Stanislas, Jean-Marie BOULAY

né à Vay (Loire-Inférieure), le 7 mai 1848
marié à Nantes (Loire-Inférieure) avec Alice, Alexandrine, Marie, Hortense BLANCHARD, le 10 juin 1879
  décédé à l’hôpital n° 105 à Montauban (Tarn-et-Garonne), le 30 avril 1917

Fils de Jean Boulay et de Marie Julienne Le Ray,
notaire,
domicilié à Nantes rue Saint-Nicolas,
classe 1868 au recrutement d’Ancenis, ancien combattant de la Guerre de 1870-1871, chef de bataillon au 288ème régiment d’infanterie territoriale


Mort pour la France « suite de blessures de guerre ».
Acte transcrit à Montauban le 1er mai 1917.
Légion d’Honneur, Médaille des Engagés volontaires de 1870 et Croix de Guerre.

Le Phare de la Loire du 6 janvier 1904
« Dans la liste des décorations du ministère de la guerre, un nom nous avait échappé, celui de M. S. Boulay. Cette distinction, méritée par 33 ans de services et la campagne de 1870, a été accueillie avec une réelle satisfaction dans notre ville où le nouveau légionnaire ne compte que des amis.
En dehors même des titres militaires de M. Boulay, c’est le couronnement d’une carrière civile toute de droiture, de loyauté absolue et de dévouement intelligent et désintéressé aux affaires publiques. Nous connaissons trop sa modestie pour insister, mais tous ceux qui ont suivi ses efforts constants comme administrateur délégué des hospices en même temps que sa collaboration passionnée aux œuvres de mutualité agricole, applaudiront avec nous et de tout cœur à cette nomination » (Le Phare de la Loire, 6 janvier 1904).

Le Phare de la Loire du 9 janvier 1917
Nos Concitoyens à l’honneur
Le commandant Boulay
Parmi les promotions dans l’ordre de la Légion d’honneur, parues au Journal officiel du 3 courant, nous relevons la suivante, au grade d’officier :
« Boulay (Stanislas Jean Marie), chef de bataillon territorial au 288ème régiment territorial d’infanterie : officier supérieur de la plus haute valeur morale, montre depuis le début de la campagne et en toutes circonstances, une bravoure et un entrain exceptionnel.- Une blessure.- (A déjà « été cité) ».
Ce que cet ordre du jour ne dit pas, mais ce que tout le monde sait à Nantes, c’est que M. Boulay, notaire honoraire, dispensé par son âge de tout service militaire, a repris à 68 ans son grade de chef de bataillon territorial, donnant ainsi à tous un bel exemple de vaillance patriotique.
Nous adressons au nouvel officier de la Légion d’honneur nos chaleureuses félicitations.

Un avis de convoi funèbre est publié dans Le Phare de la Loire du 3 mai 1917 précisant que le deuil se réunira à la gare de Nantes-État et que la cérémonie religieuse aura lieu en l’église Notre-Dame-de-Bon-Port le samedi 5 mai.

