Nantes, ville de l'arrière
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Économies de guerre et économies

Une fois la guerre déclarée, Nantes s’organise et adapte ses structures et ses institutions. La ville, qui n’est pas sur le front, soutient l’effort de guerre et son économie s’en trouve bouleversée.

Les chantiers navals se reconvertissent en usines d’armement, jusqu’en 1916 les fonderies de cuivre produisent de la fonte, les tanneries et les corroieries sont réquisitionnées ainsi que de nombreux bâtiments pour les cantonnements de troupes, les hôpitaux militaires et les réfugiés.

Les industries alimentaires éprouvent de grandes difficultés à s’approvisionner, leurs stocks étant pour une large part achetés par l’armée. Ainsi on constate que les importations représentent 5 fois plus que les exportations notamment pour les céréales et le sucre.

Malgré l’intervention des autorités sur les prix des denrées et le zèle humaniste du maire Paul Bellamy, il n’est pas possible d’empêcher la flambée des prix qui augmentent de 68% de 1914 à 1916. Les salaires ne suivent pas de façon proportionnelle et la mairie doit prendre des mesures : il faut faciliter le ravitaillement en contrôlant l’économie mais aussi prendre des mesures de rationnement pour économiser les denrées et les sources d’énergie comme le charbon.

Ravitaillement

Initiées par la Mairie ou par le gouvernement, les nombreuses mesures économiques prises pour permettre un approvisionnement normal de la population expriment la volonté des autorités de ne pas figer la vie économique des nantais dans une résignation à la pauvreté.

Dès le 5 août 1914, après demande de Bellamy, le commandant de la XIème région autorise la municipalité à taxer les denrées de première nécessité. Le lendemain, la ville de Nantes redoutant l’inflation, décide l’achat d’un stock de farine (431.900 kg) dont la plus grande partie est entreposée au théâtre Graslin et à l’Ecole des Beaux-Arts.
Toutes les denrées sont concernées et la Mairie passe un contrat avec une entreprise de sel pour une livraison bimensuelle de 120 tonnes. On décide de vendre les volailles dans les poissonneries et 60 000 sont vendues pendant les 3 premiers mois de la guerre. La Mairie achète 3000 douzaines d’œufs et construit 8 bassins pour leur conservation.
Malgré ces interventions économiques, les prix continuent de croître et le 27 décembre 1915 la municipalité crée une commission contre la « vie chère » chargée de coordonner les actions contre la flambée des prix.
Puis se pose le problème des viandes. La Mairie en fixe les prix en 1916 et le 14 avril 1917, un arrêté préfectoral instaure 2 jours sans viande par semaine. Finalement la taxe de la viande fût supprimée le 26 avril 1917 car elle nuisait aux commerçants plus qu’elle ne rendait service à la population.
Assurer un approvisionnement équitable de l’énergie devient aussi indispensable que faciliter le ravitaillement. C’est ainsi que la municipalité se procure 6000 tonnes de combustibles en septembre 1916 et en juin de l’année suivante, elle décide d’acquérir un navire pour importer du charbon d’Angleterre et passe un accord commercial pour l’achat de ce charbon.
Nantes ne contente pas d’appliquer les lois et les décrets émanant des autorités supérieures. Elle prend les devants et multiplie les initiatives. Mais l’action économique ne suffit pas et il faut agir parallèlement sur les modes de consommation des habitants : le rationnement est indispensable pour un approvisionnement équitable.

abréviations

MO1 : La municipalité et son œuvre depuis la mobilisation jusqu’au 31 décembre 1914 1 BA br 2440
MO2 : La municipalité et son œuvre depuis la mobilisation jusqu’en décembre 1915 H4 C15 D2
MO3 : La municipalité et son œuvre du 2 août 1914 au 2 août 1916 H4 C15 D2
MO4 : La municipalité et son œuvre pendant la guerre 1 BA in 8° 28BM : Bulletins municipaux.

- 1 BA in 8° 18 : délibérations des conseils municipaux, décisions, 1 volume par année.
- MO1, MO4.
- BM 1916, 1917, 1918.
- F6 C20 D1 : mesures économiques prises par le maire (1914).
- F6 C20 D2 : documents sur les prix, restrictions, approvisionnement, (rapports, statistiques, coupures de presse, affiches) (1914-1922).
- F6 C20 D4 à D8 : ravitaillement, approvisionnement,…(1914-1920)
- F6 C21 : réglementations sur les viandes (1914-1920, sauf D6 et D7).
- F6 C22a : mesures et correspondances concernant les boulangeries (1914-1919).
- F6 C22b : mesures sur les céréales, le pain et les boulangeries (1915-1919).
- F6 C23 : cartes d’alimentation, affiches (1917-1921).
- F6 C24a : sucre (achat, taxes, prix), beurre, œufs (1914-1920).
- F6 C24b : denrées et produits divers (tabac,…) (1914-1921).
- F6 C25 : charbon (1848-1920).
- F6 C26 : sources d’énergie (charbon, essence, pétrole), exploitation d’une tourbe (1911-1918).

