Deux modèles du genre le plus français qui soit, à côté desquelles ont peut placer les études les plus tranquilles et les plus sobres du roman comme « Les Dames Pirouette », comme « La Bourrine », parfumés de toute la poésie d’une grande âme, où Marc Elder évoque les plus doux moments des plus humbles vies, et qu’il a rempli de sa charmante surprise une observation tellement juste et délicate qu’on en vient à se demander de combien de vies disposait cet homme unique dont nous déplorons la mort précoce.
Je salue en Marc Elder le grand artiste, le prodigieux écrivain qui honore la Bretagne. Et je dépose aux pieds de sa compagne mon respectueux hommage ».

(extrait du discours cité dans Le Phare de la Loire du 13 mai 1934)

 

 

Ouvrages publiés
1)- Romans
Une crise (1906)
Trois histoires (1910)
Marthe Rouchard (1912)
Le Peuple de la Mer (1911, Prix Goncourt 1913)
La Vie apostolique de Vincent Vingeame (1917)
Jacques Bonhomme et Jean Le Blanc (1919)
Thérèse ou la Bonne Éducation (1920)
Le Sang des Dieux (1921)
La Maison du Pas Périlleux (1924) (4)
La Belle Eugénie (1931)
Les Dames Pirouettes (1932)
Jacques et Jean (1931, réédition de Jacques Bonhomme et Jean Le Blanc))
La Bourrine (1932)
Cendres de la nuit (1933)

2)- Autres écrits
Octave Mirbeau, essai (1914)
Romain Rolland, essai (1912)
A bord des chalutiers dragueurs de mines (1920)
Le château des Ducs de Bretagne (1923) BG in16° 60
A Giverny, chez Claude Monet (1924)
La farce des Tripe (pièce en un acte et deux jeux1925)
Gabriel Belot, peintre-imagier (1927)
Louis-Robert Antral (1927)
Les Contes (1909-1927)
Cœurs fragile (1928)
Le Pays de Retz (1928)
Jacques Cassard, corsaire de Nantes (1930) BG in16° 189
Croisières (nouvelles, 1931)
Auguste Renoir (essai, 1931)
Le quai de la Fosse (1932) en collaboration avec R.Y. Creston BGbr inF°7

Marc Elder est l’auteur de nombreux textes inédits. On peut en retrouver une analyse sommaire dans le numéro spécial de Visions Contemporaines – Revue d’Histoire n° 2 de juin 1988.

(4) Le lieu de l’intrigue du roman a fait l’objet d’une étude écrite par J.-F. Caraës dans le Bulletin de la Société Archéologique de l’année 1984.

 

----- Localisation dans le cimetière -----

Section XX, 7ème rang, 9ème fosse – CAP 14.530

 

 
               

----- Sources -----


Archives Municipales de Nantes
Acte de naissance : année 1884, 2ème canton, acte 394 (1 E 1497)
Police locale : I1 Carton 46 Dossier 35
Personnel municipal : 2 K Marc Elder
2 R 582 : plaque commémorative Marc Elder
2 R 805 : œuvres culturelles de la Ville 1922-1924
Bulletin municipal, actes administratifs, année 1919 : Nomination d’un Archiviste Bibliothécaire (1 BA in 8° 47, page 130)
Bulletin municipal, actes administratifs, année 1921 : Nomination d’un Délégué de l’Administration aux Beaux-Arts (1 BA in 8° 47, pp326-327)
Bulletin municipal, actes administratifs, année 1933 : Obsèques de M. Marc Elder ; homme de lettres, conservateur du château des Ducs de Bretagne (1 BA in 8° 47, pp 378-379)
Bulletin municipal, actes administratifs, année 1934 : Inauguration d’une plaque commémorative en l’honneur de Marc Elder (1 BA in 8° 47, pp 208-217)
Personnel municipal : K3 Légion d’Honneur Marc Elder
« La Maison du Pas Périlleux » de Marc Elder, une opération d’urbanisme à Nantes au début du siècle, article de Jean-François Caraës, dans Bulletin de la Société Archéologique de Nantes et de Loire-Atlantique, année 1984, tome 120 (1 PER 98/120)
Visions contemporaines – Revue d’Histoire, n° 2, juin 1988 Spécial Marc-Elder (1 PER 138/2)
L’Express de l’Ouest : 5 décembre 1913 Le Prix Goncourt. C’’est un Nantais, Marc Elder, qui l’obtient (10 PRES 16)
Le Petit Phare : 5 décembre 1913 Le Prix Goncourt . C’est un Nantais, Marc Elder, qui l’obtient (21 PRES 29)
Le Populaire : 5 décembre 1913 Marc Elder (5 PRES 53)
Le Populaire de Nantes : 1er juin 1919 Chronique littéraire Jacques Bonhomme et Jean Le Blanc (5 PRES 64)
Le Populaire de Nantes : 26 juin 1919 Chronique artistique La Société d’initiative et de documentation artistique (5 PRES 64)
Le Phare de la Loire : 30 octobre 1919 Pour la cité (22 PRES 130)
Le Populaire de Nantes : 5 mai 1920 Une exposition au Musée des Beaux-Arts (5 PRES 66)
Le Populaire de Nantes : 23 août 1920 Chronique littéraire Thérèse ou la Bonne Éducation (5 PRES 67)
Le Phare de la Loire : 17 août 1933 Mort de M. Marc Elder et 19 août 1933 Les obsèques de Marc-Elder (22 PRES 158)
Le Populaire de Nantes : 13 décembre 1933 Pour Marc Elder (5 PRES 93)
Le Populaire de Nantes : 23 décembre 1933 Le souvenir de Marc Elder (5 PRES 93)
Le Populaire de Nantes : 11 mai 1934 Marc Elder (5 PRES 94)
L’Écho de la Loire : 19 août 1933 Les obsèques de M. Marc Elder (2 PRES 29)
L’Écho de la Loire : 13 mai 1934 Inauguration d’une plaque Commémorative (2 PRES 30)
Le Phare de la Loire : 13 mai 1934 A la mémoire de Marc Elder (22 PRES 159)

Archives Départementales de Loire-Atlantique
Registres matricules : 1 R 1158