Ravitaillement     Rationnement et approvisionnement équitable     Mesures contre le chômage
Une fois la guerre déclarée, Nantes s’organise et adapte ses structures et ses institutions. La ville, qui n’est pas sur le front, soutient l’effort de guerre et son économie s’en trouve bouleversée.

Les chantiers navals se reconvertissent en usines d’armement, jusqu’en 1916 les fonderies de cuivre produisent de la fonte, les tanneries et les corroieries sont réquisitionnées ainsi que de nombreux bâtiments pour les cantonnements de troupes, les hôpitaux militaires et les réfugiés.

Les industries alimentaires éprouvent de grandes difficultés à s’approvisionner, leurs stocks étant pour une large part achetés par l’armée. Ainsi on constate que les importations représentent 5 fois plus que les exportations notamment pour les céréales et le sucre.

Malgré l’intervention des autorités sur les prix des denrées et le zèle humaniste du maire Paul Bellamy, il n’est pas possible d’empêcher la flambée des prix qui augmentent de 68% de 1914 à 1916. Les salaires ne suivent pas de façon proportionnelle et la mairie doit prendre des mesures : il faut faciliter le ravitaillement en contrôlant l’économie mais aussi prendre des mesures de rationnement pour économiser les denrées et les sources d’énergie comme le charbon.
 
 
Ravitaillement

Initiées par la Mairie ou par le gouvernement, les nombreuses mesures économiques prises pour permettre un approvisionnement normal de la population expriment la volonté des autorités de ne pas figer la vie économique des nantais dans une résignation à la pauvreté.

Dès le 5 août 1914, après demande de Bellamy, le commandant de la XIème région autorise la municipalité à taxer les denrées de première nécessité. Le lendemain, la ville de Nantes redoutant l’inflation, décide l’achat d’un stock de farine (431.900 kg) dont la plus grande partie est entreposée au théâtre Graslin et à l’Ecole des Beaux-Arts.
Toutes les denrées sont concernées et la Mairie passe un contrat avec une entreprise de sel pour une livraison bimensuelle de 120 tonnes. On décide de vendre les volailles dans les poissonneries et 60 000 sont vendues pendant les 3 premiers mois de la guerre. La Mairie achète 3000 douzaines d’œufs et construit 8 bassins pour leur conservation.
Malgré ces interventions économiques, les prix continuent de croître et le 27 décembre 1915 la municipalité crée une commission contre la « vie chère » chargée de coordonner les actions contre la flambée des prix.
Puis se pose le problème des viandes. La Mairie en fixe les prix en 1916 et le 14 avril 1917, un arrêté préfectoral instaure 2 jours sans viande par semaine. Finalement la taxe de la viande fût supprimée le 26 avril 1917 car elle nuisait aux commerçants plus qu’elle ne rendait service à la population.
Assurer un approvisionnement équitable de l’énergie devient aussi indispensable que faciliter le ravitaillement. C’est ainsi que la municipalité se procure 6000 tonnes de combustibles en septembre 1916 et en juin de l’année suivante, elle décide d’acquérir un navire pour importer du charbon d’Angleterre et passe un accord commercial pour l’achat de ce charbon.
Nantes ne contente pas d’appliquer les lois et les décrets émanant des autorités supérieures. Elle prend les devants et multiplie les initiatives. Mais l’action économique ne suffit pas et il faut agir parallèlement sur les modes de consommation des habitants : le rationnement est indispensable pour un approvisionnement équitable.

 
     
   

abréviations

MO1 : La municipalité et son œuvre depuis la mobilisation jusqu’au 31 décembre 1914 1 BA br 2440
MO2 : La municipalité et son œuvre depuis la mobilisation jusqu’en décembre 1915 H4 C15 D2
MO3 : La municipalité et son œuvre du 2 août 1914 au 2 août 1916 H4 C15 D2
MO4 : La municipalité et son œuvre pendant la guerre 1 BA in 8° 28BM : Bulletins municipaux.

- 1 BA in 8° 18 : délibérations des conseils municipaux, décisions, 1 volume par année.
- MO1, MO4.
- BM 1916, 1917, 1918.
- F6 C20 D1 : mesures économiques prises par le maire (1914).
- F6 C20 D2 : documents sur les prix, restrictions, approvisionnement, (rapports, statistiques, coupures de presse, affiches) (1914-1922).
- F6 C20 D4 à D8 : ravitaillement, approvisionnement,…(1914-1920)
- F6 C21 : réglementations sur les viandes (1914-1920, sauf D6 et D7).
- F6 C22a : mesures et correspondances concernant les boulangeries (1914-1919).
- F6 C22b : mesures sur les céréales, le pain et les boulangeries (1915-1919).
- F6 C23 : cartes d’alimentation, affiches (1917-1921).
- F6 C24a : sucre (achat, taxes, prix), beurre, œufs (1914-1920).
- F6 C24b : denrées et produits divers (tabac,…) (1914-1921).
- F6 C25 : charbon (1848-1920).
- F6 C26 : sources d’énergie (charbon, essence, pétrole), exploitation d’une tourbe (1911-1918).

- H4 C10 : vivres, transports (1913-1918).
- H4 C15 D1 : sucre (1916).
- H4 C16b (1914-1921) D2 : reçus, factures.
- H4 C18 D5 : chauffage, éclairage (1914-1917).

 
 

Rationnement et approvisionnement équitable

La première mesure de rationnement est mise en place le 10 février 1917 et concerne tout le département de la Loire-Inférieure : la carte de sucre.

 
               
                 
       
Elle est individuelle et offre la possibilité à tout le monde d’obtenir du sucre et empêche les plus riches d’en stocker trop au détriment des plus démunis. Quelques mois plus tard, le 29 novembre, le carnet de famille est instauré à l’échelle nationale. Il inclut la carte de sucre ainsi que la carte de charbon crée en même temps. La nouveauté réside dans son application non plus individuelle mais collective.
     