- H4 C10 : vivres, transports (1913-1918).
- H4 C15 D1 : sucre (1916).
- H4 C16b (1914-1921) D2 : reçus, factures.
- H4 C18 D5 : chauffage, éclairage (1914-1917)

 

Rationnement et appovisionnement équitable

La première mesure de rationnement est mise en place le 10 février 1917 et concerne tout le département de la Loire-Inférieure : la carte de sucre. Elle est individuelle et offre la possibilité à tout le monde d’obtenir du sucre et empêche les plus riches d’en stocker trop au détriment des plus démunis. Quelques mois plus tard, le 29 novembre, le carnet de famille est instauré à l’échelle nationale. Il inclut la carte de sucre ainsi que la carte de charbon crée en même temps. La nouveauté réside dans son application non plus individuelle mais collective.
La guerre sous-marine lancée en 1917 par les Allemands rend difficile le débarquement des vivres et autres produits. Le pain doit à son tour faire l’objet d’un contrôle de la part des autorités. Le maire de Nantes s’oppose à la carte de pain conseillée par le gouvernement en novembre 1917 car il juge qu’elle sera la cause d’injustices de par son caractère arbitraire. Il fait appel au civisme des habitants et leur demande l’auto rationnement.


La carte de pain devient obligatoire le 1er mai 1918 et Paul BELLAMY doit s’y plier. Le préfet décide également la création d’un Office Communal du Pain, se réunissant toutes les semaines et statuant au cas par cas sur les demandes de personnes désirant une ration de pain plus conséquente.


Le maire demande aussi d’économiser les énergies et notamment le charbon. Il organise même un concours d’auto-cuiseurs en 1917, le gagnant étant celui qui consomme le moins de charbon.

 


Toujours fidèle à sa politique communale de répartition égalitaire, le maire encourage les sociétés coopératives comme les restaurants municipaux. Dès le début du conflit, 2 restaurants sont crées en plus des 11 déjà existants. Ils ont 2 fonctions principales :

Les restaurants sont destinés principalement aux chômeurs, aux familles de mobilisés et aux réfugiés nombreux. Du 2 août au 31 décembre 1914, ils servent 1 205 000 repas gratuits et 88 000 repas payants. Les années suivantes sont répertoriées dans ce tableau :

Année 1915 1916 1917 1918 1919 Total
Repas gratuits 142.800 169.220 0 0 0 312.020
Repas payants 332.300 475.200 388.570 396.870 267.594 1.860.534
Total 475.100 645.120 388.570 396.870 267.594 2.173.254

 

MO1, MO4 : restaurants municipaux, cartes d’alimentation.
1 BA in 8° 18 : délibérations sur les restaurants municipaux et carnets de famille.
BM  1914, 1915, 1916, 1917, 1917, 1918.
F6    C20    D2 : cartes de pain et de charbon (1914-1922).
D9 : concours d’auto-cuiseurs (1917).
C22    D3 : carnet de pain, carnet de récolte (1915-1920).
D4 : cartes et tickets de pain (1917-1918).
D6 : Office communale du pain (1918).
C23    D1 à D3 : cartes d’alimentation, affiches (1917-1921).
C24     D1 : répartition des sucres et carnets de sucre (1914-1920).
D3 : carnet de sucre (1917-1918).
C25     D4 : carte de charbon (1916-1920).
C26     D1 : carte de charbon (1911-1920).
D8, D9 : essence, pétrole (1916-1918).
-     H4   C15     D1 : 3 types de carnets de sucre.
C16a    D3 : bons de pain (livre relié).
C18     D5 : chauffage et éclairage (1914-1917).

 

Mesures contre le chômage

L’office de placement ou Bureau de placement existe avant la guerre (loi du 14 mars 1904). Une circulaire reprécise son rôle et son fonctionnement le 20 décembre 1915 et conseille l’instauration d’une commission paritaire de contrôle composée d’autant de patrons que d’ouvriers et d’un président qui ne soit ni l’un ni l’autre.
Par arrêté, le 15 février 1916, la commission est constituée avec d’un côté les 3 patrons dont le président de la chambre de commerce Mr CORMERAIS et de l’autre les 3 ouvriers dont Mr PAON, vice-président du conseil des Prud’hommes. Le président de la commission est désigné comme étant Mr SCHLOESSINGER, vétéran de la guerre.
L’action de l’office de placement n’est pas inefficace puisqu’elle permet l’embauche de 36 947 personnes hommes et femmes confondus jusqu’en 1919
.

La mobilisation de la plupart des actifs entraîne inévitablement un déficit d’emplois y compris à la mairie nantaise. Cette dernière lutte âprement, par le biais d’une volumineuse correspondance, contre la mobilisation d’employés clés de la ville comme les boulangers par exemple. Le maire demande aussi des sursis pour certains employés municipaux dont le rôle et la compétence sont vitaux pour le fonctionnement de la mairie qui accuse des difficultés croissantes. L’exemple de Mr LEDOEIL, chef de plusieurs services, est caractéristique. BELLAMY doit multiplier les courriers au préfet et au ministre de l’intérieur qui doivent intercéder auprès du ministre de la guerre pour obtenir des sursis à ce salarié indispensable.
Pour lutter contre le chômage, le maire veut montrer l’exemple aux employeurs. La municipalité décide de fixer un salaire uniforme pour tout le personnel de la mairie sans prendre en compte son niveau de qualification ni le service auquel la personne est employée. Des équipes qui se relaient permet l’embauche de plus de gens. Le montant du salaire commun à tous est définit comme le plus proche du minimum vital.