Le Phare de la Loire du 5 mai 1917
Mort pour la Patrie
Les obsèques du commandant Boulay
Les obsèques du commandant Boulay, décédé, comme on le sait, des suites de blessures reçues au front, dans une formation sanitaire de Montauban, ont eu lieu, samedi matin, au milieu d’une affluence énorme, où toutes les classes sociales mélangées attestaient l’estime générale en laquelle le défunt était tenu par tous ceux qui avaient eu l’occasion de lier connaissance avec lui. Sa mort glorieuse avivait encore la sympathie de tous et l’on commentait avec respect l’admirable exemple d’énergie donné par ce vieillard, reprenant du service, en dépit de ses 67 ans, pour voler au secours de la frontière menacée.
Le deuil s’est réuni à la gare de l’État.
Le corps fut transporté à l’église Notre-Dame-du-Port, sur une prolonge d’artillerie qu’encadraient deux sections d’infanterie commandées par un lieutenant.
Un linceul tricolore recouvrait le cercueil ; sur ce linceul avaient été disposés l’uniforme et le sabre du défunt.
Tout aussitôt après la famille venait, derrière le char funèbre, une délégation du Conseil municipal de Mouzillon, ayant à sa tête, le maire, M. Luneau, ainsi qu’une délégation, groupée autour de sa bannière, de la Société de Secours mutuel de la même commune, dont M. Boulay était président.
Dans l’assistance, reconnu le général Dodelier, commandant les subdivisions de la Loire-Inférieure et deux officiers d’état-major représentant le général commandant la 11ème région ; MM. Leissen, administrateur principal, chef de service de l’inscription maritime ; le capitaine Caron, major de la garnison, et de nombreux officiers de toutes armes ; MM. Roch et Sibille, députés ; Bellamy, maire de Nantes ; Cassegrain, adjoint au maire ; Paris, Lefrançois, anciens adjoints ; Burgelin, Ganuchaud, conseillers municipaux ; Poupart, ancien conseiller municipal ; Prosper Leroux, Vincent-Jouon, Benoit, conseillers généraux ; le commandant Lemaître, conseiller d’arrondissement.
MM. Martin, procureur de la République ; Bachelot-Villeneuve, vice-président du Tribunal civil ; Cholet, juge suppléant ; Delalande, juge honoraire ; M. Dortel, bâtonnier de l’ordre des avocats ; des délégations du barreau, de la Chambre des avoués, de la Chambre des notaires ; M. Maublanc, directeur de l’École de Droit ; MM. Cormerais, président, et Lefièvre, vice-président de la Chambre de Commerce ; Ricordeau, vice-président de la Commission administrative des hospices ; Nau, secrétaire général ; Gardais, consul d’Itale ; Abbadie, vétérinaire départemental ; les docteurs Ollive, Poisson, Bellouard, Sacquet, Gourdais, Valentin des Ormeaux.
MM. Talvande, Emerand Bardoul, Porquier, Alcide Leroux, Amieux père, Louis Amieux, Biette, Besnard de la Villeboisnet, François Leglas, Gauguet, Chéguillaume, Cardinal, d’Arondel, Durand-Gasselin, Belot, Renoul, Kerr, Pinard, Cossé, Merrot du Barré, etc, etc.
Après une imposante cérémonie religieuse, le corps du vaillant officier a été transporté au cimetière Miséricorde, où a eu lieu l’inhumation.
Nous renouvelons à la famille du commandant Boulay l’expression émue de nos sincères sentiments de condoléances.

Le Populaire du 5 mai 1917
Les obsèques du commandant Boulay
Samedi matin, ont eu lieu les obsèques du commandant Boulay, ancien notaire à Nantes, chef de bataillon au 288ème territorial, mort à Montauban, des suites des blessures qu’il avait reçues sur le front, en combattant l’ennemi.
Le commandant Boulay, qui était officier de la Légion d’honneur et décoré de la croix de guerre, était un engagé volontaire de 1870 ; lorsque la guerre actuelle éclata, il voulut reprendre du service, malgré ses 65 ans ; et c’est au feu qu’il partit comme capitaine.
Le cortège, parti de la gare de l’État, comprenait des tambours et clairons voilés de crêpe, une compagnie de fantassins, l’arme sous le bras droit, qui encadraient le cercueil drapé aux couleurs nationales et placé sur une prolonge d’artillerie.
Derrière, venaient la famille, puis M. le général de l’Épée, de nombreux officiers et une foule considérable de nos concitoyens avaient tenu à accompagner la dépouille de ce brave, estimé de tous nos concitoyens.
La cérémonie religieuse s’est faite à l’église Notre-Dame-de-Bon-Port, et l’inhumation à Miséricorde.
Nous offrons nos sincères sentiments de condoléances à la famille du vaillant disparu.

 

Inhumé à Miséricorde le 5 mai 1917
Inscrit sur le monument aux Morts de Nantes

Inscrit sur le monument de Sainte-Anne d’Auray (Doyenné de Nantes)

