Le Grand Théâtre ou Théâtre Graslin

La volonté unanime tout au long du XVIIIème de doter Nantes d’un grand théâtre n'aboutit qu'en 1780 lorsque la ville adopte le projet proposé par le receveur général des fermes du roi Jean Joseph Louis Graslin. Propriétaire des coteaux rocheux qui surplombent l'Ouest de la ville, il propose de céder gratuitement à la ville le terrain nécessaire à la construction du Grand Théâtre et finance les travaux. En 1788, l’œuvre de l’architecte Mathurin Crucy est achevée. Le théâtre ouvre ses portes le 23 mars 1788.
La ville souhaite que la salle soit mise en adjudication. La salle est donc louée à un directeur de théâtre. En l’échange d’une location s’élevant à 20 000 livres par an, messieurs Rodolphe et Hus obtiennent le privilège exclusif du théâtre : aucune troupe ne peut faire de représentation sur les scènes de Nantes sans payer aux directeurs un quart des recettes obtenues.

Le Théâtre Graslin, fin XIXe - début XXe siècle, 9 Fi 951

Mais les troubles révolutionnaires mettent rapidement les directeurs en faillite. Le 22 octobre 1790, le Conseil de ville décide de vendre le théâtre qui lui coûte cher, mais le directoire du département le lui interdit. Le Grand Théâtre restera un établissement municipal.
Pris dans la tourmente de la Révolution, les premiers directeurs tentent de maintenir une troupe permanente et d’augmenter les tarifs des places afin d’assurer la stabilité financière de leur entreprise. En vain : la municipalité refuse.

Intérieur du Grand Théâtre, 1 Fi 89

Le 7 fructidor an IV sonne le coup d’arrêt : le feu d’une bougie prend dans les décors du IIIème acte de Zémire et Azor. L’incendie dure trois jours et fait sept victimes. D’aucun accusent les Anglais, les royalistes, ou encore la veuve Ténèbre, propriétaire de la salle du Bignon-Lestard, fermée pour raisons de sécurité par arrêté du… 8 fructidor an IV. Huit ans après son ouverture tant attendue, la salle du Grand Théâtre ferme ses portes.

Plusieurs propositions voient le jour, telle que celle de l’ancien directeur Ferville qui en échange d’une concession gratuite pendant trente ans, s’engage à reconstruire la salle à ses frais.
Mais il faut attendre la venue à Nantes de Napoléon Ier pour que les nantais retrouvent l’espoir de voir un jour reconstruire leur Grand Théâtre. Parmi les affaires de la ville soumise à l’empereur figure la question de la salle de spectacle et de l’emprunt nécessaire à sa reconstruction. Le décret du 8 août 1808 stipule que

"La salle brûlée en l’an IV sera reconstruite et, à cet effet, la ville de Nantes est autorisée à ouvrir un emprunt d’une somme de 400 000 francs pour la reconstruction."

Mathurin Crucy est de nouveau chargé de la reconstruction ; la salle rouvre le jour de Pâques 1813.

La hantise des incendies au théâtre, ravivée à chaque sinistre incite la municipalité à la sécurité : les mesures de précaution font l'objet d'arrêtés municipaux et d'articles dans le cahier des charges de l'exploitation théâtrale. Les garçons de théâtre doivent par ailleurs "avoir toujours sur eux un fort couteau, pour être prêts en cas d’incendie, à couper les cordes et même les décorations, lorsque l’ordre en sera donné par le régisseur, les entrepreneurs ou les officiers de police" (règlements de l'an III et de 1832).

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