- MO1, MO4.
- 1 BA in 8° 18 : délibérations, office de placement.
- BM 1914, 1915, 1916, 1917, 1918.
- K2 Personnel mobilisé : mobilisés, tués, blessés, disparus.
- K2 Personnel, demandes : sursis, indemnités.

 

Solidarités

L’action municipale vise à gérer la situation économique de Nantes dans le but d’améliorer le quotidien des habitants. Voilà pourquoi il apparaît au maire comme au conseil municipal que l’Union Sacrée entraîne nécessairement une assistance et une aide envers non seulement les Nantais mais aussi en direction des autres citoyens. En effet, que ce soit à l’échelle nationale ou locale, qu’elle soit en direction du front et de ses soldats ou en faveur des populations de l’arrière, Nantes avec Bellamy à sa tête multiplie les actions de contribution à l’effort de guerre. Les habitants sont mis à contribution et participent eux aussi aux souscriptions locales et/ou nationales selon leurs revenus. La solidarité fonde l’union et l’union doit mener vers la victoire.

Emprunt National et souscriptions nantaises

Par quelles méthodes les autorités récoltent-elles des moyens financiers pour soutenir l’armée et donc la victoire ?
Pour augmenter ses revenus et ainsi la puissance de son armée pendant la guerre, l’Etat a recourt à 3 types de crédit :

   - avances immédiates des banques nationales qui peuvent également émettre des billets n’ayant pas leur équivalent en or (chose interdite normalement car cela déstabilise l’économie).
   - placement de titres à court terme dans le public ou dans le privé : les bons.
   - emprunts à long terme.

En France, l’émission de bons du trésor est le moyen qui lui assure les ressources financières les plus importantes (50 milliards de francs pendant la durée du conflit selon Alain Plessis). Chose nouvelle, ils sont proposés au public sous le nom de « bons de la défense nationale » par le ministre des finances RIBOT.
Le 16 novembre 1915, le premier emprunt à long terme est lancé sous le nom d’ « emprunt national » à grand renfort de publicité. Quatre autres suivront pendant le conflit et après comme celui de 1919 prenant le nom d’ « emprunt pour la paix ». Mais ce moyen de crédit n’est pas aussi efficace et aussi rentable que les bons du Trésor car il présente un taux d’intérêt très élevé : 5,7%. Sans compter celui de 1919, les quatres emprunts ne rapportent que 24 milliards de francs c’est à dire la moitié de la somme récolté grâce aux bons du Trésor.
La mairie de Nantes s’organise pour y participer. Elle délaisse par exemple un crédit important destiné à la reconstruction du théâtre de la Renaissance (incendié en 1912) au profit de l’emprunt national.
Pour ce qui est de l’aide aux soldats ou aux œuvres de guerre en général, les Nantais et les différents organismes participent en fonction de leurs revenus dans un but de solidarité. La solidarité est d’autant plus forte que les populations ne participant pas de façon directe ressentent une certaine honte à ne pas participer aux combats et aux rudes conditions de vie du front. Les contributions de Nantes et de ses habitants sont nombreuses et l’on peut distinguer quatre types :
   - Aide aux régions envahies : Saint-Mihiel.
   - Aide aux soldats.
   - Aide aux familles des mobilisés.
   - Soutient aux réfugiés

- 1 BA in 8° 18 : délibérations sur la réorganisation des dépenses pour participer à l’emprunt.
- MO4.
- H4 C2 : 28 carnets de souscription, ramassage des marrons, registre de souscripteurs, … (1910-1921).
- H4 C3a : souscriptions,… (1914-1921).
- H4 C3b : colis aux prisonniers, trésorerie des souscriptions, … (1914-1921).
- H4 C4a : séances des conseils, demandes de crédits (1914-1920)
- H4 C4b : commission de contrôle des souscriptions, œuvres et hôpitaux (1914-1921).
- H4 C16a D2 : dépenses de novembre 14 à juillet 1921.

 

Saint-Mihiel

Saint-Mihiel est une ville du département de la Meuse. Située en Lorraine, elle symbolise le joug allemand et la volonté de revanche sur l’Alsace-Lorraine. Les Allemands s’emparent de la ville le 25 septembre 1914 : la vallée de la Meuse est inutilisable pour les communications des Français en direction de Verdun. La ville subit l’occupation allemande pendant 4 ans puis le 12 et 13 septembre 1918 c’est la délivrance : le Général Pershing, à la tête des troupes américaines soutenues par l’armée française, s’empare de Saint-Mihiel.
Le Petit Journal propose dans un article l’adoption d’une ville envahie puis libérée, c’est à dire une aide à la reconstruction. Avec Lyon, Nantes répond favorablement au journal parisien dans le numéro du 27 juin 1917. D’après Paul BELLAMY et son conseil municipal, la mairie de Nantes avait déjà formulé le projet d’une adoption en 1915.


Après un échange de télégrammes entre les deux maires, le conseil municipal se réunit en séance extraordinaire le 20 septembre 1918 et décide à l’unanimité l’adoption de la ville lorraine. Grâce à la souscription des Nantais qui dure 5 jours, la mairie participant à hauteur de 10 000 francs, Nantes et ses habitants font un premier chèque de 60 000 francs. Ce dernier est remis au maire de Saint-Mihiel, le docteur Albert THIERY, lors de la visite de BELLAMY dans la ville dévastée le 24 septembre 1918.
Des offrandes diverses sont envoyées aux Sammiellois comme l’envoi de conserves de poisson sur la demande du docteur THIERY ou encore des objets de lingerie confectionnés par l’école de la rue du Boccage
Le 30 décembre 1918, un nouveau pont nantais est nommé « pont de Saint-Mihiel » après vote du conseil municipal. En août de l’année suivante, le maire sammiellois est reçu à Nantes et le 3 avril 1921 la cité lorraine reçoit de MAGINOT la croix de guerre en présence de BELLAMY.