Hommages publics

Le Populaire de Nantes du 29 mai 1919
Hommage à la mémoire du commandant Boulay

On se souvient que le commandant Boulay, ancien notaire à Nantes, est mort en 1917, des suites d’une blessure reçue à l’ennemi.
Officier ministériel très distingué, homme charmant et très courtois, le défunt fut un véritable héros : il fut engagé volontaire en 1870, ainsi qu’en 1914, malgré son âge. Ses obsèques à Nantes furent suivies par une foule d’amis et de patriotes.
Ce patriote était commandant au 288ème territorial ; il était officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre avec deux citations, et de la médaille de 70-71 avec agrafe.
Après sa mort, un Comité d’amis entreprit de perpétuer l’héroïsme du disparu, mort à l’hôpital de Montauban, des suites de ses blessures. Un médaillon de bronze fut exécuté par le sculpteur de Boishéraud et apposé sur le tombeau du commandant.
Mercredi, à 15 heures, a eu lieu l’inauguration de ce médaillon, devant un nombreux groupes d’amis. Nous notons, autour de la famille Boulay :
MM. Maublanc, président du Comité ; F. Daviaud, vice-président ; Martin, procureur de la République ; Bellamy, maire de Nantes ; Duez, maire de Saint-Sébastien ; le Chef des Services de la Marine ; Olivier, inspecteur général des Haras ; docteur Valentin-Desormeaux, Gautté ; Dupont, receveur municipal ; Ricordeau, commandant Denis, de Boishéraud, plusieurs anciens notaires, plusieurs notaires en exercice, des avoués, des avocats et diverses personnalités.
Le voile qui recouvre le médaillon est enlevé : c’est une très belle œuvre d’art représentant le buste du commandant et portant cette inscription : « Au commandant Boulay ses amis – 1848-1917 ».
Puis M. Maublanc prononce un très beau discours dont voici le résumé :
Un de nos amis voyageait, un jour, dans un wagon rempli de poilus en permission, qui, naturellement, causaient de la guerre et ne ménageaient pas toujours les critiques à leurs officiers. Une protestation s’éleva : « Il y a de mauvais chefs, dit une voix, mais il y en a de bons. Nous avons, nous, un commandant comme il y en a peu et comme je vous en souhaite ; il ne prend aucun repos qu’il n’ait assuré la sécurité et le bien-être de ses hommes ; il nous connait tous, s’intéresse à nous et ceux qui ne reçoivent rien de leur famille peuvent sans crainte s’adresser à lui… Et c’est un brave, qui n’a pas peur pour sa peau !... Ce n’est pas un officier de l’active, on dit que c’est un ancien notaire ». Intrigué, l’ami qui m’a rapporté ce récit pressa le poilu de révéler le nom de ce chef si justement apprécié par ses hommes et il apprit, sans surprise d’ailleurs, que c’était le commandant Boulay !
C’est bien là la récompense que souhaitait Boulay : l’estime et l’affection de ses poilus. Le Bulletin des Armées donne ce conseil à l’officier : « Cherche ta récompense dans les yeux de tes hommes, non pas dans les notes de tes chefs ». Les yeux de ses hommes témoignaient pour Boulay, et bien de ces yeux, j’en suis certain, se sont sentis humides à l’annonce de sa mort.
Sa mort, hélas ! est venue trop tôt ! Elle a devancé la victoire. Quelle confiance, quelle foi, il avait en elle ! Combien il est douloureux de penser qu’à l’heure actuelle nos morts ne sont plus là pour jouir du triomphe que nous leur devons !
Eh bien ! nous, si près de la dépouille mortelle de notre ami, nous adressant à ce qui survit en lui d’immatériel et d’immortel, ne devons-nous pas lui dire :
« Mon commandant, nous les avons ! » Oui, mon vieil ami, c’est la victoire, belle, pure et complète, celle que tu rêvais !
Ces Boches, orgueilleux et insolents, ont capitulé ; ils nous ont livré leurs armes, leurs canons, leurs avions, leurs flottes intactes, leurs forts imprenables. Leur Kaiser, l’élu de Dieu, il a fui, abandonnant honteusement son armée !
Nous avons repris l’Alsace et la Lorraine, Metz et Strasbourg ! Nous sommes sur le Rhin et au-delà du Rhin ! Nous avons vengé nos morts de 70 ; tu as pris ta revanche, toi, vieux combattant du siège de Paris !
Réjouis-toi donc avec nous !
La France a renoué sa glorieuse tradition : c’est notre vieille race qui s’est ressaisie au jour du danger ; c’est le sang de la vieille France, celle des Croisades, celle de la Révolution, qui a fait battre nos cœurs ; c’est ce sang que nous avons répandu à flots sur le champ de bataille.
Honneur à ceux qui, comme toi et avec toi, sont tombés face au ciel, pour la salut de la Patrie, et qui la rendent plus belle et plus glorieuse qu’elle n’a jamais été !
Et maintenant, m’adressant respectueusement à Mme Boulay et à ses enfants, nous la prions d’accepter ce bronze qui perpétuera le souvenir de celui qui n’est plus et qui nous était si cher à tous. C’est le témoignage de notre vive affection pour lui ; c’est aussi et surtout l’hommage dû à un acte héroïque dont le souvenir ne doit pas s’effacer.
M. Boric, gendre de M. Boulay, remercie ensuite en quelques mots, au nom de la famille.
Puis chacun se retire, après ce dernier et touchant hommage rendu à la mémoire de cet ardent patriote, mort pour la défense de son pays.