                 
La guerre sous-marine lancée en 1917 par les Allemands rend difficile le débarquement des vivres et autres produits. Le pain doit à son tour faire l’objet d’un contrôle de la part des autorités. Le maire de Nantes s’oppose à la carte de pain conseillée par le gouvernement en novembre 1917 car il juge qu’elle sera la cause d’injustices de par son caractère arbitraire. Il fait appel au civisme des habitants et leur demande l’auto rationnement.
   
La carte de pain devient obligatoire le 1er mai 1918 et Paul BELLAMY doit s’y plier. Le préfet décide également la création d’un Office Communal du Pain, se réunissant toutes les semaines et statuant au cas par cas sur les demandes de personnes désirant une ration de pain plus conséquente.
     
  Le maire demande aussi d’économiser les énergies et notamment le charbon. Il organise même un concours d’auto-cuiseurs en 1917, le gagnant étant celui qui consomme le moins de charbon.  
     
Toujours fidèle à sa politique communale de répartition égalitaire, le maire encourage les sociétés coopératives comme les restaurants municipaux. Dès le début du conflit, 2 restaurants sont crées en plus des 11 déjà existants. Ils ont 2 fonctions principales :
- aider les personnes immédiatement dans le besoin comme par exemple les familles de mobilisés qui voient leur seule « source de revenus » partir au front.
- modérer le prix des denrées en attirant une clientèle nombreuse. Les commerçants voyant leurs ventes baisser devront alors baisser leurs prix.
Les restaurants sont destinés principalement aux chômeurs, aux familles de mobilisés et aux réfugiés nombreux. Du 2 août au 31 décembre 1914, ils servent 1 205 000 repas gratuits et 88 000 repas payants. Les années suivantes sont répertoriées dans ce tableau :
     
      - MO1, MO4 : restaurants municipaux, cartes d’alimentation.
- 1 BA in 8° 18 : délibérations sur les restaurants municipaux et carnets de famille.
- BM 1914, 1915, 1916, 1917, 1917, 1918.
- F6 C20 D2 : cartes de pain et de charbon (1914-1922).
- F6 C20 D9 : concours d’auto-cuiseurs (1917).
- F6 C22 D3 : carnet de pain, carnet de récolte (1915-1920).
- F6 C22 D4 : cartes et tickets de pain (1917-1918).
- F6 C22 D6 : Office communale du pain (1918).
- F6 C23 D1 à D3 : cartes d’alimentation, affiches (1917-1921).
- F6 C24 D1 : répartition des sucres et carnets de sucre (1914-1920).
- F6 C24 D3 : carnet de sucre (1917-1918).
- F6 C25 D4 : carte de charbon (1916-1920).
- F6 C26 D1 : carte de charbon (1911-1920).
- F6 C26 D8, D9 : essence, pétrole (1916-1918).
- H4 C15 D1 : 3 types de carnets de sucre.
- H4 C16a D3 : bons de pain (livre relié).
- H4 C18 D5 : chauffage et éclairage (1914-1917).
   
 
Mesures contre le chômage

L’office de placement ou Bureau de placement existe avant la guerre (loi du 14 mars 1904). Une circulaire reprécise son rôle et son fonctionnement le 20 décembre 1915 et conseille l’instauration d’une commission paritaire de contrôle composée d’autant de patrons que d’ouvriers et d’un président qui ne soit ni l’un ni l’autre.
Par arrêté, le 15 février 1916, la commission est constituée avec d’un côté les 3 patrons dont le président de la chambre de commerce Mr CORMERAIS et de l’autre les 3 ouvriers dont Mr PAON, vice-président du conseil des Prud’hommes. Le président de la commission est désigné comme étant Mr SCHLOESSINGER, vétéran de la guerre.
L’action de l’office de placement n’est pas inefficace puisqu’elle permet l’embauche de 36.947 personnes hommes et femmes confondus jusqu’en 1919

 
     
                   
       
Demandes d'emplois enregistrées par l'Office jusqu'en 1919
     
femmes       hommes
sources : La municipalité et son oeuvre pendant la guerre, 1 BA in 8°28
Placements effectués par l'Office jusqu'en 1919

La mobilisation de la plupart des actifs entraîne inévitablement un déficit d’emplois y compris à la mairie nantaise. Cette dernière lutte âprement, par le biais d’une volumineuse correspondance, contre la mobilisation d’employés clés de la ville comme les boulangers par exemple. Le maire demande aussi des sursis pour certains employés municipaux dont le rôle et la compétence sont vitaux pour le fonctionnement de la mairie qui accuse des difficultés croissantes. L’exemple de Mr Ledoeil, chef de plusieurs services, est caractéristique. Bellamy doit multiplier les courriers au préfet et au ministre de l’intérieur qui doivent intercéder auprès du ministre de la guerre pour obtenir des sursis à ce salarié indispensable.

 
         
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Pour lutter contre le chômage, le maire veut montrer l’exemple aux employeurs. La municipalité décide de fixer un salaire uniforme pour tout le personnel de la mairie sans prendre en compte son niveau de qualification ni le service auquel la personne est employée. Des équipes qui se relaient permet l’embauche de plus de gens. Le montant du salaire commun à tous est définit comme le plus proche du minimum vital.

 

        - MO1, MO4.
- 1 BA in 8° 18 : délibérations, office de placement.
- BM 1914, 1915, 1916, 1917, 1918.
- K2 Personnel mobilisé : mobilisés, tués, blessés, disparus.
- K2 Personnel, demandes : sursis, indemnités.