Télégramme du Général Pershing répondant aux félicitations du maire après la prise de Saint-Mihiel :
« A Monsieur le maire de la ville de Nantes,
Je vous prie de bien vouloir transmettre aux citoyens de Nantes les sincères remerciements de la première armée américaine pour leur cordial télégramme et je vous adresse l’expression de nos meilleurs vœux pour leur prospérité. Maintenant les alliés sont en marche vers la victoire. »

24 septembre 1918, H4 C20 D1

- 1 BA in 8° 18 : délibérations de 1918 avec le contenu de la séance du 20 septembre.
- BM : aide aux régions envahies.
- H4 C17b D11 : dossier sur l’adoption de Saint-Mihiel (1918-1920).
- H4 C20 D1 : adoption de Saint-Mihiel.

 

Aide aux soldats

Les solidarités se développent pendant la guerre et sont pour beaucoup dirigées vers les soldats du front ou de l’arrière. Cette assistance prend des formes diverses et variées. Il y a celles qui apportent une aide directe aux combattants de passage ou définitivement écartés du front qui, en tous cas, séjournent à Nantes :
  - foyer du soldat : créé en mars 1916 au 4 rue du Royale, il est réalisé par la mairie qui désire proposer aux soldats présents dans la ville un lieu de convivialité pour se retrouver entre eux. Les locaux sont d’anciens ateliers de forge et de carrosserie réquisitionnés par l’autorité militaire.
  - école municipale de rééducation des mutilés : fondée en septembre 1916, elle forme des jeunes gens mutilés pour leur permettre d’exercer un autre métier adapté à leur handicap. 14 professions y sont enseignées (cordonnier, sabotier, tailleur,…).
  - école agricole : sa création est décidée le 16 septembre 1919 en conseil municipal. Elle est destinée aux blessés de la poitrine ne pouvant travailler en ville car risquant la tuberculose. Il faut donc les envoyer à la campagne où l’air est pur. On leur enseigne des métiers ne nécessitant qu’un effort restreint.
D’initiative locale ou nationale, des journées sont organisées pour soutenir les poilus par la récolte de dons. Elles sont nombreuses et en voici quelques-unes des plus importantes :

  - Journée des nantais au front : organisée le 18 avril 1915 et le 14 juillet par la mairie.
  - Journée du poilu : initiative nationale, lancée le 25 et 26 décembre 1915.
  - Journée du 75 : organisée le 28 février 1915, elle est la journée qui a le plus de succès et permet la récolte d’environ 19000 francs.
  - Journée française : elle a lieu le 2 mai 1915 dans toute la France.
  - Journée de la Grande Tombola : elle se déroule le 26 septembre 1915.

Les actions, les œuvres, les comités sont nombreux à Nantes et le but poursuivi est souvent le même c’est à dire apporter un soutien quel qu’il soit aux soldats confrontés à des conditions extrêmement difficiles ; cela demande, de plus, l’implication de tous dans l’effort de guerre (le colis nantais constitué par les écoles…): œuvre du tricot, œuvre du couvre-pied du soldat, œuvre de l’oreiller du blessé, envoi de colis aux soldats nantais du front, comité d’assistance aux militaires tuberculeux de la guerre, œuvre pour les militaires aveugles du front, allocation à l’autorité militaire pour l’amélioration de l’ordinaire des mobilisés, etc…

 

Le "front" de l'arrière

 

Les hopitaux militaires

18 Hôpitaux, 5000 lits, 130 000 blessés pris en charge

Dès la mobilisation, la Municipalité charge le service d’hygiène d’aménager des ambulances dans des écoles publiques de la ville. Parallèlement, elle lance un appel à sa population en vue d’acquérir le matériel de couchage nécessaire indispensable à la dispense de bons soins. Très vite, 200 lits sont installés dans 6 écoles : Evariste Luminais, Emile Pehant, la Prairie d’Aval et la Mutualité.

Mais ces mesures sont provisoires et l’action municipale s’intensifie autour de 3 axes :
-La création de nouveaux hôpitaux
-L’aménagement de filiales
-L’assistance matérielle donnée à des organisations hospitalières externes à la Municipalité.


Ainsi, en août 1916, on peut compter 18 hôpitaux à Nantes (87 si l’on ajoute les filiales) dont 5 dépendent des Sociétés de la Croix Rouge.
D’autres hôpitaux permanents ou temporaires sont aussi crées par l’autorité militaire dans des bâtiments municipaux comme au Grand lycée, à l’ancien séminaire de philosophie…

Enfin, notons que les troupes anglaises et américaines ont aussi installé leurs propres structures médicales lors de leur présence à Nantes.
-Les Anglais ont crée des « bases de soin » au Grand Lycée, rue du Boccage, rue du 14 Juillet, à la Persagotière, à l’Hôtel Dieu et au Champ de mars.
-En 1917, des hôpitaux US s’installent au Grand Blottereau ainsi qu’au Grand Séminaire ; un camp de convalescence est crée à St Joseph. Enfin, un dépôt de matériel médical voit le jour quai André Rhuys.