Le Phare de la Loire du 30 mai 1919
Une cérémonie émouvante
Le 28 mai, à 15 heures, les Amis du commandant Boulay se sont réunis au cimetière Miséricorde devant le caveau familial où repose ce brave, pour procéder à la remise solennelle à la famille du défunt, d’un magnifique médaillon artistique, dû au ciseau du maître sculpteur de Boishéraud.
Une nombreuse assistance avait tenue à apporter par sa présence, en même temps qu’un nouveau témoignage de sympathie à la famille, une dernière preuve d’affection à celui qui fut pour beaucoup le maître vénéré et pour tous ceux qui l’ont approché et connu, un ami sincère et fidèle.
Mme veuve Boulay et ses enfants ont dû éprouver une douce consolation au chagrin profond qui étreint leur cœur, en voyant autour d’eux cette pléiade de personnalités nantaises parmi lesquelles nous avons remarqué M. Bellamy, maire de Nantes ; l’amiral chef de service de la Marine à Nantes ; MM. Martin, procureur de la République ; Ollivier, inspecteur général des Haras ; Dupont, receveur municipal ; Duez, maire de Saint-Sébastien ; docteur Désormeaux, Lefèvre-Utile, Ricordeau, Gautté, Fauconnier, Durand, Durand-Gasselin, Boullenger, Cholet, de Boishéraud, Commandant Denis, etc.
Une délégation de le Société des Médaillés de 1870-71 avec son drapeau cravaté de crêpe, assistait aussi à la cérémonie et parmi ses membres nous avons remarqué MM. Christiani, de Ravaraud, Gautier, Biron, etc.
Au moment où M. Maublanc, président du Comité des « Amis du commandant Boulay », près duquel se tenait M. F. Viaud, ancien notaire, secrétaire du Comité, s’approcha du caveau, le voile noir qui cachait le médaillon tomba et le commandant apparut aux yeux de tous. La ressemblance est frappante et chacun admira l’œuvre du sculpteur qui a su, dans le bronze, faire revivre la figure énergique et douce à la fois du soldat qui, par deux fois, s’est sacrifié pour la France et qui est mort au champ d’honneur avant d’avoir pu voir la réalisation du rêve de victoire qui fut l’espoir de toute sa vie.
En 1870, en effet, M. Boulay n’avait pu rester insensible aux malheurs qui frappaient notre Patrie, il s’était engagé et comme tel avait pris une part des plus actives aux combats du siège de Paris où il fut blessé.
En 1914, malgré ses 67 ans, il ne voulut pas rester spectateur du grand drame qui allait se jouer ; son âme ardente de patriote entrevoyait pour la France la joie de la glorieuse revanche et malgré les oppositions bureaucratiques qu’il rencontra, il réussit à reprendre du service et à rejoindre le front à la tête du 4ème bataillon du 228ème régiment d’infanterie1 territoriale. C’est là qu’en 1917, après trois ans de combats incessants, au milieu de la dure vie des tranchées, il reçut le coup mortel : un obus éclata près de son poste de commandement qui s’écroula, l’ensevelissant sous les décombres ; dégagé, mais blessé gravement, il fut évacué sur l’hôpital de Montauban, où, malgré les soins les plus diligents, il succomba à ses blessures. Une fois de plus, la mort aveugle avait frappé l’un des meilleurs parmi les bons.
C’est ce qu’a fait éloquemment ressortir M. Maublanc dans l’émouvant discours qu’il prononça et dont nous ne pouvons, malheureusement, faute de place, ne donner que des extraits.
« Un de nos amis voyageait, un jour, dans un wagon rempli de poilus en permission, qui, naturellement, causaient de la guerre et ne ménageaient pas toujours les critiques à leurs officiers. Une protestation s’éleva : il y a de mauvais chefs, dit une voix, mais il y en a de bons. Nous avons, nous, un commandant comme il n’y en a peu et comme je vous en souhaite ; il ne prend aucun repos qu’il n’ait assuré la sécurité et le bien-être de ses hommes ; il nous connaît tous, s’intéresse à nous et ceux qui ne reçoivent rien de leur famille peuvent sans crainte s’adresser à lui… Et c’est un brave, qui n’a pas peur pour sa peau !... Ce n’est pas un officier de l’active, on dit que c’est un ancien notaire ». Intrigué, l’ami qui m’a rapporté ce récit pressa le poilu de révéler le nom de ce chef si justement apprécié par ses hommes et il apprit, sans surprise, d’ailleurs, que c’était le commandant Boulay !
C’était bien là la récompense que souhaitait Boulay : l’estime er l’affection de ses poilus. Le Bulletin des Armées donne ce conseil à l’officier : « Cherche ta récompense dans les yeux de tes hommes, non pas dans les notes de tes chefs ». Les yeux de ses hommes témoignaient, pour Boulay, et bien de ces yeux, j’en suis certain, se sont sentis humides à l’annonce de sa mort.
Sa mort, hélas ! est venue trop tôt. Elle a devancé la victoire ! Avec quelle ardeur il la souhaitait, cette victoire. Quelle confiance, quelle foi, il avait en elle ! Combien il est douloureux de penser qu’à leur actuelle, nos morts ne sont plus là pour jouir du triomphe que nous leur devons !
Eh bien ! nous, ici près de la dépouille mortelle de notre ami, nous adressant à ce qui survit en lui d’immatériel et d’immortel, ne devons-nous pas lui dire :
Mon commandant, nous les avons ! ». Oui, mon vieil ami, c’est la victoire, belle, pure et complète, celle que tu rêvais !
Ces Boches, orgueilleux et insolents, ont capitulé ; ils nous ont livré leurs armes, leurs canons, leurs avions, leurs flottes intactes, leurs forts imprenables. Leur Kaiser, l’élu de Dieu, il a fui, abandonnant honteusement son armée !
Nous avons repris l’Alsace et la Lorraine, Metz et Strasbourg ! Nous sommes sur le Rhin et au-delà du Rhin ! Nous avons vengé nos morts de 70 ; tu as pris ta revanche, toi, vieux combattant du siège de Paris !
Réjouis-toi donc avec nous !
La France a renoué sa glorieuse tradition ; c’est notre vieille race qui s’est ressaisie au jour du danger ; c’est le sang de la vieille France, celle des Croisades, celle de la Révolution, qui a fait battre nos cœurs ; c’est ce sang que nous avons répandu à flots sur le champ de bataille.
Honneur à ceux qui, comme toi et avec toi, sont tombés face au ciel, pour le salut de la Patrie, et qui la rendent plus belle et plus glorieuse qu’elle n’a jamais été !
Et maintenant, m’adressant respectueusement à Mme Boulay et à ses enfants, nous la prions d’accepter ce bronze qui perpétuera le souvenir de celui qui n’est plus et qui nous était si cher à tous. C’est le témoignage de notre vive affection pour lui ; c’est aussi et surtout l’hommage dû à un acte héroïque dont le souvenir ne doit pas s’effacer.
Au nom de la famille Boulay, M. Bory, gendre du commandant, remercia le Comité de sa pieuse et touchante pensée, et chacun s’en fut, emportant au cœur le souvenir des grandes leçons qui se dégagent de la vie entière du commandant Boulay, dont la carrière, toute de droiture, d’honnêteté et de bonté, a trouvé son couronnement dans la mort du héros.

