Le public acteur

Malgré les règlements et contraventions fréquentes qui tentent de circonscrire les troubles, le public est un véritable acteur des soirées théâtrales. Au commencement du XIXème siècle, les débuts des acteurs sont jugés aux applaudissements et aux sifflets du public. D'après l'état des condamnations de 1842-1843 et les procès-verbaux de police, jets d'orange, cris et huées, sont monnaie courante.

"Hier au soir le spectacle a été interrompu au moment où l’on venait de lever le rideau pour jouer le Maître de chapelle, troisième et dernière pièce, par les cris multipliés de Le régisseur, Le régisseur ! Rodel ! Rodel ! partis de tous les coins de la salle. Ce tapage a tellement effrayé Mlle Lemoule qui était en scène, qu’elle s’en est trouvée mal."
(2 avril 1830, I1 carton 53 dossier 3)

Le Préfet est amené à plusieurs reprises à fermer provisoirement le théâtre du fait des débordements probables. C'est le cas notamment en juin et septembre 1842, lorsque le public manifeste son mécontentement après la décision de la municipalité de n'accorder aucune subvention numéraire au directeur du théâtre.

Arrêté préfectoral de fermeture provisoire du théâtre, 1842
Pétition des spectateurs contre monsieur Nottin, 1818

On trouve dans les dossiers de la police des théâtres quelques documents relatifs à l'affaire du spectateur Nottin qui, en 1818, se plaint d'avoir failli être jetté du haut des premières loges... avant qu'une pétition de spectateurs ne vienne l'accuser d'être lui-même le fauteur de troubles.

Le public envoie de temps à autres des lettres de chantage au maire ou au directeur du Grand Théâtre. Ainsi vers 1825, un billet menace la femme du directeur : "lorsque madame Bousigues voudra faire le coup de poing elle aura la bonté de mieux choisir son temps, nous la prévenons que cinquante sifflets l'attendent à sa première entrée en scène. Les abonnés."


Affiche contre une pièce de théâtre, 1905, 2 R 673

Quelques troubles à consonnance politique sont mentionnés dans les archives de la police des théâtres (I1 carton 53 dossier 3).

"Un groupe séditieux [...] s'est fait remarquer au parterre du Grand Théâtre le 4 de ce mois par l'insigne irrévérence envers son A.M. monseigneur le duc d'Angoulême qui honorait de sa présence le spectacle de ce dit jour".
"À l’endroit de la pièce intitulée La Jeunesse d’Henry V, lorsque le capitaine Cook dit "Dieu sauve le Roi et la famille royale", deux ou trois sifflets sont partis du parterre, mais ils ont sur le champ été couverts par les applaudissements partis de toute la salle". (25 mars 1822)

À la suite de quoi les officiers de garnison qui se trouvaient dans la salle de théâtre menacent d'interdire l'abonnement à leurs hommes.

Néanmoins, la plupart des procès-verbaux font mention d'avertissements plus que d'amendes. Lorsqu'elles sont prononcées, ces dernières s'échelonnent de un à quinze francs, en fonction du "degré" de trouble et de la récidive du fautif. Les condamnations prononcées en 1842-1843 font état d'un jour de prison pour un étudiant perturbateur. En 1791, des peines d'interdiction de la salle de théâtre allant de un à trois ans ont été prononcées.

Notons qu'en 1929, l'édition du Larousse du XXème siècle remarque qu'"il paraît raisonnable d’admettre que le public peut aussi bien siffler qu’applaudir et ce droit ne pourrait être refusé que si l’exercice en devenait une cause de désordre"...

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