Ainsi, la Municipalité de Nantes a mis à disposition environ 5000 lits répartis dans ses 18 hôpitaux et a porté secours à plus de 130 000 personnes pendant la durée de la guerre.

Les soldats blessés, au même titre que le personnel médical, sont soumis à un règlement intérieur des 2
De façon à soigner des personnes de tous pays et de toutes confessions, toutes les équipes soignantes sont laïques. Elles se composent à la fois de bénévoles et de salariés : en effet, en vue de limiter le chômage, des femmes de mobilisés ou privées de leurs salaires ont trouvé ici un emploi.


-Photos NARA
-MO 4, 1BA in 8°28
-BM
-Délibérations : création d’hôpitaux, allocations…
-H4 C5 : fournitures diverses (pas de dates).
C6a : fournitures, prêts, salaires d’infirmiers (1915-1919).
C6b : personnel, lettres, fournitures (1914-1921).
C7 (1911-1919)
C8 : Divers, souscriptions…(1914-1919)
-H4 C14, D1 à D5 : Personnel hospitalier, ambulances, réquisitions, répertoire des blessés… (1906-1925)
- H4 Troupes étrangères (1914-1920), D Blessés anglais : Répertoire des blessés anglais
-Registre des hôpitaux militaires (non cotés)

 

Les cantonnements


240 000 militaires cantonnés à Nantes pendant la guerre 14-18

Dès l’annonce de la mobilisation, la Municipalité met à la disposition de l’administration militaire l’ensemble des propriétés communales, comme le stipule la loi du 3 juillet 1877. En effet, dès 1911 était établie un  « tableau des cantonnements des différents corps et services de la garnison », preuve qu’une menace de guerre pesait déjà à cette époque et qu’il fallait l’envisager préventivement. En 1914, l’adaptation de ces sites aux nécessités des hommes de guerre se fait à la fois grâce au budget militaire et grâce au budget communal.

Ainsi, dès août 1914, 13 écoles sont réquisitionnées et occupées par les troupes françaises.

On note aussi leur présence dans des propriétés privées.
Le Champ de Mars, marché couvert en temps de paix, est immédiatement transformé en station magasin avec la création de fours à pain. Puis, d’avril 1916 à décembre 1916, il est réadapté et converti en un grand dépôt et une sacherie, avant d’être rendu à son utilisation initiale.
L’occupation du parc du Grand Blottereau répond quant à lui à la double utilisation de parc à bétail et de cantonnement pour le train des équipages. De plus, des manufactures sont aussi réquisitionnées, comme celle du Mont Goguet le 1er août 1914, laissant 150 ouvriers au chômage technique.
Si les occupations donnent lieu à des dégradations, tous les logements occupés seront remis en état par l’autorité militaire après leur restitution à la Municipalité en fin de guerre.

Avec le prolongement imprévu de l’affrontement, l’autorité militaire use beaucoup de la réquisition de propriétés privées, participant malgré elle à la pénurie de logements. Mais le 17 juin 1919, le problème ayant pris une ampleur considérable, et les hostilités étant terminées, l’autorité militaire est sommée par Bellamy de rendre ces locaux à leur utilisation d’origine.

Notons enfin que nombre des propriétés communales furent aussi mises à la disposition des troupes anglaises en 1914 et américaines à partir de 1917 lors de leurs installations sur le sol nantais.

Ainsi, Nantes est une gigantesque caserne pendant le conflit, puisque près de 240 000 soldats français passeront par les cantonnements de la ville :


- 65ème Régiment d’infanterie….………………98 800
- 51ème Régiment d’artillerie….……………..…22 000
- 3ème Dragon…………………………………..…....…..9000
- 11ème Section d’infirmiers militaires………18 100
- 11ème train des équipages militaires……75 000
- 11ème Section du C.O.A. …………………..…..16 200

Total……..............................................…...239 100

-MO 4 1BA in 8°28
-Délibérations : casernement, renouvellement de bail
-H4 C16b D3 : cantonnements, correspondances, notes, informations… (1911-1917)
-H4 C18 D5 et D6 (1914-1919) : cantonnements, réquisitions de propriétés privées
-H4 C20 D7 : cantonnements
-H4 C22 D2 : 5 dossiers sur les réquisitions (usines, locaux…)

 

Les troupes étrangères : les américains à Nantes

3 800 000 mobilisés, 68 000 morts

Si, en 1917, au Front comme à l’arrière, les esprits sont lassés des combats, le moral de la population tient cependant grâce à la propagande et à la censure. L’annonce de l’engagement américain le 2 avril 1917 (suite aux bâtiments commerciaux coulés par des sous-marins allemands) provoque un regain d‘espoir et laisse entrevoir une fin de guerre proche et victorieuse .