Le Conseil municipal de Nantes du 14 novembre 1922 donne son nom à l’ancienne rue Félix-Fournier :
Parmi ceux dont nous vous demandons aujourd’hui de perpétuer la mémoire, il n’est pas un nom plus digne de notre sympathie que celui du Commandant Boulay.
C’est avec une profonde émotion que nous avons pris connaissance des vœux admirablement exprimés par ses anciens collègues de l’École de Droit et de Notariat ; et par les Membres de la Chambre des Notaires, et par tous ses amis, de donner son nom à l’une des rues de Nantes.
Je n’entreprendrai pas de les coter en entier, en donner un extrait serait insuffisant, et d’ailleurs il appartient à l’Administration municipale de nous dire la vie si bien remplie et si patriotiquement sacrifiée du Commandant Boulay.
Toutefois, il est de mon devoir d’associer tout spécialement votre Commission à l’hommage que nous allons rendre à notre vaillant concitoyen et d’exprimer hautement ses sentiments de reconnaissance et d’admiration unis à ceux de toutes la population nantaise.
L’exposé administratif, suivant M. Boulay, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, nous énumère les mérites de l’homme de bien qui devait être l’héroïque soldat.
Il est ainsi conçu :
« Le Comité qui s’était formé pour honorer la mémoire du Commandant Boulay, tué pendant la guerre, nous a demandé de donner son nom à une des voies publiques de la Ville afin de rappeler le souvenir d’une vie toute d’abnégation et de dévouement.
Né à Vay, le 7 mai 1848, fit campagne de 1870-71. Il reprit, après la guerre, ses études de droit interrompues et passa brillamment ses examens de doctorat. Après avoir tenu un office d’avoué près le Tribunal civil de Nantes, il entra dans la carrière notariale à laquelle il consacra 21 années de son existence et fut, à quatre reprises, élevé par ses Collègues à la présidence de leur Chambre de discipline. Au cours de cette longue carrière qui ne suffisait point à absorber toute son activité, il fut choisi comme titulaire, dès sa création, de la chaire pratique notariale à l’École libre de Droit de Nantes et conserva cette chaire à l’École de Notariat lorsque celle-ci fit officiellement organisée et reconnue par l’État en 1905. Pendant près de quarante ans, il s’attacha à donner aux étudiants qui suivirent ses cours un enseignement vivement apprécié de ses élèves.
En même temps, il occupait les fonctions de suppléant à la Justice de Paix du 2ème canton et de Directeur de la Caisse d’Épargne de Nantes.
Ayant cédé son étude en 1905, il se vit attribuer l’honorariat, sur la proposition de la Chambre de Discipline. Mais son activité ne pouvait s’astreindre à un repos cependant bien gagné et de 1900 à 1909 il remplit les fonctions d’Administrateur des Hospices avec la conscience, le zèle et la compétence qu’il apportait à tout.
Officier de réserve, Chevalier de la Légion d’honneur, le chef de bataillon Boulay demanda à reprendre du service malgré ses soixante six ans, lorsqu’éclata la guerre en 1914, et sur son instance, fût nommé commandant de l’un des bataillons d’un régiment de marche qui venait d’être formé, le 288ème territorial.
Blessé une première fois le 17 mai 1916, il refuse de se laisser évacuer ; en 1917, il fait preuve d’une endurance merveilleuse en dissimulant la souffrance que lui causaient ses pieds presque gelés. Enfin, le 15 avril de la même année, un obus éclata sur l’abri qu’il occupait et l’ensevelit ; il en est retiré évanoui, les membres inférieurs criblés d’éclat, et, malgré les soins empressés qui lui sont donnés, il s’éteint le 30 avril à l’hôpital de Montauban. Il avait été l’objet de deux citations, l’une à l’ordre de la Division, l’autre à l’ordre du Corps d’Armée, et nommé Officier de la Légion d’honneur le 29 décembre 1916.
Nous avons estimé que cette noble conduite, après une vie de dévouement dont nos concitoyens ont éprouvé les bienfaits, méritaient mieux qu’un fugitif souvenir. Et pour rappeler aux générations futures l’exemple de l’abnégation et de l’héroïsme dont le commandant Boulay fit preuve à un âge auquel on ne songe ordinairement qu’au repos, nous vous proposons, Messieurs, de donner son nom à la rue Félix-Fournier, qui relie la place du même nom à la rue Royale et qui fut précisément celle où il a habité pendant la majeure partie de sa vie ».

