La première de Lohengrin le 22 février 1891

Portrait de Richard Wagner - Wikipedia

Lohengrin, opéra de Richard Wagner d'un style nouveau et étrange pour l'époque, est créé pour la première fois à Weimar sous la direction de Franz Liszt. La seconde représentation n'a lieu que onze ans plus tard à Vienne. La première représentation intégrale de l'œuvre a lieu à Paris en 1887, mais les troubles qui s'ensuivent découragent un temps les directeurs de théâtre. Une nouvelle tentative est faite à Nantes en 1891.

Le Populaire, 21 février 1891, 5 PRES 8.
Nous avons assisté, hier soir, avec un certain nombre de privilégiés à la répétition générale de Lohengrin. Nous ne voulons point déflorer l’œuvre de Wagner avant qu’elle ait été jouée devant le grand public ; aussi nous contenterons-nous seulement de dire que la pièce est au point, que les artistes connaissent parfaitement leurs rôles, que les chœurs sont bons et que l’orchestre surtout est en pleine possession de son sujet.
L’Union bretonne,
23 et 24 février 1891, 6 PRES 65
La première représentation de Lohengrin a eu lieu, samedi soir, devant une salle archi comble. Pas une place à prendre, même aux quatrièmes galeries, qui étaient littéralement bondées. […] La vérité, c’est que les choristes ont été bien faibles même dans le chœur pourtant si connu des Fiançailles, dont la forme un peu italienne et très mélodique n’offre, cependant, aucune difficulté sérieuse. […] Cette observation faite, et en réservant notre jugement sur la basse, M. Athès, qui était probablement fatigué, nous n’avons que des éloges à adresser aux chanteurs, aux musiciens de l’orchestre et à leur chef. […] M. Bucognani a été fort remarquable dans le personnage de Lohengrin. Sa voix mordante et juste se meut avec une facilité sans parille au milieu des modulations ardues et difficiles de ce rôle écrasant, qui semble fait pour lui.
Le Progrès, 23 février 1891, 8 PRES 20
Pas un cri hostile, pas un coup de sifflet réprobateur. Le public était plutôt bienveillant qu’hostile. Il a écouté avec intérêt, et a applaudi, sans emballement, les passages saillants de la musique et le talent des interprètes. Il a crié bis après le grand ensemble qui précède le duel, au premier acte. La marche nuptiale méritait les mêmes honneurs, et elle les aurait sans doute eus, si le morceau n’était déjà connu et très connu, à Nantes. Ce n’était plus une primeur. […] Une seule chose nous a choqué hier, ce sont les appels des trompettes avec leur discordance voulu. Il nous a semblé entendre les trompettes des Prussiens pendant la guerre de 1870.
Le Phare de la Loire, 21 février 1891, 22 PRES 74
Le Phare de la Loire,23 février 1891, 22 PRES 74
La « bataille de Lohengrin » renouvelée de la « bataille d’Hernani » qu’on nous promettait depuis quatre mois, depuis le jour où M. Morvand avait annoncé son intention de monter l’opéra de Richard Wagner, n’a pas eu lieu : la victoire est venue sans coup férir. […] Au dernier tableau, on a ri, en voyant apparaître quelques costumes d’une fantaisie un peu excessive [...] ; des bravos à ne savoir qu’en faire. Trop de bravos pourrions-nous dire, puisque des salves, arrivant au beau milieu d’un acte, nous ont fait perdre parfois de jolies choses. Le public, en effet, gâté par l’opéra vieux style, habitué à applaudir à la fin des airs de bravoure, à la dernière note des cavatines aux éclats de voix des chansons à boire a voulu en user de même à Lohengrin, sans songer qu’il était impossible à l’orchestre de s’arrêter au cours d’un acte sans donner une forte entorse à la pensée du maître. […] La salle était admirablement garnie ; la recette a atteint trois mille francs. Un de nos confrères de la presse parisienne, M. Georges Bertall et notre compatriote, le compositeur Frédéric Toulmouche, assistaient à la représentation.

On ne saurait parler des œuvres de Wagner jouées au Grand Théâtre de Nantes sans dire quelques mots sur Etienne Destranges (1863-1915). Musicographe nantais, mécène, il fut, pour reprendre les mots de Marcel Courtonne, "l'animateur infatiguable de l'art lyrique et de la musique à Nantes". Premier nantais à se rendre à Bayreuth, c'est notamment à lui que revient le mérite d’avoir incité le directeur Morvand à tenter l'expérience de Lohengrin et des œuvres du compositeur allemand, mais aussi d'avoir diffusé les oeuvres de César Franck, Claude Debussy, etc. Il dirigea deux revues artistiques, Nantes lyrique et L’Ouest artiste, et publia l'ouvrage très complet Le Théâtre à Nantes, depuis ses origines jusqu’à nos jours (1430-1901), paru en 1893 puis réédité et complété en 1902.

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