Non sans arrière pensée économique pour le futur, P.Bellamy émet le vœu, lors de la séance du Conseil municipal du 3 mai 1917, de voir les ports de Nantes-St Nazaire devenir les sites de débarquement et bases des soldats américains ; il argue de la position géographique idéale de ces villes fortes de l’expérience déjà acquise lors du débarquement anglais, de leurs équipements de communications fiables et efficaces.
Ainsi, ces 2 ports deviennent les bases n°1 des américains, choisis car offrant les meilleures conditions d’installation et d’évacuation vers le Front pour les USA. Mais on doit cependant procéder à quelques aménagements palliant les insuffisances de ces sites, comme le doublement de la voie ferrée à hauteur de Nantes.
Il a aussi fallu subvenir aux besoins américains en mettant à disposition, par réquisitions ou locations, une trentaine de sites nécessaires à leur établissement selon 3 types d’affectation :
-Le cantonnement des troupes
-Le stockage du matériel
-L’accueil des blessés américains.

L’accueil des américains par la Municipalité est empli d’un enthousiasme et d’une cordialité sincères. A la veille des adieux officiels de la Municipalité aux soldats US, le 28 juin 1919, P.Bellamy déclara :  « Nous avons fait tout ce que nous avons pu pour vous [faire] penser que vous n’aviez pas changé de pays » . Ainsi, pendant l’année 1918, Nantes vit au rythme des fêtes patriotiques américaines. Le 2 février 1918, date d’anniversaire de Lincoln, une réception est organisée à l’Hôtel de France en l’honneur du consulat des USA. Mais des festivités telles que la célébration de l’Independence Day les 4 juillet 1917 et 1918 donnent la possibilité à la population nantaise de participer à cet hommage, selon la mode américaine(participation du New York infantry band…).

Mais le plus grand honneur fait aux alliés outre-atlantiques est certainement l’adoption de St Mihiel, libérée conjointement par Français et Américains.

Au-delà de l’intervention militaire sur le front, les Américains mènent aussi des actions humanitaires à l’arrière, comme des campagnes contre la tuberculose ou l’alcoolisme



Cependant, on note une évolution des comportements des Nantais à l’égard des soldats US après la signature de l’Armistice. L’hospitalité fait désormais place à l’hostilité. S’ils symbolisaient en 1917 l’espoir d’un dénouement proche et heureux, on leur reproche maintenant les réquisitions estimées quelquefois abusives, leur responsabilité dans l’inflation, la vitesse excessive de leurs automobiles, la position de Wilson face au Traité de Versailles (il s’oppose notamment à l’occupation de la Ruhr par l’armée française)… En 1919, 269 plaintes sont déposées à leur encontre. Mais les USA remboursent les dommages que leurs troupes ont causées.
Notons que le comportement des soldats US a aussi changé : un relâchement de la discipline, une hausse des brutalités à l’égard des civils sont à signaler. Ces épisodes existaient certes depuis le début de la guerre, mais après l’Armistice, la patience des français envers les américains a pris fin.

-Photos NARA
-6FI2462, 6Fi2467, 6Fi988, 6Fi989
-H4 14-18 Américains : correspondances, invitation du Président Wilson à Nantes,
doublement de la voie de chemin de fer, divers…
-H4 Troupes Etrangères (1914-1920) : registre des réclamations pour les dégâts causés
par les troupes US, indemnités, réquisitions d’habillement et de
campement…
-H4 C20 : réquisitions, restitution du Champ de Mars ; dégâts américains
exonération du droit d’octroi, divers…

 

Les troupes étrangères : les anglais à Nantes

5 900 000 mobilisés, 750 000 morts

Le Royaume-Uni entre en guerre le 4 août 1914. Poussé par l’opinion, le gouvernement britannique, décidé en majorité à soutenir la France, lève ses dernières hésitations lorsque les troupes allemandes envahissent la Belgique.
Il faut attendre le 31 août pour voir apparaître les premiers uniformes anglais dans les rues nantaises. Jusqu’au 21 novembre 1914, jour où les derniers britanniques quittent la ville, plus de 150 000 de leurs hommes auront foulé les sols nantais ou nazairien.

L’accueil de la population nantaise et de sa Municipalité est cordial et chaleureux :
- Le maire met à disposition tout ce qui n’est pas déjà attribué aux troupes françaises et qui serait nécessaire au service de l’armée alliée. Ainsi est établie une liste de réquisitions d’une quarantaine de sites et bâtiments (H4 14-18 Troupes étrangères D10) :
AFFICHER LISTE
L’occupation des immeubles par les Britanniques est soumise à une convention datant du 14 octobre 1914 qui stipule :
-que la ville ne percevra pas de loyers mais que toutes les dépenses d’ordinaire assumées par elle telles que les frais de transport, les travaux d’adduction d’eau, les installations d’électricité…seront à la charge de l’armée anglaise.
-que la mise à disposition durera tant que l’armée alliée en éprouvera le besoin.
-enfin, que le Royaume Uni devra impérativement remettre en état les locaux réquisitionnés.
- En ce qui concerne la réquisition de matériel (habillement, campement et couchage), elle peut se faire auprès d’entreprises et d’artisans contre paiement.
- Pour ce qui est de l’approvisionnement en animaux, denrées et marchandises, celui-ci peut s’opérer, d’une part, par l’achat direct et le paiement immédiat par l’officier commandant et, d’autre part, par réquisition évaluée et payée selon le règlement. Tous les ordres et les reçus de réquisition doivent être envoyés par le maire au Central Requisition Office installé à Rouen.
- De plus, tout un personnel médical tels que le Bureau d’hygiène et des docteurs est mis à contribution.
- Enfin, même la presse locale accueille les Anglais à bras ouverts : en effet, Le Petit Phare de M.George Schwob édite, du 7 septembre au 10 octobre 1914, une version anglo-saxonne de son titre.