 


Localisation dans le cimetière

plan Miséricorde

Sources

> Archives Municipales de Nantes
Acte de mariage : année 1879, 5ème canton, acte 71 (1 E 1416)
Délibérations du conseil municipal : 14 novembre 1922 (4 BA 51)
A la mémoire des Nantais Morts pour la France, Nantes (1 BA in F° 3)
Les enfants du pays nantais et le XIème corps d’armée, Emile Gabory, Nantes-Paris 1923, page 364 (BG in4° 48)
Les enfants du pays nantais et le XIème corps d’armée, Emile Gabory, Nantes-Paris 1923, pages 125-126 (BG in 4° 49)
Le Phare de la Loire : 6 janvier 1904 La vie à Nantes (22 PRES 100)
Le Phare de la Loire : 9 janvier 1917 Nos Concitoyens à l’honneur (22PRES 125)
Le Phare de la Loire : 3 mai 1917 Convoi funèbre, 5 mai 1917 Mort pour la Patrie et 12 mai 1917 Remerciements (22 PRES 125)
Le Phare de la Loire : 30 mai 1919 Une cérémonie émouvante (22 PRES 129)
Le Populaire : 3 mai 1917 Convoi funèbre ; 5 mai 1917 Les obsèques du commandant Boulay et 12 mai 1917 Remerciements (5 PRES 60)
Le Populaire de Nantes : 29 mai 1919 Hommage à la mémoire du commandant Boulay (5 PRES 64)

© Archives municipales de Nantes - mars 2010