Si l’accueil est chaleureux, il ne tolère en revanche pas d’éventuels excès des anglais. Ainsi, en cas d’accidents ou de comportements désobligeants de leur part, une plainte peut être déposée auprès de la British Claims Commission.

Ainsi, lorsque les Anglais quittent Nantes pour Le Havre en novembre 1914 afin de se rapprocher du front et de l’Angleterre, les supérieurs militaires anglais remercient vivement la Municipalité, ravis de l’accueil offert.

-H4 Troupes Etrangères C12 (1914-1920) : Nantes, base anglaise ; soldats anglais ; Réquisitions anglaises ; Répertoire des blessés anglais.
-MO 4 1BA in 8°28

 


Les prisonniers

Durant la Première guerre mondiale, la prison est une destination classique pour les soldats des 2 camps ; en effet, d’après une estimation récente (Dir S. AUDOIN-ROUZEAU et JJ. BECKER, Encyclopédie de la Grande Guerre, Bayard, 2004, BG in 8°970), il semble qu’un dizième des combattants de tous les fronts ait terminé la lutte dans les geôles ennemies (soit au total entre 6,6 et 8 millions de prisonniers).

Durant cette guerre industrielle où la main d’œuvre vient à manquer, avoir un grand nombre de détenus procure un double avantage : non seulement il affaiblit le camp opposé que l’on ampute jusqu’à la fin de la guerre d’une partie de son armée, mais il fournit, de plus, une main d’œuvre peu onéreuse qui pallie partiellement la pénurie de « ressources humaines ».
Ainsi, à Nantes, on emploie déjà des prisonniers depuis le début de l’année 1915 pour lesquels le Contre Amiral Kerauden, Président de la commission du Port de Nantes a déjà crée un grand cantonnement pour le logement de 500 d’entre eux.
En ces temps de raréfaction de la main d’œuvre, l’emploi de prisonniers de guerre de Belle île constitue un palliatif intéressant, d’autant que le port conserve toujours une grande activité, avec les importations continues de charbon, de céréales, d’acier…

Le 14 mai 1915, le cahier des charges institué pour l’emploi de la main d’œuvre de prisonniers de guerre dans le port de Nantes fixe les détails et les conditions d’embauche et d’emploi : le salaire pour la prestation fournie varie selon le grade du détenu, on ne peut pas employer d’équipes constituées de moins de 8 personnes…Les conditions et la durée d’une journée de travail sont celles « normalement admises dans la ville de Nantes sur les chantiers analogues. »


Enfin, contrôlée par l’autorité militaire, l’embauche d’équipes de prisonniers de guerre doit suivre une procédure particulière : l’entrepreneur doit écrire au maire qui en réfère au préfet qui valide ou non la demande .
Les Américains ont beaucoup utilisé cette main d’œuvre lors de leur installation à Nantes comme le montrent ces photos.


de 46Z117 à 46Z124
H4 Troupes Etrangères D5 (1916-1920) : Main d’œuvre prisonnière…
H4 Sans Nom D2 (1916-1917) : travaux des prisonniers, correspondances…
D3 (1915-1917) : Demandes de renseignements sur les prisonniers…

 

Censure et propagande

En France la censure relève du Ministère de l’intérieur et donc des préfets dès septembre 1914 même si des consignes d’autres ministères sont émises. Des milliers de consignes de censures voient le jour pendant la guerre. Des bureaux de censure sont créés suivant les échelons des collectivités et l’on dénombre 5 000 censeurs pendant la durée de la guerre. Le moral des troupes constitue un objectif important de la censure car les autorités militaires craignent la diffusion de certaines idées sur le front. C’est pourquoi, en janvier 1915, 3 commissions de contrôle postal sont mises en place, elles seront 9 de fin 1916 à décembre 1917. Elles ont pour but la surveillance de la correspondance des soldats et éventuellement la censure.
Les premiers mois de la guerre, la population n’a pas accès à l’information et les rumeurs les plus folles circulent. Petit à petit le système d’information de propagande se met en place pour atteindre son apogée : l’information est fabriquée à la source par des journalistes militaires puis des correspondants ayant une accréditation.
Il faut galvaniser l’arrière ou au pire le stabiliser en contrôlant l’information et en étouffant les baisses de moral du front.


Censure des médias (presse, spectcle,...)

En octobre 1913, toutes les collectivités reçoivent des instructions concernant les pouvoirs militaires en France en cas de guerre appelé aussi « état de siège ». Ces pouvoirs se réfèrent à la loi du 9 août 1849 et ils sont de toutes natures. La censure y est explicitement indiquée et l’autorité militaire peut « interdire les publications et réunions jugées de nature à exciter ou à entretenir le désordre (art.2 – 4°)». La mise en état de siège est déclarée le 2 août 1914.
« Art.24 : ?…? Par le terme de publication il faut entendre tous les procédés?…? tel que la presse, les livres et les brochures, les affiches et les placards, la distribution d’imprimés. L’autorité militaire a donc le droit de supprimer les journaux qui seraient dangereux pour le maintien de l’ordre et de la discipline. »
Les instructions sont aussi très claires vis à vis des spectacles :
« Art.23 : Les salles de spectacle et de débit (hôtels, auberges, cafés) resteront, en principe, ouvertes, sous la réserve qu’elles pourront être fermées par simple décision de l’autorité militaire. Aucune représentation, de quelque nature qu’elle soit, ne pourra être donnée sans que le programme ait été approuvé par l’autorité militaire. » 


A Nantes, un arrêté municipal du 1er août 1914 ordonne la fermeture immédiate des théâtres, cafés chantants et interdit tout spectacle. La Mairie craint des troubles à l’ordre public. Cependant, constatant que la réouverture dans d’autres villes ne causent pas de problèmes, la Mairie décide d’en faire de même le 6 mars 1915, également par arrêté. Il faut faire une demande adressée à la Mairie avant la production d’un spectacle ou d’une conférence. De plus il faut verser « pour les concerts et conférences, la totalité de la recette, déduction faite des frais de salle, droit d’auteur et cachets du conférencier et des artistes. » Les films ne doivent eux, ne contenir aucune scène « de nature à choquer les sentiments patriotiques des spectateurs ou à provoquer des discussions entre eux ».


La censure reste présente durant tout le conflit et s’organise de manière centralisée. En effet, le 22 mars 1915, le gouvernement créé à Paris la Commission générale de contrôle pour « sauvegarder les intérêts de la défense nationale ». La diffusion d’informations sur les opérations militaires de toutes natures est interdite (transports, effectifs, permissions, blessés, tués, disparus).

Les régions se dotent de commissions semblables et à Nantes, la commission de contrôle du 11° corps siège d’abord au château des Ducs puis dans un local spécial, 1 rue de Châteaudun. Elle dépend de la commission instaurée au ministère. La presse « préféra parfois paraître trop ignorante aux yeux de ses lecteurs que trop bien informée aux regards de l’ennemi ». Cette dernière est particulièrement disciplinée vis à vis de l’atteinte faite à la liberté de la presse. Les journaux ne manifestent aucune hostilité, pas de protestations ni d’objection face à cette véritable intrusion des autorités. A Nantes, le journal le Populaire est d’autant plus docile que son directeur faire partie du conseil municipal : Gaston Veil est l’adjoint du maire, son remplaçant en cas d’absence.
En juin 1917, la censure n’est plus déléguée aux pouvoirs civils (communes, préfectures, sous-préfectures) et les autorités militaires la prennent en charge.

- H4 Sans Nom D5 (1912-1916) : mesures sur l’état de siège avec un article sur la censure.
- I1 C49 D1 : arrêté sur la réouverture des salles.
D5 : censure, réouverture.
C2 : mesures sur les projections de films.
- BG in 4° 48 : E.Gabory, Les enfants du pays nantais et le 11ème corps d’armée en 1914-1918 + Le livre d’or de Nantes (1923).
- BG in 4° 49 : E.Gabory, Les enfants du pays nantais et le 11ème corps d’armée en 1914-1918 (tome 2) (1923).

 

Propagande : l'exemple des écoles

Les enfants sont considérés comme un vecteur propagandiste auprès des parents. Voilà pourquoi les écoles vont faire l’objet d’une farouche propagande destinée à cacher les malheurs de la guerre et à promouvoir un patriotisme victorieux face à la lâcheté allemande. L’enseignement se tourne presque entièrement vers ces deux objectifs. Les autorités donnent des consignes officielles dans ce sens que les professeurs appliquent à la lettre :
« Sur les conseils de Mr le Recteur d’ Académie de Rennes, les méthodes, les procédés et les programmes d’enseignement sont adaptés aux circonstances. L’Education patriotique fait la base de l’enseignement. Toutes les leçons de Morale, d’Instruction civique, d’Histoire, de Géographie, de Récitation, de Lecture ont pour objet de développer par des exemples pris sur le vif, l’amour de la patrie chez les enfants. »
Rapport de l’école de la rue des arts (1914-15), R1.

« Dans les premières classes, tous les succès de nos armes et nos alliés ont été relatés et de véritables leçons ont été faites. Les maîtres se sont attachés à montrer que pas à pas, et par étapes, nous nous acheminions vers la victoire, grâce à l’héroïsme de nos soldats et notre bonne organisation intérieure. »
Rapport de l’école de la rue des arts (1916-17), R1.

Les cours dispensés sont tous bouleversés et mis au service de la gloire des alliés pour répandre dans les jeunes esprits le sacrifice nécessaire à une guerre légitime. Cette invasion de la propagande est telle que même les cours comme les mathématiques qui n’ont aucun rapport avec la guerre sont atteints, à l’image de ce problème de calcul :

« Un de nos voisin souscrit à l’emprunt et verse 68,60 francs qui lui rapportent 4% d’intérêts par an. Combien cette somme lui aura-t-elle rapporté au bout de 10 ans ? S’il revend alors son titre de rente 100 francs, combien gagnera-t-il sur ce titre ? Quel sera son bénéfice total ? »
Rapport de l’école de la rue des arts (1916-17), R1.


Hormis l’incursion étonnante de la propagande dans ce problème de mathématique, il faut aussi souligner le message véhiculé. En effet, ce calcul anodin incite en réalité l’élève à réfléchir sur les avantages de la souscription à l’emprunt national. Il y a la volonté de l’influencer dans le sens voulu par la propagande.

R1 : Rapports des écoles (3 cartons) (1914-